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26/03/2016

Contre la domination totalitaire du présent

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« Être de droite, non par conviction bon marché, pour des visées vulgaires, mais de tout son être, c’est céder à la puissance supérieure d’un souvenir, qui s’empare de l'être humain, et pas tant du citoyen, qui l’isole et l’ébranle au milieu des rapports modernes et éclairés où il mène son existence habituelle. Cette pénétration n’a pas besoin de la mascarade abominable et ridicule d’une imitation servile, ni qu’on aille fouiller la brocante de l’histoire du malheur. Il s’agit d’un acte de soulèvement autre : soulèvement contre la domination totalitaire du présent qui veut ravir à l’individu et extirper de son champ toute présence d’un passé inexpliqué, d’un devenir historique, d’un temps mythique. À la différence de l’imagination de gauche qui parodie l’histoire du Salut, l’imagination de droite ne se brosse pas le tableau d’un royaume à venir, elle n’a pas besoin d’utopie, mais elle cherche le rattachement à la longue durée, celle que rien n’ébranle, elle est selon son essence souvenir de ce qui gît au fond de nous, et dans cette mesure elle est une initiation religieuse ou protopolitique. Elle est toujours et existentiellement une imagination de la Perte et non de la Promesse (terrestre). C’est donc une imagination de poète, depuis Homère jusqu’à Hölderlin. »

Botho Strauss, Le Soulèvement contre le monde secondaire

 

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Ils vivent parce qu’ils vivent

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« Mes articles étaient nets, incisifs, brillants ; ils étaient généralement appréciés, d’autant que je n’avais jamais de retard sur les dates de remise. Mais cela suffisait-il à justifier une vie ? Et en quoi une vie a-t-elle besoin d’être justifiée ? La totalité des animaux, l’écrasante majorité des hommes vivent sans jamais éprouver le moindre besoin de justification. Ils vivent parce qu’ils vivent, et voilà tout, c’est comme ça qu’ils raisonnent ; ensuite je suppose qu’ils meurent parce qu’ils meurent, et que ceci, à leur yeux, termine l’analyse. »

Michel Houellebecq, Soumission

 

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Plus imposant l’édifice, plus effroyable sera la chute

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« La guerre est la plus forte rencontre des peuples. Alors que commerce et circulation, compétitions et congrès ne font se joindre que les pointes avancées, la guerre engage l’équipe au complet, avec un objectif seul et unique : l’ennemi. Quels que soient les problèmes et les idées qui agitent le monde, toujours leur sort se décida par la confrontation dans le sang. Certes toute liberté, toute grandeur et toute culture sont issues du silence de l’idée, mais seules les guerres ont pu les maintenir, les propager ou les perdre. La guerre seule a fait des grandes religions l’apanage de la terre entière, a fait surgir au jour, depuis leurs racines obscures, les races les plus capables, a fait d’innombrables esclaves des hommes libres. La guerre n’est pas instituée par l’homme, pas plus que l’instinct sexuel ; elle est loi de nature, c’est pourquoi nous ne pourrons jamais nous soustraire à son empire. Nous ne saurions la nier, sous peine d’être engloutis par elle.

Notre époque montre une forte tendance au pacifisme. Ce courant émane de deux sources, l’idéalisme et la peur du sang. L’un refuse la guerre par amour des hommes, et l’autre parce qu’il a peur.

Le premier est de la trempe des martyrs. C’est un soldat de l’idée ; il est courageux : on ne peut lui refuser l’estime. Pour lui, l’humanité vaut plus que la nation. Il croit que les peuples, dans leur furie, ne font que frapper l’humanité de plaies sanglantes. Et que, lorsque les armes ferraillent, on cesse d’œuvrer à la tour que nous voulons pousser jusqu’au ciel. Alors il s’arc-boute entre les vagues sanglantes et se fait fracasser par elles.

Pour l’autre, sa personne est le bien le plus sacré ; par conséquent il fuit le combat, ou le redoute. C’est le pacifiste qui fréquente les matchs de boxe. Il s’entend à revêtir sa faiblesse de mille manteaux chatoyants – celui du martyr de préférence –, et bon nombre d’entre eux ne sont que trop séduisants. Si l’esprit d’un peuple entier pousse dans ce sens, c’est le tocsin de la ruine prochaine. Une civilisation peut être aussi supérieure qu’elle veut – si le nerf viril se détend, ce n’est plus qu’un colosse aux pieds d’argile. Plus imposant l’édifice, plus effroyable sera la chute.

Une question vient à l’esprit : "Il se peut que le bon Dieu soit du côté des gros bataillons, mais les gros bataillons sont-ils du côté de la civilisation la plus haute ?" C’est justement pourquoi la civilisation la plus haute a pour devoir sacré de posséder les plus gros bataillons. Les temps peuvent advenir où les rapides sabots des coursiers barbares claqueront sur les décombres amoncelés de nos villes. Le fort seul a son monde bien en poigne, au faible il glisse entre les doigts dans le chaos. Si nous considérons une culture ou son vivant vecteur, le peuple, comme une sphère en expansion constante, c’est la volonté, la volonté radicale et brutale, qu’il faut conserver et accroître, c’est-à-dire la volonté de lutte… »

Ernst Jünger, La Guerre comme expérience intérieure

 

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25/03/2016

Prouver qu’on n’a pas su vivre

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« On peut dire accessoirement beaucoup de mal des femmes, c’est là un des exercices classiques où un auteur montre s’il a de l’esprit, quand il ne prouve pas qu’il manque de goût ; la rigueur de ce que l’on dit d’elles fait une compensation juste et nécessaire aux louanges hyperboliques qu’on leur a données, soit par niaiserie soit par calcul, quand on les a désirées. Mais de les dénigrer tout de bon et d’en rester là, c’est prouver qu’on n’a pas su vivre et qu’on a parcouru les champs pierreux de la vie, sans arriver jusqu’aux fleuves qui les traversent. »

Abel Bonnard, L’amour et l’amitié

 

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De la sympathie

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« Comprenez-moi encore. Je n'ai jamais eu pour vous ni une gouttelette de désir, ni une gouttelette d'amour, ni une gouttelette d'affection, ni une gouttelette de tendresse. Je n'en ai pas davantage aujourd'hui. Mais j'ai eu pour vous de la sympathie. Pourquoi cette sympathie ? Le fait que vous m'aimiez ne pouvait que m'irriter, puisque je ne vous aimais pas. Le fait que vous ayez souffert à cause de moi m'était indifférent, puisque je ne vous aimais pas. Je pense que cette sympathie vient, comme le mot l'indique, des affinités qu'il y a entre nous. Si le monde lisait vos lettres de 1927, il dirait que vous êtes impudique ; celles de 1928, une toquée ; et toutes depuis le début jusqu'à ce jour, une raseuse et un crampon dignes de l'immortalité. Ce sont là des jugements que je ne partage pas. On m'a reproché plusieurs fois d'être trop familier avec vous. On m'a dit qu'il était invraisemblable qu'un homme comme moi perdît son temps à entretenir des relations avec une personne aussi peu importante et aussi peu intéressante que vous, que c'était là de l'inconscience ou du vice. Mais je sais ce que je fais. Il y a en vous un élément de grandiose auquel je crois ne pas me tromper. »

Henry de Montherlant, Les Lépreuses

 

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La femme se trompe dans la façon de conquérir

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« Se trompant sur ce qu'est et sur ce que pense l'homme, la femme se trompe dans la façon de le conquérir. Une femme vous exaspère en entrant chez vous pendant votre travail, ou en vous faisant de petits cadeaux, ou en vous relançant trop souvent, ou en vous amenant de ses amis, qui ne sont pas les vôtres. Vous êtes assez bien avec elle pour le lui dire en toute franchise. Eh bien ! Après un petit arrêt, elle recommence. »

Henry de Montherlant, Pitié pour les femmes

 

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24/03/2016

Virilité spirituelle

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« Celui qui n’est pas homme quant à l’esprit et l’âme n’est pas vraiment un homme… C’est la virilité spirituelle qui excite et réveille la femme absolue : dans le cas lorsque cette virilité, dépassant le stade du guerrier et du dominateur, s’oriente carrément vers le surnaturel (l’ascète). »

Julius Evola, Métaphysique du sexe

 

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Comme le signe ineffable de la présence de Dieu

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« Qui peut s’émouvoir d’être pauvre entre les mains d’un Seigneur plus riche que tous les rois ? Bien avant qu’elle en eût fait confidence à personne, ou même qu’elle fût capable de la concevoir clairement, la pauvreté, une pauvreté surnaturelle, fondamentale, avait brillé sur son enfance, ainsi qu’un petit astre familier, une lueur égale et douce. Si loin qu’elle remontât vers le passé, un sens exquis de sa propre faiblesse l’avait merveilleusement réconfortée et isolée, car il semblait qu’il fût en elle comme le signe ineffable de la présence de Dieu, Dieu lui-même qui resplendissait dans son coeur. Elle croyait n’avoir jamais rien désiré au-delà de ce qu’elle était capable d’atteindre, et toujours cependant, l’heure venue, l’effort avait été moins grand qu’elle n’eut osé l’imaginer, comme si l’eut miraculeusement devancée la céleste compassion. »

Georges Bernanos, La Joie

 

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La paix

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« Le bonheur, mon cher père, est fait pour les bestiaux… ou pour les saints. J’y ai donc renoncé depuis longtemps. Mais, à défaut de bonheur, je voudrais, au moins, la paix, cette inaccessible paix, que les anges de Noël ont, pourtant, annoncée, sur terre, aux hommes de bonne volonté ! »

Léon Bloy, Le Désespéré

 

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Fermeté

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« Plus vous agirez avec fermeté, plus vous affaiblirez leur résolution ; s’ils vous voient un peu faiblir, ils se montreront tous intraitables. »

Salluste, La Conjuration de Catilina

 

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23/03/2016

Un grand nombre de problèmes dont nous ajournons la méditation

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« Dans nos rapports avec ceux que nous aimons, il y a un grand nombre de problèmes dont nous ajournons la méditation parce que l’édification de la vie commune presse davantage ; nous ne pouvons plus rien voir autrement qu’à travers cette forme. […] On sait que l’on devrait revenir sur ses pas, regarder, mais tout vous pousse à avancer. […] Sa fidélité se révoltait là contre, du fait qu’elle n’était pas un repos, mais une explosion de forces, un appui mutuel, un équilibre dû au mouvement incessant vers l’avant. »

Robert Musil, L’accomplissement de l’amour

 

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Toutes les justifications étaient ailleurs

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« Un dégoût la prit. Elle sentit de nouveau que ce qui comptait n’était pas ce que les gens disaient, ce qu’ils pouvaient expliquer au moyen des mots, mais que toutes les justifications étaient ailleurs, dans un sourire, un silence, une interrogation intérieure. Elle éprouva soudain une nostalgie indicible du seul homme qui fût aussi solitaire qu’elle, que personne ici ne comprendrait non plus et qui ne possédait rien. »

Robert Musil, L’accomplissement de l’amour

 

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Le plus écouté des régimes

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« Plus près de la mort, il allait un peu moins mal qu’au temps où il venait prendre des nouvelles de ma grand-mère. C’est que de grandes douleurs physiques lui avaient imposé un régime. La maladie est le plus écouté des régimes : à la bonté, au savoir on ne fait que promettre ; on obéit à la souffrance. »

Marcel Proust, Sodome et Gomorrhe

 

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Au bout de quelques années nous sommes infidèles à ce que nous avons été

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« Nous désirons passionnément qu’il y ait une autre vie où nous serions pareils à ce que nous sommes ici-bas. Mais nous ne réfléchissons pas que, même sans attendre cette autre vie, dans celle-ci, au bout de quelques années nous sommes infidèles à ce que nous avons été, à ce que nous voulions rester immortellement. Même sans supposer que la mort nous modifiât plus que ces changements qui se produisent au cours de la vie, si dans cette autre vie nous rencontrions le moi que nous avons été, nous nous détournerions de nous comme de ces personnes avec qui on a été lié mais qu’on a pas vues depuis longtemps. (…). On rêve beaucoup du paradis, ou plutôt de nombreux paradis successifs, mais ce sont tous, bien avant qu’on ne meure, des paradis perdus, et où l’on se sentirait perdus. »

Marcel Proust, Sodome et Gomorrhe

 

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22/03/2016

Comme une salissure

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« Mabel était presque nue sous sa robe, mais la femme la plus prête est encore harnachée de telle façon qu'il lui faut pour se livrer tout à fait deux ou trois gestes qui précisent son consentement. Gilles, en dépit de son ivresse, remarqua la sûre rapidité des mains de Mabel. Un peu plus tard, il sut ce qu'il aurait dû savoir depuis le premier jour qu'il l'avait vue à l'hôpital. L'exactitude de sa réaction prouvait son expérience. Myriam. Elle était son bien, son seul bien. Il avait manqué de la perdre. Mabel, ahurie, vît se dresser un garçon méprisant, sifflant.

— Combien ?

— Quoi ?

— Combien d'hommes ?

Aussitôt il vint à la jeune femme à demi redressée un énorme sanglot qui hésita une seconde, puis, devant ce terrible visage, se déclara :

— Je vous aime.

Ce cri toucha le débauché, l'ami des filles, mais comme une salissure. Debout, devant Mabel, complètement immobile, il la considérait dans son désordre et lui même demeurait dans le sien. Son immobilité persistante rendit tout cela odieusement ridicule. Mabel dut s'épouvanter, elle qui était si sûre de sa sincérité et que la force de son élan laissait loin en arrière un passé où beaucoup de gestes irréfléchis coulaient à pic dans l'oubli. Le silence et l'immobilité de Gilles croissaient. Il voyait ce linge se remuer, se froncer et se froisser et se friper dix fois, en d'autres mains. Une même fleur ne peut se faner et renaître.

— Vous avez déjà couché avec beaucoup de types, insista-t-il avec un mépris rageur. Ce mépris, en avilissant la jeune femme, l'avilissait lui. Il voulait dire : "Vous êtes médiocre. Mais vous n'avez pas l'ombre d'une idée de ce qu'il y a en moi. Vous ne savez pas quelles profondeurs j'ai atteintes en moi, à la guerre." Il aurait pu dire bien des choses tout bas. Mais c'était donner trop de poids à son silence. Il grogna à haute voix :

— J’aurais pu m'en douter.

Mabel avait balbutié :

— Mais voyons, Gilles, comment pouvez-vous me croire...? Mais non.

— Enfin, vous avez déjà couché...

— Mais non... Si... Mais est-ce que cela compte ? Je vous aime. Vous êtes le premier qui... Vous ne comprenez donc pas, vous ne comprenez donc rien... »

Pierre Drieu la Rochelle, Gilles

 

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