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01/08/2014

Un bourgeois, un seul, ayant lu Bastiat

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« Dans trois ans tous les Français peuvent savoir lire. Croyez-vous que nous en serons plus avancés ? Imaginez au contraire que, dans chaque commune, il y ait un bourgeois, un seul, ayant lu Bastiat, et que ce bourgeois-là soit respecté, les choses changeraient ! »

Gustave Flaubert, Flaubert à George Sand, 7 octobre 1871, in Gustave Flaubert, George Sand, Correspondance

 

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Cet aveuglement collectif de la gent politique

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« S'il fallait désigner une catégorie de Français qui détestent le libéralisme plus encore que les autres, alors ce seraient les politiques. Presque tous consacrent une partie de leur activité à dénoncer ses prétendus méfaits. Aucun grand ténor ne le tient en estime (...) et depuis la Libération - en fait depuis les années vingt - personne, à droite ni à gauche, ne s'est jamais tenu à une politique libérale.
A gauche comme à droite cette allergie au libéralisme est d'autant plus curieuse que les deux camps pourraient y retrouver des racines et y nourrir un projet : la gauche, revendiquant l'héritage des grands mouvements de lutte contre la tyrannie, devrait aimer le mot même de "libéralisme", la promesse de progrès qu'il porte en lui, son culte de la différence. La droite, plus soucieuse, elle, d'ordre et d'épanouissement personnel, devrait chérir cette doctrine fondée sur un droit à la réussite garantissant la stabilité sociale. L'une et l'autre devraient y trouver, surtout, comme le montrent les expériences étrangères, les moyens et les instruments pour enfin lutter efficacement contre le chômage qu'elles dénoncent justement comme le fléau de notre temps, le cancer de notre pays.
Pourquoi cet aveuglement collectif de la gent politique, qui entretient celui du pays ? [...] »

Philippe Manière, L'Aveuglement français

 

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31/07/2014

L'Action...

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« Que vous dire de Caulaincourt ? Chez ce fils de pipelette qui parle avec ravissement de son enfance dans la rue, des colonies de vacances, de la communale et de son premier engagement dans la Légion, il y a une noblesse que j’ai enviée, un sens populaire de l’honneur dur comme le fer. Je ne l’ai jamais vu bâcler un travail, perdre patience. C’est un ouvrier de la guerre, un ouvrier fier de son métier et de la conscience avec laquelle il le pratique. Il m’a assuré d’une chose que je refusais de croire par un vicieux détour de mon esprit petit-bourgeois: il n’est d’action que la guerre. »

Michel Déon, Les poneys sauvages

 

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Le simulacre de la provocation

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« En labellisant ses urinoirs et en ajoutant des moustaches à La Joconde, Duchamp inventait la provocation anodine, qui ne demandait qu’à passer à l’état de procédé publicitaire. Ce qui ne manqua pas d’arriver. Depuis lors, le mode d’intervention préféré des "artisses" (Louis-Ferdinand Céline), c’est le simulacre de la provocation. Cela donne des légers émois sexuels à toute les Marie-Chantal de l’art contemporain. Des provocations éventées et convenues qui fonctionnent comme des coups marketing à la manière des publicités Benetton. Zéro risque, la signature du niveau zéro de l’art. Des petits pets dans l’eau, des éviscérations en 3D, des automutilations pour rire, des installations ineptes situées quelque part entre le stade banal et le stade anal. Le charlatanisme, mais sans l’humour. La provocation, mais sans la prison. Le mal, sans la damnation éternelle. Le saut dans le vide mais du haut d’un tabouret. »

François-Laurent Balssa, Article "Dieudonné, Molière et la nullité de l’art contemporain", in Elément n°: 149

 

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L’expulsion obscène

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« La vie est une chierie.

Vivre, c’est souffrir. La naissance, c’est l’expulsion obscène, pleine de cris, de sang et de mucus ; c’est un coup de dé où la mère peut claquer, où le morveux peut claquer, quand ce n’est pas maman et bébé qui partent ensemble faire un câlin définitif entre quatre planches. C’est aussi la première occasion pour le chiard de se retrouver la tête au carré : à peine dégringolé, on le tabasse jusqu’à ce qu’il gueule ; ensuite, on le rectifie au couteau, histoire de le couper du paradis terrestre et de lui signifier que c’est la vie, que les ennuis ne font que commencer. Mourir, par comparaison, c’est déconcertant de facilité - et croyez-moi, je sais de quoi je parle. Il suffit d’être distrait, de trébucher ou de lâcher prise. Ce qui est dur, ce qui est effrayant, ce qui fait la différence entre un beau mort et un cadavre torturé, ce n’est pas la camarde : c’est l’obstination avec laquelle la vie s’est accrochée à une viande condamnée. C’est, à proprement parler, la lutte entre la vie et la mort, qui transforme le corps du sujet en un champ de bataille, en une dévastation comparable au palais Mastiggia pendant la nuit où il a brûlé. »

Jean-Philippe Jaworski, Gagner la guerre

 

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Les éclats de rire de la débauche et les hurlements du désespoir

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« Qu’est-ce en effet que le despotisme ? c’est le plus changeant, le moins fixe de tous les gouvernements. Ce n’est pas même un gouvernement. Il est aussi absurde de le compter parmi les administrations naturelles à la société, que de mettre la paralysie ou l’apoplexie au rang des principes qui diversifient le tempérament des hommes. C’est une maladie qui saisit et tue les Empires à la suite des ravages du luxe, comme la fièvre s’allume dans le corps après les excès du travail ou de la débauche. Il n’est pas plus possible à un Royaume d’être soumis à un despotisme durable, sans se détruire, qu’à un homme d’avoir longtemps le transport sans périr.
Pendant la durée de cette fièvre politique, une frénésie incurable agite tous les membres de l’État, et surtout la tête. Il n’y a plus de rapport ni de concert entre eux. Les folies les plus extravagantes sont réalisées, et les précautions les plus sages anéanties. On traite avec gaieté les affaires les plus sérieuses; et les plus légères se discutent avec tout l’appareil du cérémonial le plus grave. On multiplie les règles, parce qu’on n’en suit aucune. On accumule les ordonnances, parce que l’ordre est détruit. La loi de la veille est effacée par celle du lendemain. Tout passe, tout s’évanouit, précisément comme ces images fantastiques, qui, dans les songes, se succèdent les unes aux autres, sans avoir de réalité.
Une Nation réduite à cet excès de délire et de misère, offre en même temps le plus singulier et le plus douloureux de tous les spectacles. On y entend à la fois les éclats de rire de la débauche, et les hurlements du désespoir. Partout l’excès de la richesse y contraste avec celui de l’indigence. Les grands avilis n’y connaissent que des plaisirs honteux. Les petits écrasés expirent en arrosant de larmes la terre que leurs bras affaiblis ne peuvent plus remuer, et dont une avarice dévorante dessèche ou consume les fruits, avant même qu’ils soient nés. Les campagnes se dépeuplent. Les villes regorgent de malheureux. Le sang des sujets continuellement aspiré par les pompes de la Finance se rend par fleuves dans la Capitale qu’il inonde. Il y sert de ciment pour la construction d’une infinité de palais superbes, qui deviennent pour le luxe autant de citadelles d’où il insulte à loisir à l’infortune publique. »

Simon-Nicolas-Henri Linguet, Théorie des Lois civiles

 

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La pente de la pensée

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« Cette extraordinaire confusion qui fait qu’on nous présente la poésie comme un exercice spirituel et le roman comme une ascèse personnelle. »

« Fatigué d’avoir à constamment redresser la pente de la pensée, à la ramener vers ce dont j’ai besoin qu’elle se nourrisse, un moment vient où je me laisse aller, couler serait plus juste : les heures filent comme l’éclair et je suis arrivé avant de m’en être rendu compte. »

« Le temps ne va pas vite quand on l’observe. Il se sent tenu à l’œil. Mais il profite de nos distractions. Peut-être y a-t-il même deux temps, celui qu’on observe et celui qui nous transforme. »

Albert Camus, Carnets

 

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30/07/2014

Virginité...

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« L’aimée à la fois saisissable, mais intacte dans sa nudité, au-delà de l’objet et du visage, et ainsi au-delà de l’étant, se tient dans la virginité. Le Féminin essentiellement violable et inviolable, l’ "Éternel Féminin" est le vierge ou un recommencement incessant de la virginité, l’intouchable dans le contact même de la volupté, dans le présent - futur. Non pas comme une liberté en lutte avec un conquérant, refusant sa réification et son objectivation, mais une fragilité à la limite du non-être ; du non-être où ne se loge pas seulement ce qui s’éteint et n’est plus, mais ce qui n’est pas encore. La vierge demeure insaisissable, mourant sans meurtre, se pâmant, se retirant dans son avenir, au-delà de tout possible promis à l’anticipation. À côté de la nuit de l’érotique ; derrière la nuit de l’insomnie, la nuit du caché, du clandestin, du mystérieux, patrie du vierge, simultanément découvert par l’ "Eros" et se refusant à l’ "Eros" - ce qui est une autre façon de dire la profanation. 

La caresse ne vise ni une personne, ni une chose. Elle se perd dans un être qui se dissipe comme dans un rêve impersonnel sans volonté et même sans résistance, une passivité, un anonymat déjà animal ou enfantin, tout entier déjà à la mort. »

Emmanuel Levinas, Totalité et Infini

 

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Cet éparpillement dans les autres

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« La solitude me rend heureux. Mais sentiment aussi que la décadence commence à partir du moment où l’on accepte. Et on reste — pour que l’homme reste à la hauteur qui est la sienne. Exactement, pour ne pas contribuer à ce qu’il en descende. Mais dégoût, dégoût nauséeux de cet éparpillement dans les autres. »

« On ne peut conserver un amour que pour des raisons extérieures à l’amour. Des raisons morales, par exemple. »

Albert Camus, Carnets 

 

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Nous ne sommes pas même des femmes d’Athènes

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« Affreuse caractéristique de ce temps ! Il n’ y a que la rapidité et la profondeur de l’oubli qui puissent y égaler la fureur des enthousiasmes imbéciles. Les grands hommes y durent vingt-quatre heures, et c’est vingt-quatre fois trop pour les grands hommes qu’on y fait... Nous passions pour légers autrefois, mais ce n’est plus légers que nous sommes, c’est inconsistants ! On nous appelaient des Athéniens modernes. Des Athéniens ? Mais nous ne sommes pas même des femmes d’Athènes ! En politique, nous ne sommes guère que des cocottes de Paris... »

Jules Barbey d'Aurevilly, Polémiques d’hier

 

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Joie de vivre

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« À l’origine, il y a un être comblé, un citoyen du paradis. Le "vide" ressenti suppose que le besoin qui en prend conscience, se tient déjà au sein d’une jouissance - fût-elle celle de l’air qu’on respire. Il anticipe la joie de la satisfaction qui est mieux que l’ataraxie. La douleur, loin de mettre la vie sensible en question, se place dans ses horizons et se réfère à la joie de vivre. D’ores et déjà la vie est aimée. Le moi peut, certes, se révolter contre les données de sa situation - car il ne se perd pas chez soi tout en y vivant, et reste distinct de ce dont il vit. Mais ce décalage entre moi et ce qui le nourrit, n’autorise pas la négation de la nourriture comme telle. Si dans ce décalage peut se jouer une opposition elle se maintient dans les limites de la situation même qu’elle refuse et dont elle se nourrit. Toute opposition à la vie, se réfugie dans la vie et se réfère à ses valeurs. Voilà l’amour de la vie, harmonie préétablie avec ce qui va seulement nous arriver. »

Emmanuel Levinas, Totalité et Infini

 

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Là demeurait le dernier espoir de l’Occident

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« S’il me paraissait nécessaire de défendre la conciliation de la justice et de la liberté, c’est qu’à mon avis là demeurait le dernier espoir de l’Occident. Mais cette conciliation ne peut se faire que dans un certain climat qui aujourd’hui n’est pas loin de me paraître utopique. Il faudra sacrifier l’une ou l’autre de ces valeurs ? Que penser, dans ce cas ? »

Albert Camus, Carnets 

 

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Leur misère donnait à toutes une grâce florentine

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« J’ai vu la tribune aux harangues. Je me suis trouvé incapable d’y ressusciter Démosthène. Le contact des objets et la vue de ce petit canton hellénique, loin de servir mon imagination, la gênent, la désorientent. L’hellénisme, pour nous autres bacheliers, c’est un Olympe, un ciel, le pays des abstractions académiques. Nul moyen de camper, sous ce beau ciel, mon Démosthène des classes, qui était un type vague, un pâle esclave des professeurs. Au contraire, sans nul effort et presque malgré moi, je vois sur cette pierre, à la fois fat et généreux, Alphonse de Lamartine, tel qu’il s’y complut un soir d’août 1832, à comparer le sort de l’orateur avec le sort du poète. Il se promettait de réunir leurs deux destinées : "Hélas ! disait-il, les hommes, jaloux de toute prééminence, n’accordent jamais deux puissances à une même tête." Avidité d’une âme ardente à la vie ! Sur le tard, Lamartine paya cette vaine gloire de sa jeunesse. "Pourquoi ai-je réveillé l’écho qui dormait si bien dans les bois paternels ? Il me poursuit maintenant que je voudrais dormir à mon tour." On apprécie toutes les nuances d’une telle vie, et l’on aime Lamartine ; mais ses malheurs font à Démosthène une draperie de théâtre, aussi belle qu’indifférente.

Dans cette saisonoù les cerisiers en fleurs atténuent les rocailles, j'ai tenté quelques courtes promenades. J'aurai voulu retrouver à Karetea cette cabane d'Albanais où M. de Chateaubriand crut mourir de la fièvre ; dans son délire, il chantait la chanson d'Henri IV, il regrettait son ouvrage interrompu et Mme de N..., tandis qu'une jeune indifférente, de dix-sept ans et pieds nus, vaquait à ses travaux dans la pièce.

Je me suis promené sous les oliviers peu nombreux de Colone. Depuis longtemps, je m’étais promis d’y murmurer comme une formule magique le couplet de Sophocle : "Étranger, te voici dans une contrée célèbre par ses chevaux et le meilleur séjour qui soit sur la terre, c’est le sol du blanc Colone. Les rossignols font entendre leurs plaintes mélodieuses dans ces bois sacrés, impénétrables à la lumière ; les arbres chargés de fruits y sont respectés des orages, et dans ses fortes allégresses, Bacchus aime de promener ici le cortège de ses divines nourrices. Chaque jour, la rosée du ciel y fait fleurir le narcisse aux belles grappes et le safran doré, couronne antique des deux grandes déesses. La source du Céphise y verse à flots pressés une onde qui ne dort jamais..." La présence réelle des oliviers, des grèves où devrait couler la rivière et des pures montagnes d’Athènes, n’ajoutait rien à la force de Sophocle, mais plutôt me communiquait la tristesse d’une déception.

On me conseilla d’aller voir les danses qui, chaque année, le jour de Pâques, se déroulent en feston sur la colline aride de Mégare. Elles commémorent, dit-on, les exploits de Thésée et cherchent à figurer les replis du Minotaure.

À une heure et demie d’Athènes (par le chemin de fer de Corinthe), en face de l’île de Salamine, la misérable Mégare, d’aspect tout oriental, resserre six mille âmes dans des maisons blanches pareilles à des cubes de plâtre. Nous nous assîmes au café, sur l’antique Agora. Quel ennui de décrire ce rassemblement ! Le député portant beau, fumant et riant, distribuait des poignées de main à des hommes en fustanelle. Des vendeurs ambulans criaient et offraient des pistaches ou de la menthe. Des petites filles en costumes locaux s’approchèrent de nos tables. Plusieurs avaient de beaux yeux ; leur misère donnait à toutes une grâce florentine. Elles nous regardaient sans bouger. Au moindre geste, fût-ce si nous prenions nos verres, elles tressaillaient, tortillaient leurs doigts, cachaient leurs cheveux. Vous aurez idée de cette délicatesse par les oiseaux de nos jardins publics qui s’apprivoisent si l’on ne bouge pas. Aucune ne mendiait ; elles prirent seulement quelques pastilles de menthe avec des petits doigts si durs que je crus sentir dans le creux de ma main les coups de bec d’une poule.

La fête commença. Toutes les femmes de Mégare, jeunes ou vieilles, formaient d’étranges lignes de danse, de marche, plutôt, conduites par un musicien. Sous le vaste soleil, les couleurs franches de leurs costumes traditionnels donnaient à l’œil un plaisir net. Ni les tons, ni les gestes ne se brouillaient. Ces femmes faisaient trois pas en avant, deux pas en arrière, soutenues par ces lentes mélopées que nous appelons orientales. En vain attendait-on, il n’y avait à voir que ce remuement de leurs pieds et puis certaines manières incessamment variées d’enlacer leurs mains, cependant qu’un public mal discipliné encombrait tout le terrain.

Cette danse a quelque chose de religieux, de simple et de grave. On la nomme, je crois, tratta. Il est difficile de dégager l’impression qu’elle communique. Est-ce un néant d’intérêt ? ou bien notre goût, émoussé comme celui des lecteurs de romans forcenés, ne sait-il plus apprécier des effets délicats ?

Des jeunes filles anglaises mangeaient des sandwichs trop gros pour leur appétit et semblaient n’être venues que pour faire le bonheur des chiens de Mégare.

Les évolutions lentes et cadencées se succédèrent indéfiniment.Je me suis renseigné à l’École française d’Athènes. "Danses albanaises, m’a-t-on répondu. Mais un Athénien fort érudit m’affirme qu’elles appartiennent à la meilleure tradition grecque. »

Maurice Barrès, Un voyage à Sparte

 

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29/07/2014

Les hommes n'ont plus d'épée

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« Il se rappelait aussi un mot de Carentan. Il avait pris, dans un coin de son capharnaüm, une vieille épée rouillée et il la haussait dans sa grande main au poil roux.

- Tu comprends, autrefois, les hommes pensaient parce que penser, pour eux, c'était un geste réel. Penser, c'était finalement donner ou recevoir un coup d'épée... Mais, aujourd'hui, les hommes n'ont plus d'épée... Un obus, ça les aplatit comme un train qui passe. »

Pierre Drieu la Rochelle, Gilles

 

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La Joie...

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« Les philosophes qui ont spéculé sur la signification de la vie et sur la destinée de l’homme n’ont pas assez remarqué que la nature a pris la peine de nous renseigner là-dessus elle-même. Elle nous avertit par un signe précis que notre destination est atteinte. Ce signe est la joie. Je dis la joie, je ne dis pas le plaisir. Le plaisir n’est qu’un artifice imaginé par la nature pour obtenir de l’être vivant la conservation de la vie ; il n’indique pas la direction où la vie est lancée. Mais la joie annonce toujours que la vie a réussi, qu’elle a gagné du terrain, qu’elle a remporté une victoire : toute grande joie a un accent triomphal. Or, si nous tenons compte de cette indication et si nous suivons cette nouvelle ligne de faits, nous trouvons que partout où il y a joie, il y a création : plus riche est la création, plus profonde est la joie. La mère qui regarde son enfant est joyeuse, parce qu’elle a conscience de l’avoir créé, physiquement et moralement (…) celui qui est sûr, absolument sûr, d’avoir produit une oeuvre viable et durable, celui-là n’a plus que faire de l’éloge et se sent au-dessus de la gloire, parce qu’il est créateur, parce qu’il le sait, et parce que la joie qu’il éprouve est une joie divine. »

Henri Bergson, L’énergie spirituelle

 

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