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09/11/2014

Les nouveaux Tartuffes du droit d'intrusion

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« C'est chaque jour, et jusque dans les domaines les plus insignifiants, que les nouveaux Tartuffes du droit d'intrusion mènent d'obscènes campagnes de boycott et font régner la terreur par le biais de leurs milices bien-pensantes sans que leurs exactions rencontrent jamais d'obstacles. Bien au contraire, c'est en général dés les premières sommations que ceux qu'ils choisissent comme victimes se plient à leurs exigences. Ainsi, tout récemment, et tandis que se multipliaient les frappes célestes sur les Balkans, n'a-t-il fallu que huit jours aux Galeries Lafayette pour qu'elles cessent de montrer dans leurs vitrines de ravissants mannequins en sous-vêtements parce qu'une coalition de persécuteurs professionnels en ressentait de l'indignation et le faisait savoir. Les féministes du coche de l'association Mix-Cité décelèrent, dans cette exhibition innocente, la présence des "stéréotypes sexistes les plus réactionnaires" ; et il y a toujours un vif plaisir à voir dénoncer des stéréotypes par des bouches littéralement congelées, mortifiées, vitrifiées de stéréotypes. Ségolène Royal, héroïne bien connue de la guerre contre le bizutage dans les grandes écoles crut également bon de ramener sa fraise vertuiste et de déclarer que tout cela était "contraire aux valeurs que les femmes veulent voir progresser dans notre pays". Un ahurissant conglomérat d'associations, la LCR, la CFDT, FO, SUD-PTT, les Verts comme de juste, et même le mouvement anti-Front National Ras-l'front, en chômage technique humiliant depuis que son adversaire s'est décomposé sans qu'il y soit pour rien, constituèrent un choeur hétéroclite d'aigres vierges choquées par de si graves débordements. Il s'est aussi trouvé quelques "écrivaines" pour perdre leur temps à dénoncer, dans une pétition, le spectacle de femmes en train de se vernir les ongles ; et il semble, contre toute raison, qu'elles aient considéré cette occupation comme plus futile que celle qui consistait à rédiger et à signer leur pétition cafarde ; ainsi, peut-être, que les ouvrages dont elles tirent ce qu'elles pensent être leur notoriété.
Dans toute cette misérable histoire, bien entendu, il n'était question que de l' "image de la femme", et des outrages que le spectacle des Galeries Lafayette faisait subir à cette image. Ces gens qui n'ont certainement plus rencontré un "être", homme ou femme, depuis des éternités, ne peuvent plus batailler qu'à propos d'eux-mêmes, c'est-à-dire d' "images", c'est-à-dire de rien. »

Philippe Muray, Après l'Histoire II, "Du règne sans partage des punaises de Sacristie" - Mai 1999

 

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08/11/2014

Traiter le soleil en ennemi équivaudrait à suivre le troupeau...

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« Tout affrontement entre une chair faible et flasque et la mort est inadéquat jusqu'à l'absurde. »

« La chose qui finalement épargne à la chair d'être ridicule, c'est l'élément de mort qui réside dans un corps vigoureux, en pleine santé ; je comprenais que c'était là ce qui soutenait la dignité de la chair. »

« Comme l'on trouverait comiques l'éclat et l'élégance du toréador si son métier n'avait aucun commerce avec la mort ! »

« Le cynisme, qui estime comique tout culte des héros, s'accompagne toujours du sentiment d'une infériorité physique. Invariablement, c'est celui qui se croit lui-même dépourvu d'attributs héroïques qui parle du héros avec dérision [...] Le cynisme facile va de pair [...] avec des muscles mous ou l'obésité, tandis que le culte des héros et un nihilisme puissant s'accompagnent toujours d'un corps puissant et de muscles bien trempés. »

« Traiter le soleil en ennemi équivaudrait à suivre le troupeau. »

« Le but de ma vie fut d'acquérir les multiples attributs du guerrier, ressusciter le vieil idéal japonais, où se combinaient les lettres et les actes guerriers, l'art et l'action. »

Yukio Mishima, Le Soleil et l'Acier

 

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Le XXI ème siècle sera despotique...

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« Le XXI ème siècle sera imaginatif, chicanier, intolérant et procédurier ou ne sera pas.

Il sera bien sûr aussi despotique. Devenu culte universel, le victimisme commandera de placer légalement et constitutionnellement les anciennes victimes de l'Histoire à l'abri des propos offensants, des impertinences, des invectives ou, d'une façon générale, hors de portée de l'esprit critique et de ses malfaisances. C'est déjà la signification de l'ensemble des lois qui n'ont cessé de proliférer ces derniers temps, depuis celles qui concernent le prétendu "harcèlement" (dit sexuel, celui-là) jusqu'à celles qui, sous l'influence de mouvements revendicatifs et d'associations militantes, se proposent de châtier l' "homophobie" ou les propos "sexistes". Dans tous ces cas, il s'agit d'abord d'expurger le langage et d'en chasser, au nom de la lutte sacrée contre les discriminations, ce qui ressemblerait encore à de la divergence d'opinion, à du désaccord, à de la fantaisie, à de l'opposition, à du dissentiment, c'est-à-dire à des manifestations de la liberté de pensée ou d'expression, donc à des indices de survie de l'humanité trop humaine d'autrefois. »

Philippe Muray, Exorcismes Spirituels III, "Gonzessland"

 

 

 

 

 

 

 

 

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07/11/2014

Un ventre en brioche ou une poitrine plate

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« Peut-il être pire défaite que lorsqu'on est corrodé, brûlé de l'intérieur par les sécrétions acides de la sensibilité jusqu'à perdre finalement sa silhouette, jusqu'à se dissoudre, se liquéfier ; ou quand la chose se produit dans la société alentour et qu'on y accommode son propre style »

« Des signes individuels tels qu'un ventre en brioche (signe de relâchement spirituel) ou une poitrine plate où percent les côtes (signe d'une sensibilité par trop inquiète) sont des exemples d'indécence éhontée, comme si leur propriétaire avait exposé à l'extérieur de son corps son sexe spirituel. »

Yukio Mishima, Le Soleil et l'Acier

 

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06/11/2014

La sentimentalité a un ventre flasque

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« Passe qu’un penseur au teint blême jongle avec des idées nocturnes dans le secret de son bureau. Mais quoi de plus hâve, de plus glacé pour ses élèves s’il se mettait à parler du corps pour distribuer la louange ou le blâme ? Je connaissais si bien cette sorte de dénuement qu’un beau jour, brusquement, l’idée me vint de me forger des muscles généreux. [...] Une charpente puissante et tragique, une musculature sculpturale sont indispensables à une mort noblement romantique. [...] À l'âge de dix-huit ans, impatient d'un trépas prochain, je m'y sentais inapte. Me manquaient en bref les muscles qui conviennent à une mort tragique. Et ma fierté romantique se trouvait profondément blessée du fait que c'était cette incapacité qui m'avait permis de survivre à la guerre. »

« À un muscle dur correspond la force de caractère. [...] La sentimentalité a un ventre flasque. »

Yukio Mishima, Le Soleil et l'Acier

 

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Drieu La Rochelle, Aragon, Malraux : D'une guerre à l'autre

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et

 

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Nous sommes les échos de ceux qui ont depuis la nuit des temps mêlé leurs sangs

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« Je me retire de ce seuil : la vie n’est pas dans la gestion plus ou moins raisonnable et heureuse de moments qui se succèdent comme des nuages, mais une série d’actes souvent obscurs, incompréhensibles à autrui, sinon à nous-mêmes, que nous passerons notre vie non pas à essayer d’éclaircir mais à en mesurer l’ombre portée sur un futur où nous ne serons plus. Nous sommes les échos de ceux qui ont depuis la nuit des temps mêlé leurs sangs ; et, autant que du sang, ce qui coule en nous est l’invisible éclat d’une puissance qui nous dépasse et qui se nomme amour, mélancolie, folie ou destin. »

Richard Millet, Petit éloge d'un solitaire

 

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05/11/2014

La femme est faite pour un homme, l’homme est fait pour la vie, et notamment pour toutes les femmes

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« La femme est faite pour un homme, l’homme est fait pour la vie, et notamment pour toutes les femmes. La femme est faite pour être arrivée, et rivée ; l’homme est fait pour entreprendre, et se détacher : elle commence à aimer, quand, lui, il a fini ; on parle d’allumeuse, que ne parle-t-on plus souvent d’allumeurs ! L’homme prend et rejette ; la femme se donne, et on ne reprend pas, ou reprend mal, ce qu’on a une fois donné. La femme croit que l’amour peut tout, non seulement le sien, mais celui que l’homme lui porte, qu’elle s’exagère toujours ; elle prétend avec éloquence que l’amour n’a pas de limites ; l’homme voit les limites de l’amour, de celui que la femme a pour lui, et de celui qu’il a pour elle, dont il connait toute la pauvreté. »

Henry de Montherlant, Les Jeunes filles

 

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Il n'y aura pas plus d'homme, au XXIè siècle, que d'Histoire

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« Pourquoi devrait-il forcément y avoir un homme du XXIè siècle ? Il n'y aura pas plus d'homme, au XXIè siècle, que d'Histoire. Les deux étaient liés et ils ont fait leur temps. L'homme n'est même plus quelque chose qui doit être surmonté, comme ne le disait pas tout à fait Nietzsche ; c'est une vieille erreur en train d'être corrigée, un antique dérapage en cours d'effacement, une sorte d'hérésie qui rentre dans le rang. Son rôle est terminé, sa cause entendue, et par lui-même pour commencer.

[...]

Pétrifié de remords, l'homme sort du XXè siècle par la porte de la Honte. De repentance en repentance, de mortifications en déplorations, de coulpes battues comme plâtre en confessions à rebondissements, c'est les genoux en sang, les mains vides et le cerveau en bouille qu'il aborde l'aube du troisième millénaire. Socialement et mondialement inutilisable pour les nouvelles grandes aventures qui se préparent. L'homme est une affaire classée.

[...]

Il n'y aura pas d'homme du XXIè siècle. S'il doit y avoir quelque chose, ou plutôt quelqu'un, ce sera une femme ; et même un femme, comme je propose de l'écrire pour marquer la mutation. Le femme du XXIè siècle. La femme n'est plus l'avenir de l'homme, elle est le présent d'un monde qui n'a pas encore de nom.

[...]

Une Conslusion ? Le XXI ème siècle sera infréquentable ou ne sera pas.
Il sera. »

Philippe Muray, Exorcismes Spirituels III, "Gonzessland"

 

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La condition funèbre des renaissances

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« C'était en hiver. Il y était allé en voiture. Qui ne connaît pas la campagne l'hiver ne connaît pas la campagne, et ne connaît pas la vie. Traversant les vastes étendues dépouillées, les villages tapis, l'homme des villes est brusquement mis en face de l'austère réalité contre laquelle les villes sont construites et fermées. Le dur revers des saisons lui est révélé, le moment sombre et pénible des métamorphoses, la condition funèbre des renaissances. Alors, il voit que la vie se nourrit de la mort, que la jeunesse sort de la méditation la plus froide et la plus désespérée et que la beauté est le produit de la claustration et de la patience. »

Pierre Drieu la Rochelle, Gilles

 

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03/11/2014

On se vide l’esprit

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« Le mot zen dérive du mot sanscrit Dhyâna qui signifie méditation. Son enseignement serait venu d’Inde en Chine vers l’an 600 et introduit au Japon au XIIe siècle, époque qui coïncide avec l’instauration d’une version nippone de la féodalité. Parler de méditation est impropre. Ce mot suggère de la pensée. Or il n’y a pas de pensée, mais refus de la pensée dans la pratique du zen, au profit de la création d’un état de réflexe par la répétition à l’infini des mêmes gestes ou des mêmes formules, pratique que l’on retrouve dans la plupart des religions avec des invocations ou les prières répétitives. Ainsi on ne pense pas. Au contraire ! On se vide l’esprit. On le met au repos, ce qui comporte des effets bienfaisants. On fait le vide en récitant indéfiniment les mêmes prières ou mantras : "Béni soit le nom du Bouddha [ou de Dieu]."

Le zen n’est ni un système d’idées, ni une philosophie, ni une religion. Il est dépourvu de dogmes et de croyances, mêmes si l’on s’y adonne en des lieux de “méditation” ou d’exercice. Ses adeptes proposent la méthode du koan qui heurte  l’esprit occidental en rejetant  toute intervention de la raison. Le plus vieux poème  zen commence ainsi : "Les conflits avec le juste et le non-juste, avec vérité et non-vérité, sont la maladie de l’esprit." Cela surprend sans doute un esprit rationaliste habitué à des joutes théoriques. Mais en évitant les débats d’école sans réponse, cette affirmation ne semble pas dépourvue de sens. »

Dominique Venner, Un samouraï d’Occident

 

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02/11/2014

Ces maladies de l’âme

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« La puissance, d’ailleurs, n’est pas tout. Elle est nécessaire pour exister dans le monde, être libre de son destin, échapper à la soumission des impérialismes politiques, économiques, mafieux ou idéologiques. Mais elle n’échappe pas aux maladies de l’âme qui ont le pouvoir de détruire les nations et les empires.

Avant d’être menacés par divers dangers très réels et par des opposition d’intérêts et d’intentions qui ne font que s’accentuer, les Européens de notre temps sont d’abords victimes de ces maladies de l’âme. C’est bien la cause décisive de leur faiblesse. À en croire ceux qui parlent en leur nom, ils seraient sans passé, sans racines, sans destin. Ils ne sont rien. Et pourtant, ce qu’ils ont en commun est unique. Ils ont en privilège le souvenir et les modèles d’une grande civilization attestée depuis Homère et ses poèmes fondateurs. Mais il ne le savent pas. Ils ne mesurent pas non plus la nouveauté des menaces imposées par l’époque. »

Dominique Venner, Un samouraï d’Occident

 

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Hors de l’histoire pour plusieurs générations

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« Et le lecteur méditatif songera que la tentation est forte, pour l’Européen lucide de se réfugier dans la posture de l’anarque. Ayant été privé de son rôle d’acteur historique, il s’est replié sur la position du spectateur froid et distancié. L’allégorie est limpide. L’immense catastrophe des deux guerres mondiales a rejeté les Européens hors de l’histoire pour plusieurs générations. Les excès de la brutalité les ont brisés pour longtemps. Comme les Achéens après la guerre de Troie, un certain nihilisme de la volonté, grandeur et malédiction des Européens, les a fait entrer en dormition. A la façon d’Ulysse, il leur faudra longtemps naviguer, souffrir et beaucoup apprendre avant de reconquérir leur patrie perdue, celle de leur âme et de leur tradition. »

Dominique Venner, Ernst Jünger, Un autre destin européen

 

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31/10/2014

Avec son regard, je me regardai : j'étais belle et menteuse

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« Pendant que je me déshabillais, je vis Antoine qui fixait mon dos. Il me convoitait, encore, toujours, et il se méfiait de moi. Avec son regard, je me regardai : j'étais belle et menteuse. Je ne me regardai pas au visage, je regardai mon corps. J'avais un beau corps, je l'ai encore. Peu de femmes ont de beaux seins : je suis de ces femmes. Encore moins de femmes ont des seins beaux et émouvants : je suis de ce peu de femmes. Mon corps avait des liens avec cet appartement, et avec Antoine ; il s'était façonné à tout cela. J'avais le corps soigné, aisé, épanoui, d'une belle femme riche, de plus flattée par les caresses d'un homme qui avait de belles dents, de la fougue, de l'adresse. »

Pierre Drieu la Rochelle, Rêveuse Bourgeoisie

 

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Toujours la lâcheté de l’aumône

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« Terrible insuffisance de nos cœurs et de nos esprits devant le cri, la prière qu’était la tienne. Je te voyais jeté à la rue avec la valise vide et qu’est-ce que je t’offrais pour la remplir. Je te reprochais de ne rien trouver dans le monde si riche, si plein pour te faire un viatique. Mais je ne te donnai rien. Car enfin peut-être ceux qui ne trouvent rien et qui restent là, ne sachant quoi faire, il faut avouer qu’ils demandent, et il n’y a qu’une chose à faire c’est de leur donner. J’ai pleuré quand une femme au téléphone a dit : "Je vous téléphone pour vous dire que Gonzague est mort." Hypo­crisie infecte de ces larmes. Toujours la lâcheté de l’aumône. On donne deux sous et on se sauve. Et demain matin avec quelle facilité je me lèverai à 5 heures pour aller à ton enterre­ment. Je suis toujours si gentil aux enterrements.
A travers une banlieue - les banlieues c’est la fin du monde - puis une campagne d’automne vert de légume cuit et or pâle de chambre à coucher, sous une pluie battante, avec un chauffeur qui me parlait de son moteur, je suis arrivé dans une de ces terribles pensions de famille où l’on voit que la mélan­colie et la folie peuvent faire bon ménage avec toute la médiocrité.
Elle était là, sous ton lit, la valise béante où tu ne pouvais finalement mettre qu’une chose, la plus précieuse qu’ait un homme: sa mort. (...) Tu es mort pour rien mais enfin ta mort prouve que les hommes ne peuvent rien faire au monde que mourir, que s’il y a quelque chose qui justifie leur orgueil, le sentiment qu’ils ont de leur dignité - comme tu l’avais ce sentiment-là toi qui as été sans cesse humilié, offensé - c’est qu’ils sont toujours prêts à jeter leur vie, à la jouer d’un coup sur une pensée, sur une émotion. »

Pierre Drieu la Rochelle, L’adieu à Gonzague

 

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