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19/11/2014

Les desseins cachés derrière toute chose

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« Ce qui paraît en vous le plus faible et le plus désemparé est en fait le plus fort et le plus déterminé.
N’est-ce pas votre souffle qui a dressé et fortifié votre ossature ?
Et n’est-ce pas un rêve qu’aucun d’entre vous ne se rappelle avoir rêvé qui a bâti votre ville et tout ce qu’elle contient ?
Si vous pouviez voir les marées de ce souffle, vous ne verriez plus rien d’autre.
Si vous pouviez entendre le murmure de ce rêve, vous n’entendriez plus d’autre son.
Mais vous ne voyez ni n’entendez, et il est bien qu’il en soit ainsi.
Le voile qui obscurcit vos yeux sera levé par les mains qui l’ont tissé.
L’argile qui emplit vos oreilles sera percé par les doigts qui l’ont pétri.
Et vous verrez,
Et vous entendrez.
Vous ne regretterez pas toutefois d’avoir connu la cécité, ni d’avoir été sourds
Car en ce jour vous prendrez connaissance des desseins cachés derrière toute chose
Et vous bénirez les ténèbres comme vous béniriez la lumière. »

Khalil Gibran, Le Prophète

 

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Sponsorisés et Financés par les Anges au Paradis

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« 1. Carnets secrets, couverts de gribouillis, et pages follement dactylographiées, pour votre propre plaisir

2. Soumis à tout, ouvert, à l'écoute

3. N'essayez jamais de vous soûler en-dehors de chez vous

4. Soyez amoureux de votre vie

5. Ce que vous ressentez trouvera sa propre forme

6. Soyez fou, soyez un saint abruti de l'esprit

7. Soufflez aussi profondément que vous souhaitez souffler

8. Ecrivez ce que vous voulez sans fond depuis le fin fond de l'esprit

9. Les visions indicibles de l'individu

10. Pas de temps pour la poésie, mais exactement ce qui est

11. Des tics visionnaires tremblant dans la poitrine

12. Rêvant en transe d'un objet se trouvant devant vous

13. Eliminez l'inhibition littéraire, grammaticale et syntaxique

14. Comme Proust, soyez à la recherche du joint perdu

15. Racontez la véritable histoire du monde dans un monologue intérieur

16. Le joyau, centre d'intérêt, est l'oeil à l'intérieur de l'oeil

17. Ecrivez pour vous dans le souvenir et l'émerveillement

18. Travaillez à partir du centre de votre oeil, en vous baignant dans l'océan du langage

19. Acceptez la perte comme définitive

20. Croyez en le contour sacré de la vie

21. Luttez pour esquisser le courant qui est intact dans l'esprit

22. Ne pensez pas aux mots quand vous vous arrêtez mais pour mieux voir l'image

23. Prenez note de chaque jour la date blasonnée dans votre matin

24. Pas de peur ou de honte dans la dignité de votre expérience, langage et savoir

25. Ecrivez de façon que le monde lise, et voie les images exactes que vous avez en tête

26. Livrefilm est le film écrit, la forme américaine visuelle

27. Eloge du caractère dans la solitude inhumaine et glacée

28. Composer follement, de façon indisciplinée, pure, venant de dessous, plus c'est cinglé, mieux c'est

29. On est constamment un Génie

30. Scénariste-Metteur en scène de films Terrestres Sponsorisés et Financés par les Anges au Paradis »

Jack Kerouac, in Evergreen Review, vol 2, n.8, 1959

 

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À partir du moment où ça devient interdit, je mords

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« On ne va pas se mentir entre voisins. Beaucoup de gens te soutiennent parce que tu as dit du mal des Arabes, comme moi la plupart ne me soutiennent pas parce que j’en ai dit du bien. En France, l’élite adore Israël et les masses détestent les Arabes. Voilà pourquoi je me suis coupé de tous ! Pourtant, j’ai attaqué "certains" Juifs et j’ai défendu "certains" Arabes, mais ça a suffi pour m’ostraciser.
Sur ce sujet, tout le monde se sent obligé d’y aller de son petit couplet pleurnichard forcé, alors que la plupart n’en ont rien à foutre au fond, mais ça leur garantit le soutien et la "protection" des intéressés. J’espère que ceux qui ont vraiment souffert de l’Holocauste ne sont pas dupes de tous ces larbins hypocrites de la deuxième ou troisième génération qui ont sans doute un cadavre en chemise noire, brune ou vert-de-gris dans leur placard... Moi, je n’ai jamais eu peur, contrairement à beaucoup de goys zélés qui leur font toute la journée de la lèche, de dire aux Juifs ce que je pensais de leur histoire (et de leur géographie), de leur culture, de leur humour, de leur art, toutes sortes de choses que je suis tout à fait capable d’apprécier si on me laisse aussi les critiquer. À partir du moment où ça devient interdit, je mords. »

Marc-Edouard Nabe, Le vingt-septième livre

 

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18/11/2014

Les promesses de Dieu sont sans repentance

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« Il y a une relation supra-humaine d'Israël au monde comme de l'Eglise au monde. C'est seulement en considérant ces trois termes [Israël, Eglise, monde] qu'on peut, fût-ce énigmatiquement, se faire quelque idée du mystère d'Israël. Une sorte d'analogie renversée avec l'Eglise est ici, croyons-nous, l'unique fil conducteur (...) Aux yeux d'un chrétien qui se souvient que les promesses de Dieu sont sans repentance, Israël continue sa mission sacrée : mais dans la nuit du monde, qu'il a préféré à celle de Dieu. »

« Il y a beaucoup de Juifs qui préfèrent Dieu au monde, et bien des chrétiens qui préfèrent le monde à Dieu. Mais ce que je veux dire, c'est qu'Israël continue d'attendre dans la nuit du monde l'avènement de ce Messie dont le royaume n'est pas de ce monde, et qui est venu, et qu'il n'a pas reconnu. »

Jacques Maritain, Le mystère d'Israël et autres essais

 

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"Je fais ce que je veux" !

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« Je suis tout à fait conscient que la critique des mœurs est un exercice périlleux et rarement bien accueilli. Par un dévoiement du jugement qui est précisément une manifestation de "l’esprit de système", on ne veut voir dans la critique morale qu’une atteinte à la liberté de chacun de faire ce qu’il lui plaît. Ce qui aux yeux de beaucoup aujourd’hui, est un plus intolérable crime que de laisser assassiner son prochain.
Il n’est malheureusement pas facile de faire comprendre aux intéressés que la critique s’adresse en fait à ce qui est en eux non pas libre mais au contraire possédé, aliéné par le système, et que lorsqu’ils proclament fièrement "Je fais ce que je veux" ou qu’ils croient se justifier en disant "J’avais envie de", en réalité ils avouent qu’ils font exactement ce que le système veut ; ou, plus exactement, ce que la logique su système, qu’ils se sont incorporée, les pousse à vouloir parce que c’est ce dont le système a besoin pour fonctionner de manière optimale. Le sentiment de félicité personnelle fait partie des conditions de félicité de la reproduction tranquille de l’ordre social. »

Alain Accardo, De notre servitude involontaire

 

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Tirer son épingle du jeu

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« C’est sans doute un des effets pervers les plus remarquables du développement capitaliste que d’avoir engendré des classes moyennes dont les fractions les plus riches, les plus instruites et finalement les plus embourgeoisées ont inventé un mode d’existence sociale mi-carpe mi lapin qui pourrait être qualifié « d’adhésion critique », l’adhésion au système autorisant la critique et la critique renforçant l’adhésion. Cette attitude équivoque est à l’opposé de celle qui conviendrait à des adversaires déclarés de l’ordre établi. Elle ne peut être que celle d’une population déterminée à tirer son épingle du jeu, même si le jeu est truqué. Le petit-bourgeois peut à la rigueur admettre que le monde social qui l’entoure est exécrable. Mais il ne peut se résoudre à l’exécrer sans réserve ni remords. Le petit-embourgeoisement des classes moyennes a eu pour effet symbolique d’introduire l’euphémisme et la tiédeur partout. Le petit-bourgeois est médiocre et plat en tout, jusque dans ses répugnances et ses détestations. Il ne sait ni haïr ni aimer vraiment, parce qu’il aime tout, admet tout, pêle-mêle et sans discernement, pratique le mixage intellectuel et l’éclectisme moral et s’en fait une gloire, en se prenant lui-même pour un parangon de tolérance ou un champion de l’ouverture universelle. »

Alain Accardo, De notre servitude involontaire

 

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Je préfère la folie

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« Finalement je n'aime pas la sagesse. Elle imite trop la mort. Je préfère la folie - pas celle que l'on subit, mais celle avec laquelle on danse. »

Christian Bobin, Autoportrait au radiateur

 

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17/11/2014

Tout fane avant d’éclore

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« Nous vivons l’âge du sucre sans sucre, des guerres sans guerre, du thé sans thé, des débats où tout le monde est d’accord pour que demain soit mieux qu’hier, et des procès où il faut réveiller les morts, de vrais coupables jugés depuis longtemps, pour avoir une chance de ne pas se tromper.

Si l’époque se révèle difficile à saisir, c’est à cause de tout ce qu’elle a éliminé de réel, sans arrêter de vouloir nous faire croire à la survie de sa réalité en simili. Il ne va plus rester grand-chose, si ça continue à ce train-là. Tout est certifié hypocalorique, la vie, la mort, les supposés idées, les livres, les conflits "propres" dans le Golfe, l’art, les pseudo-passions, la prétendue information, les émissions.

On décrète des "journées sans tabac". Pourquoi pas des années sans femmes ? Des femmes garanties sans cholestérol ? Des idéologies sans matières grasses ? Avec quoi pourrions-nous assouvir le besoin de négatif, en nous, depuis que le négatif a été décrété hors-la-loi, si ce n’est avec les dangers du passé ? Nous sommes bien trop fragiles, désormais, bien trop privés d’immunités pour nous offrir d’autres ennemis qu’à titre vraiment très posthume. Voilà le revers de notre bien-être. Nous ne pouvons plus nous affronter qu’à des événements archivés, peignés de multiples commentaires, rediffusés cinq fois par an, mieux pétrifiés que les voies piétonnes de nos centres-villes tétanisés. Plus de surprises autres qu’organisées. Même nos haines solidement justifiées donnent l’impression d’avoir été trouvées dans de réserves naturelles pour faune et flore en grand péril.

L’imprévisible ne viendra plus, nous pourrions en tomber malades. Le spontané arrive sous vide. Il n’y a pas que les cigarettes qui soient mild, la bière light et les charcuteries extra-maigres. Toute virulence est effacée. L’Histoire ne s’accélère pas, comme on le prétend, elle galope de plus en plus vite dans le déjà-vu le plus domestiqué, le déjà-pensé le plus somnambule. Nous sommes si fragiles qu’on nous ménage. On nous épargne les vrais dangers. Un fait brut, tombant du ciel réellement, nous laisserait sur le carreau. Les moindres événements sont si bien téléphonés, des années parfois à l’avance, qu’ils ont l’air de leur propre commémoration quand ils osent enfin se présenter. Par la grâce anticipante des sondages, une élection présidentielle n’est plus qu’un gag minable réchauffé, une histoire drôle éculée. Le Bicentenaire en 89, avait l’air de sa rediffusion. Les intolérables illuminations de Noël commencent trois mois plus tôt chaque année. La galette des Rois s’étale sur les œufs de Pâques. Les collections d’hiver bavent jusqu’aux soldes de l’année suivante. Ce principe d’anticipation gagne même les plagieurs professionnels, ils ne peuvent plus attendre qu’un livre soit sorti pour en pomper toute la moelle, en livrer une version réchauffée. L’an 2000 se décompose déjà. L’ère du Verseau a mauvaise mine. Tout fane avant d’éclore, fripe, s’étiole. Les périls du "premier degré" s’effacent sous les félicités du marchés définitivement planifié. Le Bien est la vieillesse du monde, l’interminable troisième âge de la planète. »

Philippe Muray, L'Empire du Bien, Trémolo Business

 

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Une infinité de prétextes et de masques

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« Leur haine des Juifs se couvre d'une infinité de prétextes et de masques, - dans sa véritable nature elle est une haine surnaturelle, satanique, qui hait les Juifs parce qu'ils sont le peuple de Dieu et qu'ils ont donné le Christ au monde ; elle est le déguisement psychopathologique d'une Christophobie. »

Jacques Maritain, Le mystère d'Israël et autres essais

 

 

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15/11/2014

Opération Dantec

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Maurice G. Dantec

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13/11/2014

"Mais on dirait que pour vous Homère est vivant !"

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« Depuis les premiers contacts de missionnaires chrétiens aux XVIIe siècle, une véritable fascination pour l’Asie, la Chine et le Japon sont née en Occident dans la bonne société. Leibniz en a témoigné en son temps. Aux XXe siècle, la crise de la pensée européenne a amplifié l’ancien attrait qui s’est accompagné du déni d’une culture occidentale devenue hybride et infirme. Aux yeux d’Européens déboussolés, le bouddhisme et sa variante zen, ou le taoïsme, reposant sur le principe d’impermanence du monde, sont apparus comme des sagesses de substitution.

Le fait est que les "Extrêmes-Occidentaux", victimes de l’intense démoralisation consécutive aux deux guerres mondiales, ont souvent perdu foi dans les évidences enseignées à leurs aïeux. Ils avaient donc tendance à chercher ailleurs ce qu’ils ne trouvaient plus chez eux. Cet engouement pour l’exotisme reposait aussi sur un oubli de soi confinant souvent au mépris. Il y avait bien des raisons à cela. Parmi celles-ci, la fossilisation de nos plus anciens classiques par des générations de professeurs blasés. Je me souviens de la stupéfaction d’une étudiante en lettre classiques à la Sorbonne. Travaillant avec sincérité, elle ne songeait pas seulement aux examens, mais à ce que les textes étudiés pouvaient lui apporter pour comprendre le monde et conduire sa vie. Son professeur était surpris et presque indigné de la voir prendre au sérieux Homère : "Mais on dirait que pour vous Homère est vivant !". Pour lui bien entendu cet Homère donc il enseignait la traduction était une matière morte, comme l’étaient tous les auteurs antiques. C’est sans doute une différence majeure avec l’Asie qui, sauf pendant la période maoïste, n’a cessé d’étudier ses classiques pour en tirer des enseignements de vie.

Si l’on veut réfléchir de façon neuve à notre façon d’être des Européens, un détour par le Japon se révèle précieux. Tout d’abord, il permet de regarder autrement notre histoire, notre destin, nos valeurs et nos comportements. Par un exercice d’histoire comparée, il donne à notre esprit l’occasion de respirer. Le comparatisme modifie l’angle de vue, il élargit la vision et donne à penser autrement. Durant la longue période féodale, du XXe au XIXe siècle, à la différence de l’Europe, le Japon des shoguns a vécu fermé aux étrangers, se désintéressant volontairement du monde extérieur, se concentrant sur lui-même. C’est pourtant durant cette période que s’est perfectionnée sa haute civilisation autant que l’éthique martiale du Bushido et du Hagkuré. L’exemple du Japon montre que l’on peut, suivant les mots d’Ortega y Gasset, "commander" chez soi, sur soi, dans son propre monde, même en se détournant de toute conquête extérieure. A certaines conditions, il n’est pas impossible de maintenir "un régime de haute hygiène, de grande noblesse, de constants stimulants qui excitent la conscience de la dignité". »

Dominique Venner, Un samouraï d’Occident

 

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12/11/2014

Tout contre la mort

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« À quoi sert de vivre, si on ne se sert pas de sa vie pour la choquer contre la mort, comme un briquet ? Guerre - ou révolution, c’est-à-dire guerre encore - il n’y pas à sortir de là. Si la mort n’est pas au coeur de la vie comme un dur noyau - la vie, quel fruit mou et bientôt blet ? »

Pierre Drieu la Rochelle, La Comédie de Charleroi

 

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Le libéralisme n’a jamais été une idéologie, ni un dogme invariable et indépendant du cours des choses ou des résultats de l’action

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« Un malentendu fausse quasiment toutes les discussions sur les mérites respectifs du socialisme et du libéralisme : les socialistes se figurent que le libéralisme est une idéologie. Et, suivant une soumission mimétique souvent décrite dans ces pages, les libéraux se sont laissé inculquer cette vision grossièrement erronée d’eux-mêmes.

Les socialistes, élevés dans l’idéologie, ne peuvent concevoir qu’il existe d’autres formes d’activité intellectuelle. Ils débusquent partout cette systématisation abstraite et moralisatrice qui les habite et les soutient. Ils croient que toutes les doctrines qui les critiquent copient la leur en se bornant à l’inverser et qu’elles promettent, comme la leur, la perfection absolue, mais simplement par des voies différentes.

Si, par exemple, un libéral dit à un socialiste : "A l’usage, le marché semble être un moins mauvais moyen d’allocation des ressources que la répartition autoritaire et planifiée", le socialiste répond aussitôt : "Le marché ne résout pas tous les problèmes." Certes ! Qui a jamais soutenu pareille ânerie ? Mais, comme le socialisme, lui, a été conçu dans l’illusion de résoudre tous les problèmes, ses partisans prêtent à leurs contradicteurs la même prétention. Or tout le monde n’est pas mégalomane, heureusement. Le libéralisme n’a jamais eu l’ambition de bâtir une société parfaite. Il se contente de comparer les diverses sociétés qui existent ou ont existé et de retenir les leçons à tirer de l’étude de celles qui fonctionnent ou ont fonctionné le moins mal. Pourtant, de nombreux libéraux, hypnotisés par l’impérialisme moral des socialistes, acceptent la discussion sur le même terrain qu’eux. "Je crois à la loi du marché, mais elle ne suffit pas", déclare l’économiste américain Jeremy Rifkin (1). "Le marché libre ne peut tout résoudre", renchérit le spéculateur George Soros (2). Ces piètres truismes émanent d’un système de pensée figé, selon lequel le libéralisme serait une théorie opposée au socialisme par ses thèses mais identique à lui par ses mécanismes.

Or il n’est ni l’un ni l’autre. Le libéralisme n’a jamais été une idéologie, j’entends n’est pas une théorie se fondant sur des concepts antérieurs à toute expérience, ni un dogme invariable et indépendant du cours des choses ou des résultats de l’action. Ce n’est qu’un ensemble d’observations, portant sur des faits qui se sont déjà produits. Les idées générales qui en découlent constituent non pas une doctrine globale et définitive, aspirant à devenir le moule de la totalité du réel, mais une série d’hypothèses interprétatives concernant des événements qui se sont effectivement déroulés. Adam Smith, en entreprenant d’écrire La Richesse des nations constate que certains pays sont plus riches que d’autres. Il s’efforce de repérer, dans leur économie, les traits et les méthodes qui peuvent expliquer cet enrichissement supérieur, pour tenter d’en extraire des indications recommandables. Il procède ainsi comme Kant qui, dans la Critique de la raison pure, dit à ses confrères philosophes : depuis plus de deux mille ans, nous tentons d’élaborer des théories du réel valables pour l’éternité. Elles sont régulièrement rejetées dès la génération suivante faute de démonstration irréfutable. Or, depuis un siècle et demi, nous avons sous les yeux une discipline récente, qui est enfin parvenue avec certitude à établir quelques lois de la nature : c’est la physique. Au lieu de nous obstiner dans notre stérile dogmatisme métaphysique, observons donc plutôt comment s’y sont pris les physiciens pour réussir et inspirons-nous de leurs méthodes pour tâcher d’égaler leurs succès.

Il faut donc refuser l’affrontement entre socialisme et libéralisme comme étant l’affrontement de deux idéologies. Qu’est-ce qu’une idéologie ? C’est une construction a priori, élaborée en amont et au mépris des faits et des droits, c’est le contraire à la fois de la science et de la philosophie, de la religion et de la morale. L’idéologie n’est ni la science, pour laquelle elle a voulu se faire passer ; ni la morale, dont elle a cru détenir les clefs et pouvoir s’arroger le monopole, tout en s’acharnant à en détruire la source et la condition : le libre arbitre individuel ; ni la religion, à laquelle on l’a souvent et à tort comparée. La religion tire sa signification de la foi en une transcendance, et l’idéologie prétend rendre parfait ce monde-ci. La science accepte, je dirai même provoque, les décisions de l’expérience, et l’idéologie les a toujours refusées. La morale repose sur le respect de la personne humaine, et l’idéologie n’a jamais régné que pour la briser. Cette funeste invention de la face noire de notre esprit, qui a tant coûté à l’humanité, engendre en outre, chez ses adeptes, ce curieux travers qui consiste à prêter à autrui leur propre forme d’organisation mentale. L’idéologie ne peut pas concevoir qu’on lui oppose une objection si ce n’est au nom d’une autre idéologie.

Or toute idéologie est un égarement. Il ne peut pas y avoir d’idéologie juste. Toute idéologie est intrinsèquement fausse, de par ses causes, ses motivations et ses fins, qui sont de réaliser une adaptation fictive du sujet humain à lui-même — à ce "lui-même", du moins, qui a décidé de ne plus accepter la réalité, ni comme source d’information ni comme juge du bien-fondé de l’action.

C’est donc un non-sens, quand une idéologie est morte, de se dire qu’il faut de toute urgence la remplacer par une autre. Remplacer une aberration par une aberration, c’est de nouveau céder au mirage. Peu importe alors quel mirage se substitue au précédent, car ce n’est pas le contenu d’une illusion qui compte, c’est l’illusion même.

Le libéralisme n’est pas le socialisme à l’envers, n’est pas un totalitarisme idéologique régi par des lois intellectuelles identiques à celles qu’il critique. Cette méprise rend absurde le dialogue entre socialistes et libéraux. Ainsi, dans l’entretien (relaté au chapitre précédent) avec Frédéric Martel, mon sympathique interlocuteur est, tout du long, hanté par l’idée que, vieux "viscéral", je n’ai combattu le communisme que pour promouvoir le libéralisme. La chute du communisme ayant rendu caduque ma panoplie guerrière, je dois donc maintenant, comme il le dit d’ailleurs plus tard dans son compte rendu de mes mémoires, faire mon autocritique en tant que sectateur du fanatisme libéral, devenu inutile. Mais, outre que le libéralisme n’a jamais été un fanatisme lancé contre un autre, je n’ai jamais lutté contre le communisme au nom du libéralisme, ou seulement au nom du libéralisme. J’ai lutté contre le communisme avant tout au nom de la dignité humaine et du droit à la vie. Que la faillite permanente et ridicule des économies administrées ne fût pas sans apporter quelques arguments aux économistes libéraux — encore que bien des socialistes le nient encore aujourd’hui farouchement — c’était incontestable, mais ce n’était pas l’essentiel. Quand on se trouve devant une prison doublée d’un asile de fous et d’une association de meurtriers, on ne se demande pas s’il faut les détruire au nom du libéralisme, de la social-démocratie, de la "troisième voie", du "socialisme de marché" ou de l’anarcho-capitalisme. De telles arguties sont même indécentes, et le débat sur libéralisme ou social-étatisme ne peut renaître légitimement que dans une société rendue à la liberté. J’ai combattu le communisme mû par la même "obsession" qui m’avait jadis fait combattre le nazisme : l’ "idée fixe", "viscérale" du respect de la personne humaine. Pas pour savoir qui a raison de Margaret Thatcher ou de Jacques Delors, d’Alain Madelin ou de Lionel Jospin, de Reagan ou de Palme. Cette deuxième question suppose le rétablissement préalable d’une civilisation de la liberté.

Les socialistes contemporains, totalitaires "light", au moins dans leurs structures mentales et verbales, s’égarent donc lorsqu’ils imaginent que les libéraux projettent, comme eux-mêmes, d’élaborer une société parfaite et définitive, la meilleure possible, mais de signe opposé à la leur. Là gît le contresens du débat postcommuniste. Ce n’est pas la peine d’applaudir Edgar Morin lorsqu’il recommande la "pensée complexe" contre la "pensée simpliste" si c’est pour ensuite renforcer le simplisme hors de toute mesure.

Articulons, dans un parallèle pédagogique, le constat suivant : "La liberté culturelle est plus propice à la création littéraire, plastique et musicale que le dirigisme étatique." Cet énoncé empirique, étayé par une vaste expérience passée et présente, ne signifie pas et ne comporte pas l’engagement que toutes les productions nées dans les conditions de la liberté (ou, au sein des régimes totalitaires, dans les conditions de la dissidence) ont été, sont ou seront toujours des chefs-d’œuvre. Or, c’est ce que comprend le socialiste ! Il citera aussitôt des milliers de livres, de tableaux, de pièces et de films médiocres ou nuls, éclos dans ce contexte de liberté. Il s’écriera : "Vous voyez bien que le libéralisme ne marche pas !" En d’autres termes, il prête au libéralisme son propre totalitarisme. Se croyant, lui, propriétaire d’un système qui résout tous les problèmes, y compris celui de la beauté, il croit suffisant de supprimer le marché pour supprimer la laideur. Le totalitarisme culturel n’a, pour sa part, jamais produit autre chose que de la laideur. Ce fait ne le gêne aucunement. L’étatisme n’a-t-il pas, du même coup, tué dans l’œuf les déchets de l’art capitaliste ? Qu’il ait, en se mêlant de le diriger, anéanti l’art même n’était-il pas le prix à payer pour cet assainissement ?

Bien entendu, et qu’on veuille bien me faire la grâce de penser que je ne l’ignore pas, il y a eu de tout temps des artistes que le marché à lui seul ne pouvait faire vivre et qui ont été pensionnés par des princes, subventionnés par des républiques ou aidés par des mécènes privés. Mais il y en a eu aussi d’immenses que leur succès auprès du public suffisait à nourrir, voire à enrichir. Cependant ne perdons pas de vue non plus que ni le marché ni la subvention ne garantissent le talent, ni, au demeurant, son absence. Le marché peut faire pleuvoir la fortune sur Carolus Durand comme sur Picasso. La subvention étatique peut aussi bien procurer la sécurité nécessaire à un vrai génie que l’argent facile à un faux créateur, dont les principaux mérites sont l’amitié du ministre, le copinage politique et le culot dans les relations publiques. Décréter que le marché est en soi réactionnaire et la subvention en soi progressiste relève donc de la pensée non seulement simpliste, mais intéressée, celle des virtuoses du parasitisme de l’argent public.

Lors de la visite du pape Jean-Paul II en Pologne, au mois de juin 1999, j’ai entendu un journaliste radiophonique de France Info "informer" ses auditeurs en disant, en substance : le pape sait que le retour des Polonais au capitalisme leur a apporté une certaine prospérité, mais au détriment de la justice sociale. Ce qui sous-entend donc que le communisme leur avait apporté la justice sociale. De nombreuses études ont montré quelle hypocrisie se cachait derrière ce mythe. Le capitalisme n’apporte certes pas l’égalité, mais le communisme encore moins, et, lui, sur fond de pauvreté générale. Mais voilà, une fois de plus, on le juge sur ce qu’il était censé apporter et le capitalisme sur ce qu’il apporte effectivement. Même pas, à vrai dire. Car, si on le faisait, on constaterait (là encore, l’analyse a été surabondamment faite) qu’en 1989, dernière année du communisme, un chômeur indemnisé à l’Ouest touchait entre cinq et dix fois plus, en pouvoir d’achat réel, qu’un ouvrier pourvu d’un prétendu "emploi" à l’Est. Autrement dit, ce sont les sociétés du capitalisme démocratiques qui ont mis en place les systèmes de protection sociale les plus correcteurs des inégalités et des accidents de la vie économique. Mais ce constat est rejeté lorsque l’on persiste à comparer la perfection de ce qui n’existe pas — l’utopie communiste — avec les imperfections de ce qui existe — le capitalisme démocratique. »

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(1) Le Monde, 20 avril 1999.

(2) Jeune Afrique, 1« juin 1999. Repris de la New York Review of Books.

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Jean-François Revel, La Grande Parade

 

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11/11/2014

C’est là signe certain de barbarie

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« La véritable tare de Mlle de Bauret, qui était en partie la tare de son âge, et en partie celle de son époque, était que pour elle nouveauté était synonyme de valeur. C’est là signe certain de barbarie : dans toute société, ce sont toujours les éléments d’intelligence inférieure qui sont affamés d’être à la page. Incapables de discerner par le goût, la culture et l’esprit critique, ils jugent le problème automatiquement d’après ce principe, que la vérité est la nouveauté. »

Henry de Montherlant, Les Célibataires

 

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L’individu français est mort. Ou moribond.

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« Voulez-vous connaître notre secret ? Parcourez nos faubourgs et regardez les antennes plantées en forêt très dense sur les immeubles. L’individu français est mort. Ou moribond. Il ne reste que la masse française, qui, chaque jour, reçoit sa vérité courant sur les ondes. De son réveil à l’heure du sommeil, elle est plongée dans un bain de propagande, sans posséder les connaissances, ni l’esprit critique qui lui permettraient de se défendre. »

Pierre Gaxotte, Le nouvel Ingénu

 

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