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07/04/2015

Elle n’est pas moins grande et elle est plus divine encore que l’homme

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« Hé bien, que ces deux êtres parviennent à se pénétrer [l’Homme et la Femme], complètement corps, âme, esprit, ils formeront à eux deux un abrégé de l’univers. Mais pour croire à Dieu, la femme a besoin de le voir vivre dans l'homme ; et pour cela il faut que l'homme soit initié. Lui seul est capable par son intelligence profonde de la vie, par sa volonté créatrice de féconder l'âme féminine, de la transformer par l’idéal divin. Et cet idéal la femme aimée le lui renvoie multiplié dans ses pensées vibrantes, dans ses sensations subtiles, dans ses divinations profondes. Elle lui renvoie son image transfigurée par l’enthousiasme, elle devient son idéal. Car elle le réalise par la puissance de l’amour dans sa propre âme. Par elle, il devient vivant et visible, il se fait chair et sang. Car si l’homme crée par le désir et la volonté, la femme physiquement et spirituellement génère par l’amour.

Dans son rôle d’amante, d’épouse, de mère ou d’inspirée, elle n’est pas moins grande et elle est plus divine encore que l’homme. Car aimer c’est s’oublier. La femme qui s’oublie et qui s’abîme dans son amour et toujours sublime. Elle trouve dans cet anéantissement sa renaissance céleste, sa couronne de lumière et le rayonnement immortel de son être.

L’amour règne en maître dans la littérature moderne depuis deux siècles. Ce n'est pas l'amour purement sensuel qui s'allume à la beauté du corps comme dans les poètes antiques ; ce n'est pas non plus le culte fade d’un idéal abstrait et conventionnel comme au Moyen-âge, non ; c'est l’amour à la fois sensuel et psychique qui lâché en toute liberté et en pleine fantaisie individuelle se donne carrière. Le plus souvent les deux sexes se font la guerre dans l'amour même. Révoltes de la femme contre l'égoïsme et la brutalité de l'homme ; mépris de l'homme pour la fausseté et la vanité de la femme ; cris de la chair, colères impuissantes des victimes de la volupté, des esclaves de la débauche. Au milieu de cela, des passions profondes, des attractions terribles et d'autant plus puissantes qu'elles sont entravées par les conventions mondaines et les institutions sociales. De là ces amours pleins d'orages, d'effondrements moraux, de catastrophes tragiques sur lesquels roulent presque exclusivement le roman et le drame modernes. On dirait que l'homme fatigué, ne trouvant Dieu ni dans la science ni dans la religion, le cherche éperdument dans la femme. Et il fait bien ; mais ce est qu'à travers l'initiation des grandes vérités qu'il, le trouvera en Elle et Elle en Lui. Entre ces âmes qui 'ignorent réciproquement et qui s'ignorent elles-mêmes, qui parfois se quittent en se maudissant, il y a comme une soif immense de se pénétrer et de trouver dans cette fusion le bonheur impossible. Malgré les aberrations et les débordements qui en résultent, cette cherche désespérée est nécessaire; elle sort d'un divin inconscient. Elle sera un point vital pour la réédification de l'avenir. Car lorsque l'homme et la femme se seront trouvés eux-mêmes et l'un l'autre par l’amour profond et par l'initiation, leur fusion sera la force rayonnante et créatrice par excellence. »

Edouard Schuré, Pythagore, L'ordre et la doctrine in Les Grands Initiés

 

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La femme pour bien remplir ses fonctions d'épouse et de mère a besoin d'un enseignement, d'une initiation spéciale

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« L'antiquité avait compris une vérité capitale que les âges suivants ont trop méconnue. La femme pour bien remplir ses fonctions d'épouse et de mère a besoin d'un enseignement, d'une initiation spéciale. De là l'initiation purement féminine, c'est-à-dire entièrement réservée aux femmes. Elle existait en Inde, dans les temps védiques, où la femme était prêtresse à l'autel domestique. En Egypte, elle remonte aux mystères d'Isis. Orphée l'organisa en Grèce. Jusqu'à l'extinction du paganisme nous la voyons fleurir dans les mystères dionysiaques, ainsi que dans les temples de Junon, de Diane, de Minerve et de Cérès. Elle consistait en rites symboliques, en cérémonies, en fêtes nocturnes, puis dans un enseignement spécial donné par des prêtresses âgées ou par le grand prêtre, et qui avait trait aux choses les plus intimes de la vie conjugale. On donnait des conseils et des règles concernant les rapports des sexes, les époques de l'année et du mois favorables aux conceptions heureuses. On donnait la plus grande importance à l'hygiène physique et morale de la femme pendant la grossesse, afin que l'œuvre sacrée, la création de l'enfant, s'accomplisse selon les lois divines. En un mot, on enseignait la science de la vie conjugale et l’art de la maternité. Ce dernier s'étendait bien au delà de la naissance. Jusqu'à sept ans, les enfants restaient dans le gynécée, où le mari ne pénétrait pas, sous la direction exclusive de la mère. La sage antiquité pensait que l'enfant est une plante délicate, qui a besoin, pour ne pas s'atrophier, de la chaude atmosphère maternelle. Le père la déformerait ; il faut pour l’épanouir les baisers et les caresses de la mère ; il faut l’amour puissant, enveloppant de la femme pour défendre des atteintes du dehors cette âme que la vie épouvante. C'est parce qu'elle accomplissait en pleine conscience ces hautes fonctions considérées comme divines par l'antiquité, que la femme était vraiment la prêtresse de la famille, la gardienne du feu sacré de la Vie, la Vesta du foyer. L'initiation féminine peut donc être considérée comme la vraie raison de la beauté de la race, de la force des générations de la durée des familles dans l'antiquité grecque et Romaine.

En établissant une section pour les femmes dans son institut, Pythagore ne fit donc qu'épurer et approfondir ce qui existait avant lui. Les femmes initiées par lui recevaient avec les rites et les préceptes les principes suprêmes de leur fonction. Il donnait ainsi à celles qui en étaient dignes la conscience de leur rôle. Il leur révélait la transfiguration de l'amour dans le mariage parfait, la pénétration des deux âmes, au centre même de la vie et de la vérité. L'homme dans sa force n’est-il pas le représentant du principe et de l'esprit créateur ? La femme dans toute sa puissance ne personnifie-t-elle la nature, dans sa force plastique, dans ses réalisations merveilleuses, terrestres et divine ? »

Edouard Schuré, Pythagore, L'ordre et la doctrine in Les Grands Initiés

 

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Selon le rythme de l'Eternité

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« Des purs sommets de la doctrine, la vie des mondes se déroule selon le rythme de l'Eternité. Splendide épiphanie ! Mais aux rayons magiques du firmament dévoilé, la terre, l'humanité, la vie nous ouvrent aussi leurs profondeurs secrètes. II faut retrouver l'infiniment grand dans l'infiniment petit, pour sentir la présence de Dieu. C'est ce qu'éprouvaient les disciples de Pythagore, quand le maître leur montrait, pour couronner son enseignement, comment l'éternelle Vérité se manifeste dans l'union de l'Homme et de la Femme, dans le mariage. La beauté des nombres sacrés qu'ils avaient entendus et contemplés dans l'Infini, ils allaient la retrouver au cœur même de la vie, et Dieu jaillissait pour eux du grand mystère des Sexes et de l’amour. »

Edouard Schuré, Pythagore, L'ordre et la doctrine in Les Grands Initiés

 

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06/04/2015

Un peuple de "philosophes nés"

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« En fait il faut attendre l’extrême fin du IVe siècle avant notre ère pour trouver, dans un fragment du traité "Sur la piété" de Théophraste, conservé par Porphyre que cite Eusèbe de Césarée, la première mention des Juifs. [...]
Pour Théophraste, les Juifs sont un "peuple de philosophes nés" ; à longueur de journée ils s’entretiennent avec la divinité et passent la nuit à contempler les étoiles. Information sans doute fausse, mais qui a pu être interprétée comme une marque d’"estime" ou de "bienveillance" et qui du point de vue grec est parfaitement logique. Théophraste connait visiblement le trait fondamental du judaïsme : le principe monothéiste. Or, pour les Grecs, le monothéisme ne relève pas de la pratique religieuse, polythéiste par définition, mais de la philosophie. Du moment où l’on découvre un peuple qui tout entier pratique le monothéisme, ce peuple est logiquement un peuple de "philosophes nés" (ou "de naissance", "genos", qu’évidemment on ne doit pas traduire par "race" !). La contemplation des étoiles, les yeux levés vers le ciel, procède sans doute de la même équation : en parlant de Xénophane de Colophon, qui le premier a enseigné l’unité de la divinité, Aristote dit que c’est "en regardant vers le ciel qu’il pensa que Dieu est Un". [...]
Théophraste marque pour nous un premier temps dans la constitution de l’image du "Juif philosophe". Le deuxième temps vient avec la constatation que les Juifs ne sont pas les seuls à "faire de la philosophie hors de l’Hellade" ; elle est faite par le voyageur Mégasthène qui a séjourné trois ans aux Indes entre l’extrême fin du IVe siècle avant notre ère et le début du IIIe ; il compare aux Juifs les brahmanes indiens, ceux-ci remplissaient en Inde le même rôle que ceux-là jouent en Syrie. Le parallèle s’imposait. A partir de là, dans un troisième temps, on établira une généalogie : les Juifs, philosophes syriens, descendent des philosophes de l’Inde, ou, si l’on préfère, ils leur sont apparentés, ayant pour ancêtre commun les mages [...]
Voilà donc une généalogie du peuple juif, fausse mais noble, qui le rattache au tronc commun de la sagesse orientale. »

Joseph Mélèze-Modrzejewski, Un peuple de philosophes

 

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Il faut s’éloigner des cloaques, des vieux bassins pourris

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« Les fictions se vident. Les religions sont pareilles à des bassins couverts de beaux reflets, mais qui se lézardent ; l’eau s’écoule petit à petit, un jour il n’y a plus que le vieux ciment et de la vase au fond. C’est une loi de ce monde. il faut savoir vivre sans les reflets. C’est possible, c’est sans doute une autre forme de bonheur. Mais il faut s’éloigner des cloaques, des vieux bassins pourris, ce que nous avons fait, cornedieu ! »

Lucien Rebatet, Les deux étendards

 

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Michel allait de l’avant, en fourrageur, rentrait avec des proies inégales...

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« Michel ne dédaignait pas de passer pour un snob et s’orientait assez adroitement parmi les snobismes opportuns et ceux qui sont de pures affectations. Guillaume, moins agile à détecter ces nuances, en gardait un oeil d’autant plus propre à faire sérieusement le point, et la nécessité de cette opération s’imposait souvent. Michel allait de l’avant, en fourrageur, rentrait avec des proies inégales, parfois assez grièvement désarçonné ; Guillaume occupait des positions travaillées en profondeur, solidement étayées. Dans les heures où ils revenaient à la chère étude d’eux-mêmes, ils se félicitaient longuement de leur “fraternité complémentaire”, ce roc où l’on reprenait souffle, d’où l’on pouvait faire face au monde entier, sans gloriole mais sans timidité, avec son petit baluchon, ramassé au temps naïf des collèges et des provinces, mais que l’on ne renierait jamais, qui enfermait quelques pièces d’or que l’on ferait toujours sonner fièrement. »

Lucien Rebatet, Les deux étendards

 

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05/04/2015

Ils voudraient qu’on arrangeât tout, sans déranger rien

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« Ils voudraient qu’un grand changement fût fait, et ils défendent qu’on hasarde même d’en faire un petit ; ils voudraient qu’on arrangeât tout, sans déranger rien ; leur inerte et défaillant amour de l’ordre finit par exiger seulement qu’on respecte le désordre établi : il faudrait, pour les contenter, bâtir durant leur sommeil un palais qu’ils trouveraient achevé en rouvrant les yeux, mais ces fééries n’ont pas lieu dans la politique. »

Abel Bonnard, Les Modérés

 

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Je te salue, vieil océan !

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« Vieil océan, tu es le symbole de l’identité : toujours égal à toi-même. Tu ne varies pas d’une manière essentielle, et, si tes vagues sont quelque part en furie, dans quelque autre zone elles sont dans le calme le plus complet. Tu n’es pas comme l’homme qui s’arrête dans la rue, pour voir deux bouledogues s’empoigner au cou, mais, qui ne s’arrête pas, quand un enterrement passe ; qui est ce matin accessible et ce soir demauvaise humeur ; qui rit aujourd’hui et pleure demain. Je te salue, vieil océan ! »

Le Comte de Lautréamont, Les Chants de Maldoror

 

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La littérature contemporaine se soumet docilement aux suggestions de petits groupes de la petite bourgeoisie

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« On peut s’attendre à ce que dans un proche avenir, quelque homme courageux et honnête écrive le livre triste de la "Destruction de la personnalité", où il nous exposera clairement l’irrésistible processus d’appauvrissement intellectuel de l’homme, l’inévitable rétrécissement de son "moi". Le dix-neuvième siècle a joué un rôle décisif dans ce processus – il a été à l’épreuve de la fermeté psychique de la petite bourgeoisie du monde entier et révéla son peu d’aptitude à mener une vie créatrice. Le drame de l’intelligentsia russe : que faire ? La place de l’intellectuel dans la vie était aussi indéterminée que la situation sociale du petit-bourgeois abandonné dans la ville : il n’est ni commerçant ni noble ni paysan, mais il peut être autant l’un que l’autre si les circonstances s’y prêtent. L’intellectuel remplissait toutes les conditions, tant psychiques que physiques, pour se greffer sur n’importe quelle classe, mais c’est justement parce que le développement de l’industrie et la formation des classes du pays s’effectuaient plus lentement que l’accroissement de l’intelligentsia, qu’il fut forcé de se trouver une place en dehors du cadre des groupes auxquels il était socialement apparenté. Il fallait aller dans le peuple. (...) Or à chacune de ses rencontres avec le peuple, l’intellectuel aspira à "retourner dans son milieu" – du règlement du problème social, il en revint au règlement du problème individuel. Le "milieu" de l’individualisme : chaos et anarchie. C’est alors que parut au grand jour, avec une stupéfiante rapidité, l’incapacité organique de l’intellectuel à être discipliné, à vivre en communauté. Dès qu’un groupe de gens aspirant à "devenir plus simples" entreprenait de s’installer "à la campagne", s’allumait en chacun d’eux, pareil à une verte flamme, le sentiment maladif et hystérique de "l’égotisme" et du "personnalisme". Ces êtres se comportaient comme si on les avait écorchés, mettant ainsi leurs nerfs à nu, comme si chaque contact réciproque infligeait au corps tout entier une douleur insupportablement cuisante. (...) En quelques mois des êtres psychiquement sains devinrent des neurasthéniques et, intellectuellement brisés, ils se séparaient avec un mépris réciproque plus ou moins avoué. Au fur et à mesure de son développement, l’individualisme russe revêt un caractère maladif, conduit à une nette diminution des besoins socio-éthiques de la personnalité et s’accompagne d’un dépérissement généralisé des forces combatives de l’intellect. De quoi parle le littérateur contemporain ? L’ancienne littérature reflétait librement les états d’âme, les sentiments et les pensées de toute la démocratie russe, alors que la littérature contemporaine se soumet docilement aux suggestions de petits groupes de la petite bourgeoisie, qui est pressée de se concentrer, est intérieurement démoralisée et attrape hâtivement tout ce qui lui tombe sous la main. (...) Le poète est devenu un littérateur. Plus la forme s’affine et se précise, plus le mot devient froid, le contenu pauvre, le sentiment meurt et le pathos manque ; une pensée qui perd ses ailes tombe tristement dans la poussière du quotidien, se disperse, devient morne, pesante, malade. Une fois encore, l’ennuyeuse démence vient remplacer l’intrépidité, et la méchanceté querelleuse succède à la colère, la haine chuchote d’une voix rauque et jette alentour des regards prudents. Le neurasthénique contemporain hisse sa rage de dents – sa propre terreur devant la vie – au niveau d’un événement mondial ; à chaque page de ses livres, (...) on perçoit ses petits cris pernicieux : "J’ai mal, j’ai peur, aussi allez-vous-en au diable avec votre science, votre politique, votre société, avec tout ce qui vous empêche de voir mes souffrances !" »

Maxime Gorki, Notes sur la petite bourgeoisie

 

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04/04/2015

La religion juridique

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« Cousteau - (...) La pire engeance en prison ce sont les innocents. Car de deux choses l’une : ou bien ils sont vraiment innocents, et alors je me désintéresse de leur sort puisque ce ne sont pas des copains à nous, ou bien ils sont faussement innocents et c’est bien pire. Car ils sont entrés ainsi dans le jeu de l’ennemi, ils ont accepté l’échelle des valeurs de l’ennemi, et en en se proclamant innocents, ils admettent implicitement que les autres condamnations sont légitimes. La seule réaction honorable est de répudier ce mythe dégradant de l’innocence et de la culpabilité, et de n’accepter que des vainqueurs et des vaincus. Tout le reste n’est que fariboles et fumisteries.
Rebatet - Oui, il faudrait extirper du français la manie juridique, la religion juridique. Tous ces abrutis qui ont perpétuellement à la bouche : "J'ai le droit de... Il n'a pas le droit de..." Les rognes que je pique encore, quand j'entends ça ! Chaque fois, ici-même, les gars triqués, laminés par l'Injustice sont persuadés que je suis fou, que je fais un gag.
Cousteau - Peu importe ce que pensent ces pauvres types. Ce serait toute une éducation à refaire et nous n'avons pas le goût de nous atteler à cette besogne.
Rebatet - Ah ! foutre non !
Cousteau - C'est déjà bien beau d'accéder individuellement, égoïstement à un certain nombre de vérités et, pour ma part, l'envie m'a passé de faire partager ces vérités à mes contemporains. Quoiqu'on fasse, d'ailleurs, je ne crois pas qu'il soit possible d'arracher les masses à l'imposture juridique.
Rebatet - Les masses ont besoin d'illusions.
Cousteau - Elles ont besoin du mythe juridique comme elles ont besoin de métaphysique, et elles se fâchent dés qu'on prétend les ramener à la réalité. Les guignols qui administrent le simulacre de la justice le savent bien, d'ailleurs. Ils jouent de la naïveté populaire et ils jouent à coup sûr. L'essentiel est de na pas être dupe. »

Lucien Rebatet et Pierre-Antoine Cousteau, Dialogue de vaincus

 

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Ce qui nous distingue de l’anarchiste sentimental

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« Cousteau - Toi et moi, nous sommes étiquetés ‘fascistes’. Non sans raison, d’ailleurs ? Et nous avons fait tout ce qu’il fallait pour justifier cette réputation...
Rebatet - Jusqu’à et y compris la condamnation à mort...
Cousteau - Or pour le farfelu moyen – et même pour le farfelu supérieur – qu’est-ce qu’un fasciste ? C’est d’abord un énergumène éructant et botté, l’âme damnée de la plus noire réaction, le suppôt du sabre et du goupillon... Et de même qu’on attend d’un nihiliste qu’il ait des bombes dans sa poche, d’un socialiste qu’il ait les pieds sales et d’un séminariste qu’il soit boutonneux, on doit nous imaginer figés dans un garde-à-vous permanent devant les épinaleries déroulédiennes.
Rebatet - J’en connais en effet, sans aller les chercher très loin qui sont au garde-à-vous vingt-quatre heures sur vingt-quatre, mais ça n’est pas notre cas.
Cousteau - Je crois même que nous sommes parvenus à un degré d’anarchie assez sensationnel. Nous sommes beaucoup plus anarchistes que les anarchistes homologués qui sont en réalité de pauvres types d’un conformisme pénible. Car c’est bien la peine de se débarrasser des vieux mythes pour donner dans le mythe du progrès, dans le mythe de la société sans Etat.

Rebatet approuvait d’un hochement de tête :

Rebatet - Il n’est pas douteux que nous sommes plus affranchis que ces gars-là. Nos moindres propos l’attestent.
Cousteau - Alors comment expliques-tu qu’avec de pareils tempéraments, nous nous soyons honnêtement et délibérément imbriqués dans un système politique dont les conformismes auraient dû nous rebuter ? Et comment expliques-tu que cette contradiction ne nous inspire aucune gêne ?

Rebatet s’était tout à   fait rouvert :

Rebatet - C’est intéressant ce que tu dis là. A première vue, ça me fait saigner le cœur. Ca me rappellera toujours ce que j’étais à vingt ans : le petit bonhomme le plus apte à franchir ce siècle sans le moindre accident. J’avais toutes mes idées sur la religion, l’éthique, la politique, j’avais décidé une fois pour toutes que je ne mettrais jamais le bout du petit doigt dans ces cloaques. Le qualificatif le plus répugnant que je pouvais appliquer à un être ou à une chose, c’était celui de social : un curé social, une atmosphère sociale...

A l’évocation de ce vocable, Cousteau eut une moue écœurée. Il allait lui aussi piétiner le social. Mais Rebatet ne se laissa pas interrompre.

Rebatet - ... L’activité la plus imbécile de l’homme, pour moi, c’était l’apostolat, quelque forme qu’il prît. La contamination progressive par autrui d’un petit type qui, dans son état premier, était d’une santé parfaite, les sacrifices aux préjugés, aux convenances, ça pourrait très bien être mon histoire… Et, tiens, il ne me déplairait pas de l’écrire sous cette forme, une espèce de conte antisartrien. Mais la réalité n’est tout de même pas aussi simple et consternante. Je l’espère, du moins.
Cousteau - Je t’arrête, cher Lucien. Ca n’est pas consternant du tout… Non seulement je ne regrette rien, mais je me félicite chaque jour d’avoir vécu cette aventure fasciste...
Rebatet - Même ici, même au bagne ?
Cousteau - Oui, même ici. Cette aventure fut magnifique et passionnante. Mon "engagement" – comme disent les francs-tireurs et partisans des Deux Magots – m’a conduit avec une sorte de fatalité à des expériences, à des sensations, à des satisfactions d’orgueil que j’eusse toujours ignorées sans cela et que les plus fortunés ne peuvent s’offrir. Rappelle-toi ce que Stendhal fait dire à Mathilde de la Mole de la peine de mort : "Il n’y a que cela qui ne s’achète pas".
Rebatet - Tu parles si je m’en souviens ! Tu ne sais donc pas que je l’avais écrit dans ma cellule pendant que nous étions aux chaînes…
Cousteau - Possible, mais comme nous étions forcés de rester chacun chez nous, tu me l’apprends... En tout cas, en ce qui concerne l’engagement, point de regret. Mais tout de même un peu de surprise. Car si à vingt ans tu t’étais décrassé des conventions civiques, morales et religieuses, à cet âge-là, moi aussi, je ne respectais plus grand-chose. Pas tout à fait de la même manière que toi, cependant. Tu étais plus anarchiste que moi. Je donnais – je m’en excuse – dans le gauchisme...
Rebatet - C’est une manière d’engagement...
Cousteau - Mais les négations l’emportaient de loin, chez moi, sur le zèle constructif. Mon socialisme restait vague. Par contre je savais très bien de quoi je ne voulais plus être dupe, sous aucun prétexte. Plus de sursum corda pour notre sainte mère l’Eglise, la Ligne Bleue des Vosges et la Propriété Bâtie. Et sais-tu, puisque nous en sommes aux confidences comment j’en avais eu la révélation : en lisant, à seize ans, L’Ile des Pingouins de cette vieille barbe d’Anatole France. Partir de là pour aboutir à Mein Kampf , c’est tout de même comique...
Rebatet - Moi ce sont les curés et L’Echo de Paris de la guerre de 1914-1918 qui m’ont rendu anarchiste. Quand je fréquentais les Juifs et les hommes de gauche, à mes débuts dans le journalisme, ils avaient tout de suite trouvé la formule pour concilier mes propos et mon appartenance à l’A.F. : j’étais pour eux un anarchiste de droite. Malgré tout, cette anarchie cohabitait avec une admiration très vive pour Mussolini. J’étais donc de droite pour la même raison que les barbeaux...

Cousteau eut un sourire d’indulgence :

Cousteau - Je connais ta théorie : les barbeaux et les artistes ont besoin d’ordre pour prospérer.
Rebatet - Exprimé sous cette forme, c’est classique, c’est assez plat, et tout de même insuffisant. Il me semble que nous avons le droit de revendiquer notre aristocratie dont la marque est d’abord la liberté de l’esprit, ensuite l’horreur des mythes égalitaires, ce qui nous distingue de l’anarchiste sentimental, toujours plus ou moins nazaréen. Une certaine forme d’aristocratie cousinerait nécessairement avec l’anarchie. »

Lucien Rebatet et Pierre-Antoine Cousteau, Dialogue de vaincus

 

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03/04/2015

L’Europe perçue comme une communauté de peuples

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« Notre nationalisme, terme impropre encore une fois, était beaucoup plus qu’une doctrine de la nation ou de la préférence nationale. Il se voulait une vision du monde, une vision de l’homme européen moderne. Il se démarquait complètement du jacobinisme de l’État-nation. Il était ouvert sur l’Europe perçue comme une communauté de peuples. Il voulait s’enraciner dans les petites patries constitutives d’une "Europe aux cent drapeaux", pou reprendre l’expression de Yann Fouéré. Nous ne rêvions pas seulement d’une Europe de la jeunesse et des peuples, dont la préfiguration poétique était la chevalerie arthurienne. Nous imaginons cette Europe charpentée autour du noyeau de l’empire franc, un espace spirituel, politique et économique suffisamment assuré de soi pour ne craindre rien de l’extérieur. »

Dominique Venner, Le Coeur Rebelle

 

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Plus grands que nous n’étions

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« Regardant en arrière, je vois beaucoup de mes actions d’autrefois comme des folies, mais ces folies étaient saintes. Elles étaient dictées par des sentiments purs et droits. Elles venaient de ce qu’il y avait en nous de plus fort et de plus vrai. Elles nous ont fait plus grands que nous n’étions. »

Dominique Venner, Le Coeur Rebelle

 

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Tout est envahi par une espèce de moisissure

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« Au-delà de ce qu’il comporte de scandaleux, l’attentat, et précisément l’assassinat politique revêt une signification particulière qui explique son pouvoir de fascination. Dans le mécanisme apparemment tout-puissant du monde de la technique dominé par la rationalité mathématique, il réintroduit l’imprévu, une forme aberrante d’humanité en quelque sorte. Aussi haïssable soit-il, il constitue souvent l’ultime revanche du faible contre la puissance désespérante du "cours des choses". Pour qu’il brille comme un signal, il doit se détacher sur un fond moral strict. Ainsi en fut-il de l’assassinat de Rathenau dans l’Allemagne chaotique de 1922, par les lieutenants de marine Kern et Fischer. Acte immédiatement expié par leur propre mort. Ainsi en fut-il aussi pour le jeune justicier japonais, dont la geste romancée est contée par Mishima dans "Chevaux échappés".
"Celui-là seul peut engendrer qui est capable de tuer" écrit dans son Journal le comte Harry Kessler, six mois avant l’assassinat de son ami, Walther Rathenau. "Il est permis de tuer à celui qui est si convaincu de la qualité unique d’une femme ou d’une idée qu’il ne voit d’avenir qu’en elle. Tuer et engendrer sont complémentaires : il n’est permis d’engendrer qu’à celui-là seul qui peut aussi assassiner pour sa conviction sensuelle ou spirituelle. Mais la médiocrité du monde moderne découle sans doute du fait que nous n’avons plus la force d’engendrer ni celle de tuer ! C’est pourquoi tout est envahi par une espèce de moisissure, par la pouture de toutes sortes de compromis et de demis-mesures." »

Dominique Venner, Le Coeur Rebelle

 

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02/04/2015

Le sage évite autant d’être contredit que de contredire

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« XLIII. Parler comme le vulgaire, mais penser comme les sages.
Vouloir aller contre le courant, c’est une chose où il est aussi impossible de réussir qu’il est aisé de s’exposer au danger ; il n’y a qu’un Socrate qui le pût entreprendre. La contradiction passe pour une offense, parce que c’est condamner le jugement d’autrui. Les mécontents se multiplient, tantôt à cause de la chose que l’on censure, tantôt à cause des partisans qu’elle avait. La vérité est connue de très peu de gens, les fausses opinions sont reçues de tout le reste du monde. Il ne faut pas juger d’un sage par les choses qu’il dit, attendu qu’alors il ne parle que par emprunt, c’est-à-dire par la voix commune, quoique son sentiment démente cette voix. Le sage évite autant d’être contredit que de contredire. Plus son jugement le porte à la censure, et plus il se garde de la publier. L’opinion est libre, elle ne peut ni ne doit être violentée. Le sage se retire dans le sanctuaire de son silence ; et, s’il se communique quelquefois, ce n’est qu’à peu de gens, et toujours à d’autres sages. »

Baltasar Gracián, L'Homme de Cour

 

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