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13/08/2014

Le feu qui coule dans ses veines remonte aux yeux et rien pour les lèvres

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« Mon père est comme un loup : le feu qui coule dans ses veines remonte aux yeux et rien pour les lèvres. Ma mère est comme une chatte, comme un moineau, comme du lierre, comme le sel, comme la neige, comme le pollen des fleurs. »

« Ma mère est folle, je crois. Je souhaite à tout les enfants du monde d’avoir des mères folles, les mères les mieux accordées aux coeurs fauves des enfants. »

Christian Bobin, La folle allure

 

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Beaucoup de songes...

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« Le sommeil restait une affaire privée, chacun chez soi, allongé entre les draps blancs, au fond d’une barque d’ombre. Le sommeil est comme l’enfance, impossible à partager sauf avec un loup. »

« Je suis pas sortie de l’hôtel depuis trois jours. Une mauvaise grippe. Non une très bonne grippe. Un peu de fièvre, beaucoup de songes. »

Christian Bobin, La folle allure

 

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Dans une vie normale, normalement perdue, normalement obscure à elle-même

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« Dans une vie normale, normalement perdue, normalement obscure à elle-même, bien peu de choses passent, et pour les dire avec justesse il faut souvent des années et des années. »

« Il y avait quelque chose de pénible dans ce regard, un sale melange de désir et de mélancolie : je voudrais bien te baiser mais tu comprends, je suis coincé avec celle-là. »

Christian Bobin, La folle allure

 

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12/08/2014

Comment communiquer un message aux lecteurs sans se livrer de manière indiscrète ?

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« Mais Fénelon dit aussi dans cette Méditation qu’il faut examiner si notre prochain accueillera sans en être scandalisé la libre simplicité avec laquelle nous devrions parler de nous-mêmes. Comment communiquer un message aux lecteurs sans se livrer de manière indiscrète ? Les choses se passent plus simplement pour un géomètre mais celui qui écrit obéit à des lois non écrites ce qu’il veut transmettre est douteux, fragile, et les lecteurs auxquels il s’adresse sont aussi fuyants que son propre message. Car le plus souvent l’intérêt que l’on porte à l’autre, notamment quand cet autre écrit, n’est pas l’expression de la sympathie, mais plutôt le fruit de la curiosité. La curiosité n’est friande que de détails biographiques, d’anecdotes plus ou moins piquantes, de potins, de souvenirs rares et de confidences. La curiosité est pointilliste elle est à l’écoute des faits divers et compose une chronique criblée de notules elle fonde ainsi une connaissance superficielle et dérisoire la curiosité feuillette d’un doigt désinvolte le livre de la biographie. Ce n’est pas l’amour, c’est le détective et c’est l’inspecteur de police qui ont affaire à des suspects et accumulent à leur sujet les renseignements. En vérité, la sympathie commence là où il n’y a plus de place pour la curiosité et disons plus c’est la curiosité qui barre la route à la sympathie. Si vous êtes curieux de moi, c’est que vous n’avez pas de sympathie pour moi. Si vous cherchez à savoir quelque chose sur moi, à glaner quelque détail scabreux, c’est que vous ne voulez pas me connaître. Oui, la curiosité s’oppose à la sympathie comme l’amateur à l’amant, comme la sélection à l’élection l’amateur trie, range et détaille les individus à la manière d’un collectionneur qui classe des échantillons dans une série abstraite ou un genre impersonnel. »

Vladimir Jankélévitch et Béatrice Berlowitz, Quelque part dans l’inachevé

 

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Il y a un nombre infini

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« Je sais qu’il y a un nombre infini, dit Pascal, mais je ne sais pas si ce nombre est pair ou impair. »

Vladimir Jankélévitch et Béatrice Berlowitz, Quelque part dans l’inachevé

 

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L’histoire attendait de moi que je nettoie après le passage de tout le monde

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« Ce que disait Tyler, comme quoi nous sommes la merde et les esclaves de l’histoire, c’est exactement ce que je ressentais.

(...)

Des milliers d’années durant, les êtres humains avaient baisé, déversé leurs ordures et leur merde sur cette planète, et aujourd’hui, l’histoire attendait de moi que je nettoie après le passage de tout le monde. Il faut que je lave et que je raplatisse mes boîtes de soupe. Et que je justifie chaque goutte d’huile moteur usagée. Et il faut que je règle la note pour les déchets nucléaires et les réservoirs à essence enterrés et les boues toxiques étalées sur les champs d’épandage d’ordures une génération avant ma naissance.
Je tenais le visage de m’sieur l’angelot comme un bébé ou un ballon de rugby au creux de mon bras et je le tabassais de mes jointures, je l’ai tabassé jusqu’à ce que ses dents crèvent ses lèvres. »

Chuck Palahniuk, Fight Club

 

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On fait des boulots qu’on déteste pour se payer des merdes qui nous servent à rien

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« Je vois une génération entière qui travaille à des pompes à essence, qui fait le service dans des restos, qui est esclave d’un petit chef dans un bureau. La pub nous fait courir après des voitures et des fringues, on fait des boulots qu’on déteste pour se payer des merdes qui nous servent à rien. On est les enfants oubliés de l’histoire mes amis, on n’a pas de but ni de vraie place ; on n’a pas de grande guerre, pas de grande dépression. Notre grande guerre est spirituelle, notre grande dépression, c’est nos vies. La télévision nous a appris à croire qu’un jour on serait tous des millionnaires, des dieux du cinéma ou des rock stars, mais c’est faux.

(...)

J’avais trouvé la liberté. Perdre tout espoir, c’était ça la liberté. »

Chuck Palahniuk, Fight Club

 

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Il n'y a pas de pourquoi

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« Quant aux poètes, aux philosophes, aux savants qui se torturent l'esprit pour chercher la raison, le pourquoi de la vie, qui l'expriment en formules contradictoires, qui la débitent en préceptes opposés... ce sont des farceurs ou bien des fous... Il n'y a pas de pourquoi... »

Octave Mirbeau, Mémoire pour un avocat

 

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11/08/2014

Le monde est dévoré par l’ennui

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« Je me disais que le monde est dévoré par l’ennui. Naturellement, il faut un peu réfléchir pour se rendre compte, ça ne se saisit pas tout de suite. C’est une espèce de poussière. Vous allez et venez sans la voir, vous la respirez, vous la mangez, vous la buvez, et elle est si fine, si ténue qu’elle ne craque même pas sous la dent. Mais que vous vous arrêtiez une seconde, la voilà qui recouvre votre visage, vos mains. Vous devez vous agiter sans cesse pour secouer cette pluie de cendres. Alors, le monde s’agite beaucoup. »

Georges Bernanos, Journal d'un curé de campagne

 

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Dès ses études à l'université, le médecin, le juriste, le technicien est prisonnier...

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« Dès ses études à l'université, le médecin, le juriste, le technicien est prisonnier d'un cycle de cours rigide, qui se termine par une gamme d'examens. Quand il les a passés, il reçoit son diplôme et jouit alors de nouveau de la liberté apparente de s'adonner à sa profession. Mais il ne devient ainsi que l'esclave de puissances intérieures : il tombe sous la coupe du succès, de l'argent, de son ambition, de sa vanité, du charme que les gens lui trouvent ou ne lui trouvent pas. Il doit se soumettre à des choix, gagner de l'argent ; il participe aux rivalités impitoyables des castes, des familles, des partis, des journaux. En compensation, il a toute licence d'avoir des succès et de la fortune, et de provoquer la haine des malheureux, à moins que ce ne soit l'inverse. »

Herman Hesse, Le jeu des perles de verre

 

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Une étable à porcs

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« Je suis plébéien, mais je proteste contre la démocratie si elle veut faire de mon pays une étable à porcs. »

Maurice Barrès, Mes Cahiers

 

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Une profonde noblesse de l’âme et du corps lui-même

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« On oublie trop souvent que la spiritualité est essentiellement un mode de vie et qu’elle n’est pas déterminée par ce qu’on a emmagasiné de notions, d’idées, de théories, mais par ce qu’on a réussi à faire vibrer dans les courants de son sang, et qui se traduit ainsi par une supériorité, par une profonde noblesse de l’âme et du corps lui-même.
Mais dans la civilisation moderne, tout vise à étouffer le sens héroïque de la vie. Tout tend à la mécanisation, à l’embourgeoisement, à la grégarisation méthodique et prudente d’êtres insatiables et dont aucun ne se suffit lui-même. La communication avec les forces profondes et libres de l’homme et avec celles des choses et de la nature est rompue, le démon des métropoles pétrifie toute vie, syncope toute respiration, contamine toute source. Qui plus est, des idéologies pacifistes attisent le mépris des valeurs qui, à d’autres époques, servaient de base à une organisation sociale plus rationnelle et plus éclairée ; car, dans les anciennes communautés, le sommet de la hiérarchie était occupé par la caste de l’aristocratie guerrière, tandis qu’aujourd’hui, dans les utopies pacifistes et humanitaires, on cherche à faire du guerrier une sorte d’anachronisme, un être dangereux et nuisible, qui, dans l’avenir, sera éliminé par une prophylaxie opportune, au nom du "progrès". »

Julius Evola, Méditations du haut des Cimes

 

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Les permanences

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« Sous les apparences mouvantes, vivent les permanences, l’axe stable au centre de la roue tournoyante du changement. Ce qui était ne sera jamais plus, certes. Les formes anciennes ne reviendront pas, mais ce qui est de toujours resurgira. »

Dominique Venner, Le cœur rebelle

 

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10/08/2014

Une servilité voluptueuse, une nécessité tyrannique

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« 14 août 1932,

[Anaïs],

Ne compte plus me trouver sain d'esprit. Finissons-en avec la raison. Ce fut un mariage à Louveciennes, tu ne peux le nier. Je suis reparti avec des morceaux de toi collés sur ma peau ; je marche, je nage dans un océan de sang, de ton sang d'Andalouse, distillé et venimeux. Tout ce que je fais, ce que je dis, ce que je pense tourne autour de ce mariage. Je t'ai vue en maîtresse de maison, une Mauresque au visage épais, une négresse au corps blanc, des yeux sur tout le corps - femme, femme, femme. Je ne vois pas comment je pourrais continuer à vivre loin de toi - ces séparations sont désormais la mort. Qu'as-tu éprouvé lorsque Hugo est rentré ? Etais-je encore là ? Je ne peux pas t'imaginer te comportant avec lui comme tu l'as fait avec moi. Les jambes serrées. Fragilité. Doux consentement du traître. Docilité d'oiseau. Avec moi tu es devenue femme. J'en fus presque terrifié. Tu n'as pas trente ans - tu as mille ans.

Me voici de retour et la passion couve toujours, fumante comme du vin chaud. Non plus la passion de la chair, mais une faim de toi, une faim dévorante. Dans les journaux, je lis les articles sur les meurtres et les suicides et je les comprends parfaitement. Je me sens meurtrier, suicidaire. J'ai comme l'impression que c'est une honte de ne rien faire, de se contenter de passer le temps, de le prendre avec philosophie, d'être raisonnable. Où est le temps où les hommes se battaient, tuaient, mouraient pour un gant, pour un regard, etc. ? (Quelqu'un est en train de jouer cet air affreux de Madame Butterfly - "Un jour il viendra" !)

Je t'entends encore chanter dans la cuisine - de ta voix légère, comme celle des Noirs, tu chantes une sorte de litanie cubaine monotone et sans harmonie. Je sais que tu es heureuse dans la cuisine et que le plat que tu prépares est le meilleur que nous ayons mangé ensemble. Je sais que tu t'es souvent brûlée la peau sans jamais te plaindre. J'éprouve la plus grande joie et la plus grande paix à être assis dans la salle à manger, tandis que tu t'agites autour de moi, dans ta robe digne de la déesse Indra, constellée de mille yeux.

Anaïs, je croyais t'aimer, avant ; ce n'était rien à côté de la certitude que j'en ai aujourd'hui. Etait-ce si merveilleux parce que c'était court et volé à la vie ? Nous jouions-nous la comédie l'un à l'autre, l'un pour l'autre ? Etais-je moins "moi", ou davantage "moi" ? Etais-tu moins ou plus "toi" ? Est-ce folie que de croire que ça pourrait continuer ? Quand et où commencerait la grisaille ? Je t'étudie tellement, afin de découvrir d'éventuels défauts, des points faibles, des zones dangereuses. Je n'en trouve pas - pas les moindres. Cela veut dire que je suis amoureux, aveugle, aveugle, aveugle. Etre aveugle à jamais. [...]

Je sais que maintenant tu as les yeux grands ouverts. Il y a des choses auxquelles tu ne croiras jamais plus, des gestes que tu ne referas plus, des chagrins, des doutes que tu ne connaîtras plus. Blanche ferveur presque criminelle dans ta tendresse et dans ta cruauté. Pas de remords ni de vengeance, pas de chagrin ni de culpabilité. Seulement vivre, sans rien pour te sauvegarder de l'abîme si ce n'est un fol espoir, une joie à laquelle tu as goûté et que tu peux retrouver à volonté. [...]

La vie et la littérature mêlées, l'amour comme dynamo, toi avec ton âme de caméléon, m'offrant mille sortes d'amour, toujours là, solide, quelle que soit la tempête que nous traversons, nous sentant partout chez nous. Poursuivant, chaque matin, la tâche là où nous l'avions laissée. Résurrection sur résurrection. Toi, prenant de plus en plus d'assurance et menant la vie riche que tu désires ; et plus tu prends de l'assurance, plus que tu me veux, plus tu as besoin de moi. Ta voix devient plus rauque, plus profonde, tes yeux plus noirs, ton sang plus épais, ton corps plus plein. Une servilité voluptueuse, une nécessité tyrannique. Plus cruelle que jamais - consciemment, délibérément cruelle. Le plaisir sans fin de l'expérience. »

Henry Miller à Anaïs Nin , in Anaïs Nin, Henry Miller, Correspondance passionnée

 

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Musomisie...

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« Ne pas avoir de sens pour l’art, ce n’est pas grave. On peut ne pas lire Proust, ne pas écouter Schubert, et vivre en paix. Mais le misomuse ne vit pas en paix. Il se sent humilié par l’existence d’une chose qui le dépasse et il la hait. Il existe une misomusie populaire comme il y a un antisémitisme populaire. Les régimes fascistes et communistes savaient en profiter quand ils donnaient la chasse à l’art moderne. Mais il y a la misomusie intellectuelle, sophistiquée : elle se venge sur l’art en l’assujettissant à un but situé au-delà de l’esthétique. La doctrine de l’art engagé : l’art comme moyen d’une politique. Les théoriciens pour qui une oeuvre d’art n’est qu’un prétexte pour l’exercice d’une méthode (psychanalytique, sémiologique, sociologique, etc.). La misomusie démocratique : le marché en tant que juge suprême de la valeur esthétique. »

Milan Kundera, L’Art du roman

 

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