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24/11/2014

Des raffinés...

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« Le monde est plein de gens qui se disent des raffinés et puis qui ne sont pas, je l’affirme, raffinés pour un sou. Moi, votre serviteur, je crois bien que moi, je suis raffiné ! Authentiquement raffiné. Jusqu’à ces derniers temps j’avais peine à l’admettre... Je résistais... Et puis un jour je me rendis... Tant pis !... Je suis tout de même un peu gêné par mon raffinement… Que va-t-on dire ? Prétendre ?... Insinuer ?...
Un raffiné valable, raffiné de droit, de coutume, officiel, d’habitude doit écrire au moins comme M. Gide, M. Vanderem, M. Benda, M. Duhamel, Mme Colette, Mme Fémina, Mme Valéry, les "Théâtres Français"... pâmer sur la nuance... Mallarmé, Bergson, Alain… troufignoliser l’adjectif... goncourtiser... merde ! enculagailler la moumouche, frénétiser l’Insignifiance, babiller ténu dans la pompe, plastroniser, cocoriquer dans les micros... Révéler mes "disques favoris"... mes projets de conférences...
Je pourrais, je pourrais bien devenir aussi moi, un styliste véritable, un académique "pertinent". C’est une affaire de travail, une application de mois... peut-être d’années...
On arrive à tout... comme dit le proverbe espagnol : "Beaucoup de vaseline, encore plus de patience, Éléphant encugule fourmi." »

Louis-Ferdinand Céline, Bagatelles pour un massacre

 

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Les inconvénients de la chair

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« Aussi longtemps que nous vivons ici-bas, nous sommes liés au genre humain par l'identité de notre corps ; c'est par l'esprit que nous nous en différencions. C'est pourquoi nous partageons avec tous les hommes les inconvénients de la chair, jusqu'à ce que "cet être corporel revête l'incorruptibilité, que cet être mortel revête l'immortalité" (1 Co 15,53). Lorsqu'une cité est envahie par l'ennemi, sa captivité touche tous ses habitants sans aucune distinction. Et quand le ciel serein élimine tout espoir de pluie, la sécheresse nous menace tous indifféremment. Quand enfin les rochers enserrent un navire de toutes parts, le naufrage devient le lot commun à tous les passagers, sans exception. Ainsi en est-il de toute douleur, qu'elle affecte nos yeux, nos membres, ou notre corps en général : elle est notre lot à tous, aussi longtemps que nous partageons la même chair en ce monde ! »

Cyprien de Carthage, Sur la mort,8

 

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Cette humanité ostentatoire et programmatique du littérateur

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« L’amour ! L’humanité ! Je les connais, cet amour rhétorique, cet humanitarisme doctrinaire, que l’on exprime les dents serrées, pour marquer du dégoût à l’égard de son propre peuple. Je le connais, le cri des littérateurs d’aujourd’hui. Je connais aussi les œuvres d’art où il s’exhale, des œuvres où l’ "humanité" est une exigence intellectuelle, une doctrine littéraire, quelque chose de conscient, de voulu, de didactique et où, en même temps, elle fait défaut, et qui vivotent uniquement de ce que public et critique confondent l’ "humanité" avec une exigence rhétorique et politique de l’humanité. Cette humanité ostentatoire et programmatique du littérateur, qui se sert d’elle pour attaquer et humilier, qui est fier d’elle comme un paon et qui semble perpétuellement crier : "Voyez comme je suis humain, et vous, qu’êtes-vous, sinon d’infâmes esthètes !" - oh ! grand merci pour ce genre d’ "humanité" publicitaire !
Oui, la guerre est atroce ! Mais si, pendant cette guerre, le littérateur politique bombe le torse et déclare que dans sa poitrine passe le souffle d’amour du grand Tout, c’est l’abomination des abominations, – un spectacle intolérable. "En vérité, dit la démence servile, c’est non seulement un grand artiste, mais avant tout un homme admirable..."
N’a-t-il pas honte ? Car il n’est pas admirable et il le sait. Un acharnement mesquin joint à la sentimentalité, un endurcissement doctrinaire, une présomption, une intolérance froide et rigide, l’emphase pharisienne, prête à l’immolation des autres, du "tant pis si vous périssez, moi je demeure dans la lumière", tout cela ne fait pas une humanité admirable. [...]
Tourgueniev a dit une fois du rousseauiste Léon Tolstoï que son suprême et plus terrible secret, c’était de ne pouvoir aimer personne hormis lui-même. C’est le secret de tous ceux qui suivent Rousseau, qui toujours, d’une manière ou d’une autre, fourrent leurs rejetons à l’hospice des enfants trouvés et écrivent des romans éducatifs. [...] L’action publique de quelqu’un qui s’entend très bien à dire "j’aime Dieu" peut être importante ; mais si cependant il hait son frère, alors, selon l’Evangile de Saint-Jean, son amour pour Dieu n’est rien que belle littérature, et une fumée de sacrifice qui ne s’élève point. »

Thomas Mann, Considérations d’un apolitique

 

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23/11/2014

Ce n’est pas contradictoire avec la modernité

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« Je défends comme vous cet Occident scientifique, ce nouvel empire romain. Mon affaire n’est pas la politique. Je ne me bats pas précisément pour une forme de société. Quoique j’aie une préférence pour la libérale, mais c’est secondaire. Je me bats pour cette civilisation. Je crois qu’elle sera gagnante sur les deux tableaux : le pouvoir et l’esprit… Je m’intéresse à la vie spirituelle. Les gens ne comprennent pas qu’on puisse être spiritualiste et croire en ce monde. La vieille dualité chrétienne les égare… Mais qu’est-ce que la vie spirituelle ? L’ensemble des conduites héroïques et poétiques de l’âme… Ce n’est pas contradictoire avec la modernité. Je peux très bien chercher l’ “état d’éveil”, comme disent les mystiques, et diriger une usine. Je peux être Socrate dans le métro, Héraclite au mont Palomar, ou Marc-Aurèle en fusée… Nous sommes dans la première grande civilisation surhumaniste. Nous reprenons et nous portons plus haut les volontés de Prométhée, de Dédale, de Faust… Comment vous dire ?… Eh bien, mon cher Joseph, je me sens de moins en moins chrétien. Je crois même que je deviens antichrétien. »

Louis Pauwels, Blumroch l’admirable

 

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21/11/2014

Aimer le paysage c’est comme aimer la langue...

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« Mardi 30 juillet 2013, midi

Heureusement il nous reste la lumière — la lumière et l’amour (mais certaines philosophies soutiennent que c’est la même chose, je crois).

La vieille consolation lamartinienne par le truchement de la nature ("Mais la nature est là qui t’invite et qui t’aime"), celle de toute la poésie lyrique au moins jusqu’au siècle dernier, n’est plus si agissante, loin de là. La nature n’est plus là, ou bien rarement, et dans quel état ! Elle est partout humiliée, blessée, salie, souillée, aménagée, viabilisée, rentabilisée, touristisée, tôllifiée, parpaingnifiée, industrialisée, banlieucalisée, artificialisée, peaudechagrinée, traquée. Il n’y a que les gens qui ne l’aiment pas vraiment pour ne pas voir ses atroces souffrances et pour jouir sereinement de son agonie. Il n’y a que les gens qui n’aiment pas le paysage (et ils sont l’immense majorité des vivants, il suffit de les voir ne pas le voir, et de voir comment ils le traitent) pour croire que le paysage nous offre la ressource qu’il a toujours offerte — le toujours très historique du sentiment lyrique, au moins. Aimer le paysage c’est comme aimer la langue, ou comme aimer la France : une blessure de tous les instants. Oh, certes, il nous reste des lambeaux, de magnifiques vestiges, des poèmes, des terrasses, des livres, des vergers, des fenêtres, des îles, des inscriptions sur des pierres, le coin d’un champ et même quelques morceaux de montagne réchappés par miracle à la sale industrie des sports d’hiver ; mais pratiquement plus de bords de mer, presque jamais de grands panoramas intacts, à peine un ou deux villages épargnés par la Grande Pelade, l’arrachage des enduits, la lèpre pavillonnaire, l’éclairage a giorno et, s’ils ont eu le malheur d’être trop beaux, la kitscherie gnan-gnan, le fer forgé, l’artisanat d’art, l’esprit “poutres app.”, les galeries de peinture, les “formules”, le second degré. J’ai eu l’imprudence de faire confiance aux ciels. Ils ont longtemps été loyaux et sûrs. Il leur arrive encore de nous mettre à genoux, d’admiration et de gratitude. Mais mêmes eux sont pollués à présent, maculés, striés, lacérés par cet imbécile d’homme et son ingénieux génie. Ne nous laissera-t-il pas, à la fin, un seul espace et un moment sans lui ? Faut-il vraiment qu’il humanifie, quand bien même il les aurait déjà si heureusement humanisés, chacun de nos regards et la moindre de nos sensations ? »

Renaud Camus, NON, journal 2013

 

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Authenticité...

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« Vendredi 26  avril 2013

  S’il fallait tourner un film dont l’action se situe dans l’ancienne France paysanne, on serait bien obligé d’avoir recours à des décors artificiels, ou bien de se résoudre à montrer un pays faux, un pays qui n’a jamais été comme cela : la Grande Pelade en effet - l’horrible manie petite-bourgeoise, c’est-à-dire universelle, des arrachages d’enduits - , a totalement défiguré les villes, les bourgs, les villages et les campagnes. Elle les a rendus méconnaissables, elle a fait disparaître le décor ancien, et toute son épaisseur de temps. Chaque fois que j’ai l’occasion de sillonner un ou deux cantons, la poursuite obstinée, malgré mes objurgations, de ce long massacre de l’habitat rural me rend littéralement malade (...)

Le plus ridicule et rageant est qu’aussi bien les arrachages d’enduits que les introductions de poutres en guise de linteaux, souvent au-dessus de larges  baies coulissantes au bord métallisés, ou plastifiés, procèdent, dans l’esprit de ceux qui les commettent, d’une exigence, ô combien ignorante et dévoyée, d’authenticité. Ces vandales bien intentionnés croient sérieusement qu’il est plus "authentique" de leur part, de montrer leurs affreuses pierres meulières, qui ont toujours été cachées, que les beaux crépis qui les recouvraient et qui, eux, avaient toujours été là, c’est-à-dire dès la construction, bien sûr ; et les même sont persuadés que leurs sales poutres incorporées, au-dessus des ouvertures, confèrent aux façades, grâce à leurs relents de mauvais westerns, sans doute, une allure plus authentiquement "rustique" ; alors que l’architecture rurale de la région, celle du moins qui a été le mieux conservée, n’aspirait à rien moins qu’ à la rusticité et tendait au contraire, souvent avec grand succès, à l’élégance et à un classicisme d’inspiration citadine. De superbes fermes ou maisons de maîtres d’un grand style Louis XV sont défigurées pour se voir imposer l’allure supposée de pauvres métaieries du temps de la Troisième République. Seule la rusticité, très mal interprétée le plus souvent, a droit au label "authenticité". Le reste n’existait pas, apparemment (un peu comme le peuple français.) »

Renaud Camus, NON, journal 2013

 

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Fuyant vers une victoire certaine et confortable

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« Et pourtant, je ne l’ai vu qu’une seule fois. C’était pendant l’occupation, à la terrasse du Flore. Jean-Paul Sartre passait sur le boulevard, fuyant vers une victoire certaine et confortable. Il m’est arrivé de revoir Jean-Paul Sartre, entouré de jeunes camarades, assis comme nous l’étions ce matin-là, graves et captivés. J’en ai éprouvé comme d’un pincement. Ce n’est pas qu’il n’y ait places autour des guéridons pour toutes les jeunesses et toutes les écoles qu’on voudra, mais Brasillach...

Un maître dites vous ? J’aurai bien aimé me promener avec lui. »

Antoine Blondin, Ma vie entre des lignes

 

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La vérité

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« Mais d’où vient que la vérité engendre la haine ? D’où vient que l’on voit, un ennemi dans l’homme qui l’annonce en votre nom, si l’on aime la vie heureuse qui n’est que la joie de la vérité ? C’est qu’elle est tant aimée, que ceux même qui ont un autre amour veulent que l’objet de cet amour soit la vérité ; et refusant d’être trompés, ils ne veulent pas être convaincus d’erreur. Et de l’amour de ce qu’ils prennent pour la vérité vient leur haine de la vérité même. Ils aiment sa lumière et haïssent son regard. Voulant tromper sans l’être, ils l’aiment quand elle se manifeste, et la haïssent quand elle les découvre ; mais par une juste rémunération, les dévoilant malgré eux, elle leur reste voilée.

C’est ainsi, oui c’est ainsi que l’esprit, humain, dans cet état de cécité, de langueur, de honte et d’infirmité, prétend se cacher et que tout lui soit découvert ; et il arrive, au contraire, qu’il n’échappe pas à la vérité qui lui échappe. Et néanmoins dans cet état de misère, il préfère ses joies à celles du mensonge. Il sera donc heureux lorsque, sans crainte d’aucun trouble, il jouira de la seule Vérité, mère de toutes les autres. »

Augustin d'Hippone, Confessions, Livre X, Chapitre XXIII

 

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Le courage de provoquer sa grand-mère...

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« De nos jours nous voyons mentionner le courage et l’audace avec lesquels certains rebelles s’en prennent à une tyrannie séculaire ou à une superstition désuète. Ce n’est pas faire preuve de courage que de s’en prendre à des choses séculaires ou désuètes, pas plus que de provoquer sa grand-mère. L’homme réellement courageux est celui qui brave les tyrannies jeunes comme le matin et les superstitions fraîches comme les premières fleurs. »

Gilbert Keith Chesterton, Le monde comme il ne va pas

 

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20/11/2014

Ecartelé par toutes les forces de ce temps

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« La technique a déjà pénétré profondément dans l’homme. Non seulement la machine tend à créer un nouvel environnement de l’homme, mais encore elle modifie déjà son être même. Le milieu dans lequel vit cet homme n’est plus son milieu. Il doit s’adapter comme aux premiers temps du monde à un univers pour lequel il n’est pas fait. (...) IL est fait pour le contact avec les choses vivantes et il vit dans un monde de pierre. Il est fait pour l’unité de son être et il se trouve écartelé par toutes les forces de ce temps.
La machine en même temps l’enrichit et le change. Ses sens et ses organes ont multiplié les sens et les organes de l’homme, le faisant pénétrer dans un milieu nouveau, lui révélant des spectacles inconnus, des libertés et des servitudes qui n’étaient pas celles, traditionnelles, à quoi il était accoutumé. Libéré peu à peu des contraintes physiques, il est plus esclave des contraintes abstraites.

(...)

Ce n’est pas seulement dans son travail que l’homme rencontre cette transformation. Il s’agit d’une modification de son environnement tout entier, c’est-à-dire de tout ce qui fait son milieu, ses moyens de vivre, ses habitudes. La machine a transformé ce qu’il y a de plus immédiat pour l’homme, sa maison, son mobilier, sa nourriture.
(...) Nous savons bien (...) toutes les répercussions de la machine sur la nourriture. La conserve d’abord (...) mais aussi la profonde modification du pain, devenu une substance chimique très étrangère au simple grain de blé.
Là encore, des études faites depuis Graham ("Treatise on bread") ont montré à quel point la structure organique du pain avait été modifiée par la machine et la chimie et qu’il en est résulté une profonde altération du goût, comme si "les consommateurs, par une réaction inconsciente, adaptaient leur goût au type de pain qui correspondait exactement à la production en masse".
Ce n’est pas ici un jugement d’esthète ni de romantique attardé. C’est l’expression de techniques précises. Ce sont des constatations faites par les techniciens eux-mêmes.

(...)

L’homme a toujours connu de vastes horizons. IL a toujours été en contact direct avec l’illimité de la plaine, de la montagne, de la mer. Même l’homme des villes. La ville du moyen âge, ceinte de ses murs, tranchait sur la campagne de telle façon que le bourgeois avait cinq cent mètres à faire pour atteindre l’enceinte d’où brusquement l’espace se déroulait, net et libre. L’homme de notre temps ne connaît plus qu’un horizon borné, une dimension réduite ; le lieu de ses mouvements mais aussi de ses yeux se resserre – et si, dans l’usine, ses gestes sont étroitement mesurés par le voisinage, quand il s’éveille ses yeux sont également arrêtés par le mur d’en face qui lui bouche le ciel.

Cette contradiction est bien caractéristique de notre temps : à la conquête abstraite de l’Espace par l’Homme correspond la limitation de la place pour les hommes.»

« Il est vain de déblatérer contre le capitalisme, ce n'est pas lui qui fait le monde, c'est la Machine. »

Jacques Ellul, La technique ou l'enjeu du siècle

 

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Il faut être sérieux

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« Curieux pays où un roi -- George V -- et un dictateur -- Primo de Rivera -- se promènent avec une fleur à la boutonnière ! Mais dans les démocraties il faut être "sérieux". Imaginez-vous Poincaré une fleur au jabot ? »

Henry de Montherlant, Carnets

 

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Injuste

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« Tout ce qui est naturel est injuste. »

« La plupart éprouvent un soulagement, à pouvoir rendre un autre responsable de leur souffrance. J'éprouvais un soulagement à ne recevoir la mienne que de moi-même. »

Henry de Montherlant, Carnets

 

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Au nom de quoi on condamnerait ceux qui sont hors de leur époque

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« La vulgarité est aujourd’hui d’être "moderne", à la page, de se tenir au courant, de flairer l’avenir... Je cherche au nom de quoi on condamnerait ceux qui sont hors de leur époque. Qu’y a-t-il dans l’avenir de supérieur au passé ? »

Henry de Montherlant, Carnets

 

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Regardez votre abîme

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« Ce siècle est un combat, un fracas, un éclat, un tumulte.
Souffrez que je vous présente en ce moment quelques hommes pacifiques. Car il y en eut; à regarder le monde, on est tout près de s’en étonner. Il y eut des Pacifiques. Parmi eux plusieurs ont reçu une dénomination singulière, officielle, et s’appellent des Saints. Des Saints ! Souffrez que je vous arrête un instant sur ce mot. Des Saints ! Oubliez les hommes dans le sens où il le faut pour vous souvenir de l’homme. Souvenez-vous de vous-même. Regardez votre abîme. »

Ernest Hello, Physionomie de Saints

 

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19/11/2014

Quinze siècles surgissent comme une durée indéterminée

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« Cet enfant a chance de devenir philosophe qui, très tôt, s’intéresse aux devinettes ; si la devinette résiste, avec un grand objet, elle passe énigme, parole et question obscure – redoutable et sacrée. Or il y a deux sortes de devinettes, et à la suite, deux espèces d’énigmes ; la première interroge : "Qu’est-ce qui ?", et propose brusquement, dans son provisoire silence, l’objet d’une recherche ; l’autre demande "comment il se peut" ou "comment il se fait" que se passe quelque chose : cet "il" prend le relais du divin – qui sommeille dans la simple devinette - , et déjà présuppose le clair déroulement d’un phénomène, le projet déjà scientifique ; l’énigme s’éloigne. Entre la devinette et l’énigme, plus sérieuse et moins décisive, se propose la "question".

Une devinette qui résiste quinze siècle, se transmet et se répète sans s’effacer, et qui, au-delà des réponses qui ont pu survenir, sans supprimer l’étonnement initial, ni rendre inconcevable la surprise, n’est pas un phénomène moins étrange que celui de millions d’années évoquées par les fossiles, ni que la minute de décision qui vous sauve ou vous perd. Ce sont des ordres de grandeur qui ne s’excluent ni se conjuguent d’avance.

Or une telle devinette, où quinze siècles surgissent comme une durée indéterminée, se trouve, de façon exemplaire, chez Saint Augustin et chez Husserl – le dernier se référant au premier, allant même jusqu’à reprendre à la lettre sa devinette en la faisant seulement passer du latin à l’allemand moderne :
"Qu’est cela que je sais quand personne ne me le demande, mais, si je veux l’expliquer à qui me le demande, je ne le sais pas ?"

La réponse est : le Temps. »

Pierre Boutang, Le temps, essai sur l’origine

 

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