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24/06/2014

Je vous écris en cours de chute

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« Le repos, la planche de vivre ? Nous tombons. Je vous écris en cours de chute. C'est ainsi que j'éprouve l'état d'être au monde. L'homme se défait aussi sûrement qu'il fut jadis composé. La roue du destin tourne à l'envers et ses dents nous déchiquettent. Nous prendrons feu bientôt du fait de l'accélération de la chute. L'amour, ce frein sublime, est rompu, hors d'usage.
Rien de cela n'est écrit sur le ciel assigné, ni dans le livre convoité qui se hâte au rythme des battements de notre cœur, puis se brise alors que notre cœur continue à battre. »

René Char, Fenêtres dormantes et porte sur le toit

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23/06/2014

De féroces rétiaires...

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« Dieu l'arrangeur, ne pouvait que faillir. Les dieux, ces beaux agités, uniquement occupés d'eux-mêmes et de leur partenaire danseuse, sont toniques. De féroces rétiaires refluant du premier, mais en relation avec lui, nous gâtent la vue des seconds, les oblitèrent. »

René Char, Fenêtres dormantes et porte sur le toit

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Révolte...

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« Il semble que l'on naît toujours à mi-chemin du commencement et de la fin du monde. Nous grandissons en révolte ouverte presque aussi furieusement contre ce qui nous entraine que contre ce qui nous retient. »

René Char, Les Matinaux

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Noeuds...

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« Imite le moins possible les hommes dans leur énigmatique maladie de faire des noeuds. »

René Char, "Les Matinaux" in "La parole en archipel"

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Nous restons gens d'inclémence

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« Obéissez à vos porcs qui existent. Je me soumets à mes dieux qui n’existent pas. Nous restons gens d'inclémence. »

« Nous ne jalousons pas les dieux, nous ne les servons pas, mais au péril de notre vie, nous attestons leur existence multiple et nous nous émouvons d'être de leur élevage aventureux lorsque cesse leur souvenir. »

René Char, Les Feuillets d’Hypnos

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Cime...

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« Sur les pas du héros que tu choisis toi-même, Monte sans te lasser vers la cime suprême. »

Johann Wolfgang von Goethe, Iphigénie en Tauride

 

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Quand nous avançâmes, une fureur guerrière s'empara de nous...

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« Le grand moment était venu. Le barrage roulant s'approchait des premières tranchées. Nous nous mîmes en marche... Ma main droite étreignait la crosse de mon pistolet et la main gauche une badine de bambou. Je portais encore, bien que j'eusse très chaud, ma longue capote et, comme le prescrivait le règlement, des gants. Quand nous avançâmes, une fureur guerrière s'empara de nous, comme si, de très loin, se déversait en nous la force de l'assaut. Elle arrivait avec tant de vigueur qu'un sentiment de bonheur, de sérénité me saisit.

L'immense volonté de destruction qui pesait sur ce champ de mort se concentrait dans les cerveaux, les plongeant dans une brume rouge. Sanglotant, balbutiant, nous nous lancions des phrases sans suite, et un spectateur non prévenu aurait peut-être imaginé que nous succombions sous l'excès de bonheur. »

Ernst Jünger, Orages d'acier

 

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Que voulez-vous ? la guerre les amuse !

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« Un guetteur s'écroule tout d'une masse, ruisselant de sang. Balle dans la tête. Les copains lui arrachent de sa capote le paquet de pansement et le bandent. "C'est plus la peine Willem ! - Mais quoi, vieux, y respire encore !" Arrivent les brancardiers pour l'emporter au poste de secours. La civière cogne rudement contre les traverses disposées en chicane. A peine a-t-elle disparu que tout reprend son cours habituel. On jette quelques pelletées de terre sur la flaque rouge, et chacun retourne à ses occupations. Seul, un bleu s'appuie encore, tout blême, au revêtement de bois. Il essaie de comprendre ce qui s'est passé. Tout a été si soudain, si affreusement surprenant, un attentat d'une indicible brutalité. C'est impossible, cela n'a pu avoir lieu. Pauvre type, tu en verras d'autres...

Mais souvent aussi, tout se passe joyeusement. Nombre de nos hommes y mettent une ardeur de Nemrod. Ils contemplent avec un volupté de connaisseurs les effets de l'artillerie sur la tranchée adverse : "Mon vieux, il est bon comme la romaine. - Bon Dieu, regarde comme ça gicle ! Pauvre Tommy ! Sortez vos mouchoirs !" Ils aiment tirer des grenades à fusil et des mines légères contre les lignes ennemies, au grand mécontentement des timorés. "Laisse donc tes c...ies, on dérouille déjà assez comme ça." Mais cela ne les empêche pas de réfléchir constamment à la meilleure manière de projeter des grenades avec une espèce de catapulte de leur invention, ou de rendre des approches périlleuses  au moyen d'une quelconque machine infernale. Ils peuvent, par exemple, ouvrir une brèche étroite dans un obstacle, en face de leur créneau, pour attirer au bout de leur fusil un patrouilleur séduit par un passage aussi facile ; une autre fois, ils rampent jusqu'à l'autre côté et attachent aux barbelés anglais une clochette qu'ils agitent de leur propre tranchée, au bout d'une longue ficelle, pour affoler les guetteurs anglais. Que voulez-vous ? la guerre les amuse. »

Ernst Jünger, Orages d'acier

 

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22/06/2014

Ce qui se trame chez nous se décide dans l'immensité cosmique

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« Je me dis qu'il est bien extraordinaire que la simple vue du firmament étoilé ait pu faire naître en moi toutes ces pensées, et qu'il est merveilleux que mon cerveau ait tout de suite ressenti l'irrésistible besoin d'organiser les fragments d'information sur le monde extérieur qui me sont communiqués par mes sens en un schéma unifié et cohérent. La nature n'est pas muette. Tel un orchestre lointain, elle nous fait constamment parvenir des fragments de musique et des notes éparses. Mais elle ne veut pas tout nous livrer sur un plateau. La mélodie qui unit les fragments de musique manque. Le fil conducteur des notes est dissimulé. C'est à nous de percer les secret de cette mélodie cachée pour l'entendre dans toute sa radieuse beauté. »

« En d'autres termes, ce qui se trame chez nous se décide dans l'immensité cosmique, ce qui se passe sur notre minuscule planète est dicté par toute la hiérarchie des structures de l'univers. Chaque partie porte en elle la totalité et de chaque partie dépend tout le reste.L'univers est connecté. »

« Augmentons un peu (de quelques % par ex) la valeur du paramètre numérique des univers jouets qui contrôle l’intensité de la force nucléaire forte, et les protons, noyaux d’hydrogène, ne pourront pas rester libres. Ils se transforment en noyaux lourds en se combinant avec d’autres protons et neutrons. Sans hydrogène, adieu eau, molécules d’ADN et vie. »

« Le pendule de Foucault et l'expérience EPR (Einstein-Podolsky-Rosen)* nous ont contraints à dépasser nos notions habituelles d'espaces et de temps. Nous sommes amenés à conclure que l'univers possède bien un ordre global et indivisible, tant à l'échelle macroscopique que microscopique. Une influence omniprésente et mystérieuse fait que chaque partie contient le tout et que le tout reflète chaque partie. Tous les êtres vivants dans l'univers, toute la matière, le livre que vous tenez entre les mains, les meubles qui vous entourent, les vêtements que vous portez, tous les objets que nous identifions comme fragments de réalité contiennent la totalité enfouie en eux. Nous tenons chacun l'infini au creux de notre main. »

Trinh Xuan Thuan, La Mélodie Secrète

 

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Gospode Pomilouï

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« Demeure assis dans le silence et dans la solitude, incline la tête, ferme les yeux ; respire plus doucement, regarde par l'imagination à l'intérieur de ton coeur, rassemble ton intelligence, c'est à dire ta pensée, de ta tête dans ton coeur. Dis sur la respiration: "Seigneur Jésus-Christ, ayez pitié de moi", à voix basse, ou simplement en esprit. Efforce toi de chasser toutes pensées, sois patient et répète souvent cet exercice. »

Paroles de Saint Syméon le Nouveau Théologien, cité in Récits d'un pèlerin russe

 

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21/06/2014

J'aime Dieu. J'aime la vie. J'aime tout le monde.

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« Dieu m'aide. J'aime Dieu. Il m'aime. Je sais que tout le monde a oublié ce qu'est Dieu. Tout le monde pense que c'est un mensonge. Les savants disent que Dieu n'existe pas. Moi je dis que Dieu existe. Je le sens au lieu de le penser. Je sais que les mères me comprendront mieux, car elles ressentent la mort chaque fois qu'elles vont accoucher.



J'aime que tout le monde pense que je suis un idiot.



Un bouffon sans amour n'est pas Dieu.



Les critiques pensent toujours qu'ils sont plus intelligents que les artistes.



Je suis un homme en Dieu. J'ai peur de la perfection, car je veux qu'on me comprenne. Je me sacrifie, car je ne vis pas comme tout le monde. Je travaille des jours entiers. J'aime le travail. Je veux que tout le monde travaille comme moi.



Les copieurs me rappellent les singes, car les singes copient les gestes humains.



Je jouerai au théâtre des choses qui exciteront le public, car je sais que les gens aiment l'excitation, mais en les excitant je leur ferai sentir l'amour. Je ne veux pas que les gens aiment la mort de l'âme. Je ne veux pas que les gens aient peur de la mort qui vient de Dieu. Je suis la nature. Je suis Dieu dans la nature. Je suis le coeur de Dieu. Je ne suis pas du verre dans le coeur. Je n'aime pas les gens au coeur de verre. J'ai fait une faute en écrivant "coeur", mais maintenant je l'ai corrigée, car j'aime me corriger. Je veux que les gens se corrigent. Je ne veux pas la mort de l'esprit. Je suis une colombe.



J'aime Dieu. J'aime la vie. J'aime tout le monde.



J'ai vécu plus d'un an avec Dieu et j'ai travaillé quotidiennement. Je dormais et je pensais à Dieu. »

Vaslav Nijinski, Cahiers

 

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Je descends de Dieu

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« Les gens qui ne veulent pas changer de vie ne sont pas des hommes. Ils descendent du singe de Darwin. Je ne descends pas du singe de Darwin, c'est pourquoi je n'ai pas d'habitudes. Je descends de Dieu. »

« La nature de Darwin est inventée. La nature est la vie, et la vie est la nature. J'aime la nature. Je sais ce que c'est que la nature. Je comprends la nature, car je sens la nature. La nature me ressent. La nature est Dieu, je suis la nature. Je n'aime pas la nature inventée. Ma nature est vivante. Je suis vivant. Je connais des gens qui ne comprennent pas la nature. La nature est une chose superbe. Ma nature est superbe. Je sais qu'on me dira que moi aussi j'étudie. Mais j'étudie la nature d'après le sentiment. Mes sentiments sont grands, c'est pourquoi je sais sans étudier ce que c'est que la nature. La nature est la vie. La vie est la nature. Le singe est la nature. L'homme est la nature. Le singe n'est pas la nature de l'homme. Je ne suis pas le singe en l'homme. »

« Ma femme est en transe de poudre, et moi je suis en transe de Dieu. »

« Je suis ce Dieu qui meurt si on ne l'aime pas. »

Vaslav Nijinski, Cahiers

 

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Je ne suis pas tombé dans le précipice. J’ai dit que Dieu m’aimait.

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« Une fois, je suis allé me promener, vers le soir. Je montais rapidement. Je me suis arrêté sur la montagne. Ce n’était pas le Sinaï. J’étais allé loin. J’avais froid. Je souffrais du froid. J’ai senti que je devais m’agenouiller. Je me suis vite agenouillé. Après ça, j’ai senti qu’il fallait mettre ma main sur la neige. J’ai laissé ma main, et soudain j’ai senti une douleur. J’ai crié de douleur, et j’ai retiré ma main. J’ai regardé une étoile qui ne m’a pas dit "bonjour". Elle ne m’a pas clignoté. J’ai eu peur et j’ai voulu m’enfuir, mais je ne pouvais pas, car mes genoux étaient soudés à la neige.

(...)

Je marchais sur la neige. La neige craquait. J’aimais la neige. J’écoutais le craquement de la neige. J’aimais écouter mon pas. Mon pas était plein de vie. J’ai regardé au ciel et j’ai vu les étoiles qui s’étaient mises à me clignoter. Dans ces étoiles, j’ai senti de la gaieté. Je suis devenu gai et je n’avais plus froid. J’ai marché. Je marchais vite, car j’avais remarqué un petit bois qui n’avait pas de feuilles. J’ai senti le froid dans mon corps. J’ai regardé les étoiles et j’ai vu une étoile qui ne bougeait pas. Je marchais. Je marchais vite, car j’ai senti la chaleur dans mon corps. Je marchais. J’ai commencé à descendre le chemin où l’on ne voyait rien. Je marchais vite, mais j’ai été arrêté par un arbre qui a été mon salut. J’étais devant un précipice. J’ai remercié l’arbre. Il m’a ressenti, car je me suis accroché à lui. L’arbre a reçu ma chaleur, et j’ai reçu la chaleur de l’arbre. Je ne sais laquelle des chaleurs était la plus nécessaire. J’ai avancé et soudain je me suis arrêté. J’ai aperçu un précipice sans arbres. J’ai compris que Dieu m’avait arrêté parce qu’il m’aimait, c’est pourquoi j’ai dit : "Si tu le veux, je tomberai dans le précipice, si tu le veux je serai sauvé." Je suis resté sans bouger jusqu’au moment où j’ai senti une poussée en avant. Je suis reparti. Je ne suis pas tombé dans le précipice. J’ai dit que Dieu m’aimait. »

« Je sais ce que je dois faire quand une étoile me clignote. Je sais ce que signifie une étoile qui ne clignote pas. Ma femme est une étoile qui ne clignote pas. J’ai remarqué qu’il y a beaucoup de personnes qui ne clignotent pas. Je pleure quand je sens qu’une personne ne clignote pas. Je sais ce que c’est que la mort. La mort c’est une vie éteinte. Une vie éteinte, c’est ainsi qu’on appelle les gens qui ont perdu la raison. »

Vaslav Nijinski, Cahiers

 

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20/06/2014

J’ai dansé des choses effrayantes

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« Je veux danser parce que je sens, et pas parce qu’on m’attend.

J’aime les enfants, ils m’aiment aussi.

J’étais nerveux, car Dieu voulait exciter le public. Le public était venu pour s’amuser. Il pensait que je dansais pour l’amuser. J’ai dansé des choses effrayantes. Ils avaient peur de moi, c’est pourquoi ils ont cru que je voulais les tuer. Je ne voulais tuer personne. J’aimais tout le monde, mais personne ne m’aimait, c’est pourquoi je me suis énervé. J’étais nerveux, c’est pourquoi j’ai transmis ce sentiment au public. Le public ne m’a pas aimé, car il a voulu s’en aller. Alors, j’ai commencé à jouer des choses gaies. Le public à commencé à s’amuser. Il pensait que j’étais un artiste ennuyeux, mais j’ai montré que je savais jouer des choses gaies. Le public s’est mis à rire. Je me suis mis à rire. Je riais dans ma danse. Le public aussi riait dans la danse. Le public a compris ma danse, car il a eu envie de danser lui aussi. Je dansais mal, car je tombais quand il ne fallait pas. Peu importait au public, car ma danse était belle. Il avait compris mon idée, et s’amusait. Je voulais danser encore, mais Dieu m’a dit : "Ça suffit !" Je me suis arrêté. Le public s’est dispersé. Les aristocrates et le public riche m’ont supplié de danser encore. J’ai dit que j’étais fatigué. Ils ne m’ont pas compris, car ils ont insisté. J’ai dit qu’une des aristocrates avait des mouvements excités. Elle a cru que je voulais l’offenser. Alors, je lui ai dit qu’elle ressentait le mouvement. Elle m’a remercié du compliment. Je lui ai donné la main et elle a senti que j’avais raison. Je l’aime, mais je sens qu’elle était venue pour faire ma connaissance. Elle aime les jeunes hommes. Je n’aime pas cette vie, c’est pourquoi je lui ai demandé de me laisser, en le lui faisant ressentir. Elle a ressenti, c’est pourquoi elle ne m’a pas laissé la possibilité de poursuivre la conversation. Je voulais lui parler, mais elle ressentait le contraire. Je lui ai montré le sang sur ma jambe. Elle n’aime pas le sang. Je lui ai fait comprendre que le sang c’était la guerre, et que je n’aimais pas la guerre. Je lui ai posé une question sur la vie, en lui faisant voir une danse de cocotte. Elle l’a ressentie, mais elle n’est pas partie, car elle savait que je jouais la comédie. Les autres ont cru que j’allais me coucher par terre et faire l’amour. Je ne voulais pas compliquer la soirée, c’est pourquoi je me relevais quand il le fallait. Toute la soirée j’ai senti Dieu. Il m’aimait. Je l’aimais. Nous étions mariés. Dans la voiture, j’ai dit à ma femme que ce jour-ci était le jour de mon mariage avec Dieu. »

Vaslav Nijinski, Cahiers

 

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Non, Van Gogh n'était pas fou

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« Non, Van Gogh n'était pas fou, mais ses peintures étaient des feux grégeois, des bombes atomiques, dont l'angle de vision, à côté de toutes les autres peintures qui sévissaient à cette époque eût été capable de déranger gravement le conformisme larvaire de la bourgeoisie second Empire et des sbires de Thiers, de Gambetta, de Félix Faure, comme ceux de Napoléon III.
Car ce n'est pas un certain conformisme de moeurs que la peinture de Van Gogh attaque, mais celui même des institutions. Et même la nature extérieure, avec ses climats, ses marrées et ses tempêtes d'équinoxe, ne peut plus, après le passage de Van Gogh sur terre, garder la même gravitation.
A plus forte raison, sur le plan social, les institutions se désagrègent et la médecine fait figure de cadavre inutilisable et éventé, qui déclare Van Gogh fou. »

Antonin Artaud, Van Gogh, le suicidé de la société

 

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