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04/04/2014

Fossile obscène que la frontière, peut-être, mais qui s’agite comme un beau diable

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« Il est pénible de reconnaître le monde tel qu’il est, et plaisant de le rêver tel qu’on le souhaite. Nous préférons tous le Valium à l’angoisse, d’où notre penchant pour le borderless world, cette berceuse pour vieux enfants gâtés. J’y verrais volontiers une fuite en avant, un rêve yeux ouverts, qui, comme son aîné nocturne, vise à satisfaire un désir empêché. Non pas sexuel, mais religieux : le millénium avant l’heure. On cajole une planète lisse, débarrassée de l’autre, sans affrontements, rendue à son innocence, sa paix du premier matin, pareille à la tunique sans couture du Christ. Une terre liftée, toutes cicatrices effacées d’où le Mal aurait miraculeusement disparu. Les nuages atomiques vont dans ce sens : ils se moquent de Terminus, le dieu des confins, auquel Rome rendait un culte sur le Capitole, en plein centre, et au nom duquel on plantait un hermès pour marquer la lisière de son champ. Le VIH-1 non plus n’en a cure. C’est un fait. Il en est un autre, concomitant du premier : des frontières au sol, il ne s’en est jamais tant créé qu’au cours des cinquante dernières années. Vingt-sept mille kilomètres de frontières nouvelles ont été tracés depuis 1991, spécialement en Europe et en Eurasie. Dix mille autres murs, barrières et clôtures sophistiquées sont programmés pour les prochaines années. Entre 2009 et 2010, le géopoliticien Michel Foucher a pu dénombrer vingt-six cas de conflits frontaliers graves entre États. Le réel, c’est ce qui nous résiste et nargue nos plans sur la comète. Fossile obscène que la frontière, peut-être, mais qui s’agite comme un beau diable. Il tire la langue à Google Earth et met le feu à la plaine – Balkans, Asie centrale, Caucase, Corne de l’Afrique et jusqu’à la paisible Belgique. »

Régis Debray, Éloge des frontières

 

 

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03/04/2014

René Char : Le Marteau sans maître

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« Tu es pressé d'écrire,
Comme si tu étais en retard sur la vie.
S'il en est ainsi fais cortège à tes sources.
Hâte-toi.
Hâte-toi de transmettre
Ta part de merveilleux de rébellion de bienfaisance.
Effectivement tu es en retard sur la vie,
La vie inexprimable,
La seule en fin de compte à laquelle tu acceptes de t'unir,
Celle qui t'est refusée chaque jour par les êtres et par les choses,
Dont tu obtiens péniblement de-ci de-là quelques fragments décharnés.
Au bout de combats sans merci.
Hors d'elle, tout n'est qu'agonie soumise, fin grossière.
Si tu rencontres la mort durant ton labeur,
Reçois-là comme la nuque en sueur trouve bon le mouchoir aride,
En t'inclinant.
Si tu veux rire,
Offre ta soumission,
Jamais tes armes.
Tu as été créé pour des moments peu communs.
Modifie-toi, disparais sans regret
Au gré de la rigueur suave.
Quartier suivant quartier la liquidation du monde se poursuit
Sans interruption,
Sans égarement.

Essaime la poussière
Nul ne décèlera votre union. »

René Char, Le Marteau sans maître, in "Commune présence"

 

 

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Ce ne sont pas des prostituées, ce sont des jeunes filles de bonne famille

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« Un jour, le service sanitaire de la11ème Armée allemande décida d'ouvrir à Soroca un bordel militaire. Mais, à Soroca, il n'y avait d'autres femmes que les vieilles et les repoussantes. La ville avait en grande partie été détruite par les mines et les bombardements allemands et russes. Presque toute la population s'était enfuie. Le jeunes gens avaient suivis l'armée soviétique vers le Dniepr ; seuls étaient restés debout le quartier du jardin public et celui que les Génois ont construit autour de l'ancien château-fort et qui se dresse sur la rive ouest du Dniestr, au milieu d'un labyrinthe de masures basses de bois et de boue -habitées par une misérable population tartare, roumaine, bulgare et turque. Du haut du talus qui domine le fleuve, on voit la ville enserrée entre le Dniestr et une rive abrupte et boisée ; les maisons, à ce moment-là, étaient ravagées et noircies par les incendies : certaines là-bas, au-delà du jardin public, fumaient encore. Voilà ce qu'était Soroca sur le Dniestr quand fut ouvert le bordel militaire, dans une maison située prés des remparts du château-fort Génois : une ville en ruines avec des routes encombrées de colonnes de soldats, de chevaux et de véhicules automobiles.

Le service sanitaire expédia des patrouilles donner la chasse aux jeunes Juives cachées dans les blés et dans les bois avoisinants la ville. C'est ainsi que, lorsque le bordel fut inauguré par la visite officielle, d'un sévère style militaire, du comandant de la 11ème Armée, ce fut une dizaine de pales jeunes filles aux yeux rouges de larmes, qui accueillirent en tremblant le général Von Schobert et sa suite. Elles paraissaient toutes extrêmement jeunes ; certaines étaient encore des enfants. Elles ne portaient pas de ces longs peignoirs de soie rouge, jaune ou verte à larges manches qui sont l'uniforme traditionnel des bordels d'Orient, mais leur plus belle robe, des robes simples et honnêtes de jeunes filles de la bonne bourgeoisie provinciale, si bien qu'on eut dit des étudiantes (quelques-unes, d'ailleurs, en étaient) réunies chez l'une de leurs amies pour préparer ensemble un examen. Elles avaient un air apeuré, humble et timide. Je les avait vu passer sur la route quelques jours avant l'ouverture du bordel : une dizaine, qui marchaient au milieu de la route en portant, chacune, soit un ballot sous le bras, soit une valise de cuir, soit un petit paquet attaché par une ficelle. Elles étaient suivies de deux SS armés de leur fusil-mitrailleur. Toutes avaient les cheveux gris de poussière, quelques épis de blé accrochés à leur jupe et les bas déchirés. Une d'elles boitait, elle avait un pied nu et tenait son soulier à la main.

Un mois après, certain soir où j'étais de passage à Soroca, le Sonderführer Schenk m'invita à aller avec lui voir les Juives du bordel militaire. Je refusai et Schenk se mit à rire en me regardant d'un air moqueur :

-- Ce ne sont pas des prostituées, me dit-il, ce sont des jeunes filles de bonne famille.
-- Je le sais, que ce sont d'honnêtes filles, lui répondis-je.
-- Ce n'est pas la peine de tant vous apitoyer, dit Schenk. Ces filles sont des Juives.
-- Je le sais que ce sont de jeunes Juives, répondis-je.
-- Et alors, me demanda Schenk, vous avez peur de les froisser en allant les voir ?
-- Il y a des choses que vous ne pouvez pas comprendre, Schenk.
-- Qu'y a-t-il à comprendre ?
-- Ces pauvres filles de Soroca, répondis-je, ne sont pas des prostituées ; elles ne se vendent pas librement ; elles sont contraintes à se prostituer. Elles ont droit au respect de tous. Ce sont des prisonnières de guerre que vous exploitez d'une manière ignoble. Quel est le pourcentage que l'Etat-Major allemand touche sur le gain de ces malheureuses ?
-- L'amour de ces filles ne coûte rien, dit Schenk, c'est un service gratuit. En tout cas, ce n'est pas la peine de les payer.
-- Ce n'est pas la peine de les payer. Pourquoi pas ?
Le Sonderführer Schenk me dit alors que, leur service fini, dans une quinzaine de jours, on les renverrai chez elles.
-- Oui me répondit Schenk d'un air embarrassé : chez elles ou à l'hôpital, je ne sais pas. Dans un camp de concentration peut-être ? »

(...)

[ Malaparte rencontre, plus tard, des jeunes juives. Lors d'une discussion l'une d'entre elle lui demande : ]

« -- Vous n'avez plus rien su de ces pauvres filles, demanda Louise après un long silence ?
-- Je sais que deux jours plus tard, on les a amenées, répondit Suzanne. Tous les vingt jours les allemands venaient changer les filles. Celles qui sortaient du bordel, on les faisait monter dans un car et on les descendait vers le fleuve. Schenk m'a dit, par la suite, que ce n'était pas la peine de tant les plaindre. Elles ne servaient plus à rien. Elles étaient réduites à l'état de loques. Et puis c'étaient des Juives.
-- Elles savaient qu'on allait les fusiller ? demanda Ilse ?
-- Elles le savaient, elles tremblaient de peur d'être fusillées. Oh, elles le savaient, tout le monde le savait à Soroca. »

Curzio Malaparte, Kaputt

 

 

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Quand les richesses sont drainées outre mesure par l’une de ses parties

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« Le tyran prise et chérit son propre bien-être plus que le salut commun de ses sujets, et c’est pourquoi il s’efforce de maintenir son peuple dans une soumission servile.

(…)

Et c’est là l’intérêt véritable et la gloire du souverain dont le pouvoir, comme dit Aristote, est d’autant plus noble, d’autant meilleur que les hommes sur lesquels il l’exerce sont libres et accomplis, et d’autant plus durable que le roi persévère avec zèle dans une telle résolution, Cassiodore ayant dit : "L’art de gouverner, c’est d’aimer ce qui convient au plus grand nombre."

Chaque fois, en effet, que la royauté se transforme en tyrannie, elle est vite menacée de disparaître, parce qu’elle est ainsi prédisposée à la discorde, à l’usurpation et à des périls de toutes sortes. Surtout dans une contrée policée et éloignée de la barbarie servile où, par coutume, par lois et par nature, les hommes sont libres, et non pas asservis ni insensibles par habitude à la tyrannie, tels que la servitude ne pourrait leur convenir et qu’eux n’y pourraient consentir, tels qu’ils ne sauraient voir que violence dans l’oppression du tyran, dès lors précaire, parce que, comme dit Aristote, "la violence court à sa perte."

(…)

Or, un corps est mal en point quand les humeurs affluent à l’excès à l’un de ses membres : souvent, elles l’enflamment et l’enflent gravement, tandis que les autres membres se dessèchent et s’amoindrissent terriblement. Alors, l’équilibre convenable est rompu et ce corps-là ne peut vivre longtemps.

Il en est de même d’une communauté ou d’un royaume quand les richesses sont drainées outre mesure par l’une de ses parties.

En effet, une communauté ou un royaume dont les souverains obtiennent une énorme supériorité sur leurs sujets en fait de richesse, de pouvoir et de rang, est comme un monstre, comme un homme dont la tête est si grande, si grosse, que le reste du corps est trop faible pour la porter.

De même qu’un tel homme ne peut se soutenir ni longtemps vivre ainsi, de même donc, ne pourrait se maintenir un royaume dont le prince drainerait à l’excès les richesses, comme cela se ferait par les mutations de la monnaie... (...)


Par ailleurs, dans la polyphonie, si l’uniformité n’apporte ni plaisir ni agrément, l’excès ou l’abus de contraste y détruit et anéantit toute l’harmonie : il y faut au contraire une variété réglée et mesurée durant laquelle les choeurs mêlent avec bonheur de douces mélodies. Il en va généralement de même des diverses parties de la communauté : l’égalité de biens ou de pouvoir n’est pas convenable, elle ne "sonne" pas bien, mais, à l’inverse, une disparité excessive ruine et anéantit l’harmonie de la société, comme le fait ressortir Aristote au livre V de la "Politique".

C’est surtout, en vérité, si le prince lui-même, qui est dans le royaume ce que sont dans le chant la teneur et la voix principale, chante trop fort et sans s’accorder avec le reste de la communauté, que la douce musique du gouvernement royal sera troublée.
C’est pourquoi, selon Aristote, il y a encore une autre différence entre le roi et le tyran : le tyran veut être plus puissant que toute la communauté qu’il domine par la violence ; la modération du roi, au contraire, va de pair avec un régime tel qu’il est plus grand et plus puissant que chacun de ses sujets, mais qu’il est cependant inférieur à cette communauté tout entière en forces et en ressources, et qu’il se trouve ainsi dans une situation moyenne.

Puisque le pouvoir royal tend communément et facilement à s’accroître, il faut donc faire preuve de la plus grande défiance et d’une vigilance toujours en éveil. Oui, c’est une sagesse suprême qui est requise pour le préserver de dégénérer en tyrannie, surtout à cause des tromperies des adulateurs qui, comme dit Aristote, ont toujours poussé les princes à la tyrannie.

En effet, comme on lit dans le Livre d’Esther, ceux-ci "abusent avec une habile fourberie la confiance naïve des princes qui juge des autres d’après leur propre nature", et c’est par leurs "suggestions que se dévoient les élans des rois".

(…)

En effet, comme dit Aristote, rares sont les choses qu’il faut laisser au libre arbitre du juge ou du prince.
C’est Aristote encore qui rapporte l’exemple de Théopompe, roi de Sparte.

Celui-ci avait renoncé en faveur du peuple à de nombreux pouvoirs et aux tributs imposés par ses prédécesseurs. C’est pourquoi sa femme se lamentait en lui faisant honte de transmettre à ses fils une royauté procurant moins de revenus que celle qu’il avait reçue de son père. Il lui répondit alors en ces termes : "Je la transmets plus durable." Ô paroles inspirées ! Ô de quel poids sont ces mots qu’il faudrait peindre en lettres d’or dans les palais des rois ! "Je la transmets", dit-il, "plus durable", c’est-à-dire : "J’ai plus accru la royauté en la rendant durable qu’elle n’a été diminuée par la réduction de son pouvoir." "En voici un qui surpasse Salomon !" (Evangile selon Luc, XI, 31)

En effet, si Roboam, dont j’ai parlé plus haut, avait reçu de son père Salomon un royaume régi selon ces principes et qu’il l’avait gouverné dans cet esprit, jamais il n’aurait perdu dix des douze tribus d’Israël, et le chapitre XLVII de l’Ecclésiastique ne lui aurait pas reproché : "Tu as déshonoré ton lignage au point de faire retomber la colère sur tes enfants et les conséquences de ta déraison sur tous les autres : par ta faute, la royauté s’est brisée en deux." Il est donc ainsi démontré que si le pouvoir d’un roi se transforme en tyrannie, il faut qu’on y mette terme rapidement. »

Nicole Oresme, CHAPITRE XXV, Un tyran ne peut durer longtemps, in "Traité sur l’origine, la nature, le droit et les mutations des monnaies" - 1355

 

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Une civilisation qui se retourne contre elle-même

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« Pendant plus de deux siècles, les idées anglaises s’étaient répandues vers l’Est. La règle de liberté élaborée en Angleterre semblait destinée à s’étendre au monde entier. Vers 1870, le domaine de ces idée avait probablement atteint la limite de son expansion vers l’Est. A partir de ce moment, il commença à reculer et un nouveau jeu d’idées, non point neuves mais en vérité très anciennes commencèrent à venir vers l’Est. L’Angleterre perdit sa maîtrise intellectuelle dans le domaine politique et social et devint un pays importateur d’idées. Pendant les soixante années qui suivirent, l’Allemagne devint le centre à partir duquel les idées destinées à gouverner le monde au XXe siècle se répandaient vers l’Est et l’Ouest. Qu’il s’agisse de Hegel ou de Marx, de List ou de Schmoller, de Sombart ou de Mannheim, d’un socialisme extrémiste ou de simple "organisation" ou de "planisme" moins radical, partout on importait avec empressement les idées allemandes et l’on imitait les institutions allemande. La plupart de ces idées nouvelles, et singulièrement le socialisme, n’étaient pas nées en Allemagne. Mais ce fut en Allemagne qu’elles se perfectionnèrent et atteignirent leur plus complet développement au cours du dernier quart du XIXe et du premier quart du XXe siècle. On oublie souvent aujourd’hui l’avance considérable que l’Allemagne a prise au cours de cette période dans le développement théorique et pratique du socialisme. Une génération avant que le socialisme fût sérieusement discuté en Angleterre, l’Allemagne avait déjà un fort parti socialiste dans son parlement. Jusqu’à une époque très récente, le développement doctrinal du socialisme s’est presque entièrement produit en Allemagne et en Autriche, en sorte qu’aujourd’hui même, la discussion russe est en grande partie reprise au point où les Allemands l’ont laissée ; la plupart des socialistes anglais ne savent pas encore que la plus grande partie des problèmes qu’ils commencent à découvrir ont été discutés à fond par les socialistes allemands depuis longtemps.
L’influence intellectuelle que les penseurs allemands ont pu exercer sur le monde entier au cours de cette période a été appuyée non seulement par le grand progrès matériel de l’Allemagne, mais encore par l’extraordinaire renommée que les penseurs et les savants allemands avaient acquise au cours des cent années précédentes, alors que l’Allemagne était redevenue un membre intégral, voire dirigeant, de la civilisation commune à l’Europe. Mais elle servit bientôt à diffuser, à partir de l’Allemagne, des idées dirigées contre les fondements de cette civilisation. Les Allemands eux-mêmes — ou tout au moins ceux d’entre eux qui diffusaient ces idées — étaient parfaitement conscients du conflit. Ce qui avait été l’héritage commun de la civilisation européenne devint pour eux, longtemps avant les nazis, la civilisation "occidentale", ce mot signifiant désormais : situé à l’ouest du Rhin. Ce qui était "occidental" c’était désormais le libéralisme et la démocratie, le capitalisme et l’individualisme, le libre-échange, l’internationalisme et l’amour de la paix sous toutes leurs formes.
Mais en dépit du mépris mal dissimulé qu’un nombre sans cesse croissant d’Allemands portaient à ces idées "creuses" des occidentaux, ou peut-être à cause de ce mépris, les occidentaux continuèrent à importer des idées allemandes. On arriva même à leur faire croire que leurs propres convictions antérieures n’étaient rien d’autre que l’expression d’intérêts égoïstes, que le libre-échange était une doctrine inventée pour servir les intérêts britanniques, que les idéaux politiques que l’Angleterre avait donnés au monde étaient irrémédiablement démodés et qu’il y avait lieu d’en rougir. »

 

Friedrich August von Hayek, La Route de la Servitude

 

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02/04/2014

Nous cherchons à être des espèces d’hommes globaux fantasmatiques

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« Nous ne savons même pas où il vit, ce vivant-là, et ce qu’il est vraiment, et comment il s’appelle ! Laissez-nous seuls, sans livres, et nous serons perdus, abondonnés, nous ne saurons pas à quoi nous accrocher, à quoi nous retenir ; quoi aimer, quoi haïr, quoi respecter, quoi mépriser ? Même être des hommes, cela nous pèse – des hommes avec un corps réel, à nous, avec du sang ; nous avons honte de cela, nous prenons cela pour une tache et nous cherchons à être des espèces d’hommes globaux fantasmatiques. Nous sommes morts-nés, et depuis longtemps, les pères qui nous engendrent, ils sont des morts eux-mêmes, et tout cela nous plaît de plus en plus. On y prend goût. Bientôt nous inventerons un moyen pour naître d’une idée. Mais – ça suffit ; je n’ai plus envie d’écrire, moi, du fond de mon "sous-sol"… »

Fiodor Mikhaïlovitch Dostoïevski, Carnets du sous-sol

 

 

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J'ai mon sous-sol

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« Anéantissez-moi mes désirs, effacez-moi mes idéaux, montrez-moi quelque chose de mieux et je vous suivrai. Je suppose que vous me répondrez que je fais beaucoup d'histoires pour rien -auquel cas je vous réponds la même chose. Nous parlons sérieusement ; si vous ne voulez pas me faire l'honneur de m'écouter, je ne vous retiens pas. J'ai mon sous-sol. »

Fiodor Mikhaïlovitch Dostoïevski, Carnets du sous-sol

 

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Com­ment pourrais-je sup­porter le con­tact des catholiques mod­ernes qui croient pos­si­ble de con­join­dre le cadavre du passé avec la charogne du temps présent ?

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« L’accroissement con­tin­uel des dif­fi­cultés de la sub­sis­tance matérielle a beau aver­tir les plus épais du détraque­ment de la mécanique sociale, et la rage vis­i­ble des entre­pre­neurs d’anarchie a beau gron­der autour d’eux de plus en plus fort; ils ont des doc­teurs pour leur enseigner que tout cela n’est qu’une crise pas­sagère, effet d’une exces­sive ten­sion des ressorts, et qu’aussitôt après la vic­toire dont ils répon­dent, hommes et choses repren­dront leur équili­bre. Si ce n’est pas pré­cisé­ment l’âge d’or qu’ils promet­tent, ce sera peut être l’âge d’argent ou, au pis aller, «l’âge du papier» qui paraît avoir com­mencé déjà.

Les intel­lectuels au front d’airain font sans doute une plus large part au mal­heur des temps et vont même jusqu’à regarder comme improb­a­ble une resti­tu­tion immé­di­ate du bon­heur par­fait, mais les uns et les autres ont foi en l’Humanité qui doit accom­plir tous les miracles.

Com­ment ne serais-je pas seul, n’ayant que du mépris pour cette human­ité sup­plan­ta­trice de son Créa­teur et con­sid­érant comme des impos­tures ineptes du Démon tous les lieux com­muns de pro­grès, de civil­i­sa­tion, de poli­tique et surtout de démoc­ra­tie qui ont rem­placé depuis si longtemps la con­fi­ance en Dieu ?

Com­ment pourrais-je sup­porter le con­tact des catholiques eux-mêmes, des catholiques mod­ernes qui croient pos­si­ble de con­join­dre le cadavre du passé avec la charogne du temps présent et qui rêvent je ne sais quelle restau­ra­tion de la vieille bâtisse royale où une niche à chien de garde serait offerte à Notre Seigneur Jésus-Christ ?… La sot­tise de ces prédes­tinés au mas­sacre me paraît encore plus impie que l’idiote fureur des pires sec­taires. »

Léon Bloy, Médi­ta­tions d’un soli­taire

 

 

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Mes petites passions étaient aiguës, brûlantes à cause de mes nerfs toujours malades

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« Ce que je faisais surtout à la maison, c’est que je lisais. Je voulais que des impressions extérieures viennent étouffer ce qui bouillait sans cesse au fond de moi. Et, pour moi, les seules impressions extérieures venaient de la lecture. La lecture, cela va de soi, m’aidait beaucoup -elle me passionnait, elle me comblait, me torturait. Mais, quelquefois, elle m’ennuyait à mort. Quand même, j’avais besoin de bouger et je me plongeais alors, je ne dirai pas dans la débauche -mais dans une débauchette, obscure, souterraine et sale. Mes petites passions étaient aiguës, brûlantes à cause de mes nerfs toujours malades. Il y avait des à-coups hystériques, avec des larmes et des convulsions. En dehors de la lecture, il n’ y avait pas d’issue -c’est-à-dire que je n’avais rien que j’aurais pu admirer dans mon entourage et qui aurait pu m’entraîner. Et puis, l’angoisse qui s’accumulait ; je voyais monter un désir hystérique de contradictions, de contrastes -et je me lançais dans la débauche…Si je viens de raconter tout ça, ce n’est pas du tout pour me justifier…Encore que -non ! mensonge ! Si, justement, je voulais me justifier. Note à usage interne, messieurs. Je ne veux plus mentir. J’ai promis. »

Fiodor Mikhaïlovitch Dostoïevski, Carnets du sous-sol

 

 

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Réduire à néant l’identité des individus

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« La dénonciation de tout pouvoir, de l’identité, de l’ethnocentrisme de la nation, est enseignée comme une norme éthique aux masses avec pour effet de les démobiliser et de les décourager, ce à quoi fait écran le miroitement d’une liberté totale, via la technologie ou l’anomie morale, mâtinée de la célébration de l’Autre. (…) De ce point de vue, la théorie du genre vise à réduire à néant l’identité des individus, la théorie de la minorité politique vise à la déréliction de la nation, la théorie du réseau vise à décomposer l’Etat, la théorie de la discrimination positive vise à reléguer dans les marges les citoyens, et l’apologie du non-occidental vise à casser le principe même de l’identité des nations démocratiques. »

Schmuel Trigano, La nouvelle idéologie dominante, le post modernisme

 

 

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01/04/2014

Une bonne parole, la parole qu'il faut...

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« Si je ne t’ai pas parlé plus tôt, c’est parce que le temps n’était pas venu. Tout vient en son temps. A quoi bon tenter d’arrêter un cheval, tant qu’il rue et mord, je te demande ? Lorsqu’il est bien las, bien rendu, voilà le moment de lui dire une bonne parole et de lui passer le bridon. Bêtes ou gens, tu n’en trouveras guère qui résistent à une bonne parole, à la parole qu’il faut. Malheureusement, les gens parlent trop. Ils parlent tellement, tellement ils parlent que, le jour venu, leurs paroles n’ont plus de pouvoir, elles sont comme la poussière... »

Georges Bernanos, Nouvelle Histoire de Mouchette

 

 

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Ceux qui se servent de la phraséologie libérale pour défendre des privilèges anti-sociaux

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« La lenteur des progrès de la politique libérale, la juste irritation contre ceux qui se servaient de la phraséologie libérale pour défendre des privilèges anti-sociaux, et l’ambition illimitée que légitimaient en apparence les améliorations matérielles déjà atteintes, tout cela fit que vers la fin du siècle la croyance dans les principes essentiels du libéralisme fut de plus en plus abandonnée. »

 

Friedrich August von Hayek, La Route de la Servitude

 

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Le libéralisme n'est pas une idéologie

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« Il n’y a rien dans les principes du libéralisme qui permette d’en faire un dogme immuable ; il n’y a pas de règles stables, fixées une fois pour toutes. Il y a un principe fondamental : à savoir que dans la conduite de nos affaires nous devons faire le plus grand usage possible des forces sociales spontanées, et recourir le moins posible à la coercition. Mais ce principe peut comporter une infinie variété d’applications. Il y a, en particulier, une immense différence entre créer délibérément un système où la concurrence jouera le rôle le plus bien-faisant possible, et accepter passivement les institutions telles qu’elles sont.  »

 

Friedrich August von Hayek, La Route de la Servitude

 

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La liberté individuelle...

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« Un des résultats les plus importants de la libération des énergies individuelles a peut-être été le merveilleux développement de la science qui a suivi le mouvement de la liberté individuelle d’Italie en Angleterre et au-delà. Certes, les facultés inventives de l’homme n’avaient pas été moindres auparavant. On avait su construire un grand nombre de jouets et d’autres mécaniques, cependant que la technique industrielle demeurait stationnaire. D’autres part, les industries qui n’avaient pas été soumises à des contrôles restrictifs, comme l’industrie minière et l’horlogerie, avaient fait de grands progrès. Mais les rares tentatives faites pour étendre l’usage industriel des inventions mécaniques, dont certaines étaient remarquablement perfectionnées, furent rapidement étouffées. Le désir de s’instruire fut frustré aussi longtemps que les idées dominantes restèrent obligatoires pour tous. Les croyances et l’éthique de la majorité barraient la route à tout novateur. Mais, dès que la liberté industrielle eut ouvert la voie au libre usage des connaissances nouvelles, dès que tout homme capable de courir un risque eut reçu la possibilité de tenter n’importe quelle expérience, souvent à l’insu des autorités chargées de surveiller l’enseignement, alors, et alors seulement la science put faire les immenses progrès qui, au cours des cent cinquante dernières années, ont changé la face de l’univers. »

 

Friedrich August von Hayek, La Route de la Servitude

 

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31/03/2014

Qu’est ce qu’une société disneylandisée ?

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« Ce qu’il y a quand même de fascinant dans tout cela, ce qu’il y a d’attirant presque, ce sont les milles facettes de la bêtise éternelle que le sport incarne : la stupidité du muscle intensif, le crétinisme de la force, la niaiserie de l’exercice méthodique, l’optimisme absurde du dépassement de soi et de la répétition de ce dépassement, la sottise de la performance comme argument. Et j’oubliais l’insanité suprême, le rêve sportif absolu de la grande fraternité des peuples ; laquelle d’ailleurs, sur le terrain, se traduit automatiquement par son contraire radical (c’est Dieu merci,  le destin de toutes les bonnes intentions), c’est à dire le chauvinisme le plus sordide. Cela m’a toujours réjoui, moi d’apprendre la défaite de la France à telle ou telle répugnante compétition internationale, à cause de la tête catastrophée de la plupart de mes concitoyens. Comme atteinte au moral de la nation, comme détérioration de son image, comme déstabilisation de sa réputation, une défaite de l’équipe de France aux cauchemardesques Jeux Olympiques peut avoir son intérêt. Mais que cet intérêt est faible comparé à la tyrannie bienveillante dont le sport, dans la société disneylandisée d’aujourd’hui, est devenu l’un des moteurs essentiels.

Qu’est ce qu’une société disneylandisée ? Peut-être appelée ainsi toute société où les maîtres sont maîtres des attractions et les esclaves spectateurs ou acteurs de celles-ci. N’oublions pas que le mot sport est couplé avec loisir, cet autre vocable antipathique. Qui dit sport dit week-end, dimanches, vacances ; donc familles, communautés, donc renforcement à perpétuité de l’infâme contrat social. Peut-être nommée disneylandienne toute société qui contraint aux loisirs - et qui songerait à se révolter contre une oppression qui ne communique, au fond, que l’ordre de s’amuser ? Qui refuserait les planches à voiles, les skis, , les camping-cars et les autoroutes pour aller dessus ? Et qu’on aille pas non plus me parler de "culture" sportive, encore moins d’ "art" bien entendu ! Aucun tableau de Picasso ne ressemble à un tableau de Rembrandt (même pas à un autre tableau de Picasso), alors qu’un match ressemble toujours à un autre match. C’est toujours le même Tour de France, toujours la même Coupe du monde, toujours les même voitures ridicules sur leurs circuits grondants… »

Philippe Muray, Désaccord parfait

 

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