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08/06/2013

L’indispensable prise de possession de son propre destin

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« Je me rappelle avoir entendu un jour un président du Conseil expliquer la situation, dans la quiétude peu croyable de son grand cabinet Louis XV. Il répéta pendant une heure : "ils ne comprennent pas ceci, ils ne font pas cela, ils..." J’avais envie de lui crier : "Mais enfin, qui ils ? C’est vous le chef, c’est vous qui êtes au centre, ils ne disent et ne font que ce que vous ne les empêchez pas de dire ou de faire. Dites : Je". Il ne dit "je" qu’une fois : "Je m’en f...". Eh bien, évidemment, ce "président", qu’il eût été éduqué dans une école primaire ou dans un lycée, qu’il fût passé par l’Ecole normale ou par Polytechnique, n’avait jamais entendu parler de cette sainte vertu qu’on appelle Responsabilité. On l’avait bourré de notions sur la géographie ou sur la prosodie d’Homère, sur les mathématiques pures ou sur la physique la plus théorique, mais aucun de ses maîtres ne s’était occupé de mettre dans les muscles et les nerfs de son corps, dans les réflexes de son âme l’indispensable prise de possession de son propre destin et de celui des autres hommes qu’est pour un homme le prononcement sérieux et conscient de ce maître-mot : Je. »

Pierre Drieu La Rochelle, Ne plus attendre


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Que m’importe de n’avoir pas vu le Parthénon ?

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« Que m’importe de n’avoir pas vu le Parthénon ? C’est le chef-d’œuvre d’un Grand Siècle. Le Ve avant Jésus-Christ, c’est comme le XVIIe, le Parthénon c’est Versailles. Aujourd’hui quelle leçon pouvons-nous prendre à Versailles ? Nous redevenons des Barbares, en mal de formes neuves et inconnues ; aussi ce qui nous attire dans l’histoire, ce sont les premiers mouvements. Certes, je ne suis pas dupe, je sais bien que la faiblesse des contemporains, qu’ils soient européens, indiens ou chinois, n’est pas plus capable d’imiter les rudiments primitifs que l’exquise complexité de l’achèvement. Mais près de retomber dans le creuset obscur, penchés sur le prochain abîme, nous rêvons des germinations de demain à travers les effondrements et les pourritures qui nous entraînent. Nous sommes à bout de souffle, rien ne renaîtra plus de nous dans les formes que nous connaissons, la force de création ne reprendra en Europe qu’après de terribles dissolutions ; mais alors que le fleuve de notre civilisation est près de déboucher dans la mer qui noie tout, parcourant d’un trait le cycle récurrent des évaporations, des nuages et des pluies, notre imagination se rejette vers les sources d’où sortira le fleuve nouveau. Je rôde autour des abîmes parce que je sais que j’y retombe et que j’en ressortirais... »

Pierre Drieu La Rochelle, Une femme à sa fenêtre


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07/06/2013

Tout est honteux, rampant, lent...

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« Le courage est devenu peur, et quand on voit encore du courage, ce n’est plus que la peur qui se hérisse. Chacun a peur de tous et tous ont peur de chacun. Tout est honteux, rampant, lent. Tout va trop lentement et soudain tout va trop vite et il y a un choc si violent qu’on ne sent plus rien. A ce moment-là, on ferait n’importe quoi. Et puis, recommence la lente fièvre de tous les jours. Cette maladie qui est dans la nation l’a divisée, elle a tant envenimé certains hommes qu’elle les a retournés contre les autres. »

Pierre Drieu La Rochelle, Charlotte Corday

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Chaque héros nourrit dix grands artistes...

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« La musique a besoin de grandes formes qui se lèvent sur l’horizon. Shakespeare doit tout à Elisabeth, et Goethe n’aurait pas fait le second Faust s’il n’avait pas eu sous les yeux la Révolution française. Donnez-nous de grands hommes et de grandes actions pour que nous retrouvions le sens des grandes choses. Chaque héros nourrit dix grands artistes ; Goethe et Hugo se sont trempés dans le sang versé par Napoléon. »

Pierre Drieu La Rochelle, L'homme à cheval

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06/06/2013

Le fléchissement de notre pouvoir créateur

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« A l’intérieur de la civilisation libertaire et industrielle, sur cette planète toute gagnée à cette mode, toute engagée dans ce pari moderne, il faut lutter contre tout ce qui attaque l’esprit créateur, contre tant de nouveautés qui étaient belles hier, qui sont déjà laides aujourd’hui. La stérilité, l’onanisme, l’inversion sont des maux spirituels. L’alcoolisme, les drogues sont le premier degré qui mène à cette défaillance de l’imagination, à cette décadence de l’esprit créateur, quand l’homme préfère subir que s’imposer. Le sport mal compris, contaminé par l’argent, réduit à des simulacres de cirque entre professionnels pour nourrir le cauchemar de foules inertes, le militarisme, sont des perversions de l’instinct de lutte, du goût antique et sain pour la destruction et le sacrifice. La fabrication en séries, le renoncement au travail des mains qui sont des outils de l’esprit, l’abandon aux machines du pouvoir de l’homme sur la matière manifestent, comme l’onanisme, le fléchissement de notre pouvoir créateur. »

Pierre Drieu la Rochelle, Mesure de la France


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Et peut-être ce que j’appelle France, demain se prononcera autrement...

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« Je peux dire que j’aime les Français. Ils bénéficient tous à mes yeux de la même faveur. C’est ainsi qu’on aime les femmes, et parmi elles des brutes, des lâches, des goinfres. Mais je ne les aime pas tant parce que leur génie est tel et tel, mais parce que ce sont les hommes au milieu desquels j’ai vécu. Et si notre nation, par suite de pittoresques catastrophes toujours prévisibles dans l’Histoire, quittait cette contrée-ci pour aller camper ailleurs, au bout de quelques siècles le génie de mes camarades changerait sous le charme d’un autre horizon ? Mais je puis anticiper ma fidélité à ceux qu’ils deviendraient ; car dans les êtes aimés, on aime tout ce qu’ils sont, chacune des particularités par quoi ils se rendent sensibles et aussi un point abstrait comme nous aimons en nous-mêmes. La France imperceptiblement se métamorphose dans nos bras, sans qu’il y ait brusque rupture des mille liens dont chacun est accidentel et insuffisant, mais dont semble se former tout notre attachement. Et peut-être ce que j’appelle France, demain se prononcera autrement. »

Pierre Drieu la Rochelle, Etat civil


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05/06/2013

Car il y a quelque chose qui nous oppresse, qui nous écrase...

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« Il y a belle lurette que la guerre est finie, et pourtant, notre malheur n’a cessé depuis ce moment. Qu’est-ce qui nous oppresse ? Car il y a quelque chose qui nous oppresse, qui nous écrase... Nous ne sommes pas content de nous, nous avons honte. Honte. Pourtant les trains marchent bien et beaucoup ont chez eux un appareil de radio. Mais quand nous crevions dans les tranchées nous disions que nous ferions quelque chose, et nous n’avons rien fait, rien. Nous rêvions pourtant de quelque chose d’admirable, d’inouï. Oui, seul quelque chose d’inouï pouvait nous faire oublier cette horreur. Pourtant… Nous, les soldats, nous, les héros. Nous avons été les plus grands lâches. »

Pierre Drieu la Rochelle, Le Chef


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La guerre pour nous, nés dans un temps de longue paix, parut une nouveauté merveilleuse, l’accomplissement qui n’était pas espéré de notre jeunesse...

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« La guerre pour nous, nés dans un temps de longue paix, parut une nouveauté merveilleuse, l’accomplissement qui n’était pas espéré de notre jeunesse. Nous voulions épuiser la vie dans un irréparable élan. Or, doute que la paix nous eût assouvis aussi magnifiquement. A nous autre, jeunes hommes éduqués par le verbe orgueilleux de Nietzsche et de Barrès, Paul Adam, Maurras, d’Annunzio, Kipling, excitateurs du monde occidental, la guerre offrit une fraîche tentation.

(…)

Nous ne pouvons pas regretter la guerre. La guerre a introduit une solennité dans notre vie que nous n’espérions plus des évènements humains et dont l’absence nous faisait sentir dans l’homme une perte. »

Pierre Drieu la Rochelle, Interrogation


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04/06/2013

La passion nationaliste fait plus que tout autre pour le triomphe des révolutions et des dictatures qui en découlent

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« Le nœud qu’on voit toujours se faire entre révolution intérieur et guerre extérieure mériterait une étude particulière. Là encore, nous verrions la thèse de la lutte de classes complètement débordée ou controuvée. Toute révolution reçoit de la nécessité de faire face à l’étranger un appoint de force énorme qui facilite l’avènement, puis le maintien des forces extrémistes, jusqu’au jour où celles-ci donnent naissance au despotisme personnel qu’elles portent en germe. Les puritains ont tiré leur force de la lutte contre les Ecossais et les Irlandais, de la jalousie contre les Hollandais, de la haine contre les Français – tous sentiments dont les Stuarts prenaient le contre-pied. Et Cromwell fut adoré comme vainqueur des Irlandais encore plus que du Roi. Les Jacobins ont pris le pouvoir à la faveur de l’invasion prussienne, et l’ont gardé dans la guerre perpétuelle jusqu’à le céder à Bonaparte. Lénine a bientôt profité de la défense nationale, Staline en profite plus que jamais. Mussolini et Hitler sont nés de réactions au traité de Versailles. La passion nationaliste fait plus que tout autre pour le triomphe des révolutions et des dictatures qui en découlent. »

Pierre Drieu la Rochelle, Socialisme fasciste


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03/06/2013

Je me connais trop pour croire à la vertu toute pure

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« De même, on est toujours sûr de tomber, au hasard des journées, sur un Français, souvent intelligent par ailleurs, et qui vous dit que les Juifs exagèrent vraiment. Naturellement, ce Français a un ami juif qui, lui, du moins... Quant aux millions de Juifs qui ont été torturés et brûlés, l'interlocuteur n'approuve pas ces façons, loin de là. Simplement, il trouve que les Juifs exagèrent et qu'ils ont tort de se soutenir les uns les autres, même si cette solidarité leur a été enseignée par le camp de concentration. Oui, ce sont là des signes. »

Albert Camus, La Contagion in Actuelles I - Ecrits Politiques (Chroniques Politiques 1944-1948)


« Ce n'est pas me réfuter en effet que de réfuter la non-violence. Je n'ai jamais plaidé pour elle. Et c'est une attitude qu'on me prête pour la commodité d'une polémique. Je ne pense pas qu'il faille répondre aux coups par la bénédiction. Je crois que la violence est inévitable, les années d'occupation me l'ont appris. Pour tout dire, il y a eu, en ce temps-là, de terribles violences qui ne m'ont posé aucun problème. Je ne dirai donc point qu'il faut supprimer toute violence, ce qui serait souhaitable, mais utopique, en effet. Je dis seulement qu'il faut refuser toute légitimation de la violence, que cette légitimation lui vienne d'une raison d'État absolue, ou d'une philosophie totalitaire. La violence est à la fois inévitable et injustifiable. Je crois qu'il faut lui garder son caractère exceptionnel et la resserrer dans les limites qu'on peut. Je ne prêche donc ni la non-violence, j'en sais malheureu-sement l'impossibilité, ni, comme disent les farceurs, la sainteté : je me connais trop pour croire à la vertu toute pure. Mais dans un monde où l'on s'emploie à justifier la terreur avec des arguments opposés, je pense qu'il faut apporter une limitation à la violence, la cantonner dans certains secteurs quand elle est inévitable, amortir ses effets terri-fiants en l'empêchant d'aller jusqu'au bout de sa fureur. J'ai horreur de la violence confortable. J'ai horreur de ceux dont les paroles vont plus loin que les actes. C'est en cela que je me sépare de quelques-uns de nos grands esprits, dont je m'arrêterai de mépriser les appels au meurtre quand ils tiendront eux-mêmes les fusils de l'exécution. »

Albert Camus, Première réponse à Emmanuel d'Astier de la Vigerie in Actuelles I - Ecrits Politiques (Chroniques Politiques 1944-1948)


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02/06/2013

Ces pierres que l'on trouve dans l'estomac des poules

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« Il y a dans toute vie un certain nombre de choses que l'homme ne confie pas même à l'être le plus proche. Elles sont semblables à ces pierres que l'on trouve dans l'estomac des poules ; la sympathie n'aide pas à les faire digérer. »

Ernst Jünger, Premier journal parisien, 2 octobre 1942


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J’aurais pu lui répondre que j’étais vivant, moi, mais je n’en étais pas tout à fait certain

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« Je me demande ce qu’il y a encore à détruire, dans ce secteur, a-t-il ajouté en montrant l’immense terrain vague laissé par le déblaiement des taudis de la Quarantaine.

-- Des hommes, ais-je cru bon de suggérer, souriant à mon tour pour ne pas avoir l’air trop niais.

-- Des hommes ? Non, ils sont morts, même ceux qui combattent, en ce moment, et qui se croient vivants. A un certain degré d’horreur et de bruit, on ne se bat plus pour vivre, ni pour survivre, mais parce qu’on est mort, oui, passé à l’autre bout de la vallée de larmes, et que le combat se limite à tenter de remonter chez les vivants.

J’aurais pu lui répondre que j’étais vivant, moi, mais je n’en étais pas tout à fait certain, et j’ai préféré continuer à sourire, tout en reconnaissant que j’appartenais aux ombres, que je méprisais même un peu les vivants, leur insouciance, leur incurie, leur cruauté, lezs morts, eux étant en paix les uns avec les autres, on n’y a jamais songé de cette façon, mais c’est ce qui les caractérise, outre leur invraisemblable mémoire.

Mais je n’ai rien dit. Je préférais rester un combattant simple et droit aux yeux du responsable phalangiste dont je continuais à trouver la cause noble, et la seule qui méritât d’être défendue. »

Richard Millet, La confession négative

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01/06/2013

C’est un immense troupeau dans la solitude, une multitude infinie de cœurs tristes à la recherche du Paradis...

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« Et le Peuple de Dieu ? me demandez-vous. Ne vous l’ai-je pas montré ? Autrefois, il y a plus de trois mille ans, le Peuple de Dieu, c’était le peuple hébreu. Les miracles ne lui manquaient pas. Jéhovah le conduisait par la main au milieu des flots et dans le désert, pour l’étonnement et l’extermination des autres peuples. Depuis Jésus-Christ, le peuple de Dieu, c’est chacun de nous, c’est moi, c’est vous, le menuisier, vous, le serrurier, vous, l’employé de bureau, le vidangeur ou le poète. C’est tout ce qui est pauvre, tout ce qui souffre, tout ce qui est humilié profondément. C’est un immense troupeau dans la solitude, une multitude infinie de cœurs tristes à la recherche du Paradis. Il y en a qui gagnent tout juste leur pain, qui n’ont jamais une heure pour la culture de leurs âmes et qui finissent par y renoncer. D’ailleurs, qui pourrait les instruire, les guider, les encourager ? Le clergé insuffisant quant au nombre est, presque toujours, d’une médiocrité épouvantable. Pour ce qui est des Léon Bloy, quand il s’en trouve, on les étrangle, on les étouffe si bien qu’il est impossible de les connaître et qu’il n’y a pas moyen de les entendre. Alors quoi ? il ne reste plus que les patrons ou les propriétaires. Franchement ce n’est pas assez. »

Léon Bloy, Journal, 10.12.1903

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Vous savez comment ces rues gagnent les faubourgs, à la manière d’une gangrène...

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« Vous savez comment ces rues gagnent les faubourgs, à la manière d’une gangrène. Ce sont d’interminables rangées de maisons jumelées –les numéros d’Ellesmore Road vont jusqu’au 212 et la nôtre est au 191- toutes les mêmes, comme dans les lotissements à bon marché, mais en plus laid. La façade en stuc, la barrière vernie, la haie des troènes, la porte d’entrée peinte en vert. Les Lauriers, Les Myrtes, Les Aubépines, Mon Abri, Mon Repos, Belle vue. Dans peut-être une maison sur cinquante un esprit libertaire, qui probablement finira à l’hospice, a peint sa porte d’entrée en bleu au lieu de la peindre en vert. »

George Orwel, Un peu d’air frais

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31/05/2013

La guerre et le don font partie du même univers de la ferveur, de la magnanimité et du gaspillage

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« A cet égard, la thèse déjà ancienne et toujours renouvelée, selon laquelle le développement du commerce efface l'esprit guerrier, a légitimé dans les sociétés modernes une évolution à la fois bienfaisante et perverse. Les arguments de Spinoza, de Montesquieu ou des libéraux du XVIIIe siècle, selon lesquels l'esprit de commerce engage en douceur et écarte les sociétés du fanatisme, sonnent toujours juste. Pourtant, on est bien obligé de constater que le commerce, en remplaçant la guerre, remplace aussi toute une vision du monde dans laquelle elle se déploie. La guerre appartient au monde de la gratuité et le commerce au monde de l'intérêt. Et à cet égard, la guerre et le don font partie du même univers de la ferveur, de la magnanimité et du gaspillage. Naturellement, on ne doute pas que la ferveur de la guerre (qui la rapproche dangereusement du fanatisme) et son gaspillage (par lequel les sociologues l'ont comparée au phénomène de la fête), ne sont pas de bon aloi. Pourtant le commerce, en effaçant le désir de guerre, efface aussi le don. »

Chantal Delsol, Qu'est-ce que l'homme

 

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