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19/09/2013

L’individu typiquement moderne

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« Si nous étions demain matin bloqués par la neige dans la rue où nous habitons, nous accèderions soudain à un monde beaucoup plus vaste et beaucoup plus extravagant que celui que nous avons jamais connu. Tout l’effort de l’individu typiquement moderne consiste à s’échapper de la rue dans laquelle il vit. D’abord, il invente l’hygiène moderne et se rend à Margate. Ensuite, il invente la culture moderne et se rend à Florence. Puis il invente l’impérialisme moderne et part à Tombouctou. Il va jusqu’aux confins fantastiques de la terre. Il prétend chasser le tigre. Pour un peu, il se déplacerait à dos de chameau. Mais dans l’ensemble, il ne fait que fuir la rue où il est né, et il est toujours prêt à justifier cette fuite à sa manière. Il dit qu’il fuit sa rue parce qu’elle est triste : il ment. En réalité, il la fuit parce qu’elle est beaucoup trop passionnante. Elle est passionnante parce qu’elle est astreignante, et elle est astreignante parce qu’elle vit. Il peut visiter Venise parce que pour lui les Vénitiens ne sont que des Vénitiens, alors que les habitants de sa propre rue sont des hommes. »

Gilbert Keith Chesterton, Hérétiques

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Mettre un homme à l’aise, c’est le rendre le contraire de sociable

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« Quand Londres était plus petit et que ses quartiers étaient plus indépendants et attachés à une paroisse, le club était ce qu’il est encore dans les villages, le contraire de ce qu’il est devenu dans les grande villes. On appréciait alors le club comme un endroit où l’homme pouvait faire preuve de socialité. A mesure que notre civilisation s’étend et devient complexe, le club cesse d’être un endroit où un homme peut avoir une discussion bruyante, pour se transformer de plus en plus en un endroit où un homme peut, comme on le dit s’une manière assez extraordinaire, "manger un morceau en toute tranquillité". Son but est de mettre un homme à l’aise, et mettre un homme à l’aise, c’est le rendre le contraire de sociable. La sociabilité, comme le reste des bonnes choses, est pleine de désagréments, de dangers, et de sacrifices. Le club est propice à la plus décadente des combinaisons : l’anachorète voluptueux, l’homme chez qui se mêlent le sybaritisme de Lucullus et la solitude démente de Saint Siméon Stylite. »

Gilbert Keith Chesterton, Hérétiques

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18/09/2013

Leur étroitesse d’esprit est l’étroitesse d’une cohérence et d’une satisfaction spirituelle, comme il en existe en enfer

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« Dans toutes les sociétés humaines étendues et hautement civilisées se créent des groupes fondés sur ce qu’on appelle la sympathie, qui excluent plus brusquement le monde réel que les grilles d’un monastère. Il n’y a rien de véritablement étroit dans le clan ; ce qui est vraiment étroit c’est la clique. Les hommes d’un même clan vivent ensemble parce qu’ils portent le même kilt ou descendent de la même vache sacrée ; mais dans leurs âmes, en vertu du hasard divin des choses, il y aura toujours plus de couleurs que dans n’importe quel tissu écossais. Alors que les hommes d’une même clique vivent ensemble parce qu’ils ont le même genre d’âme, et leur étroitesse d’esprit est l’étroitesse d’une cohérence et d’une satisfaction spirituelle, comme il en existe en enfer. Une grande société existe afin de former des cliques. Une grande société est une société où l’on favorise l’étroitesse. C’est un mécanisme dont le but est de prémunir l’individu solitaire et sensible contre l’expérience des transactions amères et fortifiantes de l’humanité. C’est, au sens le plus littéral, une société pour la prévention de la connaissance chrétienne de l’humanité. »

Gilbert Keith Chesterton, Hérétiques

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Nous n'en faisions aucun cas

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« Objet de mépris, abandonné des hommes, homme de douleur, familier de la souffrance, comme quelqu'un devant qui on se voile la face, méprisé, nous n'en faisions aucun cas. Or ce sont nos souffrances qu'il portait et nos douleurs dont il était chargé. Et nous, nous le considérions comme puni, frappé par Dieu et humilié. Mais lui, il a été transpercé à cause de nos crimes, écrasé à cause de nos fautes. Le châtiment qui nous rend la paix est sur lui, et dans ses blessures nous trouvons la guérison. »

Sainte Bible, Isaïe 53,3-5

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"Dieu est mort", sa résurrection dépend de notre fidélité

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« Si Dieu semble avoir abandonné l'homme, si les apparences nous crient que "Dieu est mort", sa résurrection dépend de notre fidélité. A travers l'épaisseur du monde conquis par l'homme sur Dieu, j'entends l'appel silencieux, plus déchirant que tous les cris, du Père exilé de sa création : mon Fils, mon Fils pourquoi m'as-tu abandonné ? »

Gustave Thibon, Aux Ailes de la lettre, pensées inédites 1932-1982

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Les femmes sont étrangement simples, transparentes, pénétrables

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« Les femmes sont complexes... Mais non ! Elles sont étrangement simples, transparentes, pénétrables. Nos bras, en se refermant sur elles, les contiennent toutes, un baiser leur va jusqu'à l'âme. C'est nous qui compliquons les choses avec elles, et nous appelons cela leur complexité. La soi-disant complexité des femmes réside uniquement dans l'impuissance des hommes à saisir leur simplicité. »

Gustave Thibon, Ce que Dieu a uni

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17/09/2013

Le génie français est un génie facile, aisé, c’est un génie aristocratique

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« J’ai écrit, raconté très souvent les raisons qui m’ont poussé à tourner La Grande Illusion. Je voudrais ne pas me répéter, ces raisons évidemment étaient nombreuses. Il y en a une dont je n’ai peut-être jamais parlé, c’était mon désir de présenter des officiers français tels que je les avais connus lorsque j’étais dans l’armée avant et pendant 1914. Le style militaire a changé, beaucoup plus qu’on ne le croit. La façon dont un soldat, un officier se présente de nos jours n’a absolument aucun rapport avec la façon dont ce même soldat ou ce même officier se serait présenté il y a une trentaine d’années. D’ailleurs pas du tout dans le sens que l’on croit. Les gens se figurent que la tenue était plus rigoureuse, plus raide autrefois, mais c’était absolument le contraire. Il y a une espèce d’aisance qui, me semble-t-il, a disparu. Le mot, la phrase du règlement militaire sur laquelle les instructeurs militaires insistaient le plus, ce sont les mots "sans affection ni raideur". On le voit par exemple dans la façon dont on présente les armes. Qu’est-ce que ça signifie : "Présentez, armes !" ? Eh bien, ça veut dire qu’on présente son fusil ou sa carabine à un officier ou à un supérieur pour qu’il puisse voir s’il y a de la poussière dedans. Et s’il y a de la poussière, il vous flanque huit jours de prison. Voilà exactement ce que ça signifie, "Présentez, armes !" Et c’est devenu une espèce de symbole raidi et à mon avis ça n’a pas de sens. Ça correspond probablement à des idées extrêmement profondes, mais à mon avis celles-ci ne correspondent pas au génie français. Le génie français est un génie facile, aisé, c’est un génie aristocratique. Or cette nouvelle façon raide de se tenir, à mon avis, est plus plébéienne qu’aristocratique. »

Jean Renoir, Entretiens et propos

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L'attitude humanitaire est donc nécessairement le fait d'un hypocrite

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« Parce que Kipling s'identifie à la classe des officiels, il possède une chose qui fait presque toujours défaut aux esprits "éclairés" - et c'est le sens de la responsabilité. Les bourgeois de gauche le détestent presque autant pour cela que pour sa cruauté et sa vulgarité. Tous les partis de gauche dans les pays industrialisés reposent fondamentalement sur une hypocrisie, car ils affichent de combattre quelque chose dont, en profondeur, ils ne souhaitent pas la destruction. Ils ont des objectifs internationalistes, et en même temps ils sont bien décidés à maintenir un niveau de vie qui est incompatible avec ces objectifs. Nous vivons tous de l'exploitation des coolies asiatiques, et ceux d'entre nous qui sont "éclairés" soutiennent que ces coolies devraient être libérés ; mais notre niveau de vie et donc aussi notre capacité de développer des opinions "éclairées" exigent que le pillage continue. L'attitude humanitaire est donc nécessairement le fait d'un hypocrite, et c'est parce qu'il comprenait cette vérité que Kipling possédait ce pouvoir unique de créer des expressions qui frappent.

Il serait difficile de river le clou au pacifisme niais des Anglais en moins de mots que dans la phrase : "Vous vous moquez des uniformes qui veillent sur votre sommeil !" Kipling, il est vrai, ne comprenait pas les aspects économiques des relations entre l'élite intellectuelle et les vieilles culottes de peau ; il ne voyait pas que si le planisphère est peint en rose, c'est essentiellement afin de pouvoir exploiter le coolie. Au lieu de considérer le coolie, il ne voyait que le fonctionnaire du gouvernement indien, mais même sur ce plan là, il saisissait exactement le mécanisme des relations : qui protège qui. Il percevait clairement que, si certains peuvent être hautement civilisés, c'est seulement parce que d'autres, qui sont inévitablement moins civilisés, sont là pour les défendre et les nourrir. »

Georges Orwell, "Rudyard Kipling - Essai", in Œuvres complètes

 

Amis anglophones, voyez : ICI

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Le gouvernement légal

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Lors de la victoire aux élections Législatives du Cartel des Gauches, en 1924, le Maréchal Hubert Lyautey fut tenté par le coup d'état. Ce témoignage montre que sa visite à ses pairs afin de recevoir leur soutien moral pour l'action qu'il envisageait ne trouva pas l'approbation du... Maréchal Pétain qui, glacial, ne se réclamait que du pays légal.

Intéressant quant à la psychologie de celui qui allait collaborer pleinement avec l'occupant allemand seize ans plus tard en recevant les pleins pouvoirs par 569 parlementaires républicains, 80 ayant voté contre !

Car Pétain s'est toujours appuyé sur la légalité alors que la résistance s'est, d'entrée, retrouvée hors-la-loi et vue qualifiée de "terroriste".

« Dès l’avènement au pouvoir, en 1924, du Cartel des gauches, le maréchal Lyautey fut convaincu que le sort de son pays allait se jouer dans un avenir prochain et que l’heure était venue de changer la politique de la France. Cette conviction était non seulement partagée par son entourage, mais se traduisait dans de nombreuses lettres arrivant de France, notamment des milieux militaires, faisant appel au patriotisme du "gouverneur" et à son prestige pour tenter de redresser la situation par des moyens qui restaient à déterminer.

Emu par tous ces appels, le maréchal Lyautey mit à profit sa cure habituelle à Vichy pour venir prendre contact avec ses pairs. Bien décidé à agir, mais cependant ne voulant rien entreprendre sans avoir au préalable l’approbation et l’appui des grands chefs de l’armée. Dès son arrivée en France, sa première visite fut pour le maréchal Foch qu’il mit au courant de ses intentions. Non seulement celui-ci l’approuva, mais lui offrit son concours le plus complet. Lyautey répondit : "Je ne vous demande que votre approbation et le soutien de vos amis, car je puis échouer et il importe que votre prestige reste intact. Vous n’êtes pas seulement maréchal de France interallié. Vous êtes pour le pays une force en réserve dont je n’ai pas le droit d’user."
Le maréchal Foch s’inclina et promit son plus absolu concours dans le domaine où on le cantonnait.

La seconde visite fut pour le maréchal Franchet d’Esperey qui, adoptant immédiatement les idées de son interlocuteur, entendait jouer un rôle actif, dût-il être secondaire. Le maréchal Lyautey eut toutes les peines du monde à contraindre le maréchal Franchet d’Esperey à n’apporter qu’un appui moral, toujours pour ne pas compromettre les grands chefs de l’armée en cas d’échec.

La troisième visite fut pour le maréchal Fayolle qui, non seulement approuva les initiatives envisagées, mais assura son interlocuteur d’une sympathie qu’il ne pourrait mieux traduire qu’en intervenant auprès de ses amis dans le sens demandé.

La quatrième et dernière visite fut pour le maréchal Pétain. A l’exposé du "gouverneur", le vainqueur de Verdun opposa le mutisme le plus complet. Devant cette attitude, le maréchal Lyautey reprit toute son argumentation avec une énergie croissante mais le visage de son interlocuteur restait marmoréen. Vous me désapprouvez, trancha tout à coup le visiteur qui commençait à s’agacer de cette attitude. Parfaitement, répliqua le maréchal Pétain, rompant le silence pour la première fois. Dans une atmosphère de plus en plus tendue, le dialogue, enfin engagé, se poursuit : "Si demain je tentais de renverser le gouvernement avec l’approbation de l’armée et que Herriot fasse appel à vous, que faites-vous ?
- J’apporte mon concours à Herriot qui représente le gouvernement légal." »

Raymond Tournoux, Pétain et la France

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* Ce témoignage est extrait de la revue Histoire de notre temps (n°1. Plon). Il émane de M. Pierre Serment, membre de l’Académie des sciences, belles-lettres et arts de Rouen.

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16/09/2013

Le Principe...

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« Ces ouvriers ne servaient pas. Ils travaillaient. Ils avaient un honneur, absolu, comme c’est le propre d’un honneur. Il fallait qu’un bâton de chaise fût bien fait. C’était entendu. C’était un primat. Il ne fallait pas qu’il fût bien fait pour le salaire ou moyennant salaire. Il ne fallait pas qu’il fût bien fait pour le patron ni pour les connaisseurs ni pour les clients du patron. Il fallait qu’il fût bien fait lui-même, en lui-même, pour lui-même, dans son être-même. Une tradition, venue, montée du profond de la race, une histoire, un absolu, un honneur voulait que ce bâton de chaise fût bien fait. Toute partie, dans la chaise, qui ne se voyait pas, était exactement aussi parfaitement faite que ce qu’on voyait. C’est le principe même des cathédrales. »

Charles Péguy, L'Argent

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L’assouvissement des convoitises les plus malsaines et les plus déréglées

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« C’est notamment aux sommets de la société bourgeoise que l’assouvissement des convoitises les plus malsaines et les plus déréglées se déchaînait et entrait à chaque instant en conflit avec les lois bourgeoises elle-mêmes, car c’est là où la jouissance devient crapuleuse, là où l’or, la boue et le sang s’entremêlent, que tout naturellement la richesse provenant du jeu cherche sa satisfaction. L’aristocratie financière, dans son mode de gain comme dans ses jouissances, n’est pas autre chose que la résurrection du lumpen prolétariat dans les sommets de la société bourgeoise. »

Karl Marx, Les luttes des classes en France

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Le fascisme isolé est sûrement un poison. Mais une certaine dose de fascisme circule dans toute société qui se porte bien...

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« Tenez, encore un qui, tout sincèrement démocrate qu’il est, a été remué par certains accents du fascisme, ceux qui correspondent d’ailleurs à une vérité humaine : fatigue du bavardage, de la discorde professionnelle, besoin de créer, de construire, désir d’être un chef, petit ou grand, mais qui a une tâche devant lui, et derrière lui une équipe solide. Vous savez, Jerphanion, le vieux syndicaliste que je suis, tout en condamnant le fascisme comme un énorme péril international, n’a jamais pu s’empêcher de reconnaître que certaines réactions fascistes sont normales et salubres. Le fascisme isolé est sûrement un poison. Mais une certaine dose de fascisme circule dans toute société qui se porte bien... Oui, mais essayez de dire cela à la tribune, ou même dans un journal de gauche ! On croira que vous êtes passé à l’ennemi, ce qui est exactement le contraire de la vérité. Ce n’est pas passer à l’ennemi que de lui chiper ce qu’il peut avoir de bien pour en faire profiter la bonne cause... Mais je m’égare. »

Jules Romains, Les Hommes de bonne volonté

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Immigration de peuplement...

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« Il faut s’arrêter un instant sur l’expression des adversaires de l’immigration, qui caractérisent celle-ci comme une immigration “de peuplement”. On s’accorde généralement à faire de 1974 un point de bascule quant à la nature de l’immigration, par l’effet du regroupement familial. On passa alors de l’immigration provisoire d’individus, dont les motifs étaient économiques ou de refuge (asile politique), à une immigration d’implantation. Si l’expression “immigration de peuplement” est plus juste encore que ceux qui l’emploient ne le croient, c’est parce qu’elle n’est pas seulement un phénomène quantitatif, mais un phénomène qualitatif : il s’agit effectivement de “faire peuple” à l’intérieur d’un peuple déjà existant. Ce phénomène, qui est loin d’être majoritaire, est en partie nouveau, ne se limite pas à la France, et crée de véritables diasporas à l’intérieur des pays d’accueils. C’est dans la mesure où les immigrés veulent conserver leur similitude avec le peuple du pays d’origine qu’ils refusent l’assimilation au peuple d’accueil, et cela parce qu’il est impossible d’être similaire à deux modèles contradictoires. Il est curieux que l’on déplore comme “populiste” l’attachement du peuple d’accueil à sa similitude, et que l’on encense l’attachement des immigrés à la similitude de leur peuple d’origine. »

Vincent Coussedière, Eloge du populisme

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14/09/2013

Les gens ne parlent de rien...

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« -- Les gens ne parlent de rien.

-- Allons donc, il faut bien qu’ils parlent de quelque chose !

-- Non, non, de rien. Ils citent toute une ribambelle de voitures, de vêtements ou de piscines et disent : “Super!” Mais ils disent tous la même chose et personne n’est jamais d’un avis différent. Et la plupart du temps, dans les cafés, ils se font raconter les mêmes histoires drôles par les joke-boxes, ou regardent défiler les motifs colorés sur les murs musicaux, des motifs abstraits, de simples taches de couleurs. Et les musées, y êtes-vous jamais allé ? Rien que de l’abstrait. C’est tout ce qu’il y a aujourd’hui. Mon oncle dit que c’était différent autrefois. Jadis il y avait des tableaux qui exprimaient des choses ou même représentaient des gens. »

Ray Bradbury, Fahrenheit 451

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13/09/2013

La solitude mortelle et irrationnelle est toujours couronnée

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« Un nouvel amour donne toujours de l’espoir, la solitude mortelle et irrationnelle est toujours couronnée ; cette chose que j’ai vue (cette horreur du vide reptilien) quand j’ai inspiré à fond l’iode mortelle de la mer, à Big Sur, est maintenant justifiée et sanctifiée, levée comme une urne sacrée vers le ciel, par le simple fait de se déshabiller, de faire aller les corps et les esprits dans les délices mélancoliques, inexprimables et frénétiques de l’amour. Ne laissez aucun vieux chnoque vous dire le contraire ; quand on pense que personne, dans ce vaste monde, n’ose jamais écrire l’histoire véritable de l’amour, on nous colle de la littérature, des drames à peine complets à cinquante pour cent. Quand on est allongé, bouche contre bouche, baiser contre baiser dans la nuit, la tête sur l’oreiller, rein contre rein, l’âme baignée d’une tendresse qui vous submerge et vous entraîne si loin des terribles abstractions mentales, on finit par se demander pourquoi les hommes ont fait de Dieu un être hostile à l’amour charnel. »

Jack Kerouac, Big Sur

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