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02/10/2013

L'Evangile a des menaces et des conclusions terribles

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« [...] La Justice et la Miséricorde sont identiques et consubstantielles dans leur absolu. Voilà ce que ne veulent entendre ni les sentimentaux ni les fanatiques. Une doctrine qui propose l'Amour de Dieu pour fin suprême, a surtout besoin d'être virile, sous peine de sanctionner toutes les illusions de l'amour-propre ou de l'amour charnel. Il est trop facile d'émasculer les âmes en ne leur enseignant que le précepte de chérir ses frères, au mépris de tous les autres préceptes qu'on leur cacherait. On obtient, de la sorte, une religion mollasse et poisseuse, plus redoutable par ses effets que le nihilisme même.

Or, l'Evangile a des menaces et des conclusions terribles. Jésus, en vingt endroits, lance l'anathème, non sur des choses, mais sur des hommes qu'il désigne avec une effrayante précision. Il n'en donne pas moins sa vie pour tous, mais après nous avoir laissé la consigne de parler "sur les toits", comme il a parlé lui-même. C'est l'unique modèle et les chrétiens n'ont pas mieux à faire que de pratiquer ses exemples. Que penseriez-vous de la charité d'un homme qui laisserait empoisonner ses frères, de peur de ruiner, en les avertissant, la considération de l'empoisonneur ? Moi, je dis qu'à ce point de vue la charité consiste à vociférer et que le véritable amour doit être implacable. Mais cela suppose une virilité, si défunte aujourd'hui, qu'on ne peut même plus prononcer son nom sans attenter à la pudeur... »

Léon Bloy, Le désespéré

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01/10/2013

Crapauds et hérissons...

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« C'était une ancienne voiture officielle d'un quelconque ministère transformée en taxi - une limousine noire en forme de soucoupe volante, de marque Tatra, fabriquée en Tchécoslovaquie - avec une vitre de séparation entre le conducteur et la banquette arrière au cuir patiné par les pantalons de plusieurs générations de hauts fonctionnaires et d'apparatchiks. Mais nous avions appris qu'elle servait moins souvent de taxi, faute de clientèle, que de corbillard : un mécanisme très visible et inquiétant permettait au siège du passager avant de se rabattre, dégageant ainsi l'espace où glisser le cercueil à la place du mort, comme disent les automobilistes. Un crucifix érigé sur le tableau de bord, plusieurs images de Saintes Vierges collées sur le pare-brise, un chapelet pendu au rétroviseur, une petite flamme électrique comme dans les cimetières, branchée sur l'allume-cigares, et la tenue sombre du chauffeur avec sa cravate noire lustrée complétaient l'ambiance de chapelle ardente sur roues. La route n'avait aucun éclairage, aucun marquage, et le ciel était d'encre. Par endroits, le brouillard tendait des nappes horizontales blanchâtres qui séparaient le monde en deux, à mi-hauteur des vitres : alors, il n'y avait plus de ciel et il fallait baisser la tête. L'automobile roulait lentement, perçant les ténèbres du faible faisceau de ses phares, mais nous ne savions pas si c'était par prudence ou pour prendre le temps d'écraser méthodiquement sous le pneu avant gauche les gros crapauds et les hérissons que notre allure très ralentie eût permie d'épargner. Le chauffeur-croque-mort n'était guidé que par ces balises : la voiture progressait en zigzaguant d'un bord à l'autre de la route selon le tracé que lui indiquaient ses victimes, et peut-être était-ce une façon de suivre ce chemin - notre route - qui était pour ces animaux un no man's land à franchir, à moins que ce jeu morbide d'enfant cruel ait eu pour cible ces charmantes bestioles parce qu'elles sont considérées dans ces régions comme nuisibles, ou entrant dans la composition des potions de sorcières, et pour satisfaire une obscure superstition ! Parfois nous pouvions voir les yeux ronds du chauffeur-croque-mort, comme bordés d'un trait de Rimmel noir, qui nous observaient dans le rétroviseur où se balançait le chapelet, épiant nos réactions ou guettant notre appréciation sur les misérables succès de son acharnement, et le trajet devenait interminable. »

Alain Fleischer, Les trapézistes et le rat

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Mon chien était la victoire, les livres que je n'avais pas écrits, les endroits que je n'avais pas vus, la Maserati que je n'avais jamais eue, les femmes qui me faisaient envie

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« Je savais pourquoi je voulais ce chien. C'était clair comme de l'eau de roche, mais je ne pouvais le dire à Jamie. Ca m'aurait gêné. En revanche, je pouvais me l'avouer franchement. J'étais las de la défaite et de l'échec. Je désirais la victoire. Mais j'avais cinquante-cinq ans et il n'y avait pas de victoire en vue, pas même de bataille. Car mes ennemis ne s'intéressaient plus au combat. Stupide était la victoire, les livres que je n'avais pas écrits, les endroits que je n'avais pas vus, la Maserati que je n'avais jamais eue, les femmes qui me faisaient envie, Danielle Darrieux, Gina Lollobrigida, Nadia Grey. Stupide incarnait le triomphe sur d'anciens fabricants de pantalons qui avaient mis en pièces mes scénarios jusqu'au jour où le sang avait coulé. Il incarnait mon rêve d'une progéniture d'esprits subtils dans des universités célèbres, d'érudits doués pour apprécier toutes les joies de l'existence. Comme mon bien-aimé [précédent chien] Rocco, il apaiserait la douleur, panserait les blessures de mes journées interminables, de mon enfance pauvre, de ma jeunesse désespérée, de mon avenir compromis. »

John Fante, Mon chien Stupide

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Un chien nommé Rommel... un chien nommé Stupide...

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« Il s'appelait Rommel ; son propriétaire, Kunz, était cadre supérieur des cerveaux de la Rand à Santa Monica. Rommel. Importation directe de Berlin, monarque en titre de l'empire canin de Point Dume. Ce berger allemand noir et argent habitait la dernière maison de la rue et s'était arrogé la fonction de garde-barrière entre le quartier et la plage. Un chien terrible, un Gauleiter doté d'un instinct peu commun pour repérer les inconnus et les vagabonds (mais qui remuait toujours la queue à la vue d'un uniforme), beau comme Cary Grant et féroce comme Joe Louis, le roi inflexible des chiens, mais selon moi inférieur à Rocco, mon bull-terrier, abattu par la balle d'un assassin un an avant l'arrivée de Rommel.Alors que nous approchions du cul-de-sac, Rommel s'est présenté, le système d'alarme de ses sujets l'ayant averti de l'intrusion d'un homme ou d'un animal dans Cliffside Road.

Aussitôt mon coeur s'est emballé, et j'ai compris que cet affrontement était ma seule raison d'amener Stupide à la plage. J'ai regardé Jamie. Son visage était congestionné, ses yeux scintillaient. Le seul de nous trois qui n'était pas conscient de la menace imminente était Stupide. Apparemment, son odorat était aussi médiocre que sa vue, car il plastronnait sans voir Rommel, sa grande langue battant ses babines, un sourire béat sur son visage d'ours.

Rommel avançait d'un pas furtif et menaçant, la queue tendue à l'horizontale, le poil légèrement hérissé. Brusquement, il a lâché un grognement terrifiant qui a mis fin aux jappements et autres aboiements le long de la rue. Le roi avait parlé, un silence angoissé régnait. Stupide a dressé les oreilles quand ses yeux ont découvert Rommel à trente mètres devant lui. Il a bondi en avant pour nous faire lâcher son collier, et nous l'avons retenu quelques secondes avant de le libérer. Il ne s'est pas accroupi comme son rival teuton. Non, il a marché vers la bataille la tête haute, le panache de sa queue fournie oscillant comme un drapeau au-dessus de son arrière-train. J'ai eu l'impression d'assister à un duel dans l'Ouest sauvage. Jamie léchait ses lèvres. Mon coeur battait la chamade. Nous nous sommes arrêtés pour regarder.

Rommel a frappé le premier, enfonçant profondément ses crocs dans la fourrure de la gorge de Stupide. Autant mordre un matelas. Stupide s'est libéré, dressé sur ses pattes arrière, tel un ours, utilisant ses pattes avant pour tenir le Teuton à distance. Rommel aussi s'est dressé sur ses pattes arrière ; gueule contre gueule, ils ont essayé de se mordre. Mon Rocco, spécialiste des bagarres de rue, les aurait étripés tous les deux s'ils avaient employé cette tactique contre lui. Mais Rommel était un adepte du combat sur deux pattes, dans le strict respect des règles, pas de coups bas, pas de morsures au bas-ventre, la gorge comme seule et unique cible autorisée.

Il a frappé plusieurs fois, mais sans pouvoir s'accrocher. A ma grande surprise, Stupide ne mordait pas. Il grondait, ses mâchoires claquaient, il rugissait pour égaler les rugissements de Rommel, mais de toute évidence il voulait seulement se battre, et pas tuer. Il était de la même taille que Rommel, mais son poitrail était plus puissant et ses pattes frappaient comme des massues.

Après une demi-douzaine de charges, le match nul semblait inévitable, et il y eu une pause momentanée dont les chiens ont profité pour se jauger. L'alerte Rommel était immobile comme une statue tandis que Stupide s'approchait de lui et commençait à décrire des cercles autour du berger allemand. Rommel observait cette manœuvre d'un air soupçonneux, les oreilles dressées. Selon toutes les règles du combat de chiens classique, on aurait dû s'en tenir à un match nul, les deux animaux regagnant leurs pénates respectifs avec leur honneur intact.

Mais pas Stupide. Vers la fin du deuxième cercle, il a soudain levé ses pattes vers le dos de Rommel. Touché ! C'était un coup fantastique, sans précédent, osé, humiliant et si peu orthodoxe que Rommel s'est figé sur place, incrédule. On eût dit que Stupide préférait batifoler plutôt que lutter ; ça a jeté Rommel, ce noble chien qui croyait au fair-play, dans une confusion terrible.

Alors Stupide a révélé son but incroyable : il a dégainé son glaive orange en bondissant sur le dos de Rommel ; tel un ours, il a immobilisé Rommel de ses quatres pattes puissantes, puis entrepris de mettre son glaive au chaud. Quelle finesse ! Quelle astuce ! J'étais enchanté. Dieu, quel chien !

Grondant de dégoût, Rommel se débattait pour échapper à cet assaut obscène, son cou se tordait pour atteindre la gorge de Stupide, son arrière-train se plaquait au sol pour échapper aux coups de glaive. Il savait maintenant que son adversaire était un monstre pervers à l'esprit dépravé, et il se tordait en tous sens avec l'énergie du désespoir. Enfin libre, il s'est éloigné furtivement, la queue basse pour protéger ses parties. Stupide gambadait autour de lui pendant que Rommel battait en retraite vers sa pelouse où il s'est couché en motrant les crocs. Il y avait de l'écoeurement et du dégoût dans le gémissement qui est monté de sa gorge : il ne voulait plus entendre parler de cet adversaire révoltant, trop répugnant pour qu'on l'attaque.

Il était battu, écrasé. Il avait jeté l'éponge.

"Bon Dieu !" j'ai fait en m'agenouillant pour serrer le cou de Stupide entre mes bras.
"Oh, Jamie ! Tu as vu un peu notre Stupide !"
Jamie a saisi son collier.
"Eloignons-le avant que ça recommence."
"Ca ne recommencera jamais. Rommel est fini, ratiboisé. Regarde-le !"
Rommel remontait l'allée de Kunz vers le garage, la queue entre les jambes.
"Partons", a dit Jamie.
"On le garde."
"Impossible. Tu as promis à Maman."
"C'est mon chien, ma maison, ma décision."
"Mais il n'est pas à toi."
"Il le sera."
"C'est un grand lutteur. Il gagne sans donner le moindre coup à son adversaire."
"C'est pas un lutteur, Papa. C'est un violeur."
"On le garde."
Dis-moi pourquoi."
"Je ne suis pas obligé de tout te dire." »

John Fante, Mon chien Stupide

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Des gens sans aïeux, sans audace militaire

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« Il était naturel que les représentants de ce qu’il y avait encore de ferme, de dur et de fort dans l’ancien esprit romain éprouvassent quelque impatience devant cet envahissement des hautes places de la république par des gens sans aïeux, sans audace militaire, appartenant le plus souvent à ces races orientales que le vrai Romain méprisait. »

Ernest Renan, Marc-Aurèle et la fin du monde antique

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30/09/2013

Sur le champ de bataille

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« Les troupes sont en marche. L'humeur est plus gaie. "Eh, si seulement on allait jusqu'à Kiev." Un autre : "Eh, j'irais bien jusqu'à Berlin." Pris sur le vif : un point d'appui défensif mis sens dessus dessous par un char. Un Roumain sur lequel est passé un char, aplati. Son visage est comme un bas-relief. A côté de lui, deux Allemands écrasés. Au même endroit, l'un des nôtres gît dans la tranchée, à demi écrasé.

Des boites de conserve, des grenades, des 'citrons' (grenades à main), une couverture tachée de sang, des pages de magazines allemands. Nos soldats sont assis là, au milieu des cadavres, ils font bouillir dans un chaudron des morceaux de viande découpés sur un cheval tué et tendent vers le feu leurs mains gelées.

Sur le champ de bataille, côte à côte, un Roumain tué et un des nôtres, également mort. Le Roumain a sur lui une feuille de papier, un dessin d'enfant : un petit lapin et un bateau. Le nôtre a une lettre : "Bonjour et peut-être bonsoir. Coucou petit papa..." Et la fin de la lettre : "Revenez mon petit papa, parce que sans vous on rentre à la maison comme si c'était une autre maison. Sans vous je m'ennuie. Venez, que je puisse vous voir, ne serait-ce qu'une heure. J'écris et mes larmes coulent à flots. Signé : votre fille, Nina." »

Vassili Grossman, Carnets de guerre, Stalingrad, novembre 1942

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Une frayeur superstitieuse

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« C’est ainsi que Jules Haudouin éprouvait à l’égard de la nudité féminine une frayeur superstitieuse. Il avait la main plus hardie que le regard, et il ignora toute sa vie que sa femme était marquée d’un large grain de beauté sur le haut de la cuisse. L’aisance que lui donnait la complicité des ténèbres ne signifiait nullement qu’il eût égard à la pudeur de l’épouse. Il était même fort éloigné de ces raffinements. Au plaisir comme à la tâche, il ne considérait pas que sa femme fût son égale. D’ailleurs, la nudité des autres femmes lui était également insupportable. Un soir que la servante rangeait la vaisselle dans la salle à manger à la clarté d’une bougie, Haudouin passa par là et fut pris d’un caprice de maître. Comme il prenait ses mâles dispositions, elle releva docilement ses jupes et découvrit ce qu’il fallait de peau nue. A cette vision, le maître rougit, il n’eut plus que faiblesse en la main et détourna son regard sur le portrait du président de la République. La physionomie sérieuse de Jules Grévy, son regard appliqué et soupçonneux achevèrent de confondre Haudouin. Saisi d’un sentiment de crainte religieuse en face de ce participe divin qu’était pour lui le président, il souffla la bougie. Un moment, il demeura immobile et coi, comme se dérobant à un péril, puis l’obscurité lui rendit l’inspiration ; j’entendis 1e souffle rauque du vieillard et le halètement complaisant de la servante. »

Marcel Aymé, La jument verte

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L'Argent...

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« Aujourd’hui, alors que triomphe la démocratie, l’argent, sous la forme de l’économie, de l’industrie, du commerce de masse, des multinationales, des banques, des grands groupes financiers, est plus présent que jamais. De gauche comme de droite, la démocratie est très loin d’avoir chassé l’argent. Elle fait bon ménage avec lui. On pourrait soutenir que, sur la scène de l’histoire, les États, hier encore tout puissants, ont perdu de leur poids et que l’argent a pris leur place. La politique, l’armée, la stratégie, la morale publique, tout cela a reculé. L’argent triomphe. Le sport règne sur notre temps : il est cerné par l’argent. L’art déplace les foules : c’est encore, et de plus en plus, de l’argent.

L’argent, hier, était, sinon une force de l’ombre, elle ne l’a jamais été, du moins un outil subalterne, un instrument au service du pouvoir. Tout, désormais, tourne autour de lui. Il est devenu le pouvoir. »

Jean d’Ormesson, Qu’ai-je donc fait

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29/09/2013

Débiles idiots blablaveux...

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« Bor­del ! les jeunes sont tous débiles idiots blablaveux bou­ton­neux tout naves... soit!... les “Incar­neurs de la Jeunesse”! évident! pour la rai­son qu’ils sont pas “faits”... les vieux ? tout suin­teux rado­teux, inimag­in­ables de haine et d’horreur pour tout ce qui arrive! et qui va venir! pour la rai­son qu’ils le sont de trop, eux, “faits”!... camem­berts verts et vers, coulants, puants, vite vite à remet­tre au frigidaire!... à l’office! à la fosse ! au trou !... donc vous avez pas beau­coup de chances d’aller vous, vos pau­vres turlu­taines, vous placer chez ceux-ci ? ceux-là ?... chez les ganaches?... les bou­ton­neux?... file... camomille... venin... guimauve... on vous demande rien ! per­sonne ! nulle part !... »

Louis-Ferdinand Céline, D’un château l’autre

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28/09/2013

"Vous avez été épurée ?"

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« Marcel Aymé m’a pas dit un mot pendant tout le repas. Rien, rien, rien. Rien du tout, pas un mot. Moi j’attendais, je parlais avec les autres. Et puis alors nous devions tous retourner chez nous … Tous prenaient le métro, c’était dans les années qui suivaient la guerre. Il prend le métro avec moi et c’était archi bondé ce métro. Et nous étions debout, bien en vue. Je devais descendre à Georges V, et, un peu avant, il voit que je m’approche de la porte pour descendre et pour m’en aller. Alors, il crie - c’était plein et j’étais déjà sur le quai - et il a dû se dire il faut que je parle, il faut que je dise quelque chose". Alors il me fait : "Vous avez été épurée ?" - “oui !" - “Moi aussi !" Alors, vous voyez tout le métro ! La gueule des gens …(rires). C’est tout ce qu’il avait trouvé à me sortir, il s’était retenu de me parler de toute la soirée …et en plein métro, il disait ça ! Très drôle, très drôle. »

Léonie Marie Julia Bathiat, dit Arletty, cité par Robert Delaroche in, Paroles retrouvées

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Contempler...

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« Nos contemporains ont perdu la faculté de contempler les choses. Ils ont désappris l'art de perdre intelligemment son temps. »

Emil Cioran, Entretiens

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27/09/2013

Il n’existe plus de substance saine

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« Puisque, par le temps qui court, il n’existe plus de substance saine, puisque le vin qu’on boit et que la liberté qu’on proclame, sont frelatés et dérisoires, puisqu’il faut enfin une singulière dose de bonne volonté pour croire que les classes dirigeantes sont respectables et que les classes domestiquées sont dignes d’être soulagées ou plaintes, il ne me semble, conclut des Esseintes, ni plus ridicule ni plus fou, de demander à mon prochain une somme d’illusion à peine équivalente à celle qu’il dépense dans des buts imbéciles chaque jour, pour figurer que la ville de Pantin est une Nice artificielle, une Menton factice. »

Joris-Karl Huysmans, A rebours

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L’artiste est, à son insu même, hanté par la nostalgie d’un autre siècle

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« En effet, lorsque l’époque où un homme de talent est obligé de vivre, est plate et bête, l’artiste est, à son insu même, hanté par la nostalgie d’un autre siècle.
Ne pouvant s’harmoniser qu’à de rares intervalles avec le milieu où il évolue ; ne découvrant plus dans l’examen de ce milieu et des créatures qui le subissent, des jouissances d’observation et d’analyse suffisantes à le distraire, il sent sourdre et éclore en lui de particuliers phénomènes. De confus désirs de migration se lèvent qui se débrouillent dans la réflexion et dans l’étude. Les instincts, les sensations, les penchants légués par l’hérédité se réveillent, se déterminent, s’imposent avec une impérieuse assurance. Il se rappelle des souvenirs d’êtres et de choses qu’il n’a pas personnellement connus, et il vient un moment où il s‘évade violemment du pénitencier de son siècle et rôde, en toute liberté, dans une autre époque avec laquelle, par une dernière illusion, il lui semble qu’il eût été mieux en accord. »

Joris-Karl Huysmans, A rebours

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Leurs incompréhensibles et interminables projets

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« Il semblait au début qu'ils avaient échoué là par hasard, selon les caprices du vent, et qu'ils venaient vivre ici de façon provisoire, pour partager plus ou moins avec nous la façon dont on avait toujours vécu dans ces contrées, comme si les autorités civiles devaient prolonger pendant un certain temps l'occupation inaugurée par l'armée. Cependant, de mois en mois, le nombre de ces étrangers augmentait. Ce qui suprenait le plus les gens de la ville et les remplissait à la fois d'étonnement et de méfiance, ce n'était pas tant leur nombre que leurs incompréhensibles et interminables projets, l'activité débordante et la persévérance dont ils faisaient preuve pour mener à bien les tâches qu'ils entreprenaient. Ces étrangers ne s'arrêtaient jamais de travailler et ne permettaient à personne de prendre le moindre répit ; ils semblaient résolus à enfermer dans leur réseau, -invisible, mais de plus en plus perceptible- de lois, d'ordonnances et de règlement la vie tout entière, hommes, bêtes et objets, et à tout déplacer et transformer autour d'eux, aussi bien l'aspect extérieur de la ville que les moeurs et les habitudes des hommes, du berceau à la tombe. Ils faisaient tout cela avec calme et sans beaucoup parler, sans user de violence ou de provocation, si bien que l'on n'avait pas à quoi résister. Lorsqu'ils se heurtaient à l'incompréhension ou à des résistences, ils s'arrêtaient immédiatement, se consultaient quelque part sans qu'on le vît, changeaient seulement d'objectif ou de façon de faire, mais parvenaient quand même à leurs fins. Ils mesuraient une terre en friche, marquaient les arbres dans la forêt, inspectaient les lieux d'aisances et les canaux, examinaient les dents des chevaux et des vaches, vérifiaient les poids et les mesures, s'informaient des maladies dont souffrait le peuple, du nombre et des noms des arbres fruitiers, des races de moutons ou de la volaille. (On aurait dit qu'ils s'amusaient, tant ce qu'ils faisaient paraissait incompréhensible, irréel et peu sérieux aux yeux des gens.) »

Ivo Andrić, Le Pont sur la Drina

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La haine des hommes

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« Quand la haine des hommes ne comporte aucun risque, leur bêtise est vite convaincue, les motifs viennent tout seuls. »

Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit

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