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22/03/2016

Une âme à vif qui s’offre dans un élan irrémédiable

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« Dès qu’il se rapprocha d’elle, il baigna dans une mer de douceur éperdue. Il était ému, apitoyé et effrayé comme s’il avait pris dans ses bras un nouveau-né. Une chair si tendre en proie à une confusion si embrouillée, un silence si oppressé car tout le poids de l’univers était soudain tombé sur ce faible sein. Un silence puis un souffle, un souffle peu à peu vainement contenu. Un petit animal affolé envahit par une convulsion bientôt exorbitante. Voilà ce qu’est la chair, une âme à vif qui s’offre dans un élan irrémédiable. Il était pris d’admiration, de respect, de terreur. Lui qui aimait tant la chair, il ne la connaissait pas, il l’avait méconnue. Il n’avait touché que des femmes sans mystère, ou chez qui le mystère, quand la tendresse se réveillait avec le plaisir, ne passait que comme un fantôme reflété. Ici c’était le mystère, le mystère du monde dans toute sa jeunesse farouche épanouissant son énigme avec une force confondante. »

Pierre Drieu la Rochelle, Gilles

 

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Rêveur et praticien, solitaire et pèlerin, initié et homme du rang

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« Je suis un type d’homme qui a toujours été. Rêveur et praticien, solitaire et pèlerin, initié et homme du rang. C’est ce que l’on peut saisir de moi. Le reste est-il insaisissable ? Peut-on saisir une pensée qui à force de s’éprouver dans les circonstances diverses et de faire face à des difficultés contradictoires se retourne sur elle-même ? La pensée et l’action se perdent dans les hauteurs. Moi, je suis un de ces humbles qui aident l’action et la pensée à recommencer toujours leurs épousailles compromises. »

Pierre Drieu la Rochelle, Gilles

 

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21/03/2016

L' "objectivité" sympathisante ou péjorative des autres

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« Il faudrait trouver dans son texte même une technique pour interdire tout jugement dessus. Chaque auteur devrait refuser d’entendre le moindre avis sur ce qu’il écrit, dans un sens ou dans un autre. Je connais mieux que personne les défauts et les qualités de mes livres et je n’ai pas besoin de l’ "objectivité" sympathisante ou péjorative des autres. »

Marc-Edouard Nabe, Tohu-Bohu

 

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Monstre bifrons de la consommation

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« Ne pas posséder d’automobile et ne pas être en couple, alors que tout le monde doit avoir une automobile et "doit" être en couple (monstre bifrons de la consommation), ne peut être considéré que comme un grand malheur, une intolérable frustration. Ainsi l’amour hétérosexuel — tellement permis qu’il en devient obligatoire — est devenu une sorte d’ "érotomanie sociale". »

Pier Paolo Pasolini, Ecrits Corsaires

 

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La viande à mitraille

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« Les majors à barbiches blanches et les édiles sourient. 1 m. 75, 63 kilos. Coeur et poumons excellents. Un peu mince, mais l'exercice l'étoffera vite. Bon service armé, apte à l'infanterie. Comme prévu. Cocasse que ce soient ces braves vieux toubibs débonnaires, costumés en officiers, qui choisissent la viande à mitraille, décident : "Celui-là se porte assez bien pour faire un mort." »

Lucien Rebatet, Les épis mûrs

 

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19/03/2016

Des images abstraites, des compositions géométriques

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« Les nouvelles agglomérations sont élaborées sur la planche à dessin et à partir de maquettes. Dans les deux cas, elles sont essentiellement présentées comme des images abstraites, des compositions géométriques, en relief ou non. Leur méthode d’engendrement occulte le fait qu’un espace urbain ne s’adresse pas à l’œil seulement mais concerne le corps tout entier et ne peut, sous peine de réduction, être traité dans le seul cadre d’un esthétique de la vision : l’espace de notre quotidienneté n’est pas "vu d’avion" mais vécu à ras de terre. Davantage, cette approche méconnait le fait qu’un espace urbain ne peut ainsi être perçu d’un coup, mais seulement dans la successivité de séquences fragmentaires, au gré des temps et des parcours. »

Françoise Choay, "Production de la ville, esthétique urbaine et architecture" in La ville aujourd’hui. Mutations urbaines, décentralisation et crise du citadin, ouvrage collectif sous la Direction de Marcel Roncayolo

 

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Ce qui trouble est ennemi de la Paix divine

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« C’est assez, pour moi, de savoir qu’il a inventé une religion. Prosterne-toi tant que tu voudras, au seuil du Vénusberg ou de la Walhalla, traîne-toi sur les marches du Graal qui est leur prolongement lyrique dans ce "crépuscule des Dieux". Omnes dii gentium dœmonia . Arrange tout ça avec les leçons de ton catéchisme dont tu me parais n’avoir gardé qu’un souvenir trouble. Mes genoux ne te suivront pas. Ils appartiennent à la sainte Église catholique, apostolique, romaine, exclusivement.

"Tout ce qui est en dehors d’elle vient du Mal, émane de l’Enfer, nécessairement, absolument, sans autre examen ni compromis oiseux, car ce qui trouble est ennemi de la Paix divine." C’est toi-même qui as écrit cela, dans un de tes jours lucides. L’aurais-tu oublié déjà ? Fût-on l’artiste le plus grand du monde, il n’est pas permis de toucher aux Formes saintes, et ce qui bouillonne dans le calice du Mont Salvat, j’en ai bien peur, ne serait-ce pas précisément l’élixir épouvantable dont tu nous as fait le poème ? Beethoven n’entreprit jamais de mettre à genoux les peuples et les rois et n’eut pas besoin d’autres forces que celles de son génie. Wagner, impatient de tout dompter, a prétendu faire de la Liturgie elle-même l’accessoire des combinaisons de ses prétendus chefs-d’œuvre. C’est la différence du légitime au bâtard. Pourquoi voudrais-tu que je me traînasse pieusement derrière ce brouillard sonore qui ne devrait paraître une colonne de nuées lumineuses qu’aux imaginatifs grossiers de la Germanie ? »

Léon Bloy, La femme pauvre

 

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Dans cinquante ans, on ne tiendra plus à rien

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« Qu’est-ce que la France de 1840 ? un pays exclusivement occupé d’intérêts matériels, sans patriotisme, sans conscience, où le pouvoir est sans force, où l’Élection, fruit du libre arbitre et de la liberté politique, n’élève que les médiocrités, où la force brutale est devenue nécessaire contre les violences populaires, et où la discussion, étendue aux moindres choses, étouffe toute action du corps politique ; où l’argent domine toutes les questions, et où l’individualisme, produit horrible de la division à l’infini des héritages qui supprime la famille, dévorera tout, même la nation, que l’égoïsme livrera quelque jour à l’invasion, On se dira : Pourquoi pas le tzar, comme on s’est dit : – Pourquoi pas le duc d’Orléans ? On ne tient pas à grand’chose ; mais dans cinquante ans, on ne tiendra plus à rien. »

Honoré de Balzac, Sur Catherine de Médicis

 

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18/03/2016

Ce mal que Nietzsche appelait l’esprit de lourdeur

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« Ce monde est empoisonné de malheurs et semble s’y complaire. Il est tout entier livré à ce mal que Nietzsche appelait l’esprit de lourdeur. N’y prêtons pas la main. Il est vain de pleurer sur l’esprit, il suffit de travailler pour lui. Mais où sont les vertus conquérantes de l’esprit ? Le même Nietzsche les a énumérées comme les ennemis mortels de l’esprit de lourdeur. Pour lui, ce sont la force de caractère, le goût, le "monde", le bonheur classique, la dure fierté, la froide frugalité du sage. Ces vertus, plus que jamais, sont nécessaires et chacun peut choisir celle qui lui convient. Devant l’énormité de la partie engagée, qu’on n’oublie pas en tout cas la force de caractère. Je ne parle pas de celle qui s’accompagne sur les estrades électorales de froncements de sourcils et menaces, mais de celle qui résiste à tous les vents de la mer par la vertu de la blancheur et de la sève. C’est elle qui, dans l’hiver du monde, préparera le fruit. »

Albert Camus, Noces

 

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Le miel d’Assunta

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« Comme il étalait du miel sur son pain grillé, Beatrice sourit :

— C’est le miel d’Assunta. Elle a ses ruches à flanc de coteau, parmi le thym et la lavande. Quand les temps modernes, comme vous dites, tomberont sur nous, Assunta ne récoltera plus son miel. Elle l’achètera en pots. Nous aurons des microsillons, mais nous n’aurons plus de miel parfumé au thym et à la lavande. Qu’est-ce qui vaut mieux ?

— Vous n’avez pas le choix. On vous jettera de force dans les temps modernes. On vous oblige déjà à vous éclairer à l’électricité. Hier soir, en nous promenant, nous avons entendu des radios, et toutes captaient la même émission. Folco va au cinéma.

— C’est le curé qui choisit les films.

— Il ne les choisira pas toujours.

— Rien ne nous atteindra au fond du cœur. Varela est immuable.

— Il n’y a rien d’immuable. Entre 1939 et 1945 le monde a cassé sa tirelire. Nous dépenserons tout notre argent en quelques décennies. Dix siècles d’épargne partiront en fumée.

— Et après ?

— Je ne sais pas. Je ne suis ni économiste, ni astrologue. »

Michel Déon, Je vous écris d’Italie

 

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Un halluciné

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« L’homme moderne est un halluciné. L’hallucination a remplacé la croyance. L’homme moderne est un angoissé. L’angoisse s’est substitué à la foi. Tous ces gens là se disent réalistes, pratiques, matérialistes, enragés à conquérir les biens de ce monde, et nous sommes très loin de soupçonner la nature du mal qui les ronge, car nous n’observons que leur activité délirante, sans penser qu’elle est précisément la forme dégradée, avilie, de leur angoisse métaphysique. Ils ont l’air de courir après la fortune, mais ce n’est pas après la fortune qu’ils courent, c’est eux-mêmes qu’ils fuient.

Dans ces conditions, il est de jour en jour plus ridicule d’entendre de pauvres prêtres ignorants et paresseux tonner du haut de la chaire contre l’orgueil de ce perpétuel fuyard, l’appétit de jouissance de ce malade qui ne peut plus jouir qu’au prix des plus grands efforts, qui éprouve de la fringale pour tout, parce qu’il n’a plus réellement faim de rien. »

Georges Bernanos, La France contre les robots

 

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17/03/2016

Elle se donna au Sud

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« Hélène aimait les étrangers, ce qui n'était pas elle, la différence, l'Autre.

Elle s'en était fait une espèce de religion, bien à l'abri dans son quartier chic parisien, protégé par la caméra couleur qui filmait la rue devant son loft et sa porte blindée, design scandinave. Elle aimait les étrangers mais pas dans son quartier. Elle participait aux fêtes officielles, soutenait les sans-papiers, employait au black une femme de ménage ivoirienne — son principal lien avec l'Afrique, et voyageait dans le Sud, comme on allait jadis à l'Église — pétrie de recueillement, l'âme sensible ; elle se sentait coupable de tout.

Coupable de la colonisation, de la faim dans le monde, du racisme. De tout. Dans le souk, un homme l'approcha et lui parla. Il avait un beau sourire. Des dents blanches. Il sentait bon le Sud. Il n'était pas comme les parisiens un peu grisâtres et efféminés.

C'était un vrai homme. Ils couchèrent ensemble. Elle se donna au Sud, tenta quelques caresses osées qui confortèrent les fantasmes de l'homme sur les Occidentales, ces putes. Il éjacula vite et bien. Trop vite, peut-être. Puis, il la donna à ses amis, qui la baisèrent, sodomisèrent, corps contraints, chairs tordues, possessions. Puis, ils la donnèrent à l'Armée islamique de Libération, qui exigea une rançon. Elle fut décapitée dans une décharge, au milieu d'enfants qui cherchaient à bouffer. »

Jean-Luc Marret, Guerre totale

 

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Ecrivain, ennuyeux au possible, mais homme de grande conscience

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« Un sage très doux, de la "Revue des Deux Mondes", nommé M. Janet, — doux nom ! — personnage d’ailleurs important, appointé officiellement pour distribuer la sagesse, fait de charmants efforts en faveur de la Liberté de penser. Il voudrait délivrer cette aimable fille de ses accointances avec l’athéisme, qui induisent à mal parler d’elle ; et même il ne serait pas fâché de lui donner, s’il pouvait, une certaine figure chrétienne. Je dis une figure ! M. Janet ne tient pas à lui changer le caractère. il trouverait même un peu malheureux qu’elle eût autre chose de chrétien que la figure ; c’est à dire une partie de la figure, un profil par exemple. Car, toute la figure chrétienne, ce serait beaucoup ! Quelquefois, la figure engage plus qu’on en croit ; et la Liberté de penser, avec la figure toute, et toujours chrétienne, serait elle encore la liberté ? Mais un profil, à la bonne heure ! On a deux profils, pourquoi l’un des deux ne serait-il pas chrétien ? La Liberté de penser montrerait ce profil aux gens qui sont méticuleux sur la morale. M. Janet se croit lui-même un peu de ceux-là ; il signale des allures de la liberté qui l’importunent, qui lui feraient presque peur, qui pourraient l’empêcher de terrasser comme il faut les spiritualistes, les mystiques, les hargneux catholiques, ennemis jurés des expansions de l’esprit humain. Ces timorés crient beaucoup, et ne sont pas sans légitime crédit ; le profil chrétien leur fermerait la bouche. Que si pourtant c’est trop demander, et que la liberté ne puisse absolument pas prendre ce profil, alors qu’elle porte au moins une petite croix, — une croix "à la Jeannette" — sur sa gorge nue. Beaucoup de dames adoptent cet ornement ; il leur sert de profession de foi qui ne les gêne en rien. Elles vont ici et là, elles font ceci et cela ; mais, quoi que l’on puisse dire, puisqu’elles ont la croix au col, il y a toujours moyen de répondre qu’elles sont chrétiennes.

Ayant donné ce sage et doux conseil à la liberté, M. Janet se tourne du côté des moralistes et des catholiques, et, avec la même sagesse et la même douceur, il entreprend de les convaincre que la liberté de penser rend à la morale et à la religion des services tout à fait éminents, tout à fait incomparables, tout à fait indispensables. Dans cette vue, il leur pousse honnêtement plusieurs séries d’arguments variés. Si ce n’est pas ce qu’il y a de plus nouveau, c’est du moins ce qu’il a voulu ramasser de meilleur. Ecrivain, ennuyeux au possible, mais homme de grande conscience, et toujours sage, et toujours doux ! Enfin, il arrive à la conclusion de toutes ses majeures, de toutes ses mineures, de toutes ses définitions et de tous ses dévidages : à savoir que le doute, soumettant tout à la critique, procure la seule preuve possible des vérités qu’il faut croire. Et lui-même, M. Janet, n’a pas suivi d’autre méthode pour se procurer le soulagement de croire à l’existence de Dieu, comme toute la rédaction de la "Revue des Deux Mondes ».

Ils nous disent tous, et tous les jours, beaucoup de chansons que l’on sait ; mais ils les disent si ennuyeusement, si tortueusement, si obscurément ! On y est toujours pris ; on croit toujours que des gens qui se donnent tant de peine vont accoucher d’autre chose. »

Louis Veuillot, Les odeurs de Paris, Livre V, La science

 

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16/03/2016

L’amour exige certaines préparations

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« Je crains que, faute d’éducation, les jeunes filles d’aujourd’hui ne sachent pas aimer. L’amour exige certaines préparations, une retenue, des réserves, une rêverie préalable, comme une religion qui a été très tôt déposée dans le coeur.
Trop de rencontres, trop de facilité à se lier, gênent le choix, engourdissent l’instinct. C’est une concentration du sentiment qui fait découvrir dans un être ce qu’il peut donner. »

Jacques Chardonne, L'amour c'est beaucoup plus que l'amour

 

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Le chemin d’une résignation partielle

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« Je n’avais plus rien à manger, ni très envie d’aller au Géant Casino, le début de soirée était une mauvaise heure pour faire les courses dans ce quartier populeux, mais j’avais faim et plus encore j’avais envie d’acheter à manger, de la blanquette de veau, du colin au cerfeuil, de la moussaka berbère ; les plats pour micro-ondes, fiables dans leur insipidité, mais à l’emballage coloré et joyeux, représentaient quand même un vrai progrès par rapport aux désolantes tribulations des héros de Huysmans ; aucune malveillance ne pouvait s’y lire, et l’impression de participer à une expérience collective décevante, mais égalitaire, pouvait ouvrir le chemin d’une résignation partielle. »

Michel Houellebecq, Soumission

 

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