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20/05/2015

La solitude et le danger

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« Le style du hussard, c’est le désespoir avec l’allégresse, le pessimisme avec la gaieté, la piété avec l’humour.

C’est un refus avec un appel. C’est une enfance avec son secret.

C’est l’honneur avec le courage et le courage avec la désinvolture.

C’est une fierté avec un charme ; ce charme-là hérissé de pointes.

C’est une force avec son abandon. C’est une fidélité.

C’est une élégance. C’est une allure.

C’est ce qui ne sert aucune carrière sous aucun régime.

C’est le conte d’Andersen quand on montre du doigt le roi nu.

C’est la chouannerie sous la Convention.

C’est le christianisme des catacombes.

C’est le passé sous le regard de l’avenir et la mort sous celui de la vie.

C’est la solitude et le danger. Bref, c’est le dandysme. »

Pol Vandromme, Roger Nimier, Le Grand d’Espagne

 

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19/05/2015

Il avait les poches pleines de tracts clandestins, et l’air farouche

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« Puis j’ai vu Paulhan et je lui ai dit que cette guerre était une connerie terrible, ce qui a paru le surprendre. Mais pas moi qui ai toujours tenu Paulhan pour un simple, opinion qui l’a heurté seulement au début.
Je l’ai revu pendant la guerre, sous un bada à la Prévert mais posé sur le front. Il avait les poches pleines de tracts clandestins, et l’air farouche.
Je lui ai dit que j’étais résistant moi aussi, que je faisais des V en pissant, mon jet étant harmonieusement divisé au départ du méat, à la suite d’une chtouille breneuse acquise bien avant l’avènement d’Hitler. Mieux encore, chacun de ces jets lui-même, habilement dardé, imprimait sur les murs, de Paris à Monte-Carlo, quantité de petits vés d’un acide indélébile, qui mettaient la gestapo sur les dents. »

Albert Paraz, Le gala des vaches

 

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Ils accomplissent sans le savoir les desseins de Dieu

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« Les hommes du torrent, ceux qui s’abandonnent aux fatalités de la nature, sont mus à la façon des galets roulés par la mer. Comme la chose inerte, ils ont leur rôle assigné dans le plan de la Providence. Ils accomplissent sans le savoir les desseins de Dieu. Par leurs mouvements involontaires, ils font surgir les événements qui éprouvent les élus. Ils ne font pas l’histoire vraie, mais seulement le tissu sur lequel elle est brodée par les hommes libres… »

Raymond Christoflour, La drachme perdue

 

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On offre de déposer un chèque sans provision

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« La civilisation européenne s’écroule et on ne la remplace par rien, voilà la vérité. À la place de ces immenses épargnes accumulées de civilisation, d’humanités, de spiritualité, de sainteté, on offre de déposer un chèque sans provision, signé d’un nom inconnu, puisqu’il est celui d’une créature encore à venir. Nous refusons de rendre l’Europe. Et d’ailleurs on ne nous demande pas de la rendre, on nous demande de la liquider. Nous refusons de liquider l’Europe. Le temps de liquider l’Europe n’est pas venu, s’il doit jamais venir. Il est vrai que le déclin de l’Europe ne date pas d’hier, nous le savons. Mais nous savons aussi que le déclin de l’Europe a marqué le déclin de la civilisation universelle. L’Europe a décliné dans le moment où elle a douté d’elle-même, de sa vocation et de son droit. »

Georges Bernanos, L'Esprit Européen

 

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Portant bravement les contradictions du monde et les résolvants par la complexe organisation de l’esprit

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« Ce christianisme-là était mâle, compréhensif, mais affirmatif, portant bravement les contradictions du monde et les résolvants par la complexe organisation de l’esprit et de la vie qu’il offrait aux hommes. Ce Christianisme-là, qui est venu providentiellement servir notre face et notre climat, s’inscrit aux tympans des cathédrales, dans la figure vigoureuse, juvénile et puissante du Christ triomphant, aux cotés de qui est assise la Vierge Mère. Il n’a rien a céder en virilité et en santé aux dieux de l’Olympe et du Walhalla, tout en étant plus riche qu’eux en secrets subtils qui lui viennent des dieux de l’Asie. »

Pierre Drieu la Rochelle, Chronique politique, 21 juin 1938

 

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Une gigantesque coïncidence

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« Parfois il arrive de se sentir instantanément proche d'êtres dont on n'a pas vraiment fait la rencontre, mais naturellement un lien se tisse, sans effort, sans volonté, par le seul fait d'une gigantesque coïncidence. »

Serge Joncour, L'amour sans le faire

 

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Cette très haute idée qu'on se fait de l'autre sans tout en connaître

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« Ne pas pouvoir s'aimer, c'est peut-être encore plus fort que de s'aimer vraiment, peut-être vaut-il mieux s'en tenir à ça, à cette très haute idée qu'on se fait de l'autre sans tout en connaître, en rester à cette passion non encore franchie, à cet amour non réalisé mais ressenti jusqu'au plus intime, s'aimer en ne faisant que se le dire, s'en plaindre ou s'en désoler, s'aimer à cette distance où les bras ne se rejoignent pas, sinon à peine du bout des doigts pour une caresse, une tête posée sur les genoux, une distance qui permet tout de même de chuchoter, mais pas de cri, pas de souffle, pas d'éternité, on s'aime et on s'en tient là, l'amour sans y toucher, l'amour chacun le garde pour soi, comme on garde à soi sa douleur, une douleur ça ne se partage pas, une douleur ça ne se transmet pas par le corps, on n'enveloppe pas l'autre de sa douleur comme on le submerge de son ardeur. C'est profondément à soi une douleur. L'amour comme une douleur, une douleur qui ne doit pas faire mal. »

Serge Joncour, L'amour sans le faire

 

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La forme la plus édulcorée de la sincérité

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« Ne pas arriver à se dire les choses c'est peut-être la forme la plus édulcorée de la sincérité, ne pas arriver à se parler c'est une façon de retenir les mots à soi, de les penser à un point tel qu'on n'arrive même plus à s'en détacher, de la sincérité à l'état brut. »

Serge Joncour, L'amour sans le faire

 

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Dans un soupir

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« On ne refait pas sa vie, c'est juste l'ancienne sur laquelle on insiste. »

« Dans un soupir, il y a bien plus à entendre que dans une phrase. »

Serge Joncour, L'amour sans le faire

 

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17/05/2015

Le panache comme remède à l’ennui

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« J’en con­clus que la légende valait mieux que la vie, et que le style, en lit­téra­ture, sur­pas­sait le fond. L’important n’était pas la sub­stance, ce vilain mot de philosophe, la forme, la tour­nure, en un mot : l’élégance. C’est ainsi, je crois, que l’on peut définir le genre hus­sard (même si nom­bre d’entre eux rejetèrent l’appellation) : la beauté plutôt que les idées, les for­mules con­tre les dis­cours et le panache comme remède à l’ennui. Cette morale si peu morale m’enchantait. Et ce qui agaçait les uns – les phrases qui claquent, les voitures de sport, l’anti-intellectualisme – me réjouis­sait au plus haut point. Pourquoi la littéra­ture devait-elle être grave et ennuyeuse ? Bernard Frank, qui a inventé le terme de “hus­sards” dans un arti­cle des “Temps Mod­ernes” de 1952, les traita, pour aller vite, de “fas­cistes”. Mais les fas­cistes sont des gens exces­sive­ment sérieux ! Le Blondin de “Mon­sieur Jadis”, le Déon des “Gens de la Nuit” où le Nimier de l’ “Etrangère” demeurent de char­mants gar­ne­ments qui n’ont qu’un seul souci : celui de la langue. Le reste n’est que bavardages et com­men­taires. La mode était au com­mu­nisme ; ils se déclarèrent de droite : pure ques­tion de style, encore. Ils avaient le vice de la provo­ca­tion, et mirent des mili­ciens dans leurs romans ; et alors ? Un romancier et cri­tique, ancien des “Let­tres Françaises”, me con­fi­ait récem­ment : “Vous ne devriez pas les lire ; c’étaient tous des salauds, ces types.” Je suis cer­tain qu’ils auraient été heureux du com­pli­ment. »

Thibault de Mon­taigu, “Les Hus­sards ou la beauté d’avoir tort”, in Revue Bor­del n°17: Hus­sards

 

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Un animal égaré dans un monde qui lui est étranger et incompréhensible

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« De fait, si la majorité a raison, si cette musique dans les cafés, ces divertissements de masse, ces êtres américanisés aux désirs tellement vite assouvis représentent le bien, alors, je suis dans l’erreur, je suis fou, je suis vraiment un loup des steppes ; un animal égaré dans un monde qui lui est étranger et incompréhensible.

Un animal qui ne trouve plus ni foyer, ni oxygène, ni nourriture. »

Hermann Hesse, Le loup des steppes

 

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Souche

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« Le préjugé est bon, en son temps ; car il rend heureux. Il ramène les peuples à leur centre, les rattache plus solidement à leur souche, les rend plus florissants et selon leur caractère propre, plus ardents et par conséquent aussi plus heureux dans leurs penchants et leurs buts. La nation la plus ignorante, la plus remplie de préjugés est à cet égard souvent la première : le temps des désirs d’émigration et des voyages pleins d’espoir à l’étranger est déjà maladie, enflure, embonpoint, pressentiment de mort ! »

Johann Gottfried von Herder , Histoire et cultures

 

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Former l’humanité

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« Si ma voix avait vigueur et résonance, comme je crierais à tous ceux qui contribuent à cultiver l’humanité : pas de généralités sur les améliorations ! culture purement livresque ! autant que possible, des réalisations — agir ! Laissez parler et se perdre dans le vague ceux qui ont le malheur de n’être bons qu’à cela ; celui qui possède les faveurs de la fiancée n’est-il pas plus enviable que le poète qui la célèbre, ou que l’intermédiaire qui demande sa main pour un autre ?
Vois, celui qui sait le mieux chanter la philanthropie, l’amour des peuples et la fidélité paternelle, médite peut-être de lui porter coup de poignard le plus profond pour des siècles ? En apparence le plus noble législateur, et peut-être le plus intime destructeur de son siècle ! Pas question d’amélioration, d’humanité et de félicité intérieures : il a suivi le courant de son siècle, obtint par conséquent, la brève récompense de tout ceci — le laurier de la vanité, qui se fane, demain poussière et cendre. — Le grand oeuvre divin qui consiste à former l’humanité — en silence, avec vigueur, en secret, pour l’éternité, ne saurait voisiner avec une vanité mesquine. »

Johann Gottfried von Herder , Histoire et cultures

 

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Attendre, réfléchir, préparer et agir

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« Arriva l’âge d’homme des forces et des efforts de l’humanité — les Romains. Virgile les a décrits par rapports aux Grecs, laissant à ceux-ci les beaux-arts et les exercices juvéniles :
“À toi, Romain, qu’il te souvienne d’imposer aux peuples ton empire”  
et par là même aussi il a dépeint leur trait de caractère par rapport aux Nordiques, qui peut-être l’emportaient sur eux en dureté barbare, en vigueur dans l’attaque et en rude bravoure ; mais —
"À toi, d’imposer aux peuples ton empire” —
la bravoure romaine idéalisée : vertu romaine ! esprit romain ! fierté romaine ! La généreuse aptitude de l’âme à fermer les yeux  aux voluptés, à la mollesse et même aux plaisirs un peu raffinés, et à agir pour la patrie : le courage héroïque résolu à n’être jamais téméraire et ne jamais se jeter dans le danger, mais à attendre, réfléchir, préparer et agir ; sa marche inébranlable, ce fut de ne se laisser rebuter par aucune de ces choses que l’on appelle obstacles, de se montrer plus grand précisément dans le malheur, et de ne pas désespérer ; ce fut enfin le grand plan toujours suivi, de ne pas s’estimer satisfait tant que l’aigle n’aurait pas recouvert d’orbe du monde — (…). »

Johann Gottfried von Herder , Histoire et cultures

 

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Chaque exemplaire d'un livre peut appartenir à plusieurs vies

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« Je lis des vieux livres parce que les pages tournées de nombreuses fois et marquées par les doigts ont plus de poids pour les yeux, parce que chaque exemplaire d'un livre peut appartenir à plusieurs vies. Les livres devraient rester sans surveillance dans les endroits publics pour se déplacer avec les passants qui les emporteraient un moment avec eux, puis ils devraient mourir comme eux, usés par les malheurs, contaminés, noyés en tombant d'un pont avec les suicidés, fourrés dans un poêle l'hiver, déchirés par les enfants pour en faire des petits bateaux, bref ils devraient mourir n'importe comment sauf d'ennui et de propriété privée, condamnés à vie à l'étagère. »

Erri De Luca, Trois chevaux

 

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