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05/02/2014

Il vaut mieux avoir du luxe dans ses sentiments que sur ses habits

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« - Ne me parlez pas de cela ! répondit le vieux militaire. Vous ne pouvez pas savoir jusqu'où va mon mépris pour cette vie extérieure à laquelle tiennent la plupart des hommes. J'ai subitement été pris d'une maladie, le dégoût de l'humanité.
- Enfin, ajouta-t-il en faisant un geste plein d'enfantillage, il vaut mieux avoir du luxe dans ses sentiments que sur ses habits. Je ne crains, moi, le mépris de personne. »

Honoré de Balzac, Le Colonel Chabert

 

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Le temps passe en thés brûlants, en propos rares, en cigarettes, puis l'aube se lève...

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« Passé un certain degré de coriacité ou de misère, la vie parfois se réveille et cicatrise tout. Le temps passe, la déportation devient une forme de voyage et même, grâce à cette faculté presque terrifiante qu'a la mémoire de transformer l'horreur en courage, un voyage dont on reparle volontiers. Toutes les manières de voir le monde sont bonnes, pourvu qu'on en revienne. »

« Le temps passe en thés brûlants, en propos rares, en cigarettes, puis l'aube se lève, s'étend, les cailles et les perdrix s'en mêlent... et on s'empresse de couler cet instant souverain comme un corps mort au fond de sa mémoire, où on ira le chercher un jour. On s'étire, on fait quelques pas, pesant moins d'un kilo, et le mot "bonheur" paraît bien maigre et particulier pour décrire ce qui vous arrive. Finalement, ce qui constitue l'ossature de l'existence, ce n'est ni la famille, ni la carrière, ni ce que d'autres diront ou penseront de vous, mais quelques instants de cette nature, soulevés par une lévitation plus sereine encore que celle de l'amour, et que la vie nous distribue avec une parcimonie à la mesure de notre faible cœur. »

Nicolas Bouvier, L'usage du monde

 

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Heureusement d'ailleurs que le monde s'étend pour les faibles et les supporte...

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« La province est de langue hongroise. Les femmes y sont belles et portent le dimanche un costume d'une opulence mélancolique ; les hommes, petits, bavards, obligeants, fument de minces pipes à couvercle et vont encore à la messe en souliers à boucles d'argent. L'ambiance est capricieuse et triste. En un après-midi on est ensorcelé. »

« À mon retour, il s'est trouvé beaucoup de gens qui n'étaient pas partis, pour me dire qu'avec un peu de fantaisie et de concentration ils voyageaient tout aussi bien sans lever le cul de leur chaise. Je les crois volontiers. Ce sont des forts. Pas moi. J'ai trop besoin de cet appoint concret qu'est le déplacement dans l'espace. Heureusement d'ailleurs que le monde s'étend pour les faibles et les supporte, et quand le monde, comme certains soirs sur la route de Macédoine, c'est la lune à main gauche, les flots argentés de la Morava à main droite, et la perspective d'aller chercher derrière l'horizon un village où vivre les trois prochaines semaines, je suis bien aise de ne pouvoir m'en passer. »

Nicolas Bouvier, L'usage du monde

 

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04/02/2014

Des gens qui touchent au commerce...

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« C’est un fait que les bons livres de voyages – Voyez Polo, Bernier, Tavernier et Chardin – sont souvent écrits par des gens qui touchent au commerce. Vente, achat, bénéfice sont les premiers mots du vocabulaire international, l’âpreté mercantile évite à l’observateur ces engouements benêts qui vont bientôt fleurir dans la littérature quand les poètes se mettront à voyager. Avec un commerçant, pas d’envolées à craindre. »

Nicolas Bouvier, Chroniques japonaises

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Couvert de poussière...

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« Couvert de poussière, un piment à demi rongé dans la main droite, j'écoutais au fond de moi la journée s'effondrer joyeusement comme une falaise. »

Nicolas Bouvier, L'usage du monde

 

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Éternellement humain

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« L’âme humaine, déjà, est affreusement débile. Les connaissances auxquelles elle peut prétendre sont presque aussi limitées que les forces de notre corps. Elle entrevoit, mais elle n’étreint presque rien. Ses hypothèses, dont elle prétend faire des définitions éternelles avec une inlassables naïveté, se chevauchent, s’annihilent, se détruisent de siècle en siècle. La science humaine, celle du monde intérieur comme celle du monde extérieur, gagne un centimètre par génération, comme les sauteurs à la perche, quand il y a tout l’insondable de l’éther au-dessus d’elle. Une religion divine devrait élargir miraculeusement ces pauvres connaissances. Au seuil de cette religion, je m’aperçois qu’elle réduit encore ce piètre cercle. Et dans cette fameuse religion "révélée", comme dans toutes ses sœurs grouillant au fond de la nuit des temps, se disputant avec elle notre infime écorce terrestre, je reconnais les ornières, les charnières, les roueries ou les traces maladroites d’un labeur humain, rien qu’humain. Éternellement humain. Depuis les Pharaons, rois et dieux qui donnèrent une âme immortelle à leurs peuples en révolte parce qu’ils ne pouvaient plus garder seuls le privilège de l’éternité, jusqu’aux dernières confections des pages, le dogme de l’Immaculée-Conception, basé, disent les théologiens, sur des raisons de convenance (convenance ! N’est-ce pas admirable !), le dogme de l’infaillibilité pontificale, cette grossière manœuvre politicienne, tout vient de l’homme , et retournera à la même poussière que lui. »

Lucien Rebatet, Les deux étendards

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Je suis abasourdi par cette paix. Ou bien elle m’effraye.

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« Ce village mort de chaleur ; ces champs où les épais rideaux d’arbres dissimulent tout labeur humain ; ces nuits sans une fente de lumière, ce silence, ou ces bruits si attendus qu’on ne les perçoit pas… Je suis abasourdi par cette paix. Ou bien elle m’effraye. Je suis au milieu de cette paix comme un malade dont l’angoisse redouble dans les ténèbres muettes de l’insomnie. Et les seuls remèdes possibles détruisent ma vie. À tous les coins de cette maison, une habitude m’attend, dans son pli qui n’a pas bougé. Et ces habitudes sont vice, détente, engourdissement, distractions insipides mais que l’on s’étonne de ne plus remâcher. »

Lucien Rebatet, Les deux étendards

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La proie d’un kaléidoscope infernal

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« Michel devenait la proie d’un kaléidoscope infernal. Le flot du rapide l’emportait, charrié avec une multitude incalculable d’images, de perceptions, de pensées débandées, qui s’entrechoquaient, se croisaient dans un éclair, au gré des plus imprévisibles caprices, pour composer d’autres pensées, d’autres images défaites avant même qu’il eût pu les nommer. Il cherchait éperdument quelque point stable où s’accrocher. Cet afflux monstrueux devenait aussi terrifiant que le néant des nuits les plus sinistres. Chaque effort pour l’arrêter, pour le définir, y déversait de nouveaux éléments, ajoutait à ce chaos roulant.  »

Lucien Rebatet, Les deux étendards

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03/02/2014

Je suis hanté par cette vie

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« Je ne me délivrerai pas, je suis hanté par cette vie. Je ne l’étreindrai jamais, je ne l’épouserai jamais. Je ne peux plus m’échapper des sordides tableaux que je forme. »

 

« Parfois quand je songe – je pense à eux sans cesse - aux chimères si fragiles, aux quiproquos si spécieux sur lesquels leur vie et leur avenir reposent, j’ai le sentiment insaisissable qu’une fêlure se produira un jour. Quand, comment, pourquoi, je l’ignore, je ne peux même rien imaginer. Et voilà pourtant ma seule perspective ! Je serais donc inconsciemment comme le chat qui épie pendant des jours, pendant des mois, l’instant où l’oiseau qui vole hors de toute atteinte tombera du ciel entre ses griffes. Quelles chances a-t-il que l’oiseau tombe ? S’il guette avec cette patience, c’est qu’il ne sait pas que les oiseaux ont des ailes. Je sais que leurs ailes, à eux, ne les portent qu’à travers de fallacieuses nuées. Mais je sais qu’ils ont des ailes. »

Lucien Rebatet, Les deux étendards

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Mon amour ne peut être qu’une plaie que je m’acharnerai à envenimer

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« Je me suis voué au malheur. Je me suis jeté à la poursuite d’une image, je veux la retenir, je ne le pourrai jamais. Cette image se glace, elle va devenir une idée, et je le saurai, et ce sera encore la pire de mes souffrances. Je souffre d’aimer Anne-Marie. Je souffrirais mille fois plus si cet amour s’en allait de moi. Je ne peux plus oublier, je ne veux pas oublier. Tout apaisement de ce mal me fait horreur. Un seul geste pour éloigner Anne-Marie de Régis ? Jamais je ne le ferai, ce serait la perdre pour toujours. Et cependant, je suis hanté par ce geste, je me maudirai si je ne l’accomplis pas. Mon amour ne peut être qu’une plaie que je m’acharnerai à envenimer. Et c’est pourtant cela que je préfère. Ah ! Cela est-il tenable sans que l’on en crève ? Si j’étais sur la pente d’un suicide obligatoire ? Chez ceux de mon espèce, la tête tue souvent. On le sait… Oui, voilà bien la conclusion la plus plausible : une lettre pour Anne-Marie, qui lui apprendrait tout, en même temps que ma mort. Mais quoi, tout ? Cette lettre, je ne pourrais en écrire aujourd’hui une seule feuille. Dans un mois j’en serai bien plus incapable encore. Alors, rien qu’une ligne : "Je vous aime, je me tue…" Juste de quoi avoir l’air absurde… Ah ! Quelle misère ! Et cet œil de l’analyste, abasourdi par le premier choc, mais qui chaque soir se réveille plus tôt, cet œil qui m’examine impitoyablement, qui ne se fermera pas une seconde ! Et pour rien, pour rien ! Pas même une page lisible accouchée par tous ces maux. Mon journal est imbécile, d’une platitude écœurante. Non jamais ces phrases éculées ne renfermeront l’aventure pour personne, même pas pour moi. Elle ne pourrait revivre que dans une œuvre belle. Comme j’en suis incapable ! Et je me suis dit artiste ! J’ai là entre les mains une matière sans prix, et je ne peux rien en fixer. Impossible ! On ne crée pas dans une telle douleur. Je perds pour jamais ce que j’ai éprouvé de plus bouleversant, de plus sublime de toute mon existence. Le reste, à quoi bon en parler ? Comment pourrais-je me satisfaire désormais de cette pitoyable littérature, y user des heures et des jours ? Pourquoi cette tromperie plutôt que n’importe quelle autre, que n’importe quel métier de crétin ? Une tempête mugit en moi. Je ne saurais l’écrire, je suis moi-même la tempête. C’est donc dit, je suis un des nouveaux infirmes que ce siècle fabrique. Nous avons perdu toute naïveté, appris à lire au fond de nous, appris à descendre au fond des abîmes d’où sourd la vie. Pourquoi ? Pour être encore plus cruellement témoins de notre impuissance. Anne-Marie m’aura révélé à moi-même pour me montrer la chimère de mon amour et celle de mon art.. Impossible d’être heureux, impossible de faire au moins quelque beauté avec mon malheur ! Mais n’est-ce point encore une tentation, une voie sournoise qu’a pris le démon de l’oubli pour m’éloigner d’elle ? Ah ! Je ne sais plus, je sombre, je suis dépassé, vaincu… Tout me ramène au néant… Il n’y a plus de sens à rien. Rien ne vaut plus la peine… Qu’est-ce que c’est, mais qu’est-ce que cette machine à néant qui fonctionne dans ma tête ? Où sont mes mots pour dire ça ? Je perds mes mots. Où est-ce que je vais ? Je tombe, je tombe. Je me vide. »

Lucien Rebatet, Les deux étendards

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02/02/2014

Les sentiments les plus rares sont aussi les plus fugitifs

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« Quel remède trouver à cette fatalité humaine ? Les sentiments les plus rares, les seuls dignes qu’on bâtisse sur eux toute une vie, les seuls dignes d’être enchâssés au fond de nous pour l’éternité sont aussi les plus fugitifs, ceux qui ont le plus abominablement à pâtir de l’ordure quotidienne. Il faudrait prendre les miens dévotement, délicatement, les enfermer dans un lieu délicieux, ténébreux et solitaire, et rester dans leur contemplation jusqu’à la mort. »

Lucien Rebatet, Les deux étendards

 

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Il est aisé de se dire citoyen du monde, quand on n’est citoyen de nulle part

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« J’ignore ce que pourrait être l’amour de la France, si l’on n’aimait pas les Français. C’est à la vie de ce peuple, à ce qu’il fut, à ce qu’il peut être encore, à son génie, que je tiens. On le presse de toutes parts ; on l’attaque, on le nie. Français d’hier ou de la veille, soudain transplantés du Nord et de l’Orient dans les faubourgs de Paris, ils n’ont pas conscience du mal qu’ils font au pays qui les accueille. Ils y campent encore et se donnent le droit de juger impudemment ce qu’il faut garder ou non de l’œuvre de vingt siècles : ils n’y sont pour rien, que pour l’avantage qu’ils en retirent ; et ils se permettent pourtant d’en avoir un avis. Qu’ils en aient un, soit ; mais qu’ils l’expriment, non ; et s’ils veulent le faire prévaloir par la violence, ils passent la mesure. Ils ne sont pas du peuple, et ils parlent pour lui. A peine sont-ils de la plèbe, cette lie confuse que tous les flots du hasard, des migrations, de la misère poussent dans les immenses capitales. Il faut du temps à la plèbe, pour devenir peuple : il faut bien des ans, sinon des siècles, pour faire un citoyen. Il est aisé de se dire citoyen du monde, quand on n’est citoyen de nulle part. Un peuple n’est pas une racaille qui ne vit, misérable, que pour ne pas mourir de faim, et dont toute l’âme est dans le ventre. Une nation est un esprit. On le reçoit de la terre et du ciel, en naissant ; on ne l’échange pas contre un autre, comme un billet de banque. »

André Suarès, Plèbe et peuple

 

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Ils n’aiment point la liberté

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« Une expérience journalière fait reconnaître que les Français vont instinctivement au pouvoir : ils n’aiment point la liberté ; l’égalité seule est leur idole. Or l’égalité et le despotisme ont des liaisons secrètes. Sous ces deux rapports, Napoléon avait sa source au coeur des Français, militairement inclinés vers la puissance, démocratiquement amoureux du niveau. Monté au trône, il y fit assoir le peuple avec lui ; roi prolétaire, il humilia les rois et les nobles dans ses antichambres ; il nivela les rangs, non en les abaissant, mais en les élevant : le niveau descendant aurait charmé davantage l’envie plébéienne, le niveau ascendant a plus flatté son orgueil. »

François-René de Chateaubriand, Mémoires d'outre-tombe

 

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31/01/2014

Toujours prêts à préférer la servitude qu’ils méprisent

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« Ils trouvent la liberté belle, ils l’aiment, mais ils sont toujours prêts à lui préférer la servitude qu’ils méprisent, exactement comme ils trompent leur femme avec des gourgandines. Le vice de la servitude va aussi profond dans l’homme que celui de la luxure, et peut-être que les deux ne font qu’un. Peut-être sont-ils une expression différente et conjointe de ce principe de désespoir qui porte l’homme à se dégrader, à s’avilir, comme pour se venger de lui-même, se venger de son âme immortelle. »

Georges Bernanos, La France contre les robots

 

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Vieux pays fatigués

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« Badiou se rend-il compte à quel point le pathos de la rébellion à laquelle il s’abandonne est daté ? Aujourd’hui le monde de l’art est plein de "professionnels du subversif et du dérangeant". La rébellion est devenue un "positionnement rentable", comme l’a fait remarquer Guillaume Allary à propos d’un fait divers : "Brian Molko, chanteur rock, vient de porter plainte contre un hebdomadaire pour avoir publié une photo de lui en train de promener son bébé en poussette ; Motif. Atteinte de son image de marginal…" Il demande réparation parce qu’on a pas dit du mal de lui. Un artiste présenté comme sulfureux, androgyne et provocateur, bref comme un rebelle, reconnaît que ce portrait n’est qu’une construction médiatique et, qu’en plus, c’est son fond de commerce.

Badiou affirme, non sans quelque naïveté, combattre pour un "universalisme politique, une politique faite par les gens qui sont ici, sans égard à leur provenance". En réalité, dans leurs engagements, "les gens qui sont ici" tiennent le plus grand compte de leur provenance. Badiou ferait bien d’interroger sur ce point les Pakistanais, les Kurdes, les Turcs. Il s’apercevra que leurs intérêts et leurs passions politiques sont très différents de ceux qui motivent les Chinois ou les Portugais, pour ne rien dire des Français, auxquels Badiou s’intéresse peu.

Supposons que toutes les communautés religieuses, nations et groupes divers s’appliquent vertueusement à développer le même (ce qu’ils ont en commun). Le résultat sera un métissage généralisé estompant ou même abolissant toutes les identités. C’est le paradis de l’indifférenciation prêché par la propagande libérale. Même les musulmans "modérés" n’en veulent pas. Il faut dire que leur "modération" religieuse a pour contre partie le nationalisme le plus chauvin, comme chez le premier ministre turc Erdogan qui déclarait fin 2008, en s’adressant à ses compatriotes installés en Allemagne, que "l’assimilation est un crime contre l’humanité" ! Il voudrait qu’une frontière étanche sépare les populations d’origine turque des autochtones allemands.

Son amour éperdu pour tout ce qui n’est pas français conduit Badiou à des accents d’un lyrisme quasi raciste : "la masse des ouvriers étrangers et de leurs enfants témoignent, dans nos vieux pays fatigués, de la jeunesse du monde ; qu’ils nous apprennent au moins à devenir étrangers à nous-mêmes, assez pour ne plus être captifs de cette longue histoire occidentale et blanche qui s’achève et dont nous n’avons plus rien à attendre que la stérilité et la guerre."

Cela se passe de commentaires, mais j’en ferai quand même deux. Il y a moins de guerres et plus de créativité intellectuelle en Europe qu’en Afrique. Les immigrés savent ce qu’ils font quand ils affluent depuis un demi siècle, parfois au péril de leur vie, dans "de vieux pays fatigués" au lieu de rester dans de jeunes pays dynamiques. »

Kostas Mavrakis, De quoi Alain Badiou est-il le nom ?

 

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