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08/10/2015

Dans les provinces les plus pauvres de la vie spirituelle

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« Il y a dans le nihilisme des conceptions qui dissolvent tout en hasard. C'est à cela que se rapporte la ridicule terreur qu'éprouve l'homme moderne en présence des microbes ; elle se rencontre surtout dans les provinces les plus pauvres de la vie spirituelle, et correspond au délire collectif de la sorcellerie et de la démonologie aux XVe et XVIe siècles. S'y rattachent également maintes abstractions de la physique moderne qui libère, en tant que scienzia nuova, beaucoup d'énergies du hasard, et que seule remettra à son juste rang la reine des sciences - la théologie. Voilà pourquoi il importe tant que nos meilleurs esprits se consacrent à son étude, qui est entièrement tombée en décadence. Les bouche-trous n'y sont évidemment pas à leur place. Les rapports étroits du savoir et de la foi, si clairement propres à notre époque, nous amènent à souhaiter qu'avant d'être promu maître, magister, chacun soit, tout d'abord, reçu compagnon dans l'une des branches de la science. (...) Ainsi, au point où en sont les choses, dès demain peut-être, en Russie comme en Europe, l'espoir subsiste que naissent des mondes spirituels, enfantement dont les douleurs ont déjà commencé pour nous. Alors se dissipera le cauchemar qui prive aujourd'hui tant d'êtres de la joie de vivre : la sourde sensation d'oeuvrer dans l'absurde, dans les espaces de la destruction, du pur hasard. »

Ernst Jünger, Journal, 7 mars 1944

 

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07/10/2015

Une absence

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« Qu’avais-je, pour ma part, à reprocher à l’Occident ? Pas grand-chose, mais je n’y étais pas spécialement attaché (et j’arrivais de moins en moins à comprendre qu’on soit attaché à une idée, un pays, à autre chose en général qu’à un individu). Je pris soudain conscience avec gêne que je considérais la société où je vivais à peu près comme un milieu naturel – disons une savane, ou une jungle – aux lois duquel j’aurais dû m’adapter. L’idée que j’étais solidaire de ce milieu ne m’avait jamais effleuré ; c’était comme une atrophie chez moi, une absence. »

Michel Houellbecq, Plateforme

 

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Plus un fifrelin disponible !

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« La vérité, là, tout simplement, la librairie souffre d’une très grave crise de mévente. Allez pas croire un seul zéro de tous ces prétendus tirages à 100 000 ! 40 000 !... et même 400 exemplaires !…attrape-gogos ! Alas !... Alas !... seule la "presse du coeur"... et encore!... se défend pas trop mal... et un peu la "série noire"... et la "blême"... En vérité on ne vend plus rien... c’est grave !... Le Cinéma, la télévision, les articles de ménage, le scooter, l’auto à 2, 4, 6 chevaux, font un tort énorme au livre... tout "vente à tempérament", vous pensez ! et les "les week-ends" !... et ces bonnes vacances bi ! trimensuelles !... et les Croisières Lololulu !... salut, petits budgets !... voyez dettes !... plus un fifrelin disponible !... alors n’est-ce-pas, acheter un livre !... »

Louis-Ferdinand Céline, Entretiens avec le Professeur Y

 

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Le monde est, en majeure partie, composé de sacripants et d’imbéciles

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« Son mépris de l’humanité s’accrut ; il comprit enfin que le monde est, en majeure partie, composé de sacripants et d’imbéciles. Décidément, il n’avait aucun espoir de découvrir chez autrui les mêmes aspirations et les mêmes haines, aucun espoir de s’accoupler avec une intelligence qui se complût, ainsi que la sienne, dans une studieuse décrépitude. »

Joris-Karl Huysmans, A rebours

 

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06/10/2015

Momies

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« [...] momies progressistes mourantes, sociologiquement exsangues mais réfugiées dans des citadelles médiatiques d'où ils demeuraient capables de lancer des imprécations sur le malheur des temps et l'ambiance nauséabonde qui se répandait dans le pays. »

Michel Houellebecq, Soumission

 

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Les affirmations les plus effrontées, relatives au progrès et à la civilisation

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« Il est impossible de parcourir une gazette quelconque, de n'importe quel jour, ou quel mois, ou quelle année, sans y trouver, à chaque ligne, les signes de la perversité humaine la plus épouvantable, en même temps que les vanteries les plus surprenantes de probité, de bonté, de charité, et les affirmations les plus effrontées, relatives au progrès et à la civilisation.
Tout journal, de la première ligne à la dernière, n'est qu'un tissu d'horreurs. Guerres, crimes, vols, impudicités, tortures, crimes des princes, crimes des nations, crimes des particuliers, une ivresse d'atrocité universelle.
Et c'est de ce dégoûtant apéritif que l'homme civilisé accompagne son repas de chaque matin. Tout, en ce monde, sue le crime : le journal, la muraille et le visage de l'homme.
Je ne comprends pas qu'une main puisse toucher un journal sans une convulsion de dégoût. »

Charles Baudelaire, Mon coeur mis à nu

 

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04/10/2015

Onfray, ce pelé, ce galeux, ce Phénix matérialiste

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« Un destin insigne, rarissime en France, frappe Michel Onfray : avoir été désigné par le pouvoir, par le Premier ministre en personne, comme un auteur à ne pas lire, comme un mauvais, comme un méchant. Plus : cette condamnation par Monsieur Valls visait moins l’œuvre du philosophe, dont on ne sait si l’hôte de Matignon l’a lue, mais l’homme, l’homme libre, l’homme Michel Onfray dans sa liberté. Faut-il que la gauche ait perdu toute raison et tout enracinement dans l’histoire, qu’elle ait oublié Voltaire et Hugo, pour pointer du doigt les mauvais auteurs, afficher la liste de ceux qui doivent être lus et de ceux qu’il faut rejeter en Enfer, des proscrits et des sauvés !

Pourquoi tant de haine ? Pourquoi cette chasse à courre en bande organisée, rassemblant le gouvernement, la gauche établie, ses politiciens, ses médias, un quarteron d’intellectuels résiduels qui reste encore aveuglément attaché aux méthodes d’intimidation stalinoïdales, en sonnant l’hallali derrière Onfray ? Celui-ci, originaire de la gauche, s’avance de plus en plus souvent sur le terrain politique en prenant des positions opposées à l’action et à l’idéologie du gouvernement. Il rejette haut et fort l’islam, se gardant de l’islamomanie commune aux élites de gauche ! Il est même allé, comme Houellebecq, jusqu’à redouter "une islamisation de la France" ! Il s’est dressé contre le mariage pour tous ! Il s’indigne de voir Eric Zemmour lynché comme "un bouc-émissaire idéal" ! Il déclare – ce que seul Manuel Valls trouve scandaleux, ce que pourtant tout esprit formé dans la probité morale et la rectitude logique doit reconnaître – préférer un Alain de Benoist qui aurait raison à un Bernard-Henri Lévy qui aurait tort ! Il s’en prend à la réforme scolaire concoctée par Najat Vallaud-Belkacem, qui en guise de réponse collective à ses détracteurs ose le ridicule : Onfray ferait partie de la cohorte des pseudo-intellectuels ! De plus, le philosophe impertinent n’oublie pas de fustiger "cette mafia qui se réclame de la gauche". Onfray renvoie la gauche à ses abandons (la justice, le républicanisme, la laïcité, et, last but not least, le peuple), et à ses trahisons. Le peuple, cette réalité que cette gauche a jeté aux oubliettes, qu’elle méprise comme jamais jusqu’ici elle n’a méprisé quelque chose, pas même la bourgeoisie !

L’étonnement effrayé s’empare de cette gauche devant la liberté d’Onfray. C’est qu’elle avait l’habitude, cette gauche, des intellectuels soumis ! A ses yeux, être un intellectuel c’est être nécessairement de gauche, et nécessairement soumis ! Onfray lui présente une situation nouvelle, qui la plonge dans la panique ! Cette animosité à l’encontre d’Onfray puise sa source dans un cocktail d’envie et de peur, d’effroi devant la liberté et la vérité. A la différence des intellectuels qui se chargent de faire la morale aux Français, Onfray est écouté du peuple. Pis : il l’est au moyen de livres de qualité, pédagogiques sans être démagogiques, exempts de vulgarité et de mépris pour ses lecteurs, dont l’ambition philosophique reste élevée, qui, crime impardonnable, caracolent dans le peloton de tête des ventes. L’addition pour la gauche est salée, trop salée, trop lourde. Onfray doit la payer ! Onfray doit payer ! D’où l’impitoyable lynchage : intellectuel, médiatique et politique.

Comme de très nombreux Français, passons-outre et plongeons-nous dans le dernier opus d’Onfray, "Cosmos".

Le trait le plus frappant de la méthode Onfray apparaît dès les premières pages : la pensée n’est pas une activité désincarnée, elle est étroitement mêlée à la personne singulière de l’auteur, dont les passions, les désirs, et le corps, sont imbriqués dans la théorie. La pensée, la vie et l’homme sont indétachables les unes des autres, indécollables. L’autobiographie n’y est pas superfétatoire, elle n’y est pas non plus, comme dans le "Discours de la Méthode" de Descartes, un simple décor, elle y est génératrice de philosophie. Depuis "Le Ventre des philosophes", en 1989, l’écriture de Michel Onfray est hantée par une certitude : le corps est impliqué dans la production philosophique, comme si La Mettrie, qui mourut d’un pâté avarié à la table de Frédéric II de Prusse, n’avait pas eu tort d’écrire que "la pensée habite dans l’estomac".

On l’aura compris : la pensée d’Onfray est un matérialisme, c’est-à-dire une approche du cosmos estimant qu’il n’existe pas d’autre réalité que la matière (les atomes et le vide, écrivait Epicure). C’est au grand fleuve matérialiste, celui dont la source remonte à Epicure, qui est ensuite alimenté par Lucrèce, par les Lumières radicales (La Mettrie, d’Holbach, Helvetius), par Bruno, par Vanini, par Darwin, par Bachelard, qu’Onfray vient ajouter son affluent. De fait, notre philosophe s’avoue plus proche de Lucrèce et sa grande santé que d’Epicure, trop ascétique à son goût à cause de ses faiblesses corporelles. Un charme égal à celui de l’encyclopédie de Diderot flotte entre les pages : l’auteur en effet convoque l’agriculture, l’œnologie, des artisanats, la zoologie, la physique, la botanique, bien plus que les écoles philosophiques, pour étayer sa vision du monde.

Du matérialisme découle une forme de paganisme déspiritualisé qui aurait congédié tous les dieux, tous les esprits et les forces occultes. Reconnaissons-y le paganisme d’un paysan normand (Onfray est enfant d’ouvriers agricoles), émerveillé par la nature, aux deux pieds solidement enracinés dans la terre, amoureux du ciel une fois vidé, grâce à Lucrèce, du fatras dont, selon lui, les religions le remplissent. A travers des formules virulentes, l’opposition intransigeante aux monothéismes est fille de ce matérialisme. Ses diatribes antichrétiennes, ses envolées contre les arrière-mondes, font écho à celles du Nietzsche d’ "Humain, trop humain" et de "La Généalogie de la morale" ; il ne faut pas s’en offusquer, mais les prendre dans leur dimension philosophique. C’est que le matérialisme d’Onfray, qui se proclame "matérialisme intégral", est de part en part nietzschéen.

Quelle fin pour la philosophie ? Chez les épicuriens la physique débouche sur une éthique, un art de vivre. Il s’agit, grâce à la philosophie, de "vivre selon les cycles païens du temps circulaire". Tout comme il faut "utiliser la physique pour abolir la métaphysique", il faut s’en servir également pour dépasser les morales et styles de vie nihilistes hérités des religions, épouser le temps, épouser la vie, pour accorder son existence à un hédonisme. Ce dernier nous rouvre à une correspondance heureuse avec l’environnement que nous avons, du fait des monothéismes, oublié, le cosmos. La philosophie ne vaudrait pas une heure de peine si elle n’était quête de cette vie cosmique.

Tout Onfray se déploie dans "Cosmos" : l’homme et sa pensée. Loin des postmodernes ou de la French Theory, des penseurs alambiqués germanolâtres et germanopratins à l’écriture torturée, des industriels de l’indignation, ainsi que des universitaires pur jus, Michel Onfray est ce qu’on appelait au XVIIIème siècle, dans une acception typiquement française, "un philosophe". Préférant la campagne aux villes, il souhaite philosopher "hors des clous". Par maints aspects, dont le matérialisme enchanté, il est un peu notre Diderot – fera-t-il à son tour, à l’instar de son lointain devancier, un séjour dans l’équivalent moderne du donjon de Vincennes pour délit d’opinion ? Quoiqu’il en soit, Onfray, que la gauche d’établissement qui a troqué son rationalisme traditionnel pour la pensée magique, tient pour le pelé et le galeux dont vient le mal, est avant tout un philosophe dont les livres et la personne manifestent un éternel retour, celui du Phénix matérialiste. »

Robert Redeker, SOURCE : Sur le site iPhilo

 

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03/10/2015

De l'amour

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« "On ne peut pas se forcer à aimer, et c’est là précisément l’amour."
Georges Perros

J’ai retardé le plus longtemps possible le moment de quitter ma solitude marine pour regagner Paris et retrouver ce qui rend l’homme non seulement étranger à lui-même mais encore laid – d’une laideur qui pourrait bien être le stade suprême de cette distance par rapport à l’humain dans laquelle vivent les contemporains mondialisés, métissés, aliénés, jetés par le multiculturalisme d’Etat dans l’absolu de l’insignifiance.

Voilà qui explique aussi aux lecteurs qui se sont inquiétés de mon silence pourquoi j’ai délaissé quelque temps cette chronique. Pour dire encore plus vrai : j’ai désespéré des humains, particulièrement des femmes, aucune de celles que j’ai rencontrées ces derniers temps ne se révélant à la hauteur de l’amour comme aventure spirituelle ou, pour parler comme Bataille, comme expérience intérieure - ouverture à ce dehors absolu qu’est autrui. Est-ce à dire qu’il n’y a plus d’amoureuse vraie, non plus que de femme écrivain, compositeur, peintre ? Sans doute se rencontre-t-il des exceptions. Mais n’ai-je pas tort de vouloir le mêler à la dimension la plus exigeante de l’expérience littéraire ? L’amour lui-même n’est-il pas pris, aujourd’hui, dans le processus d’insignifiance générale où ont sombré le courage, l’honneur, la grandeur, la profondeur, et les amoureux ne sont-ils pas devenus insignifiants, l’amour n’étant plus à la hauteur de l’amour, et moi, dès lors, conduit à désespérer davantage de ce qu’on appelle l’humanité, laquelle n’est plus que le lieu, redisons-le, où l’homme ne cesse de se séparer de lui-même ?

C’est ce que je disais à une jeune femme, l’autre nuit, rue de l’Arcade, où il soufflait le premier vent froid de l’automne. Elle me souriait, me répondait que le désespoir est un pain dont je me nourris à l’excès, que vivre au bord de la mer ne me valait rien, qu’il me fallait considérer en face la réalité du monde contemporain, notamment cette immigration que je me réjouissais de n’avoir pas subie pendant plus de deux mois, au bord de la mer (et non "en bord de mer" , comme on le dit dans la nov-langue publicitaire). "Vous n’aimez pas les gens." ajoutait-elle en posant la main sur mon bras. Les gens ne se réduisent pas aux "migrants" et je n’aime pas, répondais-je, ce que m’impose une immigration de masse, programmée, idéologique, clandestine, "migrante", "réfugiée", épithètes désignant la même catastrophe civilisationnelle. J’ai, pendant deux mois, c’est vrai, refusé de lire ni d’écouter aucun organe de la Propagande. Ainsi ai-je manqué le grand orgasme politico-humanitaire qui fut, semble-t-il, le buzz de l’été : l’humaine marée noire résultant d’aberrantes politiques occidentales au Proche-Orient et dont le rebut inonde les nations européennes, déjà ravagées par une crise économique qui se double d’une crise identitaire, voire spirituelle. Autant dire, ajoutais-je, que l’Europe a subi cet été-là un viol migratoire que l’idéologie tente de faire passer pour un consentement amoureux.

La jolie fille riait dans le vent d’automne. Et l’amour ? Je vais tenter de reprendre mes chroniques pour voir, entre autres choses, ce qu’il est devenu, et s’il faut, en ce domaine aussi, continuer à désespérer de l’individu autant que de l’humanité, et si la femme n’est pas également prise dans le grand processus d’insignifiance.

Je tente d’écrire après la maladie, toute maladie se rapportant peu ou prou à l’amour, l’amour comme maladie ou comme maladie de l’amour, ou défaut d’amour. Nous vivons dans ce grand défaut d’amour qu’est le nihilisme narcissique : en ce sens, la femme n’est pas plus clémente que l’homme : mystère de l’indifférence qui rejoint, là aussi, l’insignifiance contemporaine. On peut même dire la femme plus dure dans son refus d’aimer au nom même de l’amour, tout en vivant aisément ce paradoxe qui fait de l’homme plus qu’un perdant : l’abandonné absolu. »

Richard Millet, SOURCE : Site Officiel de l'auteur - Chronique n°: 36

 

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02/10/2015

Aimer les hommes comme ils sont est impossible. Et pourtant il le faut.

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« Mon ami, aimer les hommes comme ils sont est impossible. Et pourtant il le faut. C’est pourquoi fais-leur du bien en refrénant tes sentiments, en te bouchant le nez et en fermant les yeux (cette dernière condition est indispensable). Supporte le mal qu’ils te font, sans leur en vouloir, si possible, “en te souvenant que tu es homme aussi”. Naturellement, tu as le droit d’être sévère avec eux s’il t’a été donné d’être un tant soit peu plus intelligent que la moyenne. Les hommes sont naturellement bas et aiment aimer par peur ; ne te laisse pas prendre à cet amour et ne cesse pas de les mépriser. Sache les mépriser, même quand ils sont bons, car c’est surtout alors qu’ils sont infects. C’est parce que je me connais bien que je parle ainsi ! Quiconque n’est pas trop bête ne peut pas vivre sans se mépriser, honnête ou malhonnête, peu importe. Aimer son prochain et ne pas le mépriser, c’est impossible. Selon moi, l’homme a été créé physiquement incapable d’aimer son prochain. Il y a là une erreur de langage, dès le début, et “l’amour de l’humanité” doit être compris uniquement de l’humanité que tu te crées à toi-même dans ton coeur (en d’autres termes, je me crée moi-même ainsi que l’amour pour moi), et qui par conséquent n’existera jamais réellement. »

Fiodor Dostoïevski, L’Adolescent

 

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Évidemment, je n’ai tué personne, mais toutes ces batailles dont je me sens solidaire, je les revis toutes en même temps...

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« — 1673, exactement, dit le vieux monsieur en souriant pour la première fois.
— Trois siècles de certitude héréditaire. Écœurant. Je vous regarde et je vous trouve parfait. C’est pourquoi je vous hais. Et c’est chez vous, ici, que je conduirai les plus misérables, demain. Ils ne savent rien de ce que vous êtes, de ce que vous représentez. Votre univers n’a aucune signification pour eux. Ils ne chercheront pas à comprendre. Ils seront fatigués, ils auront froid, ils feront du feu avec votre belle porte de chêne […] et s’essuieront les mains aux livres de votre bibliothèque. Ils cracheront votre vin. Ils mangeront avec leurs doigts dans les jolis étains que je vois à votre mur. Assis sur leurs talons, ils regarderont flamber vos fauteuils. Ils se feront des parures avec les broderies de vos draps. Chaque objet perdra le sens que vous lui attachiez, le beau ne sera plus beau, l’utile deviendra dérisoire et l’inutile, absurde. Plus rien n’aura de valeur profonde, sauf peut-être le bout de ficelle oublié dans un coin et qu’ils se disputeront, qui sait ? en cassant tout autour d’eux. Cela va être formidable ! Foutez le camp !
—  Encore un mot : eux vont détruire sans savoir, sans comprendre. Mais vous ?
— Moi, parce que j’ai appris à haïr tout cela. Parce que la conscience globale du monde exige que l’on haïsse tout cela. Foutez le camp ! Vous m’emmerdez !


Le vieux monsieur entra dans la maison, puis en ressortit aussitôt, un fusil de chasse à la main.


—  Que faites-vous ? demanda le jeune homme.
—  Je vais vous tuer, bien sûr ! Le monde qui est le mien ne vivra peut-être pas au-delà de demain matin et j’ai l’intention de profiter intensément de ses derniers instants. Je vais vivre une seconde vie, cette nuit, sans bouger d’ici et je crois qu’elle sera plus belle encore que la première. Comme mes semblables sont partis, j’ai l’intention de la vivre seul.
—  Et moi ?
—  Vous, vous n’êtes pas mon semblable. Vous êtes mon contraire. Je ne veux pas gâcher cette nuit essentielle en compagnie de mon contraire. Je vais donc vous tuer.
—  Vous ne saurez pas. Je suis certain que vous n’avez jamais tué personne.
—  C’est exact. J’ai toujours mené la vie paisible d’un professeur de lettres qui aimait son métier. Aucune guerre n’a eu besoin de mes services et les tueries d’apparence inutiles m’affligent physiquement. J’aurais probablement fait un bien mauvais soldat. Toutefois, avec Actius, je crois que j’aurais joyeusement tué du Hun. Et avec Charles Martel, lardant de la chair arabe, cela m’aurait rendu fort enthousiaste, tout autant qu’avec Godefroi de Bouillon et Baudoin le lépreux. Sous les murs de Byzance, mort aux côtés de Constantin Dragasès, par Dieu ! que de turcs j’aurais massacrés avant d’y passer à mon tour ! Heureusement que les hommes qui ignorent le doute ne meurent pas si facilement ! [...] Évidemment, je n’ai tué personne, mais toutes ces batailles dont je me sens solidaire, je les revis toutes en même temps, j’en suis l’unique acteur, avec un seul coup de feu. Voilà.


Le jeune homme s’écroula [...] La tache rouge sur le sein gauche s’élargit quelque peu, puis cessa très vite de saigner. Il mourut proprement. Une victoire à l’occidentale, aussi définitive qu’inutile et dérisoire. C’est en paix avec lui-même, que le vieux M. Calguès tourna le dos à ce mort et rentra dans la maison. »

Jean Raspail, Le camp des Saints

 

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01/10/2015

Reconquérir l'héritage

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« Il n'est provision qui ne s'épuise un jour et voilà plusieurs générations que la France est à s'imiter, en ne se renouvelant point, elle se croit nantie et se complaît en l'idée d'une précellence devenue imaginaire, au lieu de reconquérir l'héritage et de rentrer dans ses prérogatives. La France aurait besoin d'être violentée, les maîtres qu'elle se donna, la fortifient dans ses erreurs, ils lui ressemblent trop pour réformer quoi que ce soit, elle leur obéit, à cause qu'ils lui renvoient son image et ce faisant, elle se perpétue en l'aberration. »

Albert Caraco, Ma confession

 

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La Gauche est un incendie qui dévore et consume som­brement

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« Jubilation. Les vrais amateurs de traditions sont ceux qui ne les prennent pas au sérieux et se marrent en marchant au casse-pipe, parce qu’ils savent qu’ils vont mourir pour quelque chose d’impalpable jailli de leurs fantasmes, à mi-chemin entre l’humour et le radotage. Peut-être est-ce un peu plus subtil : le fantasme cache une pudeur d’homme bien né qui ne veut pas se donner le ridicule de se battre pour une idée, alors il l’habille de sonneries déchirantes, de mots creux, de dorures inutiles, et se permet la joie suprême d’un sacrifice pour carnaval. C’est ce que la Gauche n’a jamais compris et c’est pourquoi elle n’est que dérision haineuse. Quand elle crache sur le drapeau, pisse sur la flamme du souvenir, ricane au passage des vieux schnoques à béret et crie "woman’s lib !" à la sortie des mariages en blanc, pour ne citer que des actions élémentaires, elle le fait d’une façon épouvan­tablement sérieuse, "conne" dirait-elle si elle pouvait se juger. La vraie Droite n’est pas sérieuse. C’est pour­quoi la Gauche la hait, un peu comme un bourreau haïrait un supplicié qui rit et se moque avant de mourir. La Gauche est un incendie qui dévore et consume som­brement. En dépit des apparences, ses fêtes sont aussi sinistres qu’un défilé de pantins à Nuremberg ou Pékin. La Droite est une flamme instable qui danse gaiement, feu follet dans la ténébreuse forêt calcinée. »

Jean Raspail, Le camp des saints

 

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Le désir de chaque culture de s’opposer à celles qui l’environnent

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« Je m’insurge contre l’abus de langage par lequel, de plus en plus, on en vient à confondre le racisme défini au sens strict et des attitudes normales, légitimes même, et en tout cas inévitables. Le racisme est une doctrine qui prétend voir dans les caractères intellectuels et moraux attribués à un ensemble d’individus, de quelque façon qu’on le définisse, l’effet nécessaire d’un commun patrimoine génétique. On ne saurait ranger sous la même rubrique, ou imputer automatiquement au même préjugé l’attitude d’individus ou de groupes que leur fidélité à certaines valeurs rend partiellement ou totalement insensibles à d’autres valeurs. Il n’est nullement coupable de placer une manière de vivre et de penser au-dessus de toutes les autres, et d’éprouver peu d’attirance envers tels ou tels dont le genre de vie, respectable en lui-même, s’éloigne par trop de celui auquel on est traditionnellement attaché. Cette incommunicabilité relative n’autorise certes pas à opprimer ou détruire les valeurs qu’on rejette ou leurs représentants, mais, maintenue dans ces limites, elle n’a rien de révoltant. Elle peut même représenter le prix à payer pour que les systèmes de valeurs de chaque famille spirituelle ou de chaque communauté se conservent, et trouvent dans leur propre fonds les ressources nécessaires à leur renouvellement. Si comme je l’ai écrit ailleurs, il existe entre les sociétés humaines un certain optimum de diversité au-delà duquel elles ne sauraient aller, mais en dessous duquel elles ne peuvent non plus descendre sans danger, on doit reconnaître que cette diversité résulte pour une grande part du désir de chaque culture de s’opposer à celles qui l’environnent, de se distinguer d’elles, en un mot d’être soi ; elle ne s’ignorent pas, s’empruntent à l’occasion, mais, pour ne pas périr, il faut que, sous d’autres rapports, persiste entre elles une certaine imperméabilité. »

Claude Lévi-Strauss, Le regard éloigné

 

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30/09/2015

Les cœurs qui ne croient rien

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« Et voilà pourquoi les cœurs qui ne croient rien, qui traitent d'illusions les attachements de l'âme, et de folie les belles actions, qui regardent en pitié l'imagination et la tendresse du génie ; voilà pourquoi ces cœurs n'achèveront jamais rien de grand, de généreux : ils n'ont de foi que dans la matière et dans la mort, et ils sont déjà insensibles comme l'une, et glacés comme l'autre. »

François-René de Chateaubriand, Le Génie du christianisme

 

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La bataille devant être, il fallait que la bataille fût

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« Sans qu’elle eût versé elle-même une seule goutte de sang, cette vierge guerrière n’a cessé de vanter les vertus des batailles et l’honneur de l’épée. Elle était, dans l’âme, soldat. Pourtant la jeune fille en qui l’histoire libérale aime à louer la préfiguration certaine de la nation armée, n’a pas conçu un seul instant le réveil national comme une sorte de levée en masse, de jacquerie patriotique. Elle et le Grand Ferré sont deux ! Plus encore que guerrière, elle a la tête militariste et hiérarchique. Elle n’a pas ameuté les paysans de son village : elle est allée trouver le seigneur du pays. Encore s’est-elle gardée de le convier à lever la jeunesse du Bar et des provinces voisines : son sens de l’ordre est tel qu’il a volé droit au sommet ! Point de chef, point de peuple : point de Roi, point de France. Comme il n’y a point de roi, elle en fera un. Elle ne le créera pas de rien ; elle ne rêvera ni de nouvelle dynastie, ni de dictature féodale ou cabochienne, mais elle n’aura de cesse que le Dauphin ne soit le Roi.
Son amour de la paix et son horreur du sang ne la dressaient donc point contre les puissances du monde. La bataille devant être, il fallait que la bataille fût, non pour établir une pandémocratie dans la République chrétienne, mais pour que, sous le Roi du ciel, régnât très régulièrement un Roi de la terre, dans un royaume organisé en vue du minimum de faiblesse humaine et du maximum d’ordre naturel. »

Charles Maurras, Méditation sur la politique de Jeanne d’Arc

 

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