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23/03/2016

Un grand nombre de problèmes dont nous ajournons la méditation

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« Dans nos rapports avec ceux que nous aimons, il y a un grand nombre de problèmes dont nous ajournons la méditation parce que l’édification de la vie commune presse davantage ; nous ne pouvons plus rien voir autrement qu’à travers cette forme. […] On sait que l’on devrait revenir sur ses pas, regarder, mais tout vous pousse à avancer. […] Sa fidélité se révoltait là contre, du fait qu’elle n’était pas un repos, mais une explosion de forces, un appui mutuel, un équilibre dû au mouvement incessant vers l’avant. »

Robert Musil, L’accomplissement de l’amour

 

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Toutes les justifications étaient ailleurs

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« Un dégoût la prit. Elle sentit de nouveau que ce qui comptait n’était pas ce que les gens disaient, ce qu’ils pouvaient expliquer au moyen des mots, mais que toutes les justifications étaient ailleurs, dans un sourire, un silence, une interrogation intérieure. Elle éprouva soudain une nostalgie indicible du seul homme qui fût aussi solitaire qu’elle, que personne ici ne comprendrait non plus et qui ne possédait rien. »

Robert Musil, L’accomplissement de l’amour

 

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Le plus écouté des régimes

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« Plus près de la mort, il allait un peu moins mal qu’au temps où il venait prendre des nouvelles de ma grand-mère. C’est que de grandes douleurs physiques lui avaient imposé un régime. La maladie est le plus écouté des régimes : à la bonté, au savoir on ne fait que promettre ; on obéit à la souffrance. »

Marcel Proust, Sodome et Gomorrhe

 

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Au bout de quelques années nous sommes infidèles à ce que nous avons été

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« Nous désirons passionnément qu’il y ait une autre vie où nous serions pareils à ce que nous sommes ici-bas. Mais nous ne réfléchissons pas que, même sans attendre cette autre vie, dans celle-ci, au bout de quelques années nous sommes infidèles à ce que nous avons été, à ce que nous voulions rester immortellement. Même sans supposer que la mort nous modifiât plus que ces changements qui se produisent au cours de la vie, si dans cette autre vie nous rencontrions le moi que nous avons été, nous nous détournerions de nous comme de ces personnes avec qui on a été lié mais qu’on a pas vues depuis longtemps. (…). On rêve beaucoup du paradis, ou plutôt de nombreux paradis successifs, mais ce sont tous, bien avant qu’on ne meure, des paradis perdus, et où l’on se sentirait perdus. »

Marcel Proust, Sodome et Gomorrhe

 

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22/03/2016

Comme une salissure

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« Mabel était presque nue sous sa robe, mais la femme la plus prête est encore harnachée de telle façon qu'il lui faut pour se livrer tout à fait deux ou trois gestes qui précisent son consentement. Gilles, en dépit de son ivresse, remarqua la sûre rapidité des mains de Mabel. Un peu plus tard, il sut ce qu'il aurait dû savoir depuis le premier jour qu'il l'avait vue à l'hôpital. L'exactitude de sa réaction prouvait son expérience. Myriam. Elle était son bien, son seul bien. Il avait manqué de la perdre. Mabel, ahurie, vît se dresser un garçon méprisant, sifflant.

— Combien ?

— Quoi ?

— Combien d'hommes ?

Aussitôt il vint à la jeune femme à demi redressée un énorme sanglot qui hésita une seconde, puis, devant ce terrible visage, se déclara :

— Je vous aime.

Ce cri toucha le débauché, l'ami des filles, mais comme une salissure. Debout, devant Mabel, complètement immobile, il la considérait dans son désordre et lui même demeurait dans le sien. Son immobilité persistante rendit tout cela odieusement ridicule. Mabel dut s'épouvanter, elle qui était si sûre de sa sincérité et que la force de son élan laissait loin en arrière un passé où beaucoup de gestes irréfléchis coulaient à pic dans l'oubli. Le silence et l'immobilité de Gilles croissaient. Il voyait ce linge se remuer, se froncer et se froisser et se friper dix fois, en d'autres mains. Une même fleur ne peut se faner et renaître.

— Vous avez déjà couché avec beaucoup de types, insista-t-il avec un mépris rageur. Ce mépris, en avilissant la jeune femme, l'avilissait lui. Il voulait dire : "Vous êtes médiocre. Mais vous n'avez pas l'ombre d'une idée de ce qu'il y a en moi. Vous ne savez pas quelles profondeurs j'ai atteintes en moi, à la guerre." Il aurait pu dire bien des choses tout bas. Mais c'était donner trop de poids à son silence. Il grogna à haute voix :

— J’aurais pu m'en douter.

Mabel avait balbutié :

— Mais voyons, Gilles, comment pouvez-vous me croire...? Mais non.

— Enfin, vous avez déjà couché...

— Mais non... Si... Mais est-ce que cela compte ? Je vous aime. Vous êtes le premier qui... Vous ne comprenez donc pas, vous ne comprenez donc rien... »

Pierre Drieu la Rochelle, Gilles

 

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Une âme à vif qui s’offre dans un élan irrémédiable

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« Dès qu’il se rapprocha d’elle, il baigna dans une mer de douceur éperdue. Il était ému, apitoyé et effrayé comme s’il avait pris dans ses bras un nouveau-né. Une chair si tendre en proie à une confusion si embrouillée, un silence si oppressé car tout le poids de l’univers était soudain tombé sur ce faible sein. Un silence puis un souffle, un souffle peu à peu vainement contenu. Un petit animal affolé envahit par une convulsion bientôt exorbitante. Voilà ce qu’est la chair, une âme à vif qui s’offre dans un élan irrémédiable. Il était pris d’admiration, de respect, de terreur. Lui qui aimait tant la chair, il ne la connaissait pas, il l’avait méconnue. Il n’avait touché que des femmes sans mystère, ou chez qui le mystère, quand la tendresse se réveillait avec le plaisir, ne passait que comme un fantôme reflété. Ici c’était le mystère, le mystère du monde dans toute sa jeunesse farouche épanouissant son énigme avec une force confondante. »

Pierre Drieu la Rochelle, Gilles

 

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Rêveur et praticien, solitaire et pèlerin, initié et homme du rang

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« Je suis un type d’homme qui a toujours été. Rêveur et praticien, solitaire et pèlerin, initié et homme du rang. C’est ce que l’on peut saisir de moi. Le reste est-il insaisissable ? Peut-on saisir une pensée qui à force de s’éprouver dans les circonstances diverses et de faire face à des difficultés contradictoires se retourne sur elle-même ? La pensée et l’action se perdent dans les hauteurs. Moi, je suis un de ces humbles qui aident l’action et la pensée à recommencer toujours leurs épousailles compromises. »

Pierre Drieu la Rochelle, Gilles

 

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21/03/2016

L' "objectivité" sympathisante ou péjorative des autres

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« Il faudrait trouver dans son texte même une technique pour interdire tout jugement dessus. Chaque auteur devrait refuser d’entendre le moindre avis sur ce qu’il écrit, dans un sens ou dans un autre. Je connais mieux que personne les défauts et les qualités de mes livres et je n’ai pas besoin de l’ "objectivité" sympathisante ou péjorative des autres. »

Marc-Edouard Nabe, Tohu-Bohu

 

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Monstre bifrons de la consommation

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« Ne pas posséder d’automobile et ne pas être en couple, alors que tout le monde doit avoir une automobile et "doit" être en couple (monstre bifrons de la consommation), ne peut être considéré que comme un grand malheur, une intolérable frustration. Ainsi l’amour hétérosexuel — tellement permis qu’il en devient obligatoire — est devenu une sorte d’ "érotomanie sociale". »

Pier Paolo Pasolini, Ecrits Corsaires

 

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La viande à mitraille

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« Les majors à barbiches blanches et les édiles sourient. 1 m. 75, 63 kilos. Coeur et poumons excellents. Un peu mince, mais l'exercice l'étoffera vite. Bon service armé, apte à l'infanterie. Comme prévu. Cocasse que ce soient ces braves vieux toubibs débonnaires, costumés en officiers, qui choisissent la viande à mitraille, décident : "Celui-là se porte assez bien pour faire un mort." »

Lucien Rebatet, Les épis mûrs

 

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19/03/2016

Des images abstraites, des compositions géométriques

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« Les nouvelles agglomérations sont élaborées sur la planche à dessin et à partir de maquettes. Dans les deux cas, elles sont essentiellement présentées comme des images abstraites, des compositions géométriques, en relief ou non. Leur méthode d’engendrement occulte le fait qu’un espace urbain ne s’adresse pas à l’œil seulement mais concerne le corps tout entier et ne peut, sous peine de réduction, être traité dans le seul cadre d’un esthétique de la vision : l’espace de notre quotidienneté n’est pas "vu d’avion" mais vécu à ras de terre. Davantage, cette approche méconnait le fait qu’un espace urbain ne peut ainsi être perçu d’un coup, mais seulement dans la successivité de séquences fragmentaires, au gré des temps et des parcours. »

Françoise Choay, "Production de la ville, esthétique urbaine et architecture" in La ville aujourd’hui. Mutations urbaines, décentralisation et crise du citadin, ouvrage collectif sous la Direction de Marcel Roncayolo

 

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Ce qui trouble est ennemi de la Paix divine

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« C’est assez, pour moi, de savoir qu’il a inventé une religion. Prosterne-toi tant que tu voudras, au seuil du Vénusberg ou de la Walhalla, traîne-toi sur les marches du Graal qui est leur prolongement lyrique dans ce "crépuscule des Dieux". Omnes dii gentium dœmonia . Arrange tout ça avec les leçons de ton catéchisme dont tu me parais n’avoir gardé qu’un souvenir trouble. Mes genoux ne te suivront pas. Ils appartiennent à la sainte Église catholique, apostolique, romaine, exclusivement.

"Tout ce qui est en dehors d’elle vient du Mal, émane de l’Enfer, nécessairement, absolument, sans autre examen ni compromis oiseux, car ce qui trouble est ennemi de la Paix divine." C’est toi-même qui as écrit cela, dans un de tes jours lucides. L’aurais-tu oublié déjà ? Fût-on l’artiste le plus grand du monde, il n’est pas permis de toucher aux Formes saintes, et ce qui bouillonne dans le calice du Mont Salvat, j’en ai bien peur, ne serait-ce pas précisément l’élixir épouvantable dont tu nous as fait le poème ? Beethoven n’entreprit jamais de mettre à genoux les peuples et les rois et n’eut pas besoin d’autres forces que celles de son génie. Wagner, impatient de tout dompter, a prétendu faire de la Liturgie elle-même l’accessoire des combinaisons de ses prétendus chefs-d’œuvre. C’est la différence du légitime au bâtard. Pourquoi voudrais-tu que je me traînasse pieusement derrière ce brouillard sonore qui ne devrait paraître une colonne de nuées lumineuses qu’aux imaginatifs grossiers de la Germanie ? »

Léon Bloy, La femme pauvre

 

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Dans cinquante ans, on ne tiendra plus à rien

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« Qu’est-ce que la France de 1840 ? un pays exclusivement occupé d’intérêts matériels, sans patriotisme, sans conscience, où le pouvoir est sans force, où l’Élection, fruit du libre arbitre et de la liberté politique, n’élève que les médiocrités, où la force brutale est devenue nécessaire contre les violences populaires, et où la discussion, étendue aux moindres choses, étouffe toute action du corps politique ; où l’argent domine toutes les questions, et où l’individualisme, produit horrible de la division à l’infini des héritages qui supprime la famille, dévorera tout, même la nation, que l’égoïsme livrera quelque jour à l’invasion, On se dira : Pourquoi pas le tzar, comme on s’est dit : – Pourquoi pas le duc d’Orléans ? On ne tient pas à grand’chose ; mais dans cinquante ans, on ne tiendra plus à rien. »

Honoré de Balzac, Sur Catherine de Médicis

 

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18/03/2016

Ce mal que Nietzsche appelait l’esprit de lourdeur

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« Ce monde est empoisonné de malheurs et semble s’y complaire. Il est tout entier livré à ce mal que Nietzsche appelait l’esprit de lourdeur. N’y prêtons pas la main. Il est vain de pleurer sur l’esprit, il suffit de travailler pour lui. Mais où sont les vertus conquérantes de l’esprit ? Le même Nietzsche les a énumérées comme les ennemis mortels de l’esprit de lourdeur. Pour lui, ce sont la force de caractère, le goût, le "monde", le bonheur classique, la dure fierté, la froide frugalité du sage. Ces vertus, plus que jamais, sont nécessaires et chacun peut choisir celle qui lui convient. Devant l’énormité de la partie engagée, qu’on n’oublie pas en tout cas la force de caractère. Je ne parle pas de celle qui s’accompagne sur les estrades électorales de froncements de sourcils et menaces, mais de celle qui résiste à tous les vents de la mer par la vertu de la blancheur et de la sève. C’est elle qui, dans l’hiver du monde, préparera le fruit. »

Albert Camus, Noces

 

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Le miel d’Assunta

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« Comme il étalait du miel sur son pain grillé, Beatrice sourit :

— C’est le miel d’Assunta. Elle a ses ruches à flanc de coteau, parmi le thym et la lavande. Quand les temps modernes, comme vous dites, tomberont sur nous, Assunta ne récoltera plus son miel. Elle l’achètera en pots. Nous aurons des microsillons, mais nous n’aurons plus de miel parfumé au thym et à la lavande. Qu’est-ce qui vaut mieux ?

— Vous n’avez pas le choix. On vous jettera de force dans les temps modernes. On vous oblige déjà à vous éclairer à l’électricité. Hier soir, en nous promenant, nous avons entendu des radios, et toutes captaient la même émission. Folco va au cinéma.

— C’est le curé qui choisit les films.

— Il ne les choisira pas toujours.

— Rien ne nous atteindra au fond du cœur. Varela est immuable.

— Il n’y a rien d’immuable. Entre 1939 et 1945 le monde a cassé sa tirelire. Nous dépenserons tout notre argent en quelques décennies. Dix siècles d’épargne partiront en fumée.

— Et après ?

— Je ne sais pas. Je ne suis ni économiste, ni astrologue. »

Michel Déon, Je vous écris d’Italie

 

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