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21/05/2015

L’image vivante de la perpétuelle regénération de la nature

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« Le cycle mystérieux de la chute et du refait saisonnier de ses bois l’assimile à l’arbre de vie. La sève qui nourrit sa ramure surgit des mêmes sources que la semence inépuisable dont il inonde le ventre des biches à la saison du brame. Dans le refait de ses bois, dans l’ivresse du rut et dans le combat contre ses rivaux, il est la fécondité incarnée, l’image vivante de la perpétuelle regénération de la nature. Depuis les temps les plus reculés, sa majesté, sa ramure et sa fertilité ont acquis un pouvoir sans égal sur l’imagination des hommes. »

Dominique Venner, Dictionnaire amoureux de la chasse

 

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20/05/2015

Une communauté de crapules

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« Il était une fois une communauté de crapules, c’est-à-dire qu’il ne s’agissait pas de crapules, mais d’hommes ordinaires, la moyenne. Ils étaient toujours unis. Quand par exemple l’un d’entre eux avait commis quelque chose de crapuleux, c’est-à-dire encore une fois rien de crapuleux, mais quelque chose de tout à fait ordinaire et courant, et qu’il le confessait, alors tous examinaient la chose, la jugeaient, lui imposaient une pénitence, pardonnaient, etc. Ce n’était pas méchanceté de leur part, les intérêts de la personne et de la communauté étaient rigoureusement préservés et à celui qui s’était confessé on tendait le complément à la couleur primaire qu’il avait montrée. Ainsi étaient-ils toujours unis, et même après leur mort ils ne renoncèrent pas à leur communauté et montèrent au ciel en une seule ronde. Tel qu’ils volaient, l’ensemble donnait le spectacle d’une pure innocence enfantine. Mais comme arrivés au ciel tout se brise et est réduit à ses éléments, ils tombèrent, véritables blocs de pierre. »

Franz Kafka, Cahiers in-octavo - Cahier "G"

 

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Une glace qui n’est pas bien fixée au mur

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« Tout homme porte une chambre en lui. C’est un fait qui peut même se vérifier à l’oreille. Quand un homme marche vite et que l’on écoute attentivement, la nuit peut-être, tout étant silencieux alentour, on entend par exemple le brimbalement d’une glace qui n’est pas bien fixée au mur. »

Franz Kafka, Préparatifs de noces à la campagne

 

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Les difficultés qu'il y a à achever un texte

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« Les difficultés qu'il y a à achever un texte, même court, ne tiennent pas à ce que notre sentiment exige pour la fin du morceau une ardeur que le contenu réel n'a pas pu engendrer jusque-là par ses propres moyens ; elles naissent plutôt de ce que le texte le plus court exige de l'auteur un contentement de soi, un abandon à soi-même d'où il est difficile, en l'absence d'une forte résolution ou d'une stimulation extérieure, de sortir pour respirer l'air d'une journée banale, si bien que, poussé par l'inquiétude, on préfère prendre la fuite plutôt que de terminer rondement le texte et d'avoir le droit de glisser sans bruit jusqu'en bas ; après quoi il faut achever positivement le fin de l'extérieur, avec des mains qui non seulement doivent travailler, mais encore ne pas lâcher prise. »

Franz Kafka, Journal

 

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Les livres qui vous mordent et vous piquent

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« Franz Kafka
27 janvier 1904

Cher Oskar !

Tu m'as écrit une lettre charmante qui demandait, soit une réponse rapide, soit pas de réponse du tout ; quinze jours ont passé depuis sans que je t'aie écrit, ce serait impardonnable en soi si je n'avais des raisons.

D'abord je ne voulais t'écrire que des choses bien pesées parce que ma réponse à cette lettre me paraissait plus importante que toutes les autres (malheureusement je ne l'ai pas fait) ; ensuite j'ai lu d'un trait le Journal de Hebbel (près de mille huit cents pages), alors qu'autrefois je ne le prenais toujours que par morceaux, auxquels je ne trouvais aucun goût.

J'ai quand même commencé de façon suivie, au début en me jouant, pour me sentir finalement comme l'homme des cavernes qui, ayant roulé une grosse pierre devant l'entrée de sa caverne, par jeu et pour rompre l'ennui, est pris d'une sourde frayeur en voyant que la pierre le prive d'air et le plonge dans l'obscurité. Il tente alors avec une étrange ardeur de la déplacer, mais maintenant elle est dix fois plus lourde et, pour retrouver l'air et la lumière, l'homme angoissé doit tendre toutes ses forces.

De même je n'ai pas pu toucher une plume de tout ce temps, car à embrasser du regard une telle vie, qui s'élève continuellement sans faille, si haut qu'on peut à peine la suivre avec sa longue-vue, on ne peut pas garder la conscience en paix. Mais il est bon que la conscience porte de larges plaies, elle n'en est que plus sensible aux morsures.

Il me semble d'ailleurs qu'on ne devrait lire que les livres qui vous mordent et vous piquent. Si le livre que nous lisons ne nous réveille pas d'un coup de poing sur le crâne, à quoi bon le lire ? Pour qu'il nous rende heureux, comme tu l'écris ? Mon Dieu, nous serions tout aussi heureux si nous n'avions pas de livres, et des livres qui nous rendent heureux, nous pourrions à la rigueur en écrire nous-mêmes.

En revanche, nous avons besoin de livres qui agissent sur nous comme un malheur dont nous souffririons beaucoup, comme la mort de quelqu'un que nous aimerions plus que nous-mêmes, comme si nous étions proscrits, condamnés à vivre dans des forêts loin de tous les hommes, comme un suicide -- un livre doit être la hache pour la mer gelée en nous. Voilà ce que je crois.

Mais toi tu es heureux, ta lettre rayonne positivement, je crois que tu n'étais malheureux autrefois qu'à cause de ces relations qui ne te valent rien, c'est bien naturel, on ne prend pas de bain de soleil à l'ombre.

Mais que je sois responsable de ton bonheur, ne le crois pas.

Au mieux, je le verrais ainsi : un sage, dont la sagesse était cachée à ses propres yeux, rencontra un fou et s'entretint un moment avec lui de choses apparemment très lointaines. La conversation finie, comme le fou veut rentrer chez lui -- il vivait dans un pigeonnier --, l'autre lui saute au cou, l'embrasse et lui crie : merci, merci, merci. Pourquoi ? La folie du fou avait été si grande qu'elle avait montré au sage sa sagesse...

J'ai l'impression de t'avoir fait du tort et d'avoir à te demander pardon. Mais je n'ai connaissance d'aucun tort.

Ton Franz »

Franz Kafka, Correspondance

 

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Une solitude si profonde que ce mot même n'avait plus de sens

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« Là, au milieu du silence, ce n'était pas l'éternité mais la mort du temps, une solitude si profonde que ce mot même n'avait plus de sens. Car la solitude implique l'absence des autres, et la solitude qu'elle découvrait sur ce terrain désolé n'avait jamais admis l'existence d'autrui. »

Toni Morrison, Sula

 

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L'Enfer...

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« Le véritable enfer de l'Enfer, c'est qu'il est éternel. »

Toni Morrison, Sula

 

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La solitude et le danger

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« Le style du hussard, c’est le désespoir avec l’allégresse, le pessimisme avec la gaieté, la piété avec l’humour.

C’est un refus avec un appel. C’est une enfance avec son secret.

C’est l’honneur avec le courage et le courage avec la désinvolture.

C’est une fierté avec un charme ; ce charme-là hérissé de pointes.

C’est une force avec son abandon. C’est une fidélité.

C’est une élégance. C’est une allure.

C’est ce qui ne sert aucune carrière sous aucun régime.

C’est le conte d’Andersen quand on montre du doigt le roi nu.

C’est la chouannerie sous la Convention.

C’est le christianisme des catacombes.

C’est le passé sous le regard de l’avenir et la mort sous celui de la vie.

C’est la solitude et le danger. Bref, c’est le dandysme. »

Pol Vandromme, Roger Nimier, Le Grand d’Espagne

 

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19/05/2015

Il avait les poches pleines de tracts clandestins, et l’air farouche

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« Puis j’ai vu Paulhan et je lui ai dit que cette guerre était une connerie terrible, ce qui a paru le surprendre. Mais pas moi qui ai toujours tenu Paulhan pour un simple, opinion qui l’a heurté seulement au début.
Je l’ai revu pendant la guerre, sous un bada à la Prévert mais posé sur le front. Il avait les poches pleines de tracts clandestins, et l’air farouche.
Je lui ai dit que j’étais résistant moi aussi, que je faisais des V en pissant, mon jet étant harmonieusement divisé au départ du méat, à la suite d’une chtouille breneuse acquise bien avant l’avènement d’Hitler. Mieux encore, chacun de ces jets lui-même, habilement dardé, imprimait sur les murs, de Paris à Monte-Carlo, quantité de petits vés d’un acide indélébile, qui mettaient la gestapo sur les dents. »

Albert Paraz, Le gala des vaches

 

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Ils accomplissent sans le savoir les desseins de Dieu

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« Les hommes du torrent, ceux qui s’abandonnent aux fatalités de la nature, sont mus à la façon des galets roulés par la mer. Comme la chose inerte, ils ont leur rôle assigné dans le plan de la Providence. Ils accomplissent sans le savoir les desseins de Dieu. Par leurs mouvements involontaires, ils font surgir les événements qui éprouvent les élus. Ils ne font pas l’histoire vraie, mais seulement le tissu sur lequel elle est brodée par les hommes libres… »

Raymond Christoflour, La drachme perdue

 

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On offre de déposer un chèque sans provision

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« La civilisation européenne s’écroule et on ne la remplace par rien, voilà la vérité. À la place de ces immenses épargnes accumulées de civilisation, d’humanités, de spiritualité, de sainteté, on offre de déposer un chèque sans provision, signé d’un nom inconnu, puisqu’il est celui d’une créature encore à venir. Nous refusons de rendre l’Europe. Et d’ailleurs on ne nous demande pas de la rendre, on nous demande de la liquider. Nous refusons de liquider l’Europe. Le temps de liquider l’Europe n’est pas venu, s’il doit jamais venir. Il est vrai que le déclin de l’Europe ne date pas d’hier, nous le savons. Mais nous savons aussi que le déclin de l’Europe a marqué le déclin de la civilisation universelle. L’Europe a décliné dans le moment où elle a douté d’elle-même, de sa vocation et de son droit. »

Georges Bernanos, L'Esprit Européen

 

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Portant bravement les contradictions du monde et les résolvants par la complexe organisation de l’esprit

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« Ce christianisme-là était mâle, compréhensif, mais affirmatif, portant bravement les contradictions du monde et les résolvants par la complexe organisation de l’esprit et de la vie qu’il offrait aux hommes. Ce Christianisme-là, qui est venu providentiellement servir notre face et notre climat, s’inscrit aux tympans des cathédrales, dans la figure vigoureuse, juvénile et puissante du Christ triomphant, aux cotés de qui est assise la Vierge Mère. Il n’a rien a céder en virilité et en santé aux dieux de l’Olympe et du Walhalla, tout en étant plus riche qu’eux en secrets subtils qui lui viennent des dieux de l’Asie. »

Pierre Drieu la Rochelle, Chronique politique, 21 juin 1938

 

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Une gigantesque coïncidence

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« Parfois il arrive de se sentir instantanément proche d'êtres dont on n'a pas vraiment fait la rencontre, mais naturellement un lien se tisse, sans effort, sans volonté, par le seul fait d'une gigantesque coïncidence. »

Serge Joncour, L'amour sans le faire

 

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Cette très haute idée qu'on se fait de l'autre sans tout en connaître

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« Ne pas pouvoir s'aimer, c'est peut-être encore plus fort que de s'aimer vraiment, peut-être vaut-il mieux s'en tenir à ça, à cette très haute idée qu'on se fait de l'autre sans tout en connaître, en rester à cette passion non encore franchie, à cet amour non réalisé mais ressenti jusqu'au plus intime, s'aimer en ne faisant que se le dire, s'en plaindre ou s'en désoler, s'aimer à cette distance où les bras ne se rejoignent pas, sinon à peine du bout des doigts pour une caresse, une tête posée sur les genoux, une distance qui permet tout de même de chuchoter, mais pas de cri, pas de souffle, pas d'éternité, on s'aime et on s'en tient là, l'amour sans y toucher, l'amour chacun le garde pour soi, comme on garde à soi sa douleur, une douleur ça ne se partage pas, une douleur ça ne se transmet pas par le corps, on n'enveloppe pas l'autre de sa douleur comme on le submerge de son ardeur. C'est profondément à soi une douleur. L'amour comme une douleur, une douleur qui ne doit pas faire mal. »

Serge Joncour, L'amour sans le faire

 

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La forme la plus édulcorée de la sincérité

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« Ne pas arriver à se dire les choses c'est peut-être la forme la plus édulcorée de la sincérité, ne pas arriver à se parler c'est une façon de retenir les mots à soi, de les penser à un point tel qu'on n'arrive même plus à s'en détacher, de la sincérité à l'état brut. »

Serge Joncour, L'amour sans le faire

 

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