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14/07/2015

Jean-Paul Sartre, Simone de Beau­voir : Bianca, leur jouet sexuel

=--=Publié dans la Catégorie "Lectures"=--=

 

D'Albert Camus Sartre avait dit : "Tout anti-communiste est un chien !" Ben voyons ! Et bien il apparaît que Sartre, cet apôtre de la justice et de la dignité etait un porc et Beauvoir, cette prêtresse de la libération féminine, ne valait pas mieux. Voila, voila...

 

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« A 16 ans, Bianca devient l'amante de Beau­voir puis celle de Sartre. Un trio amou­reux qui rejouera Les liai­sons dange­reuses à Saint-Germain-des-Prés

Il y a du Choder­los de Laclos dans cette histoire. Quand, cinquante ans après les faits, Bianca Lamblin relate dans ses "Mémoires d’une jeune fille déran­gée" (Balland, 1993) son épisode amou­reux flam­boyant avec Simone de Beau­voir et Jean-Paul Sartre, c’est dans le vitriol qu’elle trempe sa plume. Elle vient de décou­vrir dans les "Lettres à Sartre" et le "Jour­nal de Guerre" de Simone de Beau­voir, publiés quatre ans après la mort de cette dernière, le jeu ambigu qu’a mené le Castor avec la toute jeune fille qu’elle était alors. Et soudain c’est l’ef­fon­dre­ment. Jamais elle n’au­rait cru déce­ler une madame de Merteuil mani­pu­la­trice dans cette femme qu’elle a aimée au-delà de tout pendant un demi-siècle. Et pour­tant...

L’his­toire avait commencé dans l’ef­fer­ves­cence, en 1937, lors de la rentrée scolaire au lycée Molière, à Paris, où Simone de Beau­voir venait d’être nommée profes­seur de philo­so­phie. La parole rauque et rapide, le débit torren­tiel, la nouvelle prof conquiert aussi­tôt ses élèves. "Tout en elle respi­rait l’éner­gie. L’in­tel­li­gence de son regard d’un bleu lumi­neux nous frappa dès le début", écrit Bianca, qui porte alors son nom de jeune fille, Bienen­feld. "A seize ans, on est faci­le­ment ébloui", ajoute-t-elle. Issue d’une famille juive polo­naise qui a connu bien des tribu­la­tions, l’ado­les­cente sort à peine d’une enfance ballo­tée. Jolie, coquette, passion­née, elle est subju­guée par l’as­su­rance de cette intel­lec­tuelle de vingt-neuf ans qui ne se sert d’au­cune note, par le carac­tère écla­tant, inci­sif, auda­cieux de ses juge­ments, son mépris cinglant pour les élèves peu douées. La future prêtresse du fémi­nisme prône des idées neuves qui la troublent profon­dé­ment: la liberté de la femme, son indé­pen­dance finan­cière, le refus de son assujet­tis­se­ment par le mariage et la mater­nité. La jeune Bianca s’em­balle, s’iden­ti­fie à son modèle, au point de lui emprun­ter ses tics de langage et de vouloir deve­nir, comme elle, agré­gée de philo­so­phie.
Au mois de mars, elle ose lui écrire son admi­ra­tion. Très vite, elle reçoit en retour un pneu­ma­tique. Simone de Beau­voir lui donne rendez-vous dans un café de la rue de Rennes. La rencontre est chaleu­reuse, au point que le mentor propose à son élève de la voir en privé. C’est peu de dire qu’elle court: désor­mais Bianca vole, tous les dimanches, retrou­ver le Castor dans son minable hôtel de la rue Cels et les voilà parties pour des virées dans Paris, aux puces, à Mont­martre, dans les parcs autour de la capi­tale. Leurs confi­dences se font de plus en plus tendres, de plus en plus intimes. Le bachot passé, elles font, sac au dos, une randon­née dans le Morvan pendant laquelle elles deviennent amantes, dans des auberges de fortune. Simone de Beau­voir a raconté à Bianca son âpre combat pour vaincre les préju­gés de son milieu bour­geois et faire des études supé­rieures, et aussi sa rencontre déci­sive à la Sorbonne, pendant la prépa­ra­tion de l’agré­ga­tion, avec un groupe de norma­liens. "Celui qui était le plus laid, le plus sale, mais aussi le plus gentil et suprê­me­ment intel­li­gent, c’était Sartre", lui confie le Castor. "Je sus immé­dia­te­ment qu’il était l’amour de sa vie", écrit Bianca. Arri­vés respec­ti­ve­ment premier et seconde à l’agré­ga­tion, les deux brillants agré­gés, deve­nus amants, se sont reconnu la même ambi­tion dévo­rante, se sont juré de s’épau­ler mutuel­le­ment pour construire leur œuvre. Mais au prix d’un pacte qui, à l’époque, fera bien des émules dans le petit monde exis­ten­tia­liste de Saint-Germain-des-Prés. "Pas de mariage, surtout pas de mariage. Pas d’en­fants, c’est trop absor­bant. Vivre chacun de son côté, avoir des aven­tures ; leur seule promesse était de tout se racon­ter, de ne jamais se mentir. En résumé, une liberté totale dans une trans­pa­rence parfaite. Programme ambi­tieux!"
En fait, quand Sartre a proposé ce pacte à Simone de Beau­voir sur un banc du jardin du Luxem­bourg, il ne lui a pas vrai­ment laissé le choix. "Entre nous, lui a-t-il dit, il s’agit d’un amour néces­saire : il convient que nous connais­sions des amours contin­gentes." C’est que le petit homme sale et laid, qui a su conqué­rir la bour­geoise repen­tie, est un vrai séduc­teur qui n’a pas voca­tion à la mono­ga­mie ! Du haut de son mètre cinquante-sept, rondouillard, affligé de stra­bisme, les dents gâtées par le tabac, le teint brouillé par l’al­cool et le n’im­porte quoi de son hygiène de vie, Sartre collec­tionne avec entrain les jolies femmes. Et n’en­tend pas renon­cer à cette plai­sante diver­sité! Pour compen­ser sa laideur, il dispose d’atouts convain­cants: son image d’in­tel­lec­tuel pres­ti­gieux, la drôle­rie de sa conver­sa­tion, sa voix bien timbrée qui s’y entend en discours amou­reux. Lui-même se dit doué "pour bara­ti­ner les femmes " et leur compa­gnie le diver­tit bien plus que celle des hommes avec lesquels il "s’en­nuie cras­seu­se­ment". Il lui arri­vera d’avoir sept maîtresses à la fois, chacune igno­rant tout des autres, alors qu’il leur ment copieu­se­ment, leur promet­tant le mariage, selon un "code moral tempo­raire", comme il le confiera à son secré­taire, Jean Cau. Pour le Castor, c’était à prendre ou à lais­ser. Mais, dans le contexte de machisme de l’époque, l’ar­ran­ge­ment qui la met sur un pied d’éga­lité avec Sartre passait quand même pour révo­lu­tion­naire.

Portée par ses dix-sept ans encore pleins d’en­thou­siasme, voilà donc l’ar­dente Bianca promue "amour contin­gente" de Beau­voir. Elle apprend vite pour­tant qu’elle n’est pas la première. Son profes­seur, déci­dé­ment sensible au charme fémi­nin (un lesbia­nisme qu’elle se gardera bien de reven­diquer dans ses livres), a déjà vécu une "amitié socra­tique" avec l’une de ses élèves russes, Olga Kosa­kie­wicz, une fille fantasque et désin­volte qui a beau­coup trou­blé Sartre. Econ­duit par la jeune personne, il s’est consolé avec sa sœur, Wanda, deve­nue sa maîtresse. Tout cela sent le liber­ti­nage à plein nez et devrait pous­ser Bianca à la prudence. Mais la jeune juive n’a pas l’es­prit liber­tin. Impré­gnée, comme toute sa géné­ra­tion, par les amours tragiques de Tris­tan et Yseult – son roman culte qui, dit-elle, a "aggravé sa propen­sion à la senti­men­ta­lité " –, elle s’at­tache avec exal­ta­tion. Et ne flaire pas le danger le jour où, deve­nue étudiante à la Sorbonne, Beau­voir lui conseille d’al­ler consul­ter Sartre sur un point de philo­so­phie. On devine la suite : la cour assi­due que lui fait l’écri­vain pendant des mois avec la béné­dic­tion complai­sante de Beau­voir, les rendez-vous dans des cafés, ses lettres enflam­mées: "Ma petite Polak, mon amour", jusqu’au jour où flat­tée par tant d’at­ten­tions, Bianca accepte de consom­mer. On ne fera pas plus mufle que Sartre au moment où ils marchent vers l’hô­tel: "La femme de chambre va être bien éton­née, lui dit-il d’un ton amusé et fat, car hier j’ai déjà pris la virgi­nité d’une jeune fille." Médu­sée, Bianca en restera coite. "En règle géné­rale, j’ai la repar­tie vive. Mais là, juste­ment parce que l’of­fense était grave, la vulga­rité patente, je me tus." La suite est du même tabac. "Je sentais bien qu’il était inca­pable de se lais­ser aller physique­ment, de s’aban­don­ner à une émotion sensuelle." Cris­pée, glacée comme par les prépa­ra­tifs d’un acte chirur­gi­cal, Bianca ne se lais­sera faire que les jours suivants "mais la frigi­dité était bien établie et persista durant tous nos rapports." C’est qu’en dépit de sa bouli­mie sexuelle, Sartre était un piètre amant ("j’étais plus un mastur­ba­teur de femmes qu’un coïteur", recon­naî­tra-t-il). Ce qui ne faisait pas l’af­faire de Simone de Beau­voir, laquelle avait beau­coup de tempé­ra­ment. En 1939, il ne couchaient déjà plus ensemble. Mais pour ne pas perdre son indé­fec­tible compa­gnon, le Castor main­te­nait avec lui un lien sexuel par procu­ra­tion. "Simone de Beau­voir puisait dans ses classes de jeunes filles une chair fraîche à laquelle elle goûtait avant de la refi­ler, ou faut-il dire plus gros­siè­re­ment encore, de la rabattre sur Sartre", écrira rageu­se­ment Bianca, à soixante-dix ans passés, les yeux enfin dessillés. Un jeu dange­reux, car Sartre – il le prou­vera par la suite – était suscep­tible de tomber folle­ment amou­reux. Et Beau­voir, inquiète et jalouse, menait alors un vrai travail de sape, assez pervers, pour élimi­ner sa poten­tielle rivale. A-t-elle perçu ce danger avec Bianca? Dans les lettres qu’elle envoie alors à Sartre, en tout cas, elle se gausse du "pathé­tique" de la jeune fille qu’elle a bapti­sée du pseudo de Louise Védrine, elle raille ses badi­nages et son carac­tère ombra­geux, raconte complai­sam­ment comme elle se rit d’elle au Café de Flore avec Olga, en son absence. "Je vais encore vous couler Védri­ne..."
Elle entraîne aussi l’écri­vain dans des imbro­glios minables, de constants mensonges, pour mieux cacher à Bianca son début d’idylle avec Jacques-Laurent Bost, un de ses jeunes colla­bo­ra­teurs à la revue "Les Temps Modernes". Pleine de candeur, la jeune fille ne devine rien de cette dupli­cité. Elle aime, elle se croit aimée des deux écri­vains, elle imagine leur trio singu­lier plein d’ave­nir, gravé dans le marbre. Sentant venir la guerre, pres­sen­tant ce qu’il lui en coûtera d’être juive, elle a un besoin vital de cette sécu­rité affec­tive. Malgré leurs moments d’aban­don, Beau­voir a parfois des sautes d’hu­meur, des exas­pé­ra­tions qu’elle s’ex­plique mal. Mais alors, Sartre, qui a rejoint l’ar­mée, s’em­ploie dans ses missives à rassu­rer "sa petite Polak" : "Mon amour, il est une chose que je sais bien, en tout cas, c’est que le Castor vit dans un monde où tu es partout présente à la fois." Quand en février 1940, Bianca reçoit soudain une lettre de rupture du philo­sophe, c’est la stupeur. Beau­voir écrira en douce à Sartre: "Je ne vous reproche que d’avoir exécuté Védrine un peu trop à la gros­se... mais c’est sans impor­tance !" La révé­la­tion de la liai­son de Beau­voir avec "le petit Bost" achè­vera Bianca, qui se retrouve alors complè­te­ment larguée tandis qu’elle passe en zone libre. Bles­sée par ce double et cruel aban­don, elle épou­sera Bernard Lamblin, un ancien élève de Sartre, et s’em­ploiera à échap­per à la Gestapo (son grand-père et sa tante, la mère de Georges Perec, mour­ront en dépor­ta­tion). Elle finira par soute­nir la Résis­tance avec son mari dans le Vercors mais dans un état de grave dépres­sion, une sorte de psychose maniaco-dépres­sive. Un état qui va frap­per Beau­voir quand les deux femmes se rever­ront après la guerre. "Je suis secouée à cause de Louise Védrine", écrit-elle à Sartre. Elle m’a remuée et pétrie de remords parce qu’elle est dans une terrible et profonde crise de neuras­thé­nie – et que c’est notre faute, je crois, c’est le contre­coup très détourné mais profond de notre histoire avec elle. Elle est la seule personne à qui nous ayons vrai­ment fait du mal, mais nous lui en avons fait... Elle pleure sans cesse... elle est terri­ble­ment malheu­reuse." Touchée par cette détresse, le Castor propo­sera à Bianca de renouer leur amitié, sur un plan stric­te­ment intel­lec­tuel cette fois. Et les deux femmes, pendant quarante ans, se rencon­tre­ront tous les mois, jusqu’à la mort de Beau­voir en 1986, en parta­geant leurs enga­ge­ments poli­tiques, dans un esprit de totale confiance pour Bianca.

En 1990, quand paraissent "Les Lettres à Sartre", publiées par Sylvie Lebon, la fille adop­tive de Beau­voir, c’est pour­tant le coup de grâce. "Leur contenu m’a révélé sous un tout autre visage celle que j’avais aimée toute ma vie et qui m’avait constam­ment abusée. J’y lisais le dépit, la jalou­sie, la mesqui­ne­rie, l’hy­po­cri­sie, la vulga­rité. Que Sartre m’ait sacri­fiée à sa quête perpé­tuelle et vaine de séduc­tion, soit. Mais que Simone de Beau­voir serve de pour­voyeuse à son compa­gnon est plus éton­nant. Que dire d’un écri­vain engagé comme elle dans la lutte pour la dignité de la femme et qui trompa et mani­pula, sa vie durant, une autre femme ?", explique-t-elle. Contrainte d’ex­po­ser sa vérité, pour faire face à l’hu­mi­lia­tion publique de ces Lettres scan­da­leuses, Bianca Lamblin portera à son tour un coup fatal à la légende du couple royal de l’exis­ten­tia­lisme. En concluant ainsi ses Mémoires : "Sartre et Simone de Beau­voir ne m’ont fait fina­le­ment que du mal." »

 

Eliane Georges, pour Gala

 

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12/07/2015

Fanny

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« Je cherche un exemple, et je le trouve vite : Fanny. Je la connais depuis trois ans, elle est ma récusation radicale et constante. Mystère de l’amour : je l’aime, et elle aime me contredire à chaque instant. Oh, en douceur, bien sûr, pas, ou peu, de grandes scènes violentes. C’est l’eau, la puissance de l’eau sur la pierre que je suis. Évites tout de suite les clichés psychanalytiques : je ne me plains pas, j’étudie. Elle se recharge en s’opposant, et c’est moi qui, tout à coup, devient l’eau et elle la pierre. C’est très intéressant et très amusant. L’immémorial problème homme/femme, guerre des sexes, le soleil noir de la matière noire. Je travaille au noir, c’est cher, mais splendidement gratuit.

J’apprends à ne pas être d’un seul côté, mais aussi de l’autre. J’appelle « Fanny » la partenaire de cette liaison expérimentale, mais en réalité elle n’est personne en particulier, c’est un condensé de rencontres. Je ne suis pas de mon temps, je ne fais pas de portraits sociaux.

Que Fanny soit grande, moyenne, petite, blonde, brune, châtain, que ses yeux soient bleus ou bruns, qu’elle ait 22 ans, 32 ans, 42 ans, 52 ans, qu’elle soit jolie ou non, cultivée ou pas, intelligente ou idiote, qu’elle occupe une situation haut placée ou en bas de l’échelle, peu importe. C’est son opposition génétique à mon égard qui compte. "Fanny" pourrait être aussi un grand nombre de mes amis, leur jalousie spontanée s’en occupe. Ils deviennent vite des femmes à mon contact, Dieu sait pourquoi, ils se renfrognent et se bloquent. Ils n’ont pas la foi.

Fanny, d’une façon ou d’une autre, directe ou indirecte, me fait sans cesse la morale. Je l’agace, je l’énerve, je l’exaspère, je la gêne, je suis de trop. Le mystère de ma foi m’échappe, mais elle le perçoit mieux que moi. A l’envers, bien sûr, mais de plein fouet, comme une anomalie insupportable. Je suis trop ceci, trop cela, pas assez ceci, pas assez cela. Je n’aime pas l’humanisté, les gens, la vraie vie, les divertissements, le faux temps banal. Je lis un livre devant Fanny, elle me fait la tête. Je sors avec Fanny, et elle se met aussitôt à raconter aux autres certains de mes comportements ridicules ou propos insensés plus ou moins inventés. Pour annuler Fanny, je me mets à boire. Je bois rarement quand elle n’est pas là.

Fanny s’ennuie avec moi. Elle me reproche de ne pas aller au cinéma, de ne pas lire de romans américains, de ne pas avoir envie de visiter des expositions, d’être insensible à la poésie telle qu’elle la ressent, de rester sourd aux animaux, de ne pas suicre la vie sentimentale des stars et de leurs enfants. Elle me trouve arrogant, méprisant, désinvolte. Sa mère prend la parole dans la voix. Mes amis aussi sont bizarres : ils se crispent soudain, maman est là.

J’aimerais assez que toutes mes Fanny écrivent, à mon sujet, leurs Mémoires. Mais, j’en suis sûr, aucune d’elles, aucun d’eux, n’en aura ni la capacité ni l’envie. Encore lui ? Ça suffit ! Rien à dire. Un souvenir quand même, une anecdote significative ? Ah non, j’ai oublié, aucun intérêt. Tout est mieux comme ça : je m’efface. J’ai pris l’habitude, depuis longtemps, d’exister comme si je n’existais pas. Même pas besoin de mourir, c’est commode.

Fanny se demande si je ne suis pas homosexuel, ou pourquoi je ne le suis pas. L’époque est très bruyante sur cette affaire, et mon indifférence à tout ce bazar lui paraît suspecte. Mon désintérêt pour la vie privée des autres la choque. Qui couche avec qui, qui est en train de quitter qui, qui a une liaison avec qui, voilà le roman que je devrais dévorer chaque semaine. Fanny, sur ces bricoles, est prise d’une excitation triste. Il ne lui viendrait pas à l’idée que certains, ou certaines, vivent dans le secret. Elle me l’a dit un jour, de façon ironique : "Tu es bien le seul à croire au secret. Tout se sait."

Non, je ne crois pas au secret, je constate simplement qu’il s’organise de lui-même pour tout ce qui me tient à cœur. La Nature aime à se cacher, ce n’est pas moi qui décide. "Mystère de la foi" résonne, une fois de plus, dans toutes les églises du monde. Ils font un gros effort sur eux-mêmes pour en arriver là. Comprennent-ils ce qu’ils disent et entendent ? Ce n’est pas sûr. Après quoi, ils retournent à leurs occupations d’agence humanitaire, pour les acteurs, et à leurs dimanches idiots, pour les spectateurs.

Fanny est très occupée par sa vie de famille, ses enfants, la gestion rentable de son mari, ses amours contrariés, le bavardage de ses amies et de ses amis, ses réseaux sociaux, son entreprise, son ambition à courte vue, ses fins de mois, l’agitation et l’obligation qui s’emparent d’elle si elle a une fonction politique. Après tout, il y a des élections 24 heures sur 24. Si elle est médiatique, c’est l’enfer des apparences, la concurrence acharnée des visages, les vœux de mort constants des stagiaires. Elle peut s’imposer à la radio si elle persévère, mais il vaut mieux obtenir une place régulière dans les journaux. Là, il lui faut soigner ses fréquentations, avoir bien en main son carnet d’adresses, remplir des pages avec photos, interwiever des personnalités influentes ou des écrivains convenables, donner le ton, prédire les tendances, surveiller les confrères et les consoeurs (les médias sont une grande famille), saisir le vent des films, rester au centre, surtout, au milieu du centre.

Mais Fanny peut être aussi écrivaine, auteure, metteuse en scène, artiste. Elle cumule parfois ces mandats, sans atteindre la grande notoriété imagée des topmodels, en général ravissantes et connes. Comme écrivaine, elle a une ancêtre écrasante et dure à avaler : la voyante Duras, écriture saccadée, ventes vertigineuses. Les écrivaines sont mes Fanny préférées, elles sont attirées par mon cas, de même que les Fanny masculins, mais en plus nerveuses. Elles m’envoient leurs manuscrits, leurs romans sentimentaux, leurs romans familiaux, leurs journaux intimes, leurs poèmes. Je suis un hôpital de jour et de nuit, commis aux urgences et aux désespoirs provinciaux. Je ne réponds pas, mais les Fanny insistent : moi seul pourrait les aider, les accompagner, les sauver. Ça vient d’un peu partout, comme une grande marée grise. J’essaie, pendant trois minutes, de savoir ce qu’elles lisent puisqu’elles écrivent : rien, bouillie. Le plus étrange, dans cette région ultra-féminine, c’est que tous les hommes aussi s’appellent Fanny. »

Philippe Sollers, L'école du mystère

 

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Cela renversait l’ensemble de leurs idées reçues

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« Dans l’appendice de son livre sur l’animal en tant qu’être social, Portmann expose un fait très troublant. Il s’agissait de tests sur la capacité d’apprentissage des rats. Ils devaient parcourir un labyrinthe compliqué pour trouver leur nourriture. L’expérimentateur était certain que les rats réussiraient ; le résultat fut totalement positif et il le publia. Mais un autre chercheur qui ne croyait pas les rats capables de réussir le test présenta le même labyrinthe aux mêmes rats, et ceux-ci, devenus complètement stupides, ne réussirent pas.

Un problème fréquemment et largement discuté dans les cercles de zoologistes est de savoir si la suggestion entre l’expérimentateur et son sujet joue un rôle. S’il est vrai que nos attentes inconscientes aient un effet sur le comportement des animaux, comment serait-il possible de faire des expériences objectives ? Portmann ne prend pas position et se contente de publier les deux résultats. Si l’on admet que les animaux subissent l’influence humaine, comme cela me paraît évident, imaginez toute la population d’un village, en état d’excitation et d’émotion archétypique, entourant un pauvre poulet à demi empoisonné pour savoir si Jean ou Jacques doit être condamné à mort ! Cela constellerait une tension émotive et collective énorme qui affecterait le comportement de l’animal, dès lors que l’état d’esprit d’un seul individu peut rendre des rats — qui ne sont pas empoisonnés — plus ou moins intelligents.

A Los Angeles, la pratique de tests scolaires destinés à détecter les enfants mentalement retardés ou surdoués a été récemment abandonnée, car on a découvert que, les enseignants étant très identifiés aux enfants de leurs classes, leur état d’esprit influençait les résultats : si un professeur est convaincu que l’enfant est un mauvais élève, celui-ci ne réussira pas, tandis qu’un enfant envers qui il a un préjugé favorable aura un bon résultat. Je pense que ces tests et expériences devront être abandonnés parce qu’ils ne sont aucunement objectifs. La conviction et l’état psychique de l’expérimentateur y jouent un rôle considérable, provoquant chez l’enfant un état émotif qui lui permettra de donner le maximum de ses possibilités ou au contraire les inhibera. L’interprétation des tests est particulièrement délicate lorsqu’il s’agit d’enfants. Une de mes élèves me racontait le cas d’une fillette de sept ans qui ne savait ni lire ni écrire et se tenait à l’écart des autres enfants. A la première séance, elle dessina une petite fille avec ses parents dans la forêt. La petit fille était incomplète. D’après le « test du bonhomme », c’était un signe de retard mental. A la question : "As-tu fini ? ta petite fille n’a pas de bouche, ni de bras", elle répondit : "Bien sûr, puisqu’elle ne peut pas parler et qu’elle ne peut rien faire." Il lui a été donné la possibilité de parler (le langage symbolique) et d’agir (jeux, dessin, etc). Peu à peu, son comportement se transforma, elle devint une boute-en-train et l’une des premières de sa classe. Elle est à présent une charmante jeune fille, intelligente, gaie et séduisante.

Quand il entreprit son étude sur l’astrologie, pour son livre sur la synchronicité, Jung était persuadé que les constellations astrologiques seraient statistiquement au-dessus de la moyenne, et elles le furent à un point très surprenant. Mais Jung se sentit mal à l’aise et fut pris de doute. Tandis qu’il était assis devant sa maison de Bollingen et qu’il regardait les pierres de sa tour — elles sont taillées irrégulièrement — et que le soleil brillait entre les feuilles, il y vit soudain un visage rieur qui semblait se moquer de lui. (Plus tard, il prit un ciseau et le sculpta dans cette pierre. On peut encore le voir.) Alors il se sentit encore plus mal à l’aise et pensa que Mercure, le dieu joueur de tours, s’était moqué de lui en dépit de ses excellentes preuves statistiques.

Quand il refit l’expérience, en essayant de ne pas avoir de conviction personnelle quant aux résultats, les statistiques furent diamétralement opposées. C’est ainsi que même les statistiques peuvent vous jouer des tours. Il publia l’ensemble de l’expérience dans son livre sur la synchronicité, mais la plupart des lecteurs ne comprennent pas ce que cela signifie.

J’ai parlé un jour au CERN, le centre nucléaire de Genève. Quand j’en vins à la synchronicité, cela déclencha d’énormes éclats de rire et ces grands physiciens me dirent : "Nous connaissons cela très bien : notre ordinateur répond toujours conformément à ce que nous en attendons. Si nous croyons à une théorie fausse et que nous y soyons passionnément impliqués, l’ordinateur donne les résultats que nous désirons. Mais si un collègue, qui ne croit pas à cette théorie, utilise à son tour l’ordinateur, il obtient un résultat complètement différent." Cela les amusait beaucoup. Mais lorsque j’essayai de les mettre au pied du mur et de leur faire prendre leur expérience au sérieux, l’un d’eux s’exclama : "Oh ! Tout cela est du non-sens — la synchronicité est absurde !" Seulement il le disait avec un affect très fort qui le trahissait. Ces physiciens admettaient l’expérience, mais refusaient de l’envisager scientifiquement, sérieusement, parce que cela renversait l’ensemble de leurs idées reçues. En dépit des faits, ils ne voulaient pas accepter la vérité. C’était tout à fait grotesque de commencer par rire aux éclats en disant qu’ils avaient l’expérience de ces choses, pour ensuite prétendre que ce n’était rien. C’est là un autre exemple de la "psychologie à compartiments" dont nous avons parlé plus haut.

On voit que tout ces procédés divinatoires sont fondés sur l’idée de synchronicité ou de son précurseur, la causalité magique. Dorn croyait en ces choses et c’est ce qu’il entendait finalement par virtus : la factulté de la psyché d’un être humain devenu conscient d’accomplir des "miracles". »

Marie-Louise von Franz, Alchimie et imagination active

 

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03/07/2015

La vie religieuse se fige en superficialité et formalisme

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« Une projection religieuse exclusive peut dérober à l’âme ses valeurs, de sorte que, par inanition, celle-ci ne peut se développer davantage et reste enlisée dans un état inconscient. En même temps, elle succombe à l’obsession que la raison de tous ses maux réside à l’extérieur, et l’on ne se demande même plus comment et en quoi on y contribue soi-même. L’âme apparaît alors comme tellement insignifiante qu’on l’estime incapable de mal, sans parler de bien. or, si l’âme n’y participe plus, la vie religieuse se fige en superficialité et formalisme. Quelle que soit la façon dont on se représente la relation entre Dieu et l’âme, une chose est certaine : c’est que l’âme n’est pas un "rien que", mais qu’elle possède la dignité d’un être à qui il est donné d’être conscient d’une relation avec la divinité. »

Carl Gustav Jung, Psychologie et Alchimie

 

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Chacal…

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« Chacal, nous reniflons les survivants des caravanes.
Nous recueillons les récoltes sanglantes des champs de batailles.
Nos ventres creux ne sont privés d’aucune viande, d’aucun cadavre.
La faim nous conduit sur des vents parfumés.
Étranger, voyageur
regarde-nous dans les yeux et traduis
l’horrible aboiement des chiens antiques. »

Jim Morrison, Les nouvelles créatures

 

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02/07/2015

Le communiste et le fasciste s'étaient un peu reconnus l'un dans l'autre

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« Après avoir fait connaissance, le communiste et le fasciste s'étaient un peu reconnus l'un dans l'autre. Tous deux appartenaient à cette espèce d'hommes ayant peu de goût pour le saucisson, le gros rouge, la potée, le gras-double, l'automne, les bêtes, les propos obscènes, les amitiés débordantes, l'odeur de femmes pas gênées par leur corps, les fêtes foraines, le terre mouillée, et chez lesquels une idée ou une doctrine tient plus de place que la vie. »

Marcel Aymé, Uranus

 

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Entrer ensuite dans l’atroce et déchirante vie

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« On se demande comment les êtres qui ont été seulement heureux pendant deux ou trois ans de leur enfance peuvent entrer ensuite dans l’atroce et déchirante vie. Du reste, beaucoup n’y entrent pas. Et c’est pourquoi les classes aisées sont remplies de tant d’êtres infantiles et inefficaces. »

Pierre Drieu la Rochelle, Rêveuse bourgeoisie

 

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Nous autres

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« Les lâches sont au milieu. Nous autres, comme nos ennemis, faisons tout pour la France. On n'a le droit que d'être milicien ou maquisard. Tous les autres pactisent, trahissent et survivent. »

Roger Nimier, Les épées

 

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L’ennui de nos prisons

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« Étonnants voyageurs ! quelles nobles histoires
Nous lisons dans vos yeux profonds comme les mers !
Montrez-nous les écrins de vos riches mémoires,
Ces bijoux merveilleux, faits d'astres et d'éthers.

Nous voulons voyager sans vapeur et sans voile !
Faites, pour égayer l'ennui de nos prisons,
Passer sur nos esprits, tendus comme une toile,
Vos souvenirs avec leurs cadres d'horizons.

Dites, qu'avez-vous vu ? »

Charles Baudelaire, Le Voyage, in Les Fleurs du Mal

 

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28/06/2015

Voir toutes choses dans la lumière

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« Le photographe le sait, tout est question d’éclairage ; selon la lumière qui se projette sur les choses, les choses apparaissent différemment.
Le scientifique le sait, le "principe d’incertitude" nous rappelle que tout objet est modifié par le regard ou l’instrument qui l’observe. (Heisenberg)
Le philosophe le sait, Schopenhauer et bien d’autres nous rappellent que ce que nous voyons est création de notre esprit, inévitable représentation.
Le théologien le sait, tout ce qu’il dit de Dieu n’a rien à voir avec Dieu, mais avec l’homme qui en parle, qui parle de l’expérience sincère et authentique qu’il a pu avoir d’une réalité qui le fonde et le déborde.

Chacun imagine que ce qu’il perçoit de la réalité, visible ou invisible, est "Le Réel" alors qu’il ne décrit que ses propres limites et celles de ses instruments de perception.
Il imagine avoir raison… et effectivement il a raison, mais il n’a que raison. Il décrit "ce qui est" dans les limites étroites de son interprétation ; intuitivement sans doute, il sait que "ce qui est" est infiniment plus que ce que ses instruments de perception (sensibles, rationnels, affectifs) peuvent en saisir.

Si c’est notre façon de nous positionner, de regarder, de mesurer les électrons qui font qu’ils m’apparaissent comme onde ou comme particule, qu’en sera-t-il alors d’un diagnostic médical, n’est-ce pas ma façon de me positionner devant le symptôme qui en fait tel ou tel symptôme ?
Et qu’en sera-t-il d’un "diagnostic philosophique" devant l’existence humaine, le monde, la société, les valeurs ?

"Tout le monde tient le beau pour le beau
c’est en cela que réside la laideur
tout le monde tient le bien pour le bien
c’est en cela que réside la mal."

Lao-Tseu, Tao Te King, Chap. I

Ne pas "tenir" à sa vision du monde n’est-ce pas laisser libre l’Imagination créatrice de nous la "représenter" da façons diverses ?
Tchouang Tseu disait qu’identifier les contraires "c’est voir toutes choses dans la lumière". »

Jean-Yves Leloup, De Nietzsche à Maître Eckhart

 

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Demeurer dans un Souffle et une Conscience éveillée

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« L’athéisme est une maladie des yeux, la religion aussi.

Le mot athée, littéralement, veut dire : sans (a - privatif) vision (le mot "théos", qu’on traduit généralement par Dieu, décrit un état de vision, de compréhension, qui donnera le mot "theoria" chez Platon).
Cette absence de vision ou de regard peut être lié à une infirmité ou à un refus, le refus de voir le Réel dans son intégrité visible ou invisible.
On est libre de fermer les yeux ou de garder le regard ouvert pour voir le "jour" et les mille et une choses qui y apparaissent.
On se souvient que le mot Dieu en français ne vient pas du grec Theos mais du latin Deus dérivé de "dies" : le jour.

Voir Dieu c’est "voir le jour", et dans sa lumière "les mille et une choses" qui y apparaissent.
On peut mourir "sans avoir vu le jour" parce que le jour n’est pas une chose parmi les choses, il est "no-thing", Rien, "pas une chose".
On peut fermer les yeux, nier le soleil qui brûle nos paupières… Cela ne l’empêche pas de briller, de se donner, d’être ce qu’il est.
Pourquoi nos yeux devraient-ils s’en priver ?

En sanskrit le mot Avidya que l’on traduit par ignorance renvoie également à une maladie des yeux, à une absence de vision (a-vidya).
L’athéisme peut être ainsi considéré comme un état d’ignorance.
L’ignorance non des choses qui apparaissent dans le jour, mais l’ignorance du jour qui nous permet de les voir.
Ignorance de l’Existence qui nous donne d’exister, ignorance de la Conscience qui nous rend capable d’être conscient d’exister, ignorance encore de l’Amour qui nous rend capable non seulement d’être conscient d’exister mais capable d’aimer et de se réjouir de cette existence.

L’athéisme serait alors une triple ignorance ou un triple refus de la Réalité, "Une et Trois" : Existence, Conscience, Amour ("Sat" - "cit" - "ananda" en sanskrit ; "arké" - "logos" - "agapè" dans le grec des Evangiles).
Réalité dans laquelle, comme le dit Paul à l’Aréopage, nous avons "la vie, le mouvement et l’être" ; nous ne voyons pas le Réel parce qu’il est trop proche de nous, nous sommes en lui.
Nous ne voyons pas la lumière, nous ne voyons pas Dieu, parce qu’il est trop proche de nous. Nous sommes Lui, nous sommes en Lui.

Une vague ne peut pas se percevoir en dehors de l’océan qu’elle est, si elle se perçoit autre, en dehors de celui-ci, elle fait de l’océan un autre, une idole.
Et c’est là que la religion peut devenir aussi une "maladie des yeux".

Dire "je vois Dieu, je connais Dieu", c’est ne plus être en Lui, c’est le projeter au-dehors, et faire de sa représentation un absolu que j’aurais tendance à vouloir imposer aux autres : "Mon Dieu n’est pas ton Dieu", "ma vision de l’océan dans lequel je me trouve n’est pas la vision de l’océan (ou du ‘champ quantique’ pour parler contemporain) dans lequel tu te trouves".

Et pourtant "il n’y a pas d’autre réalité que la Réalité".
Il y a une multitude de regards sur la réalité ; regards sensibles, intellectuels, imaginatifs. Chacun est respectable s’il ne fait pas de son expérience, de sa pensée, de son imagination, la seule et vraie religion.
La religion serait alors ce qui nous empêche de voir "ce qui est", ce qui se tient dans l’Ouvert, pour tous.

A ceux qui prétendent "ça voir", connaître le vrai Dieu et l’unique vérité, Yeshoua répond de façon abrupte :

"Si vous vous reconnaissiez aveugles
vous ne seriez pas égarés,
mais vous dites ‘nous voyons’
votre aveuglement demeure." (Jean 9 : 41)

De même, à ceux qui prétendaient "saisir" Dieu dans un lieu particulier, propriété d’un peuple ou d’une religion particulière, Yeshoua rappelle :

"Ce n’est ni sur cette montagne ni à Jérusalem que vous adorerez le Père" (l’Origine de tout ce qui aime, pense et respire)…
"C’est en pneumati kai alétheia" (littéralement dans le souffle et la vigilance plutôt qu’en esprit et vérité)
"Dieu est Esprit/Souffle" (Pneuma o théos) et c’est dans l’Esprit/Souffle (pneuma) et l’ "aléthéia", vérité, qu’il faudrait mieux traduire par "vigilance" : (a-lethéia sorti de la lethè, de la léthargie, du sommeil) ou mieux encore par "éveil".

Adorer c’est demeurer dans un Souffle et une Conscience éveillée, une Ouverture infinie… »

Jean-Yves Leloup, De Nietzsche à maitre Eckhart

 

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24/06/2015

Une tempête d’intérêts sous laquelle tourbillonne une moisson d’hommes

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« Paris n’est-il pas un vaste champ incessamment remué par une tempête d’intérêts sous laquelle tourbillonne une moisson d’hommes que la mort fauche plus souvent qu’ailleurs et qui renaissent toujours aussi serrés, dont les visages contournés, tordus, rendent par tous les pores l’esprit, les désirs, les poisons dont sont engrossés leurs cerveaux ; non pas des visages, mais bien des masques : masques de faiblesse, masques de force, masques de misère, masques de joie, masques d’hypocrisie ; tous exténués, tous empreints des signes ineffaçables d’une haletante avidité ? Que veulent-ils ? »

Honoré de Balzac, La fille aux yeux d’or

 

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23/06/2015

Parviendras-tu jamais à mesurer ta chute ?

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« On creuse son trou pour avoir un point fixe dans l’espace. Et on meurt pour ne pas s’égarer. »

« Pourquoi irais-tu fouiller dans ma mémoire ? À quoi bon te souvenir de moi ? Parviendras-tu jamais à mesurer ta chute et la présence de mon angoisse dans la tienne ? »

Emil Cioran, Des larmes et des saints

 

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Nous vivons à l’ombre de nos échecs…

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« Voyez cette main délicate que l’enfant tient contre sa poitrine, comme pour défendre timidement son bonheur ! Ou bien ces yeux pensifs expriment-ils une vague épouvante devant ce qu’il faudra perdre ? »

« Nous vivons à l’ombre de nos échecs et de nos blessures d’amour-propre. »

Emil Cioran, Des larmes et des saints

 

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Passe-temps

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« Mon passe-temps favori, c’est laisser passer le temps, avoir du temps, prendre du temps, perdre son temps, vivre à contre-temps. »

Françoise Sagan, Toxique

 

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