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04/09/2015

Partir, marcher droit, arriver quelque part

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Dessin de Péguy

« Toute la question est précisément de savoir si la pensée aussi n’est pas mieux n’importe où que dans le milieu d’une forêt. Ce que je dis, c’est que justement parce que sa morale était provisoire, justement parce qu’elle n’entrait pas dans son système, parce qu’elle n’était pas arrêtée, parce que pour ainsi dire elle n’était pas officielle, justement parce qu’il s’y est moins défendu, moins observé, c’est elle qui nous livre son secret. Son secret c’est bien d’aller toujours dans le même sens et, le soir, d’arriver quelque part.
Toute la question est en effet de savoir si la pensée elle-même n’entre point dans de certaines conditions, si elle n’est point soumise à de certaines conditions générales de l’homme et de l’être, qui sont des conditions organiques, et dont l’une précisément serait que tout vaut mieux que de tourner en rond.

Partir, marcher droit, arriver quelque part. Arriver ailleurs plutôt que de ne pas arriver. Arriver où on n’allait pas plutôt que de ne pas arriver. Avant tout arriver. Tout, plutôt que de vaguer. Et que la plus grande erreur c’est encore d’"errer" : voilà sa nature même et la race de son secret. »

Charles Péguy, Note sur M. Bergson

 

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03/09/2015

La philosophie ne va pas en classe de philosophie

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« Une grande philosophie n'est pas celle qui est le premier en composition. Ce n'est pas celle qui est le premier en dissertation. C'est dans les classes de philosophie que l'on vainc par des raisonnements. Mais la philosophie ne va pas en classe de philosophie. Une philosophie aussi n'est point une chambre de justice. Il ne s'agit pas d'avoir raison ou d'avoir tort. C'est une marque de grande grossièreté (en philosophie), que de vouloir avoir raison ; et encore plus, que de vouloir avoir raison contre quelqu'un. Et c'est une marque de la même grossièreté que d'assister à un débat de philosophie avec la pensée de voir un des deux adversaires avoir tort ou avoir raison. Contre l'autre. »

Charles Péguy, Note sur M. Bergson

 

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Ils avaient un honneur, absolu, comme c'est le propre d'un honneur

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« Ces ouvriers ne servaient pas. Ils travaillaient. Ils avaient un honneur, absolu, comme c'est le propre d'un honneur. Il fallait qu'un bâton de chaise fût bien fait. C'était entendu. C'était un primat. Il ne fallait pas qu'il fût bien fait pour le salaire ou moyennant le salaire. Il ne fallait pas qu'il fût bien fait pour le patron ni pour les connaisseurs ni pour les clients du patron. Il fallait qu'il fût bien fait lui-même, en lui-même, pour lui-même, dans son être même. Une tradition, venue, montée du plus profond de la race, une histoire, un absolu, un honneur voulait que ce bâton de chaise fût bien fait. Toute partie, dans la chaise, qui ne se voyait pas, était exactement aussi parfaitement faite que ce qu'on voyait. C'est le principe même des cathédrales. »

Charles Péguy, L'argent

 

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02/09/2015

La faiblesse de notre raison

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« C’est-à-dire que les cours d’histoire étaient élégamment truqués dans le sens de la vérité républicaine.
Je n’en fais pas grief à la République : tous les manuels d’histoire du monde n’ont jamais été que des livrets de propagande au service des gouvernements.

Les normaliens frais émoulus étaient donc persuadés que la grande révolution avait été une époque idyllique, l’âge d’or de la générosité, et de la fraternité poussée jusqu’à la tendresse : en somme, une explosion de bonté.

Je ne sais pas comment on avait pu leur exposer — sans attirer leur attention — que ces anges laïques, après vingt mille assassinats suivis de vol, s’étaient entre guillotinés eux-mêmes.

Il est vrai, d’autre part, que le curé de mon village, qui était fort intelligent, et d’une charité que rien ne rebutait, considérait la Sainte Inquisition comme une sorte de Conseil de Famille : il disait que si les prélats avaient brûlé tant de Juifs et de savants, ils l’avaient fait les larmes aux yeux, et pour leur assurer une place au Paradis.

Telle est la faiblesse de notre raison : elle ne sert le plus souvent qu’à justifier nos croyances. »

Marcel Pagnol, La Gloire de mon père

 

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La condition mystérieuse

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« C’est que la sensualité est la condition mystérieuse, mais nécessaire et créatrice, du développement intellectuel. Ceux qui n’ont pas senti jusqu’à leur limite, soit pour les aimer, soit pour les maudire, les exigences de la chair, sont, par là même, incapables de comprendre toute l’étendue des exigences de l’esprit. »

Pierre Louÿs, Préface à "Aphrodite"

 

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01/09/2015

La satisfaction d’être un bon client et un bon citoyen en dépensant son argent

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« Nous en sommes arrivés, sans nous en rendre compte, à un régime où il n’est pas permis de penser incorrectemernt, et où il n’est pas permis non plus de vivre incorrectement. Comme le marxisme, la démocratie tient qu’il existe une vérité morale parce qu’elle croit comme le marxisme à un progrès de l’humanité et par conséquent à un sens de l’histoire. Quiconque admet ce credo doit en accepter le corollaire : s’il y a un sens de l’histoire, tout ce qui va dans ce sens, pensées, jugements, aspirations, est bon, et tout ce qui va dans le sens contraire, réflexes, regrets, répugnances, est erroné. Comme les marxistes, les démocrates distinguent donc des idées qui sont correctes et d’autres qui ne le sont pas : et aussi des attitudes qui sont correctes et d’autres qui ne le sont pas. L’idée et l’attitude deviennent inséparables, car l’attitude est l’incarnation de l’idée dans la vie, dans ce que les marxistes appellent la praxis et les démocrates, moins savants, la conduite. L’alignement sur une pensée correcte entraîne donc nécessairement la soumission à une attitude correcte, laquelle dans la société de consommation, comprend la bonne volonté, l’optimisme, le désir d’acheter, l’ambition d’être aujourd’hui semblable à son collègue et demain pareil à son chef de bureau, la satisfaction d’être un bon client et un bon citoyen en dépensant son argent au guichet où il est indiqué, dans l’intérêt général, de le dépenser. Ainsi, la conscience industrielle est complétée par une éducation industrielle qui fait de nous, non des citoyens à part entière, mais des consommateurs intégralement téléguidés. »

Maurice Bardèche, Sparte et les Sudistes

 

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Ne pas accepter la défaite qui en nous s'installe

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« Ne pas succomber, ne pas rompre. Ne pas plier les genoux. Ne pas accepter la défaite qui en nous s'installe. Récuser la laideur qui nous lèche, en vue de jouissances immondes, de sa langue tiède. Dire Non pour sauver notre Oui. Notre courage, pour l'heure, est solitaire en cette forêt. Que faire ? Défricher. Tracer un sentier. »

Jean Cau, La grande prostituée

 

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31/08/2015

La pensée que l'amour est nécessaire pour former un heureux mariage

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« Ce qui m'a longtemps abusée, et qui peut-être vous abuse encore, c'est la pensée que l'amour est nécessaire pour former un heureux mariage. Mon ami, c'est une erreur ; l'honnêteté, la vertu, de certaines convenances, moins de conditions et d'âges que de caractères et d'humeurs, suffisent entre deux époux ; ce qui n'empêche point qu'il ne résulte de cette union un attachement très tendre qui, pour n'être pas précisément de l'amour, n'en est pas moins doux et n'en est que plus durable. »

Jean-Jacques Rousseau, La Nouvelle Héloïse

 

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J’ai rompu avec l’agitation du monde par nécessité intérieure

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« Pendant des années j’avais été constamment placé devant l’obligation de savoir si la fin justifiait les moyens. Il vint un jour où je compris que ma finalité serait aussi ce que mes actes en auraient fait. Raisonnant ainsi, je renonçais nécessairement à la politique. Elle soumet les moyens à des fins qui n’ont pas nécessairement l’excuse d’être désintéressées. J’éprouvais la crainte aussi de verser dans l’habitude et la médiocrité. Il était temps de marcher à mon pas, ce qui comportait d’autres risques.
J’ai rompu avec l’agitation du monde par nécessité intérieure, par besoin de préserver ma liberté, par crainte d’altérer ce que je possédais en propre. Mais, il existe plus de traverses qu’on ne l’imagine entre l’action et la contemplation. Tout homme qui entreprend de se donner une forme intérieure suivant sa propre norme est un créateur de monde, un veilleur solitaire posté aux frontières de l’espérance et du temps. »

Dominique Venner, Le Coeur Rebelle

 

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30/08/2015

Je n’appartiens pas à une paroisse où l’on croit que tout finit par s’arranger

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« Mon "optimisme", comme vous dites, n’est pas béat. Je n’appartiens pas à une paroisse où l’on croit que tout finit par s’arranger. Je vois parfaitement tout ce qui est noir dans notre époque. Je pressens, cependant, que les puissances qui pèsent négativement sur le sort des Européens seront sapées par les chocs historiques à venir. Pour parvenir à un authentique réveil, il faudra encore que les Européens puissent reconquérir leur conscience indigène et la longue mémoire dont ils ont été dépossédés. Les épreuves qui viennent nous y aideront en nous affranchissant de ce qui nous a pollué en profondeur. C’est la tâche téméraire à laquelle je me suis voué. Elle a peu de précédents et n’est en rien politique. Au-delà de ma personne mortelle, j’ai la certitude que les brandons allumés ne s’éteindront pas. Je m’en rapporte pour cela à nos poèmes fondateurs. Ils sont le dépôt de toutes nos valeurs. Mais ils constituent une pensée en partie perdue. Nous avons donc entrepris de la réinventer et de la projeter sur le futur comme un mythe créateur. »

Dominique Venner, La NRH n° 58, janvier 2012

 

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Une insurrection contre l’arrêt du Destin

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« Mise au tombeau de notre destinée ? En dépit d’apparences sinistres, mon intime conviction me conduit à rectifier aussitôt cette pensée. Tout ce que l’étude historique m’a appris, ce que je sais aussi des trésors d’énergie masqués, m’incitent à penser que l’Europe, en tant que communauté millénaire de peuples, de culture et de civilisation, n’est pas morte, bien qu’elle ait semblé se suicider. Blessée au coeur entre 1914 et 1945 par les dévastations d’une nouvelle guerre de Trente Ans, puis par sa soumission aux utopies et aux systèmes des vainqueurs, elle est entrée en dormition. Bien des fois dans ses écrits, Jünger a fait allusion au destin comme à une évidence se passant d’explication, ainsi que d’autres évoquent Allah, Dieu, la Providence ou l’Histoire.

(...)

Dans l’Iliade, Homère dit que les Dieux, eux-mêmes, sont soumis au Destin. L’épisode est conté au chant XXII lorsqu’il s’agit de trancher du sort d’Hector face au glaive d’Achille. Le Destin figure ici les forces mystérieuses qui s’imposent aux hommes et même aux dieux, sans que la raison humaine puisse les expliquer. Ce n’est pas la Providence des chrétiens, puisque celle-ci résulte d’un plan divin qui se veut intelligible, au moins pour l’Eglise. C’est en revanche, un autre nom pour la fatalité. Pour répondre à cette dernière, les stoïciens et, de façon différente Nietzsche, parlent d’amor fati, l’amour du destin, l’approbation de ce qui est, parce qu’on a pas le choix, rien d’autre en dehors du réel. Approbation contestée par toute une part de la tradition Européenne qui, depuis l’Iliade, a magnifié le refus de la fatalité. Citons le fragment du chant XXII qui suit la décision des Dieux. Poursuivi par Achille, Hector se sent soudain abandonné : "Hélas, point de doute, les Dieux m’appellent à la mort. Et voici maintenant le Destin qui me tient. Eh bien non, je n’entends pas mourir sans lutte ni gloire. Il dit et il tire le glaive aigu pendu à son flanc, le glaive grand et fort ; puis, se ramassant, il prend son élan tel l’aigle de haut vol qui s’en va vers la plaine. Tel s’élance Hector."

L’essentiel est dit. Hector est l’incarnation du courage tragique, d’une insurrection contre l’arrêt du Destin qu’il sait pourtant inexorable. Tout est perdu mais au moins peut-il combattre et mourir en beauté. (...) Et le lecteur méditatif songera que la tentation est forte, pour l’Européen lucide de se réfugier dans la posture de l’anarque. Ayant été privé de son rôle d’acteur historique, il s’est replié sur la position du spectateur froid et distancié. L’allégorie est limpide. L’immense catastrophe des deux guerres mondiales a rejeté les Européens hors de l’histoire pour plusieurs générations. Les excès de la brutalité les ont brisés pour longtemps. Comme les Achéens après la guerre de Troie, un certain nihilisme de la volonté, grandeur et malédiction des Européens, les a fait entrer en dormition. A la façon d’Ulysse, il leur faudra longtemps naviguer, souffrir et beaucoup apprendre avant de reconquérir leur patrie perdue, celle de leur âme et de leur tradition. »

Dominique Venner, Ernst Jünger, Un autre destin européen

 

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29/08/2015

Un grand bûcher

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« L’Europe est menacée par l’impérialisme capitaliste de l’Amérique et par l’impérialisme socialisant de la Russie. Elle est le champ clos où ces deux systèmes se heurtent. [...] Il faut faire l’Europe parce qu’il faut respirer quand on ne veut pas mourir.

Il faut faire l’Europe, à moins qu’on ne soit bolchevik d’extrême droite ou d’extrême gauche, à moins qu’on ne veuille laisser un grand bûcher s’amonceler sur lequel flambera avant vingt ans, toute la civilisation, tout l’espoir, tout l’honneur humain »

Pierre Drieu la Rochelle, Genève ou Moscou

 

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Nous, Européens, avons faim de beauté

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« Au-delà des croyances de chacun, il existe des principes fondamentaux de toute vie humaine que le brouillage de tous les repères exige de rappeler.Et d’abord, comme l’a génialement formulé Heidegger dans Être et Temps (Sein und Zeit) l’essence de l’homme est dans son existence et non dans un "autre monde".

C’est ici et maintenant que se joue notre destin jusqu’à la dernière seconde. Et cette seconde ultime a autant d’importance que le reste d’une vie. C’est pourquoi il faut être soi-même jusqu’au dernier instant, surtout au dernier instant. C’est en décidant soi-même, en voulant vraiment son destin que l’on est vainqueur du néant.

Il n’y a pas d’échappatoire à cette exigence puisque nous n’avons que cette vie dans laquelle il nous appartient d’être entièrement nous-mêmes ou de n’être rien. Homère avait très bien suggéré cette grande vérité, mais, à son habitude, sans conceptualiser.Dans leur diversité, les hommes n’existent que par ce qui les distingue, clans, peuples, nations, cultures, civilisations, et non par ce qu’ils ont superficiellement en commun. Seule leur animalité est universelle. La sexualité est commune à toute l’humanité autant que la nécessité de se nourrir.

En revanche, chaque civilisation a sa manière singulière, qui n’appartient qu’à elle, de ritualiser l’amour, d’accommoder les aliments et les boissons – arts, gastronomie, coutumes... procèdent d’un effort millénaire de création dans la continuité de soi. L’amour entre deux personnes de sexe opposé tel que le conçoivent les Européens, et qu’à magnifié l’amour courtois à partir du XIIe siècle, est déjà présent de façon implicite dans les poèmes homériques. De même, la perception forte de ce qu’est une personne, l’existence politique de cités libres, l’idée fondamentale aussi que les hommes ne sont pas étrangers à la nature, qu’ils en épousent le cycle de renouvellement perpétuel incluant la naissance et la mort, qu’enfin du pire peut surgir le meilleur, ce sont là des particularités constitutives déjà présentes dans les poèmes fondateurs qui nous offrent des modèles pour nous retrouver.Même quand ils ne le savent pas, les individus et les peuples ont un besoin vital de racines, de traditions et de civilisations propres, c’est-à-dire de continuités apaisantes, de rites, d’ordre intériorisé, et de spiritualité.

Nous, Européens, avons faim de beauté, notamment dans les petites choses de la vie, dans les œuvres d’art véritables, la musique, l’architecture et la littérature. Autrement dit, ces vérités dont beaucoup de peuples restent conscients ont été souvent effacés chez les Européens d’aujourd’hui par les effets conjugués de l’universalisme chrétien et de celui des Lumières, transposés dans le cosmopolitisme des sociétés marchandes. La croyance en notre vocation universelle est erronée et dangereuse.

Elle est erronée parce qu’elle nie les autres cultures et les autres civilisations qu’elle voudrait anéantir au profit d’une prétendue culture mondiale de la consommation et des "droits de l’homme" qui ne sont que les droits de la marchandise. Cette croyance est dangereuse parce qu’elle enferme les "Occidentaux" dans un ethnocentrisme négateur des autres cultures. Elle leur interdit de reconnaître que les autres hommes ne sentent pas, ne pensent pas, ne vivent pas comme eux, et que ces particularités sont légitimes, pour autant qu’on ne veuille pas nous les imposer.

Ayant ces réalités à l’esprit, on peut poser comme principe qu’il n’y a pas de réponse universelle aux questions de l’existence et du comportement. Chaque peuple, chaque civilisation a sa vérité et ses dieux également, sans lesquelles les individus, hommes ou femmes, privés d’identité, donc de substance et de profondeur, sont précipités dans un trouble sans fond.

Comme les plantes, les hommes ne peuvent se passer de racines. Mais leurs racines ne sont pas seulement celles de l’hérédité, auxquelles on peut être infidèle, ce sont également celles de l’esprit, c’est-à-dire de la tradition qu’il appartient à chacun de se réapproprier. »

Dominique Venner, Un samouraï d'Occident

 

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28/08/2015

Veiller à ne jamais guérir de sa jeunesse

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« Être un insoumis ne consiste pas à collectionner des livres impies, à rêver de complots fantasmagoriques ou de maquis dans les Carpates. Cela signifie être à soi-même sa propre norme par fidélité à une norme supérieure. S’en tenir à soi devant le néant, veiller à ne jamais guérir de sa jeunesse. Préférer se mettre le monde à dos que se mettre à plat ventre. Dans les revers, ne jamais se poser la question de l’inutilité de la lutte. On agit parce qu’il serait indigne de baisser les bras, et mieux vaut périr en combattant que se rendre.

Le premier acte par lequel on refuse d’être soumis consiste toujours à se libérer de la peur ou de la fascination des mots. Les mots suscitent des images, toniques ou toxiques, troublantes ou enivrantes. C’est par les mots, par leur pouvoir séducteur, perfide ou intimidant, qu’un système dominant enferme ceux qu’il veut neutraliser, bien avant de recourir à d’autres armes plus redoutables. Choisir le nom par lequel on désigne un adversaire, le nommer, c’est déjà s’imposer à lui, le faire entrer sans qu’il le sache dans son propre jeu, préparer son anéantissement ou, à l’inverse, se libérer de son emprise. Ainsi firent, pour être libres, l’empereur Julien, Machiavel, Voltaire, Nietzsche ou Soljenitsyne. Les mots sont des armes. Se donner à soi-même ses propres mots, et d’abord se donner un nom, c’est affirmer son existence, son autonomie, sa liberté. Ainsi pouvons nous assumer le nom d’insoumis.

(...)

La culpabilisation des Européens a favorisé l’invasion masquée de leurs territoires, le "grand remplacement" de leurs populations, comme jamais cela ne s’était vu dans le passé. Et si cette entreprise monstrueuse, dont les conséquences seront payées au prix fort sur le long terme, a pu s’imposer, c’est bien sur en raison de la complicité d’élites perverses ou décadentes, mais surtout parce que les Européens, contrairement à d’autres peuples, sont dépourvus de mémoire identitaire et de la conscience de ce qu’ils sont. Un vieux fond très enraciné de culture universaliste, religieuse ou laïque, les prédisposait à subir l’invasion comme une chose normale que les oligarchies dirigeantes ont elles-mêmes proclamée désirable et bienfaisante.

L’état de "dormition" fut la conséquence des excès de fureur meurtrière et fratricide perpétrés entre 1914 et 1945. Il fut aussi le cadeau fait aux européens par les États-Unis et l’URSS, les deux puisssances hégémoniques issues de la seconde guerre mondiale. Ces puissances ont alors imposé leurs modèles étrangers à nos traditions intellectuelles, sociales et politiques. Bien que l’une des deux puissances ait disparu entre temps, les effets vénéneux se font toujours sentir, nous plongeant de surcroît dans une culpabilité sans équivalent. Suivant le mot éloquent d’Elie Barnavi, "la shoah s’est hissée au rang de religion civile en Occident." »

Dominique Venner, Un Samouraï d’Occident

 

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Froid à l'intérieur

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« — J'ai froid, dit-elle. Froid à l'intérieur. Il y a un mot que j'aime bien et que je ne sais pas employer très justement, c'est le mot algide. Je crois que je passe par une période algide de ma vie. J'ai froid, terriblement froid. Ça ne s'explique pas. C'est peut-être le dégoût, c'est peut-être quelque chose de moins intelligent. Quelquefois, quand j'ai très froid comme ça, je bois des grogs, des punchs bouillants mais, en réalité, ça ne change rien. Je continue d'avoir froid à l'âme. À l'âme... voilà que je dis encore des gros mots. Il vaut mieux que je rentre. Ne bougez pas. Je n'ai que la rue à traverser. Restez tranquille. Chaque soir, il y a au moins deux ou trois filles qui viennent avec des types et qui s'ennuient. Vous pouvez en lever une. Bonsoir. »

Michel Déon, Les gens de la nuit

 

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