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27/04/2015

Les lois non écrites

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« Je n’ai pas cru que tes lois pussent l’emporter sur les lois non écrites et immuables des dieux. »

Sophocle, Antigone

 

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Saintement criminelle

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« Sois donc, toi, ce qu'il te plaît d'être : j'enterrerai, moi, Polynice et serai fière de mourir en agissant de telle sorte. C'est ainsi que j'irai reposer près de lui, chère à qui m'est cher, saintement criminelle. »

Sophocle, Antigone

 

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Ce mélange de corps et d’esprit

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« Les amants les plus vulgaires sont déjà devant une sorte de prodige, ce mélange de corps et d’esprit, d’avenir et de passé, ces yeux qui sont oui et qui sont non, cette sueur de plaisir où se dissimule la damnation d’une âme, ces cris voluptueux auxquels répondent à l’avance les voix hurlantes des démons, mais ce prodige est mille fois plus grand pour notre race puisqu’il s’y ajoute l’alliage de l’homme et de la femme en un seul corps, miracle invraisemblable, condamné par les dieux et dont certains êtres seulement sont pleinement capables mais qui fleurit parfois chez les plus dénués dans une attitude, dans un sourire, dans une boucle de cheveux, alors le monde s’éclaire et retrouve son unité perdue. »

Roger Nimier, Le hussard bleu

 

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Les journalistes

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« Salon doré, 16 janvier 1963

Le Général me répète, avec encore plus d'énergie, ce qu'il m'a dit déjà plusieurs fois au sujet des journalistes: "Peyrefitte, je vous supplie de ne pas traiter les journalistes avec trop de considération. Quand une difficulté surgit, il faut absolument que cette faune prenne le parti de l'étranger, contre le parti de la nation dont ils se prétendent pourtant les porte-parole. Impossible d'imaginer une pareille bassesse - et en même temps une pareille inconscience de la bassesse.

Vos journalistes ont en commun avec la bourgeoisie française d'avoir perdu tout sentiment de fierté nationale. Pour pouvoir continuer à dîner en ville, la bourgeoisie accepterait n'importe quel abaissement de la nation. Déjà en 40, elle était derrière Pétain, car il lui permettait de continuer à dîner en ville malgré le désastre national. Quel émerveillement ! Pétain était un grand homme. Pas besoin d'austérité ni d'effort ! Pétain avait trouvé l'arrangement. Tout allait se combiner à merveille avec les Allemands. Les bonnes affaires allaient reprendre.

Bien sûr, cela représente 5% de la nation, mais 5% qui, jusqu'à moi, ont dominé. La Révolution française n'a pas appelé au pouvoir le peuple français, mais cette classe artificielle qu'est la bourgeoisie. Cette classe qui s'est de plus en plus abâtardie, jusqu'à devenir traîtresse à son propre pays. Bien entendu, le populo ne partage pas du tout ce sentiment. Le populo a des réflexes sains. Le populo sent où est l'intérêt du pays. Il ne s'y trompe pas souvent. En réalité, il y a deux bourgeoisies. La bourgeoisie d'argent, celle qui lit Le Figaro, et la bourgeoisie intellectuelle, qui lit Le Monde. Les deux font la paire. Elles s'entendent pour se partager le pouvoir. Cela m'est complètement égal que vos journalistes soient contre moi. Cela m'ennuierait même qu'ils ne le soient pas. J'en serais navré, vous m'entendez ! Le jour où Le Figaro et l'Immonde me soutiendraient, je considérerais que c'est une catastrophe nationale !" »

Alain Peyrefitte, C'était de Gaulle

 

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26/04/2015

Quelque chose de religieux

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« Nous avons besoin de métaphores inédites ; quelque chose de religieux intégrant l’existence des parkings souterrains. Et bien sûr on s’aperçoit que c’est impossible. »

Michel Houellebecq, Les Anecdotes, in "Le sens du Combat"

 

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C'est ça qui me plaît dans la guerre

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« Il y a en moi un goût terrible de me priver de tout, de quitter tout. C'est ça qui me plaît dans la guerre. Je n'ai jamais été si heureux, en étant atrocement malheureux, que ces hivers où je n'avais pour toute fortune au monde qu'un Pascal de cinquante centimes, un couteau, une montre, deux ou trois mouchoirs et que je ne recevais pas de lettre. »

Pierre Drieu la Rochelle, Gilles

 

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Avant de mourir...

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« Avant de mourir, foutus pour foutus, les hommes se saoulent, baisent et bouffent à s'en crever le ventre. Étrangement, aucun ne se met en quête d'une bibliothèque pour relire un dernier poème de Virgile. »

Sylvain Tesson, Bérézina

 

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Ruinée par de vagues largesses

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« Il n’y a plus de pierre ; elle coûte trop cher. Cette civilisation, ruinée par de vagues largesses, ne peut rien s’offrir de solide. »

Pierre Drieu la Rochelle, Le Jeune Européen

 

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Ecouter les enfants

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« Quand les sages sont au bout de leur sagesse, il convient d'écouter les enfants. »

Georges Bernanos, Dialogues des Carmélites

 

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25/04/2015

Fanatisme...

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« Les sots vont loin quelquefois, surtout quand le fanatisme se joint à l'inéptie, et à l'inéptie l'esprit de vengeance. »

Voltaire, Dictionnaire Philosophique

 

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24/04/2015

Devenir les chantiers du divin

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« Rien n’est plus contraire à l’expérience mystique que la routine et la sécurité. Seuls les âmes ébranlées jusque dans leurs fondements par la passion ont la chance de voir s’écrouler l’édifice de leur moi, de devenir les chantiers du divin. »

« Ton entrée intempestive en moi, le furieux déferlement de mille vagues, les chevaux fous lâchés dans un fracas d'écume... Non, Abélard je ne me tairai pas, tu m'as suppliée maintes fois de transcender ce passé - et je me suis fait violence pour te plaire. Aujourd'hui je retourne à la source de ma vie. Ton acharnement à cogner en moi, à ébranler portes et vantaux, le bélier féroce de tes assauts répétés ! Nos cheveux s'engluent de salive et de sueur, tes dents me broient, ta langue ouvre mes plaies. Et je me retrouve de l'autre côté du rivage, démâtée, éparse au sol, toutes voiles déchirées, radieuse, au havre de tes bras. Mon sacre ! Non, je ne me tairai pas !
Et ton désir de moi ruisselle sur mes hanches, fouaille mes entrailles, multiplie en moi les espaces sertis de ma chair. Jamais je n'eusse cru que l'amphore de mon ventre recèle tant d'antres secrets qui, forcés, révèlent encore, dans un déclic suave, d'autres antres, d'autres encore. Et plus avant où tu pénètres, tous ces mois où nous ne fîmes que nous aimer, plus se multiplient les profondeurs dont je suis le vigile. Parfois, quand je marche dans les rues, je suis bercée entière de résonances et d'échos comme le corps d'une viole dont, longtemps après que la musique a cessé, palpitent les éclisses et les ouïes. Parfois j'ose à peine respirer, et j'avance lentement, très lentement, comme une reine sous un dais brodé d'étoiles et de lances. Parfois aussi, l'espace résonne en moi comme une église - et mon émotion est si profonde que les larmes coulent jusqu'aux coins de mes lèvres sans même que m'alerte le sel sur ma langue. Parfois, de longues heures après que tu m'as aimée, je te sens remuer en moi doucement comme un passager clandestin. »

Christiane Singer, Une passion

 

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J’aime le mot de décadence

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« J’aime le mot de décadence, tout miroitant de pourpre et d’ors. J’en révoque, bien entendu, toute imputation injurieuse et toute idée de déchéance. Ce mot suppose au contraire des pensées raffinées d’extrême civilisation, une haute culture littéraire, une âme capable d’intensives voluptés... Nous pouvons faire une application ironique et nouvelle de ce mot en y sous-entendant la nécessité de réagir par le délicat, le précieux, le rare, contre les platitudes des temps présents. »

Paul Verlaine, Les Poètes Maudits

 

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Une éternelle et grandiose comédie

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« La nature est pour moi une éternelle et grandiose comédie à laquelle je veux assister infiniment. Et je me suis promis d’épuiser jusqu’à la dernière goutte les joies de cette contemplation. »

Henri Vincenot, Prélude à l’aventure

 

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Un remède contre l’anxiété

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« J’ai cherché dans le doute un remède contre l’anxiété. Le remède a fini par faire cause commune avec le mal. »

Emil Cioran, De l’inconvénient d’être né 

 

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Il n’est rien de plus naturel à l’homme que de tuer

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« Mais les chiffres ne sont peut-être pas l’essentiel en pareille matière. L’essentiel, c’est l’attitude à l’égard du meurtre. Je n’ai jamais vu, ni parmi les Espagnols, ni même parmi les Français venus soit pour se battre, soit pour se promener — ces derniers le plus souvent des intellectuels ternes et inoffensifs — je n’ai jamais vu personne exprimer même dans l’intimité de la répulsion, du dégoût ou seulement de la désapprobation à l’égard du sang inutilement versé. (...) Des hommes apparemment courageux — il en est au moins un dont j’ai de mes yeux constaté le courage — au milieu d’un repas plein de camaraderie, racontaient avec un bon sourire fraternel combien ils avaient tué de prêtres ou de "fascistes" — terme très large. J’ai eu le sentiment, pour moi, que lorsque les autorités temporelles et spirituelles ont mis une catégorie d’êtres humains en dehors de ceux dont la vie a un prix, il n’est rien de plus naturel à l’homme que de tuer. Quand on sait qu’il est possible de tuer sans risquer ni châtiment ni blâme, on tue ; ou du moins on entoure de sourires encourageants ceux qui tuent. Si par hasard on éprouve d’abord un peu de dégoût, on le tait et bientôt on l’étouffe de peur de paraître manquer de virilité. Il y a là un entraînement, une ivresse à laquelle il est impossible de résister sans une force d’âme qu’il me faut bien croire exceptionnelle, puisque je ne l’ai rencontrée nulle part. J’ai rencontré en revanche des Français paisibles, que jusque-là je ne méprisais pas, qui n’auraient pas eu l’idée d’aller eux-mêmes tuer, mais qui baignaient dans cette atmosphère imprégnée de sang avec un visible plaisir. Pour ceux-là je ne pourrai jamais avoir à l’avenir aucune estime. »

Simone Weil, Lettre de Simone Weil à Georges Bernanos, in "Oeuvres" - Quarto Gallimard

 

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