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06/03/2010

Nocturne...

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Le fin sourire, que la Vie m’adresse, a aussi quelque chose de diabolique. Une puissante énergie palpite en ses veines. Spasmes effrayants, d’une remarquable force, surgissant d’un fond lointain, noir, sombre, comme l’Abysse des profondeurs que nous redoutons. Silence. Immense et sans pitié. C’est intérieur. C’est extérieur. Trou noir spatial. Gueule béante intérieure…C’est la même chose…Sa mâchoire menaçante, constance déterminée, me guette avec une sérénité de Serial Killer Métaphysique. Esprit supérieur improbable, mort-né, inachevé, en constant cours d’accomplissement. L’écrire ne dit rien. Le décrire est impossible. Je vois sa gorge avalant sa salive des limbes. L’être y a sa part. C’est une lutte dansée pour toucher un sceptre de très humble gloire. Seul le Verbe peut sauver le feu, la terre, l’eau, l’air. Seul le verbe peut tracer un chemin dans la jungle épaisse des cauchemars non encore rêvés, des probables stances quantiques en devenir éternel. Mots. Fièvres. Fumées des marécages. Décomposition. Univers démultipliés. Infini vibratoire. Vibrations infinies. L’amour est chaque jour un Christ au Désert, au Mont des Oliviers, au Chemin du Calvaire. Sueurs nocturnes.

 

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25/02/2010

Calme Solitude

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Une solitude de plus en plus sublime m’ouvre à des parts de mon être ignorées jusque là. L’espace, dit-on ! Le large ! Un appel des vents intérieurs ! Vais-je oser ?
De moins en moins de choses banales m’atteignent ! Mais j’ai néanmoins les nerfs à fleur de peau ! Les larmes viennent, à première vue pour pas grand-chose, et une faculté récente de plonger dans mon « arrêt », ma suspension qui génère les larmes, me fait entrevoir des abysses assez redoutables au sein desquels, par simples recoupements, la nuit se fait jour !

Ma démarche est Spirituelle aussi. C’est une pénétration toute personnelle, un engagement (désengagé !) pour dire, formuler (dans l’exultation si possible) des liens supérieurs, la fracture intérieure vis-à-vis du monde, l’ouverture exacte et authentique, le dépassement de soi et de tout. Je suis seul face au monde et je peux m’y perdre. Je le désire probablement ! Il est vrai que c’est une errance. Bien entendu, je suis aussi structuré, bâti, étayé par ma relation au monde. Je cherche juste à pénétrer le sanctuaire d’une liturgie nouvelle. Son cœur.

C’est comme si la terre entière, autour de moi, laissait échapper un hurlement lugubre et final de sa plaie béante. Comme si le point de non-retour était atteint. Comme si absolument tout s’écroulait. La confusion est générale et telle qu’on se demande, en ce monde, s’il y a une sortie. Ca se masturbe le bulbe de tous côtés !

J’ai bien envie, le moment est propice, de retourner à Montaigne.

Montesquieu écrivait : « Dans la plupart des auteurs, je vois l’homme qui écrit. Dans Montaigne, je vois l’homme qui pense. »

Il faut hurler. Pousser un cri définitif. Un cri semblant sans fin… mais un cri eschatologique ! Quelque chose qui ferait songer aux rugissements de James Douglas Morrison. Un grognement de chienne en chaleurs provenant du ventre de Janis Joplin. Mettre un disque et en subir avec délices le cri, la balafre. Car la révolte, la transgression, la guerre, ici, sont à l’œuvre. Des manifestes voient le jour à chaque chanson. L’espace sonore est strié de fureurs dans un foisonnement d’étreintes harmoniques. Actes de création. Volutes sonores et synesthésie en tout genres.

Dans 20 ans on s’égorge en France.

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Guerre Sainte

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« Je trouve ma joie dans l’observance de la parole. » (Psaumes,119-14)

La texture du réel est là. La suivre de ma main comme une superbe étoffe en une caresse ou m’affirmer comme EN procédant est ce qui m’importe le plus. L’observance de la parole n’est pas pour les chiens obéissants. C’est une prière incarnée quand suinte autant le désastre. Les prêtres masqués ainsi que leurs dévots veillent. La guerre est bien-sûr déclarée.

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24/02/2010

Ailes...

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Une Sainte colère viendra purifier mon exil. Assez ! Je ne puis tolérer plus loin cette soumission au destin. J’affronterai l’ange en le considérant en face. Dieu s’amuse de moi car il est en vérité de mon côté.

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Retrousse tes manches, camarade !

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Heidegger a écrit : « L’origine n’est pas derrière nous, mais elle est devant nous. »

Nous guettons tous ce commencement authentique, nouveau, paradoxalement vierge et mature. Nous attendons. Mais qui y travaille ?

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23/02/2010

Sans Importance

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J’aurai un jour le souvenir de tous ces mots inutiles comme d’étranges fruits aux lointains nectars qui m’auront laissé une profonde aigreur dans la bouche. Que penserai-je sur mon lit de mort ? Ce journal…cette vie…tout ça que j’aurai traversé comme j’aurai pu. A l’instant de vérité qui viendra vraiment me mettre en face de l’inéluctable. Je n’échapperai à rien. Cette pensée m’aide, finalement, à vivre mieux. Car cet inéluctable confère à toute cette risible comédie très peu d’importance, passé un certain niveau d’implication, de compréhension, d’entente avec l’existence, de complicité avec la nature Humaine. Oui…il faut aimer, rire, donner, jouir, sauver ce qui peut l’être. Mais tout ça est parfaitement sans importance, finalement.

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Attente

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Être en instance d’éclosion. Ce qui est dur à supporter à la longue car rien ne vient.
Je me sens comme un potentiel qui bouillonne de l’intérieur d’un intense Magma, mais qui ne déborde guère. Pourtant je suis de nature prolifique, exubérante et généreuse.

Il me faut évaluer et agir.

Foudroie-moi ô Seigneur…

Être en instance imminente d’éclosion. En distance d’éclosion aussi…

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03/02/2010

Une émergence qui est folie

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Dieu serait, aussi, une discontinuité du monde. Israël d'abord, Jésus ensuite, Dieu lié librement aux lois qu'il a créées se donne aussi, librement, le droit de les enfreindre afin d'initier un saut qualitatif. La création, à bien y réfléchir, n'est pas naturelle. Lorsque Jésus effectue ses miracles il va à l'encontre des lois et de l'ordre en cours. Les pharisiens le lui font bien entendre et Satan baisse la tête, Prince de ce monde pour un court laps de temps, lui qui gère la finitude dans la matière qui nous est donnée. La discontinuité que Dieu introduit dans sa création, par des moyens contre-nature, apporte la foi, l'espérance et l'amour. Une émergence qui est folie.

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02/02/2010

Les uns et les autres sont des loups dans la bergerie.

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Un passage des Evangiles devrait clouer le bec à tous ceux qui se disent chrétiens et qui vomissent leur petite haine dangereuse et sans conscience claire.

Mt 25:31-
" Quand le Fils de l'homme viendra dans sa gloire, escorté de tous les anges, alors il prendra place sur son trône de gloire.
Mt 25:32-
Devant lui seront rassemblées toutes les nations, et il séparera les gens les uns des autres, tout comme le berger sépare les brebis des boucs.
Mt 25:33-
Il placera les brebis à sa droite, et les boucs à sa gauche.
Mt 25:34-
Alors le Roi dira à ceux de droite : "Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume qui vous a été préparé depuis la fondation du monde.
Mt 25:35-
Car j'ai eu faim et vous m'avez donné à manger, j'ai eu soif et vous m'avez donné à boire, j'étais un étranger et vous m'avez accueilli,
Mt 25:36-
nu et vous m'avez vêtu, malade et vous m'avez visité, prisonnier et vous êtes venus me voir. "
Mt 25:37-
Alors les justes lui répondront : "Seigneur, quand nous est-il arrivé de te voir affamé et de te nourrir, assoiffé et de te désaltérer,
Mt 25:38-
étranger et de t'accueillir, nu et de te vêtir,
Mt 25:39-
malade ou prisonnier et de venir te voir ?"
Mt 25:40-
Et le Roi leur fera cette réponse : "En vérité je vous le dis, dans la mesure où vous l'avez fait à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait. "
Mt 25:41-
Alors il dira encore à ceux de gauche : "Allez loin de moi, maudits, dans le feu éternel qui a été préparé pour le diable et ses anges.
Mt 25:42-
Car j'ai eu faim et vous ne m'avez pas donné à manger, j'ai eu soif et vous ne m'avez pas donné à boire,
Mt 25:43-
j'étais un étranger et vous ne m'avez pas accueilli, nu et vous ne m'avez pas vêtu, malade et prisonnier et vous ne m'avez pas visité. "
Mt 25:44-
Alors ceux-ci lui demanderont à leur tour : "Seigneur, quand nous est-il arrivé de te voir affamé ou assoiffé, étranger ou nu, malade ou prisonnier, et de ne te point secourir ?"
Mt 25:45-
Alors il leur répondra : "En vérité je vous le dis, dans la mesure où vous ne l'avez pas fait à l'un de ces plus petits, à moi non plus vous ne l'avez pas fait. "
Mt 25:46-
Et ils s'en iront, ceux-ci à une peine éternelle, et les justes à une vie éternelle. "

Autant la mièvrerie des chrétiens post-Vatican II en arriverait à me dégoûter du Christ si je n'avais plongé mon nez dans la Bible, autant les poussiéreuses convictions d'un grand nombre de droitistes traditionalistes ou identitaires ne me donnent aucunement l'envie de faire partie de leur clan. D'un côté comme de l'autre le pathos hurle sa détermination à avoir raison. Il n'y a pas d'équilibre, pas de Sagesse ni d'authentique charité dans leurs idéologies arrêtées. Tous statufiés dans leurs convictions, se cognent la poitrine en criant "moi" et puis "nous", mais ils se chient dessus comme si ils oignaient leurs fonds de couches d'une huile sacramentelle. Les uns et les autres sont des loups dans la bergerie.

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01/02/2010

Art de Vivre

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La Fontaine me sauve de toutes les crispations et gesticulations voraces ambiantes, il me sauve de toutes les certitudes qui alourdissent considérablement alors qu'elles ne sont que poussière de faux rêves. Quelques vers vifs comme ceux qui suivent et je songe à la promesse, jadis, que fut ce pays nommé France, le pays des francs, autant le dire, le pays des hommes libres.

"J'aime le jeu, l'amour, les livres, la musique,
La ville et la campagne, enfin tout ; il n'est rien
Qui ne me soit un souverain bien,
Jusqu'aux sombres plaisirs d'un coeur mélancolique...

Papillon du Parnasse, , et semblable aux abeilles,
Je suis chose légère et vole à tout sujet ;
Je vais de fleur en fleur et d'objet en objet."

J'aime cette idée que Dieu fut heureux en ce pays dont le nom est aussi un beau prénom de femme.

 

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31/01/2010

Hell

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Un épuisement m'enserre l'âme. La merde, la crasse, la tripe sur la page du journal gratuit. Evocation des bébés congelés. Chômeurs prévus dans les mois à venir. De poursuivre l'énumération me dégoûte d'avance. Triste continuation de la liste non exhaustive d'hier. Cette jolie planète a vraiment besoin d'une purge.

 

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30/01/2010

Grosse fatigue

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Le climat se dérègle. La politique internationale s'obamanise. Les enfants sont extrêmement violents dès la maternelle. Le Sud, clandestinement, monte au Nord. La courtoisie et l'élégance s'effritent. La pensée est, partout, tripale et de moins en moins neuronale. L'économie mondiale a une grosse grippe doublée d'une chiasse à n'en plus finir. La Corée du Nord rote en public. Bagdad pète d'une joie mortuaire dix fois par jour. L'Afghanistan s'auto-encule ad vitam eternam. Les islamistes éjaculent leur foutre de sang en proclamant "inchallah" ! Life is sweet.

Grosse fatigue.

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29/08/2009

Nostalgie

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L'Héritier

 

Mon fils, Vladimir, est rentré de vacances. Une dizaine de jours en Ardèche, avec Vincent et sa famille. Il s’est amusé comme un fou avec son meilleur pote, Maximilien, le fils de mon meilleur ami. C’est un sentiment étrange qui me submerge quand je mesure le chemin que nous avons parcouru, Vincent et moi, un chemin que n’imaginent pas nos gosses qui se sont créé une complicité et s’éclatent comme des cochons. Quand mon regard croise celui de mon ami, nous nous comprenons et ressentons aussitôt le poids de notre relation unique. Agés de 44 ans tous les deux, nous nous fréquentons depuis nos 7 ans. 37 années d’amitié sans aucune prise de tête, c’est un miracle, une chance unique.

« Le bonheur d’un ami nous enchante. Il nous ajoute. Il n’ôte rien. Si l’amitié s’en offense, elle n’est pas.» Jean Cocteau (La Difficulté d’être)


Bro' Vince

Je songe, du coup, à ce paradoxe de notre condition, si bien exprimé par Georges Perros dans ses « Papiers collés » :

« Je ne crois pas que l’amour soit nécessaire — c’est plutôt le contraire — pour former un monde où l’amour soit possible. »

Nostalgie, en cette nuit, à revoir la vie défiler et à ressentir la présence palpable d’instants rayonnants de lumière pourtant passés, mais qui ont laissé une empreinte profonde et indélébile. On se demande pourquoi la vie n’est pas toujours dans ce cercle de joyeuse fraternité, d’échanges essentiels, d’amour serein.
Alors pour avaler cet amas d’émotions et de souvenirs, je bois de la Slivovits et fume comme un pompier en écoutant l’album des Rolling Stones, "Bigger Bang". Il est 4h46 du matin et je regarde mes souvenirs danser devant moi et brûler comme de scintillants papillons venant mourir à mes pieds.

 


BROTHERHOOD

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19/08/2009

Mille anges divers ont présidé à ton infortune

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Adhère au fait.
Délivre le cri.
Accepte le déclin,
son souffle putride
et le chant qui en émerge.
Ô ces vestiges
en la vase.
Ô ces glaives
brillants sous la lune.
Ces lances qui guettent
le signe strident,
l’ordre d’avancer
sur la forteresse lugubre
qui encense de ses putréfactions
l’abîme qu’elle domine.
De ton gouffre surgissent
et se déploient
les images, les visions,
des larmes de mezcal,
des barils de tequilla
du whisky sans glace,
de la slivovitz habitée.
Fresque des dérives sans fin,
des naufrages répétés,
d’îles infernales
en récifs eschatologiques.
Entre le verre d’alcool
et le livre annoté fièvreusement.
Mille anges divers
ont présidé à ton infortune.

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Ruines

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Le royaume n’est que ruines,
tandis que nous perdons
notre temps
avec le démon
et son sens des détails.
Nous dansons sous ses ailes,
embrassons la poussière,
recousons nos âmes déchirées,
avec du fil barbelé,
avec du foutre désséché.
Nous avons morgue
et assurance
et certitude
de notre crasse,
pitoyable maîtrise de nos restes.
Terrible sera le retour
de nos Blasphèmes.

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16/08/2009

La respiration paisible

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On ne se remet jamais de sa venue au monde. On cherche toute sa vie la respiration paisible qui effacera la violence et le mystère de ce jour. Mais dés nos premiers pleurs nous héritons de tout ça, sans le vouloir vraiment, malgré nous, et toute notre vie nous devons le porter. Tout ce bordel. Et toute notre vie nous apprenons à nous en débarrasser et à n’en conserver que la meilleur part. Du moins pour ceux qui se sentent concernés. De nos jours, pour y parvenir, nous devons nous créer de toutes pièces un « No man’s land », un « Underground ». Et c’est difficile. Avoir part à son intimité profonde est de plus en plus difficile – les endroits se fondent les uns dans les autres de manière chaotique. L’image n’est pas claire. Quand elle a l’air claire elle manque de précision. Tout semble devenir plus petit. Plus bas. Accessible à tous. Lieux communs. Temps. Espace. Mots. Maux. Tout se réduit. Adieu ô Nuance ! La Globalisation nous écrase. Adieu ô Singularité. Marcher tel Rimbaud, tel Jim Morrison ? Fini tout cela. Il s’agit à présent de se taire (pas même d’un noble silence), demeurer assis dans une attente dépourvue d’objet, cligner des yeux devant la vache bariolée. Mourir à petit feu en souriant.

« It’s better to burn out than to fade away. » Neil Young

L’Ordre reviendra. Affaire de temps. Tout ce qui arrive se devait d’arriver. Le yin et le yang travaillent en synergie qu'on le veuille ou non. Tout le reste n'est que de la parlote, des œillères qu'on se met. En gros ça sécurise, mais ça éloigne de la Véritable Vie ! D'où des incompréhensions dans les meilleurs des cas...et des massacres et des génocides dans les pires !

 

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Société secrète

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Pascal Quignard, dans « Les ombres errantes » : « Les sociétés secrètes d’hommes libres sont portées à devenir de plus en plus minuscules. Elles sont presque individuelles. Mes amis me sont de plus en plus chers et de moins en moins nombreux. »

Oui, certains jours je suis apprenti, compagnon et maître de loge à moi tout seul ! Une confrérie entière se tient dans ma bouche, au bout de ma queue et dans mon cul !

 

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14/08/2009

Les poufs... sanguinaires ou non...

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Le journal que je tiens sera mon empreinte pour les lecteurs à venir. L’instantané prolongé, capturé dans l’écrin de l’écriture pour dire le souffle que je fus, la banale existence d’un renégat qui se cherche en creusant son tunnel à travers la jungle épaisse, ou en creusant sa tranchée, ou sa tombe. Mon combat si petit qui pourtant m’écrase.

La musique de Gov’t mule me guérit de tout.

 

À part le fric et ma fille Laura qui fait des siennes, y’a pas péril en la demeure. Malgré les états d’âme d'Irina, et malgré probablement les miens (et mes états d’âme sont parfois gratinés), je vis une relation stable qui trouve encore l’inspiration pour se renouveler. C’est juste plus secret et mystérieux, ça fonctionne dans les soubassements, dans les corridors perdus de nos êtres, par l’instinctive confiance, la nébuleuse indescriptible qui s’amuse de nous et avec laquelle, au fil des ans, on apprend à fonctionner. L’homme est une remarquable machine avec laquelle on est pas au bout de nos surprises. Admirable conception qui sait outrepasser ses imperfections.

Le Japon ravagé simultanément par un tremblement de terre et par un typhon. Life is sweet.

 

Les nazis, ces poufs sanguinaires, récupéraient les cheveux des juifs, avant leur exécution, pour rembourrer les coussins. Ils confectionnaient des abat-jours avec la peau de leurs victimes. Sans parler des dents en or, bestialement arrachées. Il n’y a pas de sot profit, même dans l’horreur la plus absolue. Mais rassurez-vous, défenseurs des drouadlomme. En Afrique on peut trouver sur certains marchés, les clitoris des jeunes filles excisées, pour je ne sais quelle consommation conseillée par les marabouts locaux afin de guérir magiquement de son impuissance, ou que sais-je ? De même, dans des régions reculées du Congo, on mange du pygmée car comprenez-vous, ces petits semblants d’hommes, ne sont pas des hommes, donc on peut les bouffer entre un singe et un crocodile (dont la chair, m’a-t-on certifié, bien préparée, peut être délicieuse). La boucle est bouclée, si je puis dire, entre la forte bête blonde, élue parmi les élus, et les crétins nègres et leur stupidité meurtrière. En Afrique du Sud Est, les albinos ne sont pas en reste. Leur génocide semble programmé. Ainsi que leur consommation ritualisée. Argument des drouadlommistes : c’est la misère et, surtout, la famine qui les poussent à cette folie.
C’est cela, soutenons-les.
Par contre, comme chacun le sait, ça n’est ni la misère ni la famine qui ont poussé le parti national-socialiste au devant de la scène politique.
La connerie crasseuse est tout de même épuisante. Et la fatigue devient massive et éprouvante lorsqu’on devine la connerie même chez des gens cultivés et sensés faire preuve de discernement. La charge aveugle du dénommé Zak et du sirupeux Radek contre Nietzsche en est un fulgurant exemple. Cette incapacité due à la crispation, à faire preuve d’abstraction, d’esprit de synthèse et de réflexion digne de ce nom, dès que les postulats rencontrés sortent du giron de leurs certitudes.

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Au milieu du péril

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A tous ces chrétiens haineux et donneurs de leçons.
« Le miracle de l’amour, c’est d’être debout dans la nuit, plein de silence dans le fracas de l’insignifiance, plein de louange au milieu de la haine. »
Christiane Singer, Où cours-tu ? Ne sais-tu pas que le ciel est en toi ?

A la fenêtre du salon. Je fume et je regarde dans le vide. Grande légèreté intérieure malgré la vie qui me pèse. Des soucis de père, des inquiétudes de mari, des questions de fils.
Apprentissage. Jeté dans l’arène à tenir tête à un taureau au souffle brûlant aux yeux exorbités et à la bave fiévreuse.

Et le temps qui passe, menace et soumet.

Il faut affiner ses perceptions. Regarder et sentir le monde par tous les pores de la peau, capter le moindre frémissement susceptible de nous révéler quelque vérité insoupçonnée. La vie se doit d’être un changement perpétuel, mais avec une constance forte et affirmée. A la faveur des métamorphoses et mutations, les transformations apportent la purification, on élimine les tensions, les inhibitions, les raideurs pour gagner en souplesse, en fluidité afin que la liberté d’action devienne une obéissance joyeuse aux moindres sollicitations du devenir. Viennent alors les moments brûlants de la félicité, de la jubilation. Vient, alors, l’extase dans l’œil du cyclone. On se sent arraché à la mort, hors du temps, plongé dans une surabondance de vie où coule à flots un amour capable d’embraser le monde en l’embrassant. Un amour apte à tout comprendre.

Une jeune femme me reproche de n’être pas assez impliqué, trop détaché, flegmatique. La liberté, le refus de soumission dérange. Il est difficile de trouver quelqu’un qui ne fera que la chose essentielle : savourer l’instant, dans la bonne distance avec tout, et savourer, simplement, le miracle d’être. Pourtant je passe mon temps à la pousser à se délester des poids, considérables, qui l’empêchent de déployer ses ailes à leur juste mesure.

« Un jour, ce qu’il y a au monde de plus silencieux et de plus léger est venu à moi. »
Friedrich Nietzsche

Je songe à Bloy, encore, en tombant sur ce passage de Philippe Sollers, dans son livre Illuminations : « Le poète est un prophète en musique. Un prophète du beau et de la vérité. Plus il est grand, plus il est allé loin dans la vérité du langage, et plus il aura lutté pour le langage de la vérité. »

Et je songe encore à Bloy quand il cherche à équilibrer constamment sa lecture du Saint Livre en dévoilant l’éternelle confrontation entre Abel et Caïn qui se reproduit dans toute la textuelle de la Torah puis des Evangiles comme un programme mis en place depuis le commencement des commencements (certains kabbalistes affirment qu’avant même le premier jour, avant même la chute et l’exil dus au serpent, le côté droit et le côté gauche de Dieu se sont affronté en des prémisses an-historiques), je songe, à Bloy et à sa compréhension affectueuse du mystère d’Israël, dans la joute qu’il met en scène avec un verbe fulgurant entre le peuple juif perçu comme abomination et à la fois comme bénédiction, toutes deux inclusives du reste du genre humain, lorsque je lis ces vers de Friedrich Hölderlin :

« Tout proche
Et difficile à saisir, le dieu !
Mais au lieux du péril croît
Aussi ce qui sauve. »

 

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09/08/2009

Autre temps, même moeurs

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Le 24 août 1770, à Londres, se donnait la mort le poète Thomas Chatterton. Il avait 17 ans.

« Ô mon âme, exerce ton pouvoir, adore ;
Envole-toi sur les ailes de la dévotion
Pour célébrer la journée :
Le Dieu qui créa le ciel et la terre
Animera ma langue reconnaissante ;
Et grâce à lui j’attraperai le profane. »

Changeons les géographies internes, les topographies mentales et c’est la même histoire sans fin qui se répète : un cœur absolu veut s’embraser d’être simplement là où il est et célébrer humblement le jour qui commence comme un chant surgissant du lieu même où se jette impétueusement le fleuve dans l’océan. Le bonheur d’une singularité non entendu par la meute de la foule, ou pire, trop bien entendu.

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22/06/2009

Abîme

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« Quand en 410 parvint en Afrique la nouvelle, on ne voulut pas y croire : Rome pillée par Alaric, un chef wisigoth fédéré un temps avec l’Empire et qui s’était mis à son compte ! Mais quand débarquèrent les premiers réfugiés, il fallut bien admettre l’inadmissible. Rome, la maîtresse du monde, inviolée depuis huit siècles, mise à mal par une bande de supplétifs, chrétiens au demeurant, encore qu’ariens, qui l’eût seulement imaginé ? Non, certes, qu’à cette génération les présages aient fait défaut. En 378, ç’avait été le désastre d’AndrinopleValens, l’empereur d’Orient, avait disparu. Là-dessus, les villes du Danube étaient tombées l’une après l’autre. On avait bien arrêté, en 405, l’avance de Radagaise et de ses Ostrogoths, mais les Vandales poursuivaient leur descente à travers la Gaule, l’Espagne et bientôt l’Afrique. En fait, tout avait commencé dès le IIIe siècle, en dépit des efforts d’un Aurélien, d’un Probus, d’un Dioclétien surtout pour reprendre en main la situation. Et c’est ainsi que peu à peu, sur fond de marasme économique, de laisser-aller et d’usrpations, les Barbares s’étaient installés en terre d’Empire. Ils s’imposaient aux postes importants des armées, où certains se rendaient indispensables, comme Stilicon précisément contre Radagaise. Mais peu de gens s’étaient avisés de la montée des périls : Libanios, Ammien Marcellin, ou encore le mystérieux auteur de l’Histoire Auguste. Certes, on disait bien que les choses n’allaient pas, mais n’est-ce pas là un refrain commun à toutes les époques ? Que c’en soit vraiment fini du monde où l’on vit, voilà une idée à laquelle on ne se fait pas, et moins encore accepte-t-on la chute d’un symbole jusque-là rassurant. Car, en réalité, Rome n’était plus depuis un bon siècle qu’une capitale émérite, remplacée par Milan, puis par Ravenne pour l’Occident, et pour l’Orient par Nicomédie, puis Constantinople. Momifiée dans sa gloire séculaire, elle n’avait pourtant rien perdu de son prestige, ni — du moins pour les grandes familles — de son agrément. Les rêves ne sont-ils pas toujours les derniers à mourir ? Partout dans le monde, ce fut donc l’inquiétude et la consternation. De Bethléem, Saint Jérôme écrit : « Horreur ! l’univers s’écroule ! » — et ailleurs : « Une rumeur terrifiante nous parvient d’Occident […] Ma voix s’étrangle, les sanglots étouffent mes paroles tandis que je les dicte. Elle est donc prise, la Ville qui a pris l’univers […]. » Dans la préface qu’il destine à son Commentaire d’Ezéchiel, le même Jérôme note : « Qui aurait pensé que Rome, édifiée avec les victoires remportées sur le monde entier, s’effondrerait au point de devenir le tombeau des peuples dont elle était la mère ? Que tous les pays de l’Orient, de l’Egypte, de l’Afrique verraient un jour réduits en esclavage d’innombrables enfants de la maîtresse de l’univers ? » Non que les dégâts fussent irréparables — au cours des temps, la Ville en verraient d’autres —, et Alaric n’avait fait que passer. Mais, en ces trois jours d’août 410, s’était évanoui le phantasme séculaire de Rome capitale éternelle du monde, Roma aeterna ».

Lucien Jerphagon, Préface du volume de la Pléiade : Saint Augustin, La Cité de Dieu (Œuvres, II)

 

A lire ces lignes, on devrait considérer d’un autre œil la menace à nos portes, lançant déjà son attaque par la propagation de ses métastases parmi nous. Mais il y a un précipice gigantesque entre les braves citoyens européens et leur conscience.

Leurs racines profondément enterrées ils barbotent dans la mare à connards. Plus de cervelle, plus de couilles. Encéphalogrammes presque plats. Quelques soubresauts par moment. C’est que la société de consommation a des aptitudes pour nous plonger dans l’agitation.


« Entre moi et ma conscience

S’étend un abîme

Sur le fond invisible duquel roule

Le fracas d’un torrent loin de tous les soleils,

Dont le bruit même est en fait noir et froid

Oh oui ! sur cette sorte d’épiderme qui clôture les opinions

De notre âme, froid et noir et terriblement vieux,

En soi, et non en son apparence exprimée. »

 

L’Abîme, le violoneux fou (Poésie anglaise) – Fernando Pessoa

 

Car l’histoire se répète et se répètera tant que cet abîme ne sera pas comblé. Des barbares et des ariens hier, des islamistes aujourd’hui. Il se joue, là, ici et maintenant, 2009, l’avenir d’une civilisation.

 

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21/06/2009

L'étranger - II

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Je citais Charles Baudelaire avant-hier et je tombe, ce jour, sur ces propos qu'il eut à propos d'Edgar Allan Poe : "J'ai à écrire l'histoire d'un de ces illustres malheureux, trop riches de poésie et de passion, qui est venu faire en ce bas monde le rude apprentissage du génie chez les âmes inférieures."

Comme je me sens proche de ces mots, ce souffle qui dit la seule différence qui vaille la peine, finalement, d'être soulignée. Oh, je ne suis pas un génie, que le lecteur se rassure quant à mes prétentions, je ne suis qu'une chair qui brûle et un coeur qui saigne, dans une morne quotidienneté qui m'emprisonne dans son poing, mais je suis tellement, une fois de plus, en dehors de tout, à batailler contre les mirages, la facilité logorrhéique et les borborygmes qui chlinguent leurs fonds d'idéologies meurtrières que je ne puis appartenir à rien ni à personne.

 

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19/06/2009

L'étranger

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Sur la "réacosphère" mes commentaires sur les divers blogs provoquent des levers de boucliers qui me signifient que je ne serai jamais, au final, un membre authentique de cette famille politique qui affiche, ce qui est comique, tout autant de crispations que la famille d'en face. Mes remarques n'enlèvent pas un iota au respect que j'ai pour certaines intelligences croisées ça et là, virtuellement, sur le net, et l'admiration, réelle, pour quelques plumes dignes d'éloges. Mais les systématiques et épidermiques réactions tripales, passionnelles, racialistes, étatistes ou naïvement libertariennes, identitaires, plus catholiques que chrétiennes, du coup très païennes pseudo-gréco-romaines me fatiguent autant qu'elles me font marrer. J'aime bien trop la vie, l'amour, la liberté, la courtoisie, la douceur, la gentillesse, sans émasculer un seul instant la virilité de l'action et la conscience de l'appartenance à une civilisation, j'aime trop les peuples dans leurs diversités, mais avant tout l'homme debout, l'individu digne, quelle que soit sa race ou sa culture pour souscrire à des opinions extrémistes qui se nourrissent de ressentiments, de haine aux yeux injectés de sang et d'amertume vichyste puant la naphtaline. Certes, ils ont des arguments, mais "tout est vrai, rien n'est exact" comme le disait si bien Barrès. Mais il me sied de déployer mes ailes comme bon me semble, dans les circonstances qui sont les miennes et de ne me plier qu'aux choix que mon intelligence a affrontés.

Je me sens un étranger où que j'aille. Pas n'importe quel étranger, comprenez-moi bien.


"L'Etranger


Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis ?

ton père, ta mère, ta soeur ou ton frère ?

- Je n'ai ni père, ni mère, ni soeur, ni frère.

- Tes amis ?

- Vous vous servez là d'une parole dont le sens

m'est resté jusqu'à ce jour inconnu.

- Ta patrie ?

- J'ignore sous quelle latitude elle est située.

- La beauté ?

- Je l'aimerais volontiers, déesse et immortelle.

- L'or ?

- Je le hais comme vous haïssez Dieu.

- Eh ! qu'aimes-tu donc, extraordinaire étranger ?

- J'aime les nuages... les nuages qui passent... là-bas... là-bas... les merveilleux nuages !"

 

 

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Les survivants

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Le feu de l'énergie. L'électricité salvatrice. L'acier en fusion. Une prise de position face à la zombification ambiante. Des tatouages comme autant de scarifications volontaires pour conjurer le sort et marquer de signes le passage du temps et les blessures qu'il a gravées. Le Rock and roll est un Fort Alamo qui ne dépose pas les armes ! Imprenable. Tenant tête aux assauts répétés. La fraternité. Vincent, mon frère, avec lequel j'ai traversé les ans et les douleurs rédemptrices. J'aime ses yeux qui brillent sous les néons nocturnes ou les éclairages des salles de concert. Ce sont des yeux qui ont vu, c'est un corps qui est allé dans la fournaise, qui a jouit, qui a souffert. Et c'est un homme qui tient debout, qui regarde la vie à hauteur d'homme. A ses côtés, le soir du lundi 8 juin 2009, j'en oublie presque que l'Europe est moribonde. La droite européiste tape dans ses mains, dans une jubilation non feinte, tandis que la gauche subit sa déconfiture en regardant ses pompes et en serrant les fesses. Sur le plan européen l'extrême droite, bien que franchement minoritaire, progresse. Les verts percent. Tout cela est logique dans la confusion ambiante. La mutation se poursuit et ses mortifications assiègent les hautes consciences. Non, ce soir là je me laisse porter par la distortion sociale et le reste je m'en fous. Vincent m'a invité. Nous avons bu de la bière. Nous avons chanté. Nous avons scandé dans la moiteur du Bataclan. Après le concert la vie a repris son cours. Nous attendons la fin du monde.

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03/06/2009

Intersection

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Comme Sartre, je pourrais retenir du fameux Mythe de Sisyphe que le rocher, à l’approche du sommet, dégringole de la pente laissant l’homme laborieux face à l’absurde et l’obligeant par la damnation des dieux à redescendre en bas pour se remettre à l’ouvrage malgré la folie de l’acte qui se répète de tentative en tentative vouées à l’échec. Nulle foi n’anime cette cause à défendre qui n’en est même pas une. La foi est abolie. Sartre, parlant de Merleau-Ponty, chrétien dans sa jeunesse et disant qu’il cessa de l’être car : « On croit qu’on croit mais on ne croit pas », par cette formule faussement lapidaire dont l’existentialisme a le talent pailleté d’un faussaire pense contribuer à saper l’édifice de la civilisation dont il fut l’avorton. Mais Camus veille. Dans son "Mythe de Sisyphe" il retient, lui, que Sisyphe y retourne. Il a même le culot de l’imaginer heureux. Il faut en tout cas beaucoup de volonté, contrairement à ce que pense mon ami Pierre, pour retourner dans la fournaise infernale de la damnation, même si le calvaire que les dieux ont imposé à Sisyphe semble éternellement le lier, l’attacher à un destin funeste écrit d’avance.  À ce titre, Merleau-Ponty a une analyse non dépourvue d’intérêt lorsqu’il dit dans La Structure du comportement (1942) : « À partir du moment où le comportement humain est pris « dans son unité » et dans son ensemble, ce n’est plus à une réalité psychique, mais à un ensemble significatif ou à une structure qui n’appartient en propre ni au monde extérieur, ni à la vie intérieure. C’est le réalisme en général qu’il faut mettre en cause. » Le réalisme en général, c’est-à-dire la totalité phénoménologique de la réalité car selon Merleau-Ponty, ce qui importe c’est « le sens qui transparait à l’intersection de mes expériences et de celles d’autrui, par l’engrenage des unes et des autres. » Ce potentiel de significations à découvrir, de champs des possibles, éloigne Merleau-Ponty de Sartre pour lequel « l’homme n’est qu’une situation Totalement conditionné par sa classe, son salaire, la nature de son travail, conditionné jusqu’à ses sentiments, jusqu’à ses pensées. » (Situations, II) et qu’il ne peut exercer sa volonté qu’en fonction de ce déterminisme. À mes yeux « l’intersection » dont parle Merleau-Ponty éloigne considérablement son existentialisme de celui de Sartre. Je ne sais s’il a perdu vraiment la foi selon la formule sartrienne que j’ai citée plus haut mais cette notion d’ « intersection » a quelque chose de chrétien par-delà la négation existentialiste supposée. Il est évident que nous sommes fondés par un milieu socio-culturel, une langue, une ethnie, une région, un pays. Je frémis d’ailleurs, au passage, de ce que seront les générations à venir sans culture digne de cette appellation, analphabêtisées par une novlangue cybernétique et « SMS-isée », sans aucune idée de l’Histoire et apatrides. De nouveaux mythes apparaîtront. Néanmoins, ne croyant pas en une volonté pure, encore moins en une volonté de volonté, je reste persuadé que l’homme a le choix et la capacité de se dépasser en créant et en se créant, aussi, soi-même. En poursuivant l’écriture de ce qui a été écrit précédemment.

Dans la nuit des temps à l’instant même du big-bang l’univers a-t-il eut la volonté d’advenir pour que ce caillou bleu advienne à son tour et que la conscience émerge du dehors de la valse des étoiles dans le déploiement de l’infini ? La volonté de l’univers ou bien celle de Dieu ?

 Curieux comme la vie des bactéries incite les scientifiques à parler, les concernant, déjà, de « vouloir vivre ». De ce « vouloir vivre » primitif (comme un premier pallier à un programme d’hominisation ?), essentiel à toute matière organique de base, s’est dégagé au fil du temps la volonté qui a tendu vers une indépendance plus grande, rêvant même d’atteindre à l’indépendance du pur esprit. Mais la matière, la chair ont de curieuses raisons et, quant à moi, je bande souvent, et sans volonté, de façon purement mécanique, malgré moi. Nietzsche, comme toutes les grandes sagesses, a tenté de penser un être parvenu à un ultime niveau de possession de soi capable de chevaucher son destin avant que celui-ci ne le chevauche. Selon mon ami Pierre c’est une chimère. Et une chimère est difficile à appréhender, c’est dans sa nature, alors sa dissection semble encore plus compromise. Notre esprit est aussi, ne l’oublions pas, une lourde incarnation, modelée par un environnement dont nous ne pouvons faire l’économie de la considération. Information esprit-corps, corps-esprit ; affects, organisme. Le « vouloir vivre » devenu volonté créatrice de civilisations, se perd parfois, s’immobilise, se sclérose, se noue. La volonté a des anomalies de fonctionnement. D’ailleurs, quand je parle de volonté, je ne la conçois pas comme un ordinateur froidement calculateur. Je laisse ces fantasmes aux tyrans et aux despotes, la pureté n’est pas de mon ressort. Cette volonté de puissance est, à mon sens, destructrice. Loin de vouloir faire croire que la volonté annihile les puissances divines ou démoniaques qui tentent perpétuellement de nous façonner, je crois plutôt qu’elle les organise, les met en ordre et les utilise pour augmenter la conscience sous le couvert de la raison. Les personnes volontaristes vivent d’ailleurs un apprentissage sans fin, je n’ai pas peur de le dire : une initiation.

 J’ai un côté taoïste aussi. La volonté ultime ne serait-elle pas dans le fait de non pas être apte à prendre une décision tranchante ou d’entreprendre une action éclatante mais bien plutôt dans la capacité à organiser les choses, sans même employer la force, sans même la montrer, selon une pente naturelle et ordonnée ? Nous avons tous des instants de volontarisme évidents, lorsque les circonstances de la vie l’exigent et qu’il faut pouvoir faire face. Mais la plupart du temps la volonté se dissout dans une attitude programmée par des habitudes réfléchies qui deviennent vite des banalités irréfléchies, par des sentiments et des opinions balisées. Ce cercle existentiel vulgaire est bien plus puissant que les éclats rayonnants et les explosions volontaristes. La volonté étant liée à la raison, c’est dans ce cercle quotidien qu’il convient aussi de la travailler et de la faire surgir.

« L’empreinte chez l’homme n’est pas un déterminant absolu comme le croyait Lorenz puisque chaque stade de son développement est gouverné par des déterminants de nature différente. Encore faut-il qu’à chaque niveau de la croissance le cerveau établisse des transactions avec les enveloppes sensorielles, verbales et culturelles. » (Boris Cyrulnik, De chair et d’âme)

« L’intersection » dont parlait Merleau-Ponty.

 En 1940, il y avait 2500 habitants à Dieulefit, un village en Drôme provençale. Durant l’occupation le nombre d’habitants monta jusqu’à 5000. À la mairie de Dieulefit on fabriqua de faux papiers. L’école accueillit des enfants juifs, puis leurs parents arrivèrent aussi, enfin un nombre considérable de peintres, de poètes, de penseurs, de photographes, de médecins. Tous Juifs. Le village doubla sa population dans le miracle d’une résistance silencieuse qui ne fit pas la moindre vague. Les 2500 habitants de Dieulefit envahis par 2500 Juifs pourchassés ne dénoncèrent personne. Le village entier de Dieulefit fut un village de justes qui surent probablement l’importance de « l’intersection » qu’évoquait Merleau-Ponty avec justesse. Durant 4 ans Juifs et villageois vécurent en bonne intelligence par la grâce de Dieu. Pierre Vidal-Naquet, réfugié dans le village durant ces années sombres, parle même de Dieulefit comme de la « capitale intellectuelle de la France » tellement les intellectuels de sa communauté s’y sentirent bien tandis qu’au dehors de ce cercle régnaient la grisaille et se propageait la moisissure.

Je ne sais pas qu’elle fut la nature de l’empreinte des Dieulefitois et dans quelle mesure on pourrait dire que les décisions du moindre villageois furent prédestinées. Je pense qu’il a fallu exercer un libre-arbitre digne de ce nom pour prendre les décisions qui s’imposaient et traverser les quatre années d’une France collaborationniste dans un mutisme angélique sans attirer la moindre attention. Que les SS eurent découvert les agissements de ce village et Oradour-sur-Glane passerait pour un pétard mouillé. Libre arbitre mais volonté aussi et résistance ordonnée pour que chacun collabore à la résistance en question. Confronté à des situations extrêmes la vie devient une conquête permanente jamais fixée d’avance ni par nos gênes, ni par notre fondation psycho-socio-familiale. Rien n’interdit l’évolution sur le champ des possibles. Et chaque saut qualitatif arrive en temps et en heure au terme parfois d’une vie de préparation dans une banale quotidienneté.

 

 

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