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19/06/2009

Les survivants

=--=Publié dans la Catégorie "Humeurs Littéraires..."

Le feu de l'énergie. L'électricité salvatrice. L'acier en fusion. Une prise de position face à la zombification ambiante. Des tatouages comme autant de scarifications volontaires pour conjurer le sort et marquer de signes le passage du temps et les blessures qu'il a gravées. Le Rock and roll est un Fort Alamo qui ne dépose pas les armes ! Imprenable. Tenant tête aux assauts répétés. La fraternité. Vincent, mon frère, avec lequel j'ai traversé les ans et les douleurs rédemptrices. J'aime ses yeux qui brillent sous les néons nocturnes ou les éclairages des salles de concert. Ce sont des yeux qui ont vu, c'est un corps qui est allé dans la fournaise, qui a jouit, qui a souffert. Et c'est un homme qui tient debout, qui regarde la vie à hauteur d'homme. A ses côtés, le soir du lundi 8 juin 2009, j'en oublie presque que l'Europe est moribonde. La droite européiste tape dans ses mains, dans une jubilation non feinte, tandis que la gauche subit sa déconfiture en regardant ses pompes et en serrant les fesses. Sur le plan européen l'extrême droite, bien que franchement minoritaire, progresse. Les verts percent. Tout cela est logique dans la confusion ambiante. La mutation se poursuit et ses mortifications assiègent les hautes consciences. Non, ce soir là je me laisse porter par la distortion sociale et le reste je m'en fous. Vincent m'a invité. Nous avons bu de la bière. Nous avons chanté. Nous avons scandé dans la moiteur du Bataclan. Après le concert la vie a repris son cours. Nous attendons la fin du monde.

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03/06/2009

Intersection

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Comme Sartre, je pourrais retenir du fameux Mythe de Sisyphe que le rocher, à l’approche du sommet, dégringole de la pente laissant l’homme laborieux face à l’absurde et l’obligeant par la damnation des dieux à redescendre en bas pour se remettre à l’ouvrage malgré la folie de l’acte qui se répète de tentative en tentative vouées à l’échec. Nulle foi n’anime cette cause à défendre qui n’en est même pas une. La foi est abolie. Sartre, parlant de Merleau-Ponty, chrétien dans sa jeunesse et disant qu’il cessa de l’être car : « On croit qu’on croit mais on ne croit pas », par cette formule faussement lapidaire dont l’existentialisme a le talent pailleté d’un faussaire pense contribuer à saper l’édifice de la civilisation dont il fut l’avorton. Mais Camus veille. Dans son "Mythe de Sisyphe" il retient, lui, que Sisyphe y retourne. Il a même le culot de l’imaginer heureux. Il faut en tout cas beaucoup de volonté, contrairement à ce que pense mon ami Pierre, pour retourner dans la fournaise infernale de la damnation, même si le calvaire que les dieux ont imposé à Sisyphe semble éternellement le lier, l’attacher à un destin funeste écrit d’avance.  À ce titre, Merleau-Ponty a une analyse non dépourvue d’intérêt lorsqu’il dit dans La Structure du comportement (1942) : « À partir du moment où le comportement humain est pris « dans son unité » et dans son ensemble, ce n’est plus à une réalité psychique, mais à un ensemble significatif ou à une structure qui n’appartient en propre ni au monde extérieur, ni à la vie intérieure. C’est le réalisme en général qu’il faut mettre en cause. » Le réalisme en général, c’est-à-dire la totalité phénoménologique de la réalité car selon Merleau-Ponty, ce qui importe c’est « le sens qui transparait à l’intersection de mes expériences et de celles d’autrui, par l’engrenage des unes et des autres. » Ce potentiel de significations à découvrir, de champs des possibles, éloigne Merleau-Ponty de Sartre pour lequel « l’homme n’est qu’une situation Totalement conditionné par sa classe, son salaire, la nature de son travail, conditionné jusqu’à ses sentiments, jusqu’à ses pensées. » (Situations, II) et qu’il ne peut exercer sa volonté qu’en fonction de ce déterminisme. À mes yeux « l’intersection » dont parle Merleau-Ponty éloigne considérablement son existentialisme de celui de Sartre. Je ne sais s’il a perdu vraiment la foi selon la formule sartrienne que j’ai citée plus haut mais cette notion d’ « intersection » a quelque chose de chrétien par-delà la négation existentialiste supposée. Il est évident que nous sommes fondés par un milieu socio-culturel, une langue, une ethnie, une région, un pays. Je frémis d’ailleurs, au passage, de ce que seront les générations à venir sans culture digne de cette appellation, analphabêtisées par une novlangue cybernétique et « SMS-isée », sans aucune idée de l’Histoire et apatrides. De nouveaux mythes apparaîtront. Néanmoins, ne croyant pas en une volonté pure, encore moins en une volonté de volonté, je reste persuadé que l’homme a le choix et la capacité de se dépasser en créant et en se créant, aussi, soi-même. En poursuivant l’écriture de ce qui a été écrit précédemment.

Dans la nuit des temps à l’instant même du big-bang l’univers a-t-il eut la volonté d’advenir pour que ce caillou bleu advienne à son tour et que la conscience émerge du dehors de la valse des étoiles dans le déploiement de l’infini ? La volonté de l’univers ou bien celle de Dieu ?

 Curieux comme la vie des bactéries incite les scientifiques à parler, les concernant, déjà, de « vouloir vivre ». De ce « vouloir vivre » primitif (comme un premier pallier à un programme d’hominisation ?), essentiel à toute matière organique de base, s’est dégagé au fil du temps la volonté qui a tendu vers une indépendance plus grande, rêvant même d’atteindre à l’indépendance du pur esprit. Mais la matière, la chair ont de curieuses raisons et, quant à moi, je bande souvent, et sans volonté, de façon purement mécanique, malgré moi. Nietzsche, comme toutes les grandes sagesses, a tenté de penser un être parvenu à un ultime niveau de possession de soi capable de chevaucher son destin avant que celui-ci ne le chevauche. Selon mon ami Pierre c’est une chimère. Et une chimère est difficile à appréhender, c’est dans sa nature, alors sa dissection semble encore plus compromise. Notre esprit est aussi, ne l’oublions pas, une lourde incarnation, modelée par un environnement dont nous ne pouvons faire l’économie de la considération. Information esprit-corps, corps-esprit ; affects, organisme. Le « vouloir vivre » devenu volonté créatrice de civilisations, se perd parfois, s’immobilise, se sclérose, se noue. La volonté a des anomalies de fonctionnement. D’ailleurs, quand je parle de volonté, je ne la conçois pas comme un ordinateur froidement calculateur. Je laisse ces fantasmes aux tyrans et aux despotes, la pureté n’est pas de mon ressort. Cette volonté de puissance est, à mon sens, destructrice. Loin de vouloir faire croire que la volonté annihile les puissances divines ou démoniaques qui tentent perpétuellement de nous façonner, je crois plutôt qu’elle les organise, les met en ordre et les utilise pour augmenter la conscience sous le couvert de la raison. Les personnes volontaristes vivent d’ailleurs un apprentissage sans fin, je n’ai pas peur de le dire : une initiation.

 J’ai un côté taoïste aussi. La volonté ultime ne serait-elle pas dans le fait de non pas être apte à prendre une décision tranchante ou d’entreprendre une action éclatante mais bien plutôt dans la capacité à organiser les choses, sans même employer la force, sans même la montrer, selon une pente naturelle et ordonnée ? Nous avons tous des instants de volontarisme évidents, lorsque les circonstances de la vie l’exigent et qu’il faut pouvoir faire face. Mais la plupart du temps la volonté se dissout dans une attitude programmée par des habitudes réfléchies qui deviennent vite des banalités irréfléchies, par des sentiments et des opinions balisées. Ce cercle existentiel vulgaire est bien plus puissant que les éclats rayonnants et les explosions volontaristes. La volonté étant liée à la raison, c’est dans ce cercle quotidien qu’il convient aussi de la travailler et de la faire surgir.

« L’empreinte chez l’homme n’est pas un déterminant absolu comme le croyait Lorenz puisque chaque stade de son développement est gouverné par des déterminants de nature différente. Encore faut-il qu’à chaque niveau de la croissance le cerveau établisse des transactions avec les enveloppes sensorielles, verbales et culturelles. » (Boris Cyrulnik, De chair et d’âme)

« L’intersection » dont parlait Merleau-Ponty.

 En 1940, il y avait 2500 habitants à Dieulefit, un village en Drôme provençale. Durant l’occupation le nombre d’habitants monta jusqu’à 5000. À la mairie de Dieulefit on fabriqua de faux papiers. L’école accueillit des enfants juifs, puis leurs parents arrivèrent aussi, enfin un nombre considérable de peintres, de poètes, de penseurs, de photographes, de médecins. Tous Juifs. Le village doubla sa population dans le miracle d’une résistance silencieuse qui ne fit pas la moindre vague. Les 2500 habitants de Dieulefit envahis par 2500 Juifs pourchassés ne dénoncèrent personne. Le village entier de Dieulefit fut un village de justes qui surent probablement l’importance de « l’intersection » qu’évoquait Merleau-Ponty avec justesse. Durant 4 ans Juifs et villageois vécurent en bonne intelligence par la grâce de Dieu. Pierre Vidal-Naquet, réfugié dans le village durant ces années sombres, parle même de Dieulefit comme de la « capitale intellectuelle de la France » tellement les intellectuels de sa communauté s’y sentirent bien tandis qu’au dehors de ce cercle régnaient la grisaille et se propageait la moisissure.

Je ne sais pas qu’elle fut la nature de l’empreinte des Dieulefitois et dans quelle mesure on pourrait dire que les décisions du moindre villageois furent prédestinées. Je pense qu’il a fallu exercer un libre-arbitre digne de ce nom pour prendre les décisions qui s’imposaient et traverser les quatre années d’une France collaborationniste dans un mutisme angélique sans attirer la moindre attention. Que les SS eurent découvert les agissements de ce village et Oradour-sur-Glane passerait pour un pétard mouillé. Libre arbitre mais volonté aussi et résistance ordonnée pour que chacun collabore à la résistance en question. Confronté à des situations extrêmes la vie devient une conquête permanente jamais fixée d’avance ni par nos gênes, ni par notre fondation psycho-socio-familiale. Rien n’interdit l’évolution sur le champ des possibles. Et chaque saut qualitatif arrive en temps et en heure au terme parfois d’une vie de préparation dans une banale quotidienneté.

 

 

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13/03/2009

Vertueux

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Les vertueux ont la foi pure. Gigantesques dans leur dévotion moisie, ils sont vieux avant que de l’être. Courbés et anachroniques. Ils vont apporter la rédemption à l’humanité en enserrant les corps dans des catafalques noirs pour ceinturer les seins, les fesses et leurs croupes. Leurs queues et leurs vulves ont l’imagination courte. Mais ils ont assez d’imagination pour faire œuvre de civilisation, croient-ils, dans l’attente de la parousie sanctificatrice.

En attendant, connaissent-ils ces chairs qui se caressent, se malaxent, et s’extasient, ces palpitations cardiaques qui aèrent la cervelle jusqu’à la déglinguer ? le souffle hachuré, le tremblement merveilleux, le frisson entre deux corps comme un ras de marée que l’on ne prévient jamais et qui envahit tout ? on parvient, parfois, à calculer et mesurer le cours même de l’histoire, à évaluer des intelligences, à détourner le destin de sa voie toute tracée, mais l’amour et le désir ne peuvent s’apprivoiser. Aucun scalpel du questionnement humain ne parviendra jamais à en défaire l’épiderme, les muscles et les nerfs. La dissection en est impossible. Lorsque l’être aimé devient le centre gravitationnel autour duquel absolument tout se joue, se noue et se défait, on n’est plus au royaume de la raison, mais dans une nef des fous. Et les puritains n’ont pour ce phénomène que des condamnations diaboliques à vociférer.

 

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12/03/2009

Acte

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Ecrire c’est attendre tout de cet acte.

J’ai mis du temps à comprendre que ma douleur ne pouvait en aucun cas me servir de masque. Je suis comme je suis. Avec ma face, avec mes mains, avec mon corps entier, et mes regards où transparaissent mes hantises intimes. Du coup, j’aime être seul le plus souvent possible car j’ai une sainte horreur d’avoir à justifier ma ride sur le front née de mes inquiétudes, juste sous la cicatrice dont j’ai hérité d’une chute à quatre ans en ex-Yougoslavie. Marque de Caïn. C’est vrai. Ma douleur est bien moi. De bout en bout mais je tiens debout. Un cri jamais véritablement sorti de ma gueule qui a passé des années à errer dans les entrelas de ma chair et de mon réseaux nerveux avant que de se dissoudre avec le temps dans une sorte d’acceptation pleine de félicité. Je suis quelqu’un sans importance, voyez-vous, je vis et je meurs en silence dans mon désert aux murailles de vents et de silice. Je l’écris juste comme je peux. Peut-être pour porter témoignage de la banalité d’un parcours. Porter témoignage, c’est-à-dire, en grec, être martyre.

 

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Inattendu

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Il y avait ici, un possible que la régression générale interdit de concevoir. Les utopies sont des farces qui ne laissent entrevoir en partie visible que de sordides mythifications kitchs et moisies de ce possible alors qu’elles cachent sous le calme apparent de la nappe aquatique les meurtres génocidaires muets, sourds et aveugles. Une graine en demeure en attente. Elle ressurgira au cœur même du fumier selon des voies inattendues. 


UTOPIA, Bernard Lavilliers

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11/03/2009

Crossroad

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Que j’aimerais pouvoir à nouveau sculpter une belle suite d’accords, y peindre simplement une jolie mélodie, pouvoir à nouveau caresser des cœurs, toucher des âmes avec mes parfums d’essences florales ou de souffre et d’acide. Et dire avec mes mots le dédale de mes errances joyeuses ou suppliantes. Ma quête de clochard céleste.

 

« Quarante-quatre ans c’est l’âge de la vitesse de croisière. Vous devez avoir donné l’impulsion maximale pour vous désorbiter, et à la mi-quarantaine être en mesure de considérer la vieillesse, et la mort qui lui est corollaire, pente sur laquelle vous êtes désormais sur le point de basculer, si ce n’est déjà fait, comme la plus grande chose qui puisse vous arriver. »

Maurice G. Dantec, Le Théâtre des opérations 2002-2006. American Black Box

 

Je suis là, à bientôt 44 ans, à tourner sur moi-même devant le vide du ciel, ou son trop plein que je n’arrive pas à appréhender avec l’assurance nécessaire. Certains jours un Appel se fait entendre qui me tire vers le précipice de la Foi, là où il est probablement indispensable de la mettre en abime. Et je perds pieds au quotidien face au gouffre. Comprends-tu ami lecteur ? Dans le même livre de Maurice G. Dantec, American Black Box, l’auteur écrit :

 

« L’an dernier, ma slavophilie menaça de tout emporter dans une conversion à l’Orthodoxie russe.

Mais un certain nombre de lectures, dont les Pères de l’Église, et de nouveau Léon Bloy finirent par consolider une position éminemment centrale. Alors que je me rendais à Paris, ce printemps, le 18 mars, la veille de l’attaque américaine en Irak (comme en 1999, lorsque la sortie de Babylon Babies coïncida avec l’opération aérienne au Kosovo), je savais que ce séjour serait le déterminant actif, celui par qui la décision finale, sans doute, se jouerait.

Ce n’est pas de la superstition. C’était l’évidence.

À tel point que même devant les marchands du temple, vendeurs de saucisses et de T-shirts, entassés sur le parvis millénaire de Notre-Dame, je ne pus m’empêcher de pénétrer en la sainte cathédrale à la suite d’une horde de touristes à Caméscope, puis, cherchant un peu de solitude à l’abri d’un pilier de l’allée, je me mis à écouter la messe, à proximité d’une petite communauté de fidèles, absolument inattentifs au cirque touristico-digital-polaroïd qui me promenait un peu partout, en short ! (Il n’y a pas pire salissure, selon moi, qu’un touriste en short dans une église, à l’exception d’une bande de soudards enivrés, ou de sans-culottes instruits de haute philosophie.)

Mais, comme j’aurai l’occasion d’y revenir plus loin, si à mon retour la décision était prise, baptême catholique sans plus tarder et donc catéchuménat, je n’étais pas au bout de mes peines.

À ceux qui me lisent et qui sont déjà baptisés, qu’ils s’en foutent ou qu’ils croient, peu importe : en fait ils sont sauvés.

Mais moi, moi qui veux rejoindre l’Église, dans la terrible clarté d’un acte adulte, je la vois comme s’enfuir loin de moi. À chaque fois que je fais un pas dans sa direction, elle en fait deux dans celle opposée.

Le baptême, nécessité impérieuse, folle, inexpugnable, et parfois comme quasi impossible. »

 

La catholicité mise à part, moi étant plutôt tenté par l’église orthodoxe par pure serbité en premier lieu et par désaccord avec le « filioque » également, je suis dans une phase de ce type aussi, probablement à un degré moindre car au moment où Dantec écrit ces lignes il a prit des décisions de catéchisme et de volonté dévotionnelle à sa mesure, ce qui n’est pas mon cas encore.

 

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10/03/2009

Radeau

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Mille pensées différentes m’assaillent. Mon état physique. Ces vingt dernières années. Ma situation professionnelle et sociale. Ma vie que raconte, d’une certaine façon, mon écriture. Mon écriture qui prolonge ma vie, mais je ne parle pas, ici, dans le domaine du temps. Je parle du milieu même de l’écriture, de la redoutable synesthésie qu’elle opère en moi, aiguisant ma conscience, me donnant des armes. Je pense à tout ça, non sous forme de bilan, mais comme un défilé, une cohorte bariolée d’images ivres, joyeuses et douloureuses. Les frôlements du bonheur, parfois. La mort, déjà, présente et me clignant de l’œil. Salope ! O rivages d’aube ouverts. Règne supérieur. Tourbe, sel et sable. Vents. Pluies. Possibles qui se roulent à l’orée guettant la vive présence qui les fera advenir ou se dissoudre dans la poubelle de l’histoire. J’ai traversé ce lieu funeste et tenté de vivre en homme. 

 

 

Jeune je voulais marier l’insolence et la beauté. Convulsion post-surréaliste. Puis le temps a fait son œuvre. Et le temps ne triche pas. C’est nous qui tentons constamment le subterfuge, la dérobade, la tricherie. Le temps vient nous réclamer sans arrêt les examens de passage. L’expérience. Fais tes preuves le loustic. 

Je suis ce que je suis. Je tiens le rôle qui est le mien. Avec difficulté. Tentant d’en écrire, selon mes modestes moyens, quelques luxuriances, à défaut d’en écrire le scénario, pour faire référence à un débat constant que j’eus jadis avec un ami qui soutenait que la volonté n’existe pas contre mon avis nietzschéen. Le temps, donc, cœur central de l’art, (fixations dans la trame de sa géhenne d’instants qui transcendent notre condition d’épaves portées par son impétueux torrent) cœur central de la pensée depuis la chute, qui me fait prendre la mesure de mon âge, du chemin parcouru, de l’œuvre tentée et non réalisée et du sentiment d’échec qui est une tentation à combattre (ô démon de la pesanteur) pour tenir debout comme un homme, du socle qui est le mien, de ma fondation, de mon chantier. J’ai écrit quelques chansons, fait souffrir mes doigts sur des guitares qu’il me fallait dompter, joué de la plume trempée dans mon sang sur les pages vierges de mes viols de survie, me suis marié et fait des enfants. Et je me démerde chaque jour que Dieu fait avec cette route qui est la mienne. Si je suis la preuve que la volonté n’existe pas, j’aurai plutôt tendance à croire que je n’ai tout simplement pas la volonté en question en moi car noué par un fatras de nœuds que je n’ai pas réussi à dénouer ou eu le courage de trancher d’un coup d’épée décisif. Le corps cloué sur mon radeau, transfuge d’un long hiver qui n’en finit plus, au milieu de la dérive tectonique des continents, point insignifiant dans la multitude du monde. Je ne grandis plus mais je vieilli. Mais je tente l’évolution, la poursuite du chemin sans lacune. L’apprentissage. Aux pays des morts. 

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Couple...

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« Je suis pour l’amour absolu avec tout ce qu’il a d’infâme ou de resplendissant. Et aussi pour ces bons petits coïts de compère à commère, à la va-vite entre deux portes ou bien à l’aise quand le besoin vous prend. Mais j’exècre les accords mondains, où le sentiment s’abaisse et la friction se hausse, ces accords de monnaie courante qui vivotent d’accommodements et d’omissions ; plutôt que de vivre une telle passion fade, je préférerais me nourrir de croutons frottés de bran à la lueur d’un puant godet de pétrole lampant à usage domestique. »

Louis Scutenaire, Mes inscriptions 1943-1944

 

La vie de couple est une fausse paix hypocrite. Ça a la couleur et le goût de l’amour, mais ce n’est pas de l’amour. Mais, comme disait Apollinaire, Dieu merci « J’ai dans ma maison, une épouse dotée de raison »

 

« Aucune amitié ne peut assumer ce que le mariage exige. » écrit Hannah Arendt dans son Journal de la pensée, décembre 1950, « L’amour, lui, le peut lorsque le mariage en tant qu’institution est réduit à néant en vertu de la libre décision de deux êtres. »

 

 

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09/03/2009

Guerre

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« Gardez-vous donc toujours prodigue. La création artistique […] est la guerre même. Et vous êtes guerrier. »

Saint-John Perse, à Igor Stravinski, Washington, 25 janvier 1962

 

Enfant que ce temps a pétri et au sein duquel je me débat, avec violence, dans l’atrocité de la tâche, il arrive que mon intériorité fusionne aux circonstances et conditions extérieures et alors, avant même que je ne me sois saisi d’un stylo pour me tailler un chemin praticable à travers la multitude… c’est la guerre.

 

« Autrement dit, la liberté ne peut se concevoir que comme le lieu d’un sacrifice particulier où l’homme doit se séparer de lui-même et de tous les autres pour pouvoir se trouver et engager le dialogue avec eux. »

Maurice Dantec, Le Théâtre des opérations 2000-2001. Laboratoire de catastrophe générale


Bâtir et faire habiter... mais le recours aux forêts, d'abord, s'impose...

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Polisseurs de l'Être

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Je suis touché au plus profond à l’évocation des petits métiers, des petites taches journalières, des artisans, des paysans, à l’évocation de tous ces polisseurs de verres au quotidien auxquels nous ne prêtons plus attention, j’assiste alors médusé, à une sorte de recension des fonctionnaires de l’être. Il doit bien exister quelque part un éboueur lecteur de Spinoza qui se transperce le cerveau de questions pointues, autant que j’existe , moi, magasinier à la Fnac, lecteur de Nietzsche, trainant mon incarnation dans la fournaise impitoyable de la banalité broyante. Un éboueur, aristocrate crasseux, qui nous lave de notre merde, nos déchets de bien portants et y trouve pâture à une méditation métaphysique. Un qui rejoindrait l’essence des choses et qui, par sa vie, chanterait l’être.

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08/03/2009

Fièvre

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Ô Dames lascives, corps huilés,

effleurez-moi l’épiderme de vos colliers,

vos bagues d’or et vos boucles d’oreilles tressées.

L’encens brule dans les coupes.

Brûle aussi le vin

dans les verres scintillants

à la flamme des bougies.

Les percussions rythment

le flux et le reflux des déplacements

chaleur de l’air

senteurs de musc

pâleur écarlate

effluves de sueur

palpitation holoscopique

comme si tout était

dans le moindre souffle, Tout dans

le moindre brin de respiration

haletante et sainte dans son péché.

Douce décadence de l’extase,

violente extase en l’âtre blasphématoire

de ma carne désossée.

Cyclone de l’équateur.

 

J’ai monté les marches, ouvert la porte, estimé les lieux et me suis engouffré dans l’alcôve moite et chaude comme un cœur agonisant.

 

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La tension et l’écorchure

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Les qualités que la société exige avec insistance de nous pour en gravir les échelons illusoires et sanglants ne sont pas les qualités qui font les artistes, les guerriers chevaleresques, les moines, les chercheurs et les saints. Une morale sans transcendance. La fosse à purin. Prédateurs. Egocentriques. Névrosés. Puritains. Grenouilles de bénitier pontifical ou crapauds de barrique à pinard laïc. Je suis du côté des jésuites contre les jansénistes. Malgré la force d’un Pascal qui a, par ses pensées, balisé des aires de réflexion dont on ne peut faire l’économie. On peut s’amuser à éviter Pascal, mais sa manière de questionner l’angoisse qui l’étreint (et dont il tire son espérance) est difficilement destructible. La flamme de la foi qui vient de bruler est une extase, dans une certaine mesure, contaminante. Mais je ne suis pas un contempteur du corps, cette enveloppe charnelle qui porte la tension et l’écorchure que je suis sur le champ de bataille du monde.

 

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Privilège

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Quel privilège que de vivre cette vie éphémère !

 

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07/03/2009

Comédie

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Au milieu de la comédie sociale avoir un sens aigu de sa propre contingence. Refuser la mythologie d’une rédemption politique. Quelle qu’elle soit. Après, avancer du mieux que l’ont peut, avec ses semblants de certitudes, évidente propension à s’adonner à des illusions pécheresses qui trompent l’âme en semblant, pour quelques fulgurants instants, arrêter le temps et le cours des âges. Face à tout ça, s’en remettre à Dieu, en espérant qu’il existe.

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Oui

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Tous mes échecs, mes rêves perdus, mes défaites au goût de sel. Toutes mes piètres souffrances face au trou noir du monde. Et mes délices, aussi, sous le dôme oculaire du ciel. Je suis prêt, oui, à les revivre, comme un nécessaire et joyeux redéploiement. Je suis prêt, oui, à dire « oui ». 

J’écris tout ça la sueur au front, moi même porté par l’oblat de mon acte qui me fait oublier que vivre est peut-être un malentendu. Suis-je moi, ou l’autre ? Celui qui parle tel un druide ? Celui qui s’anéanti entre ces quatre murs pour accéder à la part manquante ? Vivre, ne serait-ce plutôt — surement — une lumineuse nécessité ? Tenir tête au vertige et prendre place dans la spirale comme on prendrait place dans un manège de foire ? J’écris, certes, pour guérir. J’écris aussi pour les hommes… j’écris pour les femmes. Je veux dire pour la vision saisissante que m’envoie la Femme. Seigneur, je pourrais dire que j’écris ces lignes tortueuses comme des chemins de traverse, avec l’abîme au bout de la bouche, ou plutôt l’abîme m’enserrant le cœur, les entrailles dans sa main de fer noir. J’écris pour toutes les saintes, les salopes, les amantes, les mères, les sœurs, les douces les tendres amies, les dévergondées et les putains, toutes les suceuses de queues qui nous abreuvent de leurs sucs, leurs parfums de crèmes ou de sueurs, leurs purifications menstruelles ou leurs pertes blanches, leurs sèves saines ou nauséabondes, nous soulèvent dans les airs où nous piétinent, mais finissent toujours par bruler nos cervelles à la lueur de leurs bougies en nous enfonçant des aiguilles dans la moelle épinière comme dans des poupées en terre vaudou. On se retrouve alors vidés, livides, la bite pantelante, en descente sur l’Orénoque, ou alors grandis, jouisseurs et forts comme la mort et même plus. En partance pour les sentiers anciens, celle que raconte John Lee Hooker dans ses blues humides, la guitare désaccordée, le bourbon suintant  sa tourbe aux commissures de ses lèvres ; celle que raconte Jim Morrison dans Soul Kitchen ou The End, Wagner dans Tristan et Yseult… où le Seigneur Dieu lui-même dès les premières pages de la Genèse. C’est une histoire de damnation, de foyer perdu, d’enfance soudoyée, de crime et d’inceste, où l’amour et la haine, la paix et la violence sont les deux extrémités d’une même pièce qui se conjugue toujours en simultané !

 

 

 

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