Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

13/03/2009

Vertueux

=--=Publié dans la Catégorie "Humeurs Littéraires..."=--=

 

Les vertueux ont la foi pure. Gigantesques dans leur dévotion moisie, ils sont vieux avant que de l’être. Courbés et anachroniques. Ils vont apporter la rédemption à l’humanité en enserrant les corps dans des catafalques noirs pour ceinturer les seins, les fesses et leurs croupes. Leurs queues et leurs vulves ont l’imagination courte. Mais ils ont assez d’imagination pour faire œuvre de civilisation, croient-ils, dans l’attente de la parousie sanctificatrice.

En attendant, connaissent-ils ces chairs qui se caressent, se malaxent, et s’extasient, ces palpitations cardiaques qui aèrent la cervelle jusqu’à la déglinguer ? le souffle hachuré, le tremblement merveilleux, le frisson entre deux corps comme un ras de marée que l’on ne prévient jamais et qui envahit tout ? on parvient, parfois, à calculer et mesurer le cours même de l’histoire, à évaluer des intelligences, à détourner le destin de sa voie toute tracée, mais l’amour et le désir ne peuvent s’apprivoiser. Aucun scalpel du questionnement humain ne parviendra jamais à en défaire l’épiderme, les muscles et les nerfs. La dissection en est impossible. Lorsque l’être aimé devient le centre gravitationnel autour duquel absolument tout se joue, se noue et se défait, on n’est plus au royaume de la raison, mais dans une nef des fous. Et les puritains n’ont pour ce phénomène que des condamnations diaboliques à vociférer.

 

07:00 Publié dans Humeurs Littéraires | Lien permanent | Commentaires (2) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

12/03/2009

Acte

=--=Publié dans la Catégorie "Humeurs Littéraires..."=--=

Ecrire c’est attendre tout de cet acte.

J’ai mis du temps à comprendre que ma douleur ne pouvait en aucun cas me servir de masque. Je suis comme je suis. Avec ma face, avec mes mains, avec mon corps entier, et mes regards où transparaissent mes hantises intimes. Du coup, j’aime être seul le plus souvent possible car j’ai une sainte horreur d’avoir à justifier ma ride sur le front née de mes inquiétudes, juste sous la cicatrice dont j’ai hérité d’une chute à quatre ans en ex-Yougoslavie. Marque de Caïn. C’est vrai. Ma douleur est bien moi. De bout en bout mais je tiens debout. Un cri jamais véritablement sorti de ma gueule qui a passé des années à errer dans les entrelas de ma chair et de mon réseaux nerveux avant que de se dissoudre avec le temps dans une sorte d’acceptation pleine de félicité. Je suis quelqu’un sans importance, voyez-vous, je vis et je meurs en silence dans mon désert aux murailles de vents et de silice. Je l’écris juste comme je peux. Peut-être pour porter témoignage de la banalité d’un parcours. Porter témoignage, c’est-à-dire, en grec, être martyre.

 

19:21 Publié dans Humeurs Littéraires | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Inattendu

=--=Publié dans la Catégorie "Humeurs Littéraires..."=--=

Il y avait ici, un possible que la régression générale interdit de concevoir. Les utopies sont des farces qui ne laissent entrevoir en partie visible que de sordides mythifications kitchs et moisies de ce possible alors qu’elles cachent sous le calme apparent de la nappe aquatique les meurtres génocidaires muets, sourds et aveugles. Une graine en demeure en attente. Elle ressurgira au cœur même du fumier selon des voies inattendues. 


UTOPIA, Bernard Lavilliers

17:30 Publié dans Humeurs Littéraires | Lien permanent | Commentaires (3) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

11/03/2009

Crossroad

=--=Publié dans la Catégorie "Humeurs Littéraires..."=--=

 

Que j’aimerais pouvoir à nouveau sculpter une belle suite d’accords, y peindre simplement une jolie mélodie, pouvoir à nouveau caresser des cœurs, toucher des âmes avec mes parfums d’essences florales ou de souffre et d’acide. Et dire avec mes mots le dédale de mes errances joyeuses ou suppliantes. Ma quête de clochard céleste.

 

« Quarante-quatre ans c’est l’âge de la vitesse de croisière. Vous devez avoir donné l’impulsion maximale pour vous désorbiter, et à la mi-quarantaine être en mesure de considérer la vieillesse, et la mort qui lui est corollaire, pente sur laquelle vous êtes désormais sur le point de basculer, si ce n’est déjà fait, comme la plus grande chose qui puisse vous arriver. »

Maurice G. Dantec, Le Théâtre des opérations 2002-2006. American Black Box

 

Je suis là, à bientôt 44 ans, à tourner sur moi-même devant le vide du ciel, ou son trop plein que je n’arrive pas à appréhender avec l’assurance nécessaire. Certains jours un Appel se fait entendre qui me tire vers le précipice de la Foi, là où il est probablement indispensable de la mettre en abime. Et je perds pieds au quotidien face au gouffre. Comprends-tu ami lecteur ? Dans le même livre de Maurice G. Dantec, American Black Box, l’auteur écrit :

 

« L’an dernier, ma slavophilie menaça de tout emporter dans une conversion à l’Orthodoxie russe.

Mais un certain nombre de lectures, dont les Pères de l’Église, et de nouveau Léon Bloy finirent par consolider une position éminemment centrale. Alors que je me rendais à Paris, ce printemps, le 18 mars, la veille de l’attaque américaine en Irak (comme en 1999, lorsque la sortie de Babylon Babies coïncida avec l’opération aérienne au Kosovo), je savais que ce séjour serait le déterminant actif, celui par qui la décision finale, sans doute, se jouerait.

Ce n’est pas de la superstition. C’était l’évidence.

À tel point que même devant les marchands du temple, vendeurs de saucisses et de T-shirts, entassés sur le parvis millénaire de Notre-Dame, je ne pus m’empêcher de pénétrer en la sainte cathédrale à la suite d’une horde de touristes à Caméscope, puis, cherchant un peu de solitude à l’abri d’un pilier de l’allée, je me mis à écouter la messe, à proximité d’une petite communauté de fidèles, absolument inattentifs au cirque touristico-digital-polaroïd qui me promenait un peu partout, en short ! (Il n’y a pas pire salissure, selon moi, qu’un touriste en short dans une église, à l’exception d’une bande de soudards enivrés, ou de sans-culottes instruits de haute philosophie.)

Mais, comme j’aurai l’occasion d’y revenir plus loin, si à mon retour la décision était prise, baptême catholique sans plus tarder et donc catéchuménat, je n’étais pas au bout de mes peines.

À ceux qui me lisent et qui sont déjà baptisés, qu’ils s’en foutent ou qu’ils croient, peu importe : en fait ils sont sauvés.

Mais moi, moi qui veux rejoindre l’Église, dans la terrible clarté d’un acte adulte, je la vois comme s’enfuir loin de moi. À chaque fois que je fais un pas dans sa direction, elle en fait deux dans celle opposée.

Le baptême, nécessité impérieuse, folle, inexpugnable, et parfois comme quasi impossible. »

 

La catholicité mise à part, moi étant plutôt tenté par l’église orthodoxe par pure serbité en premier lieu et par désaccord avec le « filioque » également, je suis dans une phase de ce type aussi, probablement à un degré moindre car au moment où Dantec écrit ces lignes il a prit des décisions de catéchisme et de volonté dévotionnelle à sa mesure, ce qui n’est pas mon cas encore.

 

07:14 Publié dans Humeurs Littéraires | Lien permanent | Commentaires (2) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

10/03/2009

Radeau

=--=Publié dans la Catégorie "Humeurs Littéraires..."=--=

Mille pensées différentes m’assaillent. Mon état physique. Ces vingt dernières années. Ma situation professionnelle et sociale. Ma vie que raconte, d’une certaine façon, mon écriture. Mon écriture qui prolonge ma vie, mais je ne parle pas, ici, dans le domaine du temps. Je parle du milieu même de l’écriture, de la redoutable synesthésie qu’elle opère en moi, aiguisant ma conscience, me donnant des armes. Je pense à tout ça, non sous forme de bilan, mais comme un défilé, une cohorte bariolée d’images ivres, joyeuses et douloureuses. Les frôlements du bonheur, parfois. La mort, déjà, présente et me clignant de l’œil. Salope ! O rivages d’aube ouverts. Règne supérieur. Tourbe, sel et sable. Vents. Pluies. Possibles qui se roulent à l’orée guettant la vive présence qui les fera advenir ou se dissoudre dans la poubelle de l’histoire. J’ai traversé ce lieu funeste et tenté de vivre en homme. 

 

 

Jeune je voulais marier l’insolence et la beauté. Convulsion post-surréaliste. Puis le temps a fait son œuvre. Et le temps ne triche pas. C’est nous qui tentons constamment le subterfuge, la dérobade, la tricherie. Le temps vient nous réclamer sans arrêt les examens de passage. L’expérience. Fais tes preuves le loustic. 

Je suis ce que je suis. Je tiens le rôle qui est le mien. Avec difficulté. Tentant d’en écrire, selon mes modestes moyens, quelques luxuriances, à défaut d’en écrire le scénario, pour faire référence à un débat constant que j’eus jadis avec un ami qui soutenait que la volonté n’existe pas contre mon avis nietzschéen. Le temps, donc, cœur central de l’art, (fixations dans la trame de sa géhenne d’instants qui transcendent notre condition d’épaves portées par son impétueux torrent) cœur central de la pensée depuis la chute, qui me fait prendre la mesure de mon âge, du chemin parcouru, de l’œuvre tentée et non réalisée et du sentiment d’échec qui est une tentation à combattre (ô démon de la pesanteur) pour tenir debout comme un homme, du socle qui est le mien, de ma fondation, de mon chantier. J’ai écrit quelques chansons, fait souffrir mes doigts sur des guitares qu’il me fallait dompter, joué de la plume trempée dans mon sang sur les pages vierges de mes viols de survie, me suis marié et fait des enfants. Et je me démerde chaque jour que Dieu fait avec cette route qui est la mienne. Si je suis la preuve que la volonté n’existe pas, j’aurai plutôt tendance à croire que je n’ai tout simplement pas la volonté en question en moi car noué par un fatras de nœuds que je n’ai pas réussi à dénouer ou eu le courage de trancher d’un coup d’épée décisif. Le corps cloué sur mon radeau, transfuge d’un long hiver qui n’en finit plus, au milieu de la dérive tectonique des continents, point insignifiant dans la multitude du monde. Je ne grandis plus mais je vieilli. Mais je tente l’évolution, la poursuite du chemin sans lacune. L’apprentissage. Aux pays des morts. 

17:00 Publié dans Humeurs Littéraires | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Couple...

=--=Publié dans la Catégorie "Humeurs Littéraires..."=--=

 

« Je suis pour l’amour absolu avec tout ce qu’il a d’infâme ou de resplendissant. Et aussi pour ces bons petits coïts de compère à commère, à la va-vite entre deux portes ou bien à l’aise quand le besoin vous prend. Mais j’exècre les accords mondains, où le sentiment s’abaisse et la friction se hausse, ces accords de monnaie courante qui vivotent d’accommodements et d’omissions ; plutôt que de vivre une telle passion fade, je préférerais me nourrir de croutons frottés de bran à la lueur d’un puant godet de pétrole lampant à usage domestique. »

Louis Scutenaire, Mes inscriptions 1943-1944

 

La vie de couple est une fausse paix hypocrite. Ça a la couleur et le goût de l’amour, mais ce n’est pas de l’amour. Mais, comme disait Apollinaire, Dieu merci « J’ai dans ma maison, une épouse dotée de raison »

 

« Aucune amitié ne peut assumer ce que le mariage exige. » écrit Hannah Arendt dans son Journal de la pensée, décembre 1950, « L’amour, lui, le peut lorsque le mariage en tant qu’institution est réduit à néant en vertu de la libre décision de deux êtres. »

 

 

06:55 Publié dans Humeurs Littéraires | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

09/03/2009

Guerre

=--=Publié dans la Catégorie "Humeurs Littéraires..."=--=

 

« Gardez-vous donc toujours prodigue. La création artistique […] est la guerre même. Et vous êtes guerrier. »

Saint-John Perse, à Igor Stravinski, Washington, 25 janvier 1962

 

Enfant que ce temps a pétri et au sein duquel je me débat, avec violence, dans l’atrocité de la tâche, il arrive que mon intériorité fusionne aux circonstances et conditions extérieures et alors, avant même que je ne me sois saisi d’un stylo pour me tailler un chemin praticable à travers la multitude… c’est la guerre.

 

« Autrement dit, la liberté ne peut se concevoir que comme le lieu d’un sacrifice particulier où l’homme doit se séparer de lui-même et de tous les autres pour pouvoir se trouver et engager le dialogue avec eux. »

Maurice Dantec, Le Théâtre des opérations 2000-2001. Laboratoire de catastrophe générale


Bâtir et faire habiter... mais le recours aux forêts, d'abord, s'impose...

17:55 Publié dans Humeurs Littéraires | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Polisseurs de l'Être

=--=Publié dans la Catégorie "Humeurs Littéraires..."=--=

 

Je suis touché au plus profond à l’évocation des petits métiers, des petites taches journalières, des artisans, des paysans, à l’évocation de tous ces polisseurs de verres au quotidien auxquels nous ne prêtons plus attention, j’assiste alors médusé, à une sorte de recension des fonctionnaires de l’être. Il doit bien exister quelque part un éboueur lecteur de Spinoza qui se transperce le cerveau de questions pointues, autant que j’existe , moi, magasinier à la Fnac, lecteur de Nietzsche, trainant mon incarnation dans la fournaise impitoyable de la banalité broyante. Un éboueur, aristocrate crasseux, qui nous lave de notre merde, nos déchets de bien portants et y trouve pâture à une méditation métaphysique. Un qui rejoindrait l’essence des choses et qui, par sa vie, chanterait l’être.

07:00 Publié dans Humeurs Littéraires | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

08/03/2009

Fièvre

=--=Publié dans la Catégorie "Humeurs Littéraires..."=--=

 

Ô Dames lascives, corps huilés,

effleurez-moi l’épiderme de vos colliers,

vos bagues d’or et vos boucles d’oreilles tressées.

L’encens brule dans les coupes.

Brûle aussi le vin

dans les verres scintillants

à la flamme des bougies.

Les percussions rythment

le flux et le reflux des déplacements

chaleur de l’air

senteurs de musc

pâleur écarlate

effluves de sueur

palpitation holoscopique

comme si tout était

dans le moindre souffle, Tout dans

le moindre brin de respiration

haletante et sainte dans son péché.

Douce décadence de l’extase,

violente extase en l’âtre blasphématoire

de ma carne désossée.

Cyclone de l’équateur.

 

J’ai monté les marches, ouvert la porte, estimé les lieux et me suis engouffré dans l’alcôve moite et chaude comme un cœur agonisant.

 

18:16 Publié dans Humeurs Littéraires | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

La tension et l’écorchure

=--=Publié dans la Catégorie "Humeurs Littéraires..."=--=

 

Les qualités que la société exige avec insistance de nous pour en gravir les échelons illusoires et sanglants ne sont pas les qualités qui font les artistes, les guerriers chevaleresques, les moines, les chercheurs et les saints. Une morale sans transcendance. La fosse à purin. Prédateurs. Egocentriques. Névrosés. Puritains. Grenouilles de bénitier pontifical ou crapauds de barrique à pinard laïc. Je suis du côté des jésuites contre les jansénistes. Malgré la force d’un Pascal qui a, par ses pensées, balisé des aires de réflexion dont on ne peut faire l’économie. On peut s’amuser à éviter Pascal, mais sa manière de questionner l’angoisse qui l’étreint (et dont il tire son espérance) est difficilement destructible. La flamme de la foi qui vient de bruler est une extase, dans une certaine mesure, contaminante. Mais je ne suis pas un contempteur du corps, cette enveloppe charnelle qui porte la tension et l’écorchure que je suis sur le champ de bataille du monde.

 

15:09 Publié dans Humeurs Littéraires | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Privilège

=--=Publié dans la Catégorie "Humeurs Littéraires..."=--=

 

Quel privilège que de vivre cette vie éphémère !

 

07:01 Publié dans Humeurs Littéraires | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

07/03/2009

Comédie

=--=Publié dans la Catégorie "Humeurs Littéraires..."=--= 

 

Au milieu de la comédie sociale avoir un sens aigu de sa propre contingence. Refuser la mythologie d’une rédemption politique. Quelle qu’elle soit. Après, avancer du mieux que l’ont peut, avec ses semblants de certitudes, évidente propension à s’adonner à des illusions pécheresses qui trompent l’âme en semblant, pour quelques fulgurants instants, arrêter le temps et le cours des âges. Face à tout ça, s’en remettre à Dieu, en espérant qu’il existe.

17:57 Publié dans Humeurs Littéraires | Lien permanent | Commentaires (1) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Oui

=--=Publié dans la Catégorie "Humeurs Littéraires..."=--=

 

Tous mes échecs, mes rêves perdus, mes défaites au goût de sel. Toutes mes piètres souffrances face au trou noir du monde. Et mes délices, aussi, sous le dôme oculaire du ciel. Je suis prêt, oui, à les revivre, comme un nécessaire et joyeux redéploiement. Je suis prêt, oui, à dire « oui ». 

J’écris tout ça la sueur au front, moi même porté par l’oblat de mon acte qui me fait oublier que vivre est peut-être un malentendu. Suis-je moi, ou l’autre ? Celui qui parle tel un druide ? Celui qui s’anéanti entre ces quatre murs pour accéder à la part manquante ? Vivre, ne serait-ce plutôt — surement — une lumineuse nécessité ? Tenir tête au vertige et prendre place dans la spirale comme on prendrait place dans un manège de foire ? J’écris, certes, pour guérir. J’écris aussi pour les hommes… j’écris pour les femmes. Je veux dire pour la vision saisissante que m’envoie la Femme. Seigneur, je pourrais dire que j’écris ces lignes tortueuses comme des chemins de traverse, avec l’abîme au bout de la bouche, ou plutôt l’abîme m’enserrant le cœur, les entrailles dans sa main de fer noir. J’écris pour toutes les saintes, les salopes, les amantes, les mères, les sœurs, les douces les tendres amies, les dévergondées et les putains, toutes les suceuses de queues qui nous abreuvent de leurs sucs, leurs parfums de crèmes ou de sueurs, leurs purifications menstruelles ou leurs pertes blanches, leurs sèves saines ou nauséabondes, nous soulèvent dans les airs où nous piétinent, mais finissent toujours par bruler nos cervelles à la lueur de leurs bougies en nous enfonçant des aiguilles dans la moelle épinière comme dans des poupées en terre vaudou. On se retrouve alors vidés, livides, la bite pantelante, en descente sur l’Orénoque, ou alors grandis, jouisseurs et forts comme la mort et même plus. En partance pour les sentiers anciens, celle que raconte John Lee Hooker dans ses blues humides, la guitare désaccordée, le bourbon suintant  sa tourbe aux commissures de ses lèvres ; celle que raconte Jim Morrison dans Soul Kitchen ou The End, Wagner dans Tristan et Yseult… où le Seigneur Dieu lui-même dès les premières pages de la Genèse. C’est une histoire de damnation, de foyer perdu, d’enfance soudoyée, de crime et d’inceste, où l’amour et la haine, la paix et la violence sont les deux extrémités d’une même pièce qui se conjugue toujours en simultané !

 

 

 

11:05 Publié dans Humeurs Littéraires | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

06/03/2009

Hors la crypte...

=--=Publié dans la Catégorie "Humeurs Littéraires..."=--=


Est-ce que mon lecteur peut, après avoir quitté les mots qui sont les miens et s’être engouffré dans son quotidien pavé de repères bien connus, régurgiter quelques parcelles de ma cervelle dans ce qu’il peut penser et dire de la réalité qu’il appréhende ? Est-ce que le souffle qui est le mien, ou tout du moins ce souffle qui Me traverse et que je communique comme un flux qui m’emporte bien souvent par-delà moi-même, parvient à insuffler un peu d’air dans les terres en manque de fertilité, les sols en jachère, durcis par l’abandon, en proie aux intempéries, dans l’attente du socle de la charrue ? Mon expérience vive porte-t-elle des fruits pour autrui ?

"Aux Poètes

Tout comme un jour de fête, afin de voir son champ,
Le matin sort un paysan, quand de toute la nuit
Ardente les éclairs n’ont cessé de tomber, rafraîchissants,
Et que dans les lointains résonne encore le tonnerre,
Le fleuve de nouveau s’avance entre ses rives,
Le sol avec fraîcheur se fait tout verdoyant
Et la pluie bienfaisante du ciel
Ruisselle de la vigne ; étincelants, debout
Dans la paix du soleil sont les arbres de la futaie.

De même ainsi, debout sous un temps favorable
Sont ceux, formés non par un maître seul,
Mais par la merveilleuse, l’omniprésente en son très doux
Embrassement, la puissante, la divinement belle Nature.
Et c’est pourquoi, dans ce temps de l’année où elle semble
dormir
Au ciel ou dans les plantes ou les gens,
Alors s’endeuille aussi la face des poètes
Qui semblent être abandonnés ; pourtant toujours ils sont
Pressentiment, car elle aussi dans son repos n’est que
pressentiment

Or maintenant il fait jour ! J’ai patienté et je l’ai vu venir ;
Oh ! que cette voyance, ce sanctuaire soit mon verbe !
Celle en effet, celle-même qui est plus vieille que les
temps
Et par-delà les dieux du Soir et de l’Orient
Existe, la Nature, à présent, se réveille au froissement des
armes,
Et du haut de l’Éther au profond de l’abîme.
Selon la loi très immuable, comme autrefois, surgi hors du
Chaos sacré
L’enthousiasme flamboie et se sent neuf,
De toutes choses à nouveau, le créateur.

Et tel pour l’homme, un feu s’allume dans son œil
S’il entreprend quelque tâche sublime, tels de nouveau
Les signes, maintenant, et les actes du monde
Font s’allumer un feu dans l’âme des poètes.
Et tout ce qui s’était accompli jusque-là, pourtant à peine
ressenti,
Ne vient que maintenant à l’évidence,
Et celles, souriant, qui nous avaient travaillé notre champ
Ainsi que des servantes, elles sont révélées,
Les très vivantes, ces puissances des dieux !

T’inquiéterais-tu d’elles ? Leur esprit souffle dans ce chant
Que le soleil du jour et que la chaude terre
Ont libéré, et ces orages, qui habitent les airs, et ces
autres
Plus amplement mûris au creux profond du temps,
De pire augure et bien plus près de notre intelligence,
Qui vont errant entre le ciel et la terre, ou bien parmi les
peuples ;
De l’esprit unanime, ce sont les pensées
Qui viennent s’achever et trouvent le repos dans l’âme des
poètes.

Ah ! qu’elles soient promptes à la toucher, cette âme
depuis longtemps
En contact avec l’infini, et toute frémissante encore
Du souvenir, afin qu’incendiée par le rayon sacré
Elle accomplisse avec bonheur ce fruit né dans l’amour,
Œuvre des dieux et de l’homme : son hymne
Qui se fait leur témoin réciproque.
Ainsi tomba, les poètes l’ont dit, sur le palais de Sémélé
Cette foudre divine, après son vœu de contempler le dieu
Dans sa splendeur, lorsque cendre au sein de la mort, elle
enfanta,
Fruit de l’orage, Bacchus le sacré.

Au feu du ciel, dès lors, ils peuvent s’abreuver
Maintenant sans péril, les enfants de la terre.
Mais c’est à nous, pourtant, sous les orages de Dieu,
O poètes ! à nous qu’il appartient de se dresser et tête nue,
C’est à nous de saisir de notre propre main
Jusqu’au rayon du Père et de le tendre ainsi,
Recélé dans le Chant, ce don du ciel, de l’offrir aux
nations ;
Car c’est nous, entre tous, qui sommes de cœur pur
Ainsi que des enfants, et nos mains ne sont qu’innocence.

Venu du Père, et pur, l’éclair ne le brûlera point,
Bien qu’ébranlé profondément, souffrant en compassion
Les souffrances d’un dieu, ce cœur en son éternité
Qui pourtant reste inébranlable.


HölderlinHymnes, élégies et autres poèmes

« Je dis d’emblée que je ne suis pas maîtresse des mots qui vont suivre : ils coulent de source. Plutôt, une lymphe couleur d’encre suinte de la paroi en peau qui limite le gouffre que je suis pour ma solitude. Cela, parce que je ne puis rien dire que je n’aie éprouvé. Eprouvé il y a du temps. Du temps a coulé en moi, il est devenu mon temps — que j’exsude, et qui goutte en mots.
Si les mots coulent de source, ma pensée, elle, tâtonne. Je vois (physiquement, ai-je envie de dire) ma pensée tâtonner en avant des mots entrainés par le tâtonnement ; c’est paradoxal. C’est que le sentiment de solitude est paradoxal.
Et contradictoire.
Si je le suis à la trace, mes propos aussi auront l’air contradictoire. Il se pourrait qu’ils ne soient pas tout à fait conformes à ce que j’aimerais qu’ils soient. Or, je dois suivre ma pente, laquelle commande la nature et l’allure des mots. Ainsi je me hasarde dans une forêt presque hercynienne, en rêvant d’une clairière sacrée (d’un nemeton) au bout du tracé consciencieux.
Parce que l’entreprise m’affole, j’ai besoin d’imaginer un lecteur, et je lui interdis de sauter une ligne… Enfin, non… Qui m’aime me suive, comme on dit. »

Claire FourierAu clair de la solitude

 

Il y a une entre-zone, un no man’s land, d’où me provient l’appel, l’obligation. Lieu de toutes les pertes. M’y aventurer est une profonde angoisse. Et pourtant, y échapper est la première des lâcheté, celle qui engendre toutes les autres lâchetés dont nous sommes coutumiers, à commencer par celle qui consiste à ne pas se sentir concerné, à tempérer sans entendement la gravité de la purulente plaie et s’endormir sevré de distraction et le cœur humaniste. « Où sont mes anges ? Je suis une âme nue. » La résurrection est une espérance. Mais ici et maintenant nous sommes confrontés à une descente quotidienne, accompagnés par notre psychopompe, vers les cercles concentriques de l’enfer. Mais ressusciter ici et maintenant ? Dans l’immédiateté de l’instant.

 

"Another holiday from all the vampires

and all the sycophants caught on the highwire

so sexy, sexy babe you know i need some

to pass the time away to get relief from

all this life that's filled with wanton tragedy

 

just like a runaway with no escape zone

you'd think i'd find a way you'd think i'd fake one

but all my life's been filled with wanton tragedy

 

where's my angels i'm a naked soul

where's my angels i'm a naked soul

 

so just for heaven's sake i'll try to face this

it's just a chance you take to get a last kiss

so sexy, sexy babe you know i need some

to pass the time away to get relief from

all this life that's filled with wanton tragedy

 

where's my angels i'm a naked soul

where's my angels i'm a naked soul

now don't you hide from me

don't you hide from me

don't you hide from me

 

all my life's been filled with wanton tragedies

 

where's my angels i'm a naked soul

where's my angels i'm a naked soul

now don't you hide from me

don't you hide from me

don't you hide from me

don't you hide from me

please don't"

Tea PartyAngels

 

 

 

"You wanted this

So sad to see

The sweet decay

Of ecstasy

 

And you want it all

 

And you want it all

 

A frozen sun,

Would guide you there

As shadows hide

The deep despair

 

And you want it all

 

I'll give you something more

And you'll fade away

One last kiss before

You fade away.

 

So sleep tonight,

In idle dreams

The pain will drown,

Your silent screams

 

And you want it all

 

And you want it all

 

I'll give you something more

And you'll fade away

One last kiss before

You fade away

Lives you once adored

will fade away

Lies you can't ignore

You soon repay

As you fade away

 

As you fade away

As you fade away

As you fade away

 

And you'll fade away"

 

Tea PartyPsychopomp 

 

 

À chaque fois on a le sentiment d’émerger d’un long rêve ou d’un effroyable cauchemar. C’est selon. Lorsque hors la crypte on sort au haut soleil, guidé par la trame de l’écriture. Immense courroie de transmission. Langue de feu de ce lieu d’entre-deux où la violence tente de me posséder avec langueur, cette même langueur qui fait que depuis la nuit des temps l’espèce dont je suis se perpétue en perpétuant, aussi, sa souffrance.

 

04:37 Publié dans Humeurs Littéraires | Lien permanent | Commentaires (1) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

05/03/2009

Point Fixe d'une Vérité

=--=Publié dans la Catégorie "Humeurs Littéraires..."=--=

L’inspiration est verticale, les influences, quant à elles, sont horizontales. Il y a une continuité entre la chose, le fait et la lecture du phénomène. Pour toucher au but mon esprit doit être tendu et porté par les sensations dans lesquelles je dérive mais qui l’éclairent et le soutiennent sans la moindre défaillance. Je ne suis alors aucunement la marionnette des dieux. Il faut se saisir du bon masque et prendre part sans hésitation à l’élaboration du simulacre. Le devenir est un possible mais un néant aussi, un non-être, une espérance illusoire et désespérée, un trouble angoissant que l’esprit ne parvient pas à saisir dans le cercle de la pensée rationnelle. Car, en même temps, tout autour de nous, la course du temps indique le changement permanent, la vibration damnée de l’histoire des hommes. L’infini néant, face à la vie infinie, menace de sa mâchoire béante chaque pas de chaque carne. L’écriture se pose là quelque part, dans cette imperceptible humeur et cherche à faire surgir le point fixe d’une vérité.

 

21:05 Publié dans Humeurs Littéraires | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Ce jour...

=--=Publié dans la Catégorie "Humeurs Littéraires..."=--=

J’ai le sentiment bien souvent de ne faire qu’une seule et unique chose : mobiliser toutes mes forces pour une ultime, brève et vaine résistance. Et puis tout se projette à nouveau en avant dans le cours des faits et des choses.

J’en suis parfois à me demander face au grand ronflement de la bêtise ambiante si nous ne sommes pas nos propres bourreaux, prenant un indiscutable plaisir à nous exécuter pour répondre aux imprécations d’un jugement rendu en vitesse, une épuration en profondeur, passionnée et sans usage de la raison. Cette citation de Bertrand de Jouvenel :

« Nous finissons par où les sauvages commencent. Nous avons redécouvert l’art perdu d’affamer les non-combattants, de brûler les huttes et d’emmener les vaincus en esclavage. Qu’avons-nous besoin d’invasions barbares ? Nous sommes nos propres huns. »

Il n’y aurait pas l’islamisation en cours, la désintégration progressive de tout ce qui fait notre civilisation, de tout ce qui fait le surgissement de l’être dans le flux temporel de notre historicité, nous trouverions autre chose pour nous auto-enculer avec allégresse. Le masochisme est vraiment général et le sadisme nous enserre de ses griffes, hélas, trop réelles.

Sur la frontière le sacre devient évidence, là où se côtoient la mort et la vie, là où l’écriture prend toute sa dimension, dans la lumière claire de l’équilibre retrouvé. Je suis, alors, là, face à l’esprit des foules, cet « éternel non » dont parla Goethe.

Dansez, dansez, pauvres fous, Obama est président tout est à nouveau possible, croyez-vous, bande de nains. Vous vous étoufferez un jour, votre cœur cessera de battre. La vie est belle, vos postures l’affirment avec une prestance ridicule mais sévère. Vous êtes convaincants, surtout pour vous-mêmes. Pauvres chiens malades.

Alexandra David-Neel, dans ses Textes tibétains inédits cite Lobzang Rigdzu Tsang Yang Gyatso, sixième Dalaï-Lama, poète et libertin :
« Si l’on a pas présente à l’esprit l’idée de l’instabilité et de la mort bien que l’on soit, d’autre part, intelligent, l’on est pareil à un idiot. »

Le profil de l’écriture est difficile à cerner. J’ouvre juste le cahier et j’écris. Le processus en cours n’est pas de mon ressort. Le personnage est coincé dans une vie compliquée, une histoire de groupe rock sur fond chaotique. Ici, dans son environnement immédiat la cité dortoir dans laquelle il vit et encore telle dans les années de son adolescence se transforme sous ses yeux en nécropole bariolée aux odeurs d’épices fortes mises en musique par NTM. Là-bas, en sa terre natale coule le sang d’une guerre qu’il ne ressent pas comme la sienne et qui le fait vomir car elle lui arrache ce qui lui restait de son enfance. Certains soirs il boit de la Slivovitz en écoutant les vieilles chansons folkloriques de Muharem Serbezovski et il pleure en compagnie de fantômes. Il lit des passages de « La déclaration islamique » d’Alija Izetbegovic et il ressent son impuissance face à l’appel des armes.

Là-bas... les salauds tuent même les chiens.


Muharem Serbezovski

04:00 Publié dans Humeurs Littéraires | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

04/03/2009

Starting-Block

=--=Publié dans la Catégorie "Humeurs Littéraires..."=--=

A la maison. Repos.

Rêves et désirs en une voluptueuse spirale, gigantesque et sans fin, surgissent et me saisissent et m’emportent. Je passe l’après-midi, les yeux rivés sur l’ordinateur à écrire, à copier et coller des bouts de textes, des phrases voluptueuses, des mots de chair ou de marbre qui s’en viennent me dire et me conter sur l’écran argenté de pixels où ma conscience s’éveille au trône de la pensée.

Parfois, on étouffe d’aimer avec passion et violence et d’être aimé en retour.

J’ai changé du jour où j’ai retrouvé mon père. Comme une lointaine plaie qui s’est refermée mais reste douloureuse. Parfois, encore, j’en caresse les contours, le relief sacadé, comme pour me rassurer de la présence de la cicatrice. Cette décoration de guerre est ma seule médaille. Avoir grandi dans la certitude d’une absence et m’être construit malgré tout. Ô vie mémorielle, sereine abondance. Mon roman enfoui, ma palme d’allégresse.

Cette pièce d’où j’écris n’est pas le monde. Le flux du temps conduit à travers l’espace bien au-delà de toutes les espérances.

 

De la noirceur de mon âme bouillonne la lumière d’un livre à écrire qui fait apparaître les premiers vestiges, les récifs enfouis qui refont surface. Surtout, béni soit le Verbe, ne pas lâcher le fil. Conserver chaque jour intacte la pureté de cette clameur qui monte.

Laura, fruit de mes reins, souffle de mon souffle, part en vrille. Elle veut arrêter, déjà, ses études. Puis elle ne veut pas les arrêter. Elle ne sait pas sur quel pied danser. A croire qu’elle vit sa crise d’adolescence à retardement. Ça lui tombe sur le coin de la gueule alors qu’elle vient d'avoir ses 19 ans en décembre dernier. Si Laura avait 14/16 ans, je couperais court à ses états d’âme, comme je l’ai déjà fait de par le passé pour certaines de ses fréquentations. Mais là, vu son âge, je ne puis que la mettre au pied du mur, tout en l’assurant de mon amour et de ma présence, et lui signifier que c’est à elle de faire ses choix de vie : une vie de jeune pétasse médiocre qui finira, comme nous tous, par vieillir et par être rattrapée par ses échecs ; ou une vie brillante avec un avenir ouvert si elle, et elle seule, décide de s’en donner les moyens.

Parents, nous avons le système entier contre nous.

L’aiguille, dans ma fesse gauche, de retour, comme enfoncée par des coups de marteau, qui communique à toute ma jambe la douleur, la lourdeur, mon destin de mortel. Mon nerf sciatique, décidément, m’en veut. Physiquement et moralement épuisé.

Immense joie, néanmoins, des deux pages écrites, dans la virginité pure de l’œuvre naissante. Je ne sais pas ce que c’est, mais c’est vital en même temps que jouissif que d’écrire. Sans pression. Juste parce que ça veut sortir à l’air libre par les mots. Juste deux pages. Deux simples pages dans un cahier d’écolier. Sarajevo sous la neige maculée de sang. L’air vif, saturé par l’odeur de la poudre. Le bruit lointain de la mitraille. L’explosion, proche, d’une roquette. Et un habitant pas rasé qui fume une cigarette "Drina" en buvant son café turc, devant la télévision éteinte par manque d’électricité. Serbe ? Croate ? Musulman ? Aucune importance. C’est un européen. L’ex-Yougoslavie de Tito fut sa matrice. Il survit juste en attendant la fin du monde.

 

15:34 Publié dans Humeurs Littéraires | Lien permanent | Commentaires (2) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

18/02/2009

Corps Divin...

=--=Publié dans la Catégorie "Humeurs Littéraires..."=--=

 

Mystère de l’incarnation. Vérité de l’homme pour Dieu. Vérité de Dieu pour l’homme. Fait unique. Couronnement du mystère d’Israël.

Ma luxation à la mâchoire, vieille de 29 années me fait souffrir. Je ne dis pas :  « ma mâchoire a mal ». Je dis : « j’ai mal à la mâchoire ». Il nous faudrait nous en souvenir et nous pencher sur ce gouffre, car c’en est un.

 

1 Corinthiens 7

"7.1

Pour ce qui concerne les choses dont vous m'avez écrit, je pense qu'il est bon pour l'homme de ne point toucher de femme.

7.2

Toutefois, pour éviter l'impudicité, que chacun ait sa femme, et que chaque femme ait son mari.

7.3

Que le mari rende à sa femme ce qu'il lui doit, et que la femme agisse de même envers son mari.

7.4

La femme n'a pas autorité sur son propre corps, mais c'est le mari; et pareillement, le mari n'a pas autorité sur son propre corps, mais c'est la femme.

7.5

Ne vous privez point l'un de l'autre, si ce n'est d'un commun accord pour un temps, afin de vaquer à la prière; puis retournez ensemble, de peur que Satan ne vous tente par votre incontinence.

7.6

Je dis cela par condescendance, je n'en fais pas un ordre.

7.7

Je voudrais que tous les hommes fussent comme moi; mais chacun tient de Dieu un don particulier, l'un d'une manière, l'autre d'une autre.

7.8

A ceux qui ne sont pas mariés et aux veuves, je dis qu'il leur est bon de rester comme moi.

7.9

Mais s'ils manquent de continence, qu'ils se marient; car il vaut mieux se marier que de brûler.

7.10

A ceux qui sont mariés, j'ordonne, non pas moi, mais le Seigneur, que la femme ne se sépare point de son mari

7.11

(si elle est séparée, qu'elle demeure sans se marier ou qu'elle se réconcilie avec son mari), et que le mari ne répudie point sa femme.

7.12

Aux autres, ce n'est pas le Seigneur, c'est moi qui dis: Si un frère a une femme non-croyante, et qu'elle consente à habiter avec lui, qu'il ne la répudie point ;

7.13

et si une femme a un mari non-croyant, et qu'il consente à habiter avec elle, qu'elle ne répudie point son mari.

7.14

Car le mari non-croyant est sanctifié par la femme, et la femme non-croyante est sanctifiée par le frère; autrement, vos enfants seraient impurs, tandis que maintenant ils sont saints.

7.15

Si le non-croyant se sépare, qu'il se sépare; le frère ou la sœur ne sont pas liés dans ces cas-là. Dieu nous a appelés à vivre en paix.

7.16

Car que sais-tu, femme, si tu sauveras ton mari? Ou que sais-tu, mari, si tu sauveras ta femme ?

7.17

Seulement, que chacun marche selon la part que le Seigneur lui a faite, selon l'appel qu'il a reçu de Dieu. C'est ainsi que je l'ordonne dans toutes les Églises.

7.18

Quelqu'un a-t-il été appelé étant circoncis, qu'il demeure circoncis; quelqu'un a-t-il été appelé étant incirconcis, qu'il ne se fasse pas circoncire.

7.19

La circoncision n'est rien, et l'incirconcision n'est rien, mais l'observation des commandements de Dieu est tout.

7.20

Que chacun demeure dans l'état où il était lorsqu'il a été appelé.

7.21

As-tu été appelé étant esclave, ne t'en inquiète pas; mais si tu peux devenir libre, profites-en plutôt.

7.22

Car l'esclave qui a été appelé dans le Seigneur est un affranchi du Seigneur; de même, l'homme libre qui a été appelé est un esclave de Christ.

7.23

Vous avez été rachetés à un grand prix; ne devenez pas esclaves des hommes.

7.24

Que chacun, frères, demeure devant Dieu dans l'état où il était lorsqu'il a été appelé.

7.25

Pour ce qui est des vierges, je n'ai point d'ordre du Seigneur; mais je donne un avis, comme ayant reçu du Seigneur miséricorde pour être fidèle.

7.26

Voici donc ce que j'estime bon, à cause des temps difficiles qui s'approchent: il est bon à un homme d'être ainsi.

7.27

Es-tu lié à une femme, ne cherche pas à rompre ce lien; n'es-tu pas lié à une femme, ne cherche pas une femme.

7.28

Si tu t'es marié, tu n'as point péché; et si la vierge s'est mariée, elle n'a point péché; mais ces personnes auront des tribulations dans la chair, et je voudrais vous les épargner.

7.29

Voici ce que je dis, frères, c'est que le temps est court; que désormais ceux qui ont des femmes soient comme n'en ayant pas,

7.30

ceux qui pleurent comme ne pleurant pas, ceux qui se réjouissent comme ne se réjouissant pas, ceux qui achètent comme ne possédant pas,

7.31

et ceux qui usent du monde comme n'en usant pas, car la figure de ce monde passe.

7.32

Or, je voudrais que vous fussiez sans inquiétude. Celui qui n'est pas marié s'inquiète des choses du Seigneur, des moyens de plaire au Seigneur ;

7.33

et celui qui est marié s'inquiète des choses du monde, des moyens de plaire à sa femme.

7.34

Il y a de même une différence entre la femme et la vierge: celle qui n'est pas mariée s'inquiète des choses du Seigneur, afin d'être sainte de corps et d'esprit; et celle qui est mariée s'inquiète des choses du monde, des moyens de plaire à son mari.

7.35

Je dis cela dans votre intérêt; ce n'est pas pour vous prendre au piège, c'est pour vous porter à ce qui est bienséant et propre à vous attacher au Seigneur sans distraction.

7.36

Si quelqu'un regarde comme déshonorant pour sa fille de dépasser l'âge nubile, et comme nécessaire de la marier, qu'il fasse ce qu'il veut, il ne pèche point ; qu'on se marie.

7.37

Mais celui qui a pris une ferme résolution, sans contrainte et avec l'exercice de sa propre volonté, et qui a décidé en son cœur de garder sa fille vierge, celui-là fait bien.

7.38

Ainsi, celui qui marie sa fille fait bien, et celui qui ne la marie pas fait mieux.

7.39

Une femme est liée aussi longtemps que son mari est vivant; mais si le mari meurt, elle est libre de se marier à qui elle veut; seulement, que ce soit dans le Seigneur.

7.40

Elle est plus heureuse, néanmoins, si elle demeure comme elle est, suivant mon avis. Et moi aussi, je crois avoir l'Esprit de Dieu."

 

Beaucoup de musulmans affirment que le corps est nié par les chrétiens. Après cette lecture où Paul distingue nettement les commandements d’en haut de ses conseils à lui, le corps est encadré par des règles strictes, mais néanmoins souples qui ne condamnent pas la jouissance et les plaisirs, ceux-ci cependant ne doivent pas devenir objets du seul désir, but et cible qui nous déraient manquer la vraie cible ! Manquer la cible, étymologie de « pécher ». « Car le corps est pour Dieu, mais Dieu est pour le corps ».

 

Et Jésus, né Juif, fut bel et bien une incarnation. 

 

Proverbes, chapitre 5, versets 15 à 20

"Bois l'eau de ta citerne, les ruisseaux qui sortent de ton puits.

Que tes sources se répandent au dehors, que tes ruisseaux coulent sur les places publiques !

Qu'ils soient pour toi seul, et non pour des étrangers avec toi !

Que ta source soit bénie, et mets ta joie dans la femme de ta jeunesse.

Biche charmante, gracieuse gazelle, que ses charmes t'enivrent en tout temps, sois toujours épris de son amour !

Pourquoi, mon fils, t'éprendrais-tu d'une étrangère, et embrasserais-tu le sein d'une inconnue ?"

 

 

 

Ici le ciel est bas, les nuages sont sombres. Il me faut ma vallée d’illusions à moi pour me tirer de l’autre illusion, ennuyeuse, qu’on veut me faire avaler. Ô ma folie qui est mienne, ultime recours. La haine, purulente, est partout. La macération est visible, surtout derrière les sourires. Mais dans les yeux de mon épouse je vois les portes dérobées, les plaines verdoyantes, un ciel bleu cristal après des pluies tièdes fécondantes, un vent chaud, ô matrice qui révèle. La Royauté, Malkouth, sefira du 10e degré de l’arbre des sefiroth est féminine. C’est la femme qui nous couronne.

 

On se construit dans l’amour mais on se maintient dans une respectueuse distance. Trop d’amour tue l’amour. Une bonne distance l’alimente. C’est par un mariage réussi qu’on s’accomplit. L’union de la paix. Shalom. Mariage du feu et de l’eau. Oh, il y a eu des guerres, des champs de batailles, bestialités diverses. Anatomie de l’enfer. Gangue d’acier rouillé et acier liquide chauffé à blanc coulant comme un magma à perte de vue. Nos corps ont traversé des lieux avides de nos chairs, avides de nos âmes. Nous sommes vivants.

 

07:00 Publié dans Humeurs Littéraires | Lien permanent | Commentaires (4) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

16/02/2009

Me déboiteras-tu ma hanche ?

=--=Publié dans la Catégorie "Humeurs Littéraires..."=--=

Dieu, toi-même, si tu es bon médecin, lave-moi de mon simulacre, nettoie mes plaies, redresse ma colonne vertébrale, fais-moi sain, à défaut d’être saint, pour que je puisse m’abimer dans une douce prière et célébrer le simple fait d’être au monde, ce que je suis dans la joie. Ni puissance, ni richesse, ni gloire. Rien de tout cela ne me taraude. S’il y a une puissance c’est la tienne, s’il y a une richesse c’est ta parole, s’il y a une gloire c’est celle de ta puissance et de ta parole. Moi que suis-je ? un souffle lointain imperceptible dans la masse dont la voix veut se frayer un passage vers ton oreille gracieuse. Je m’y prends mal. Je piétine dans ma boue. Je les admire les croyants confirmés, munis du certificat des béatitudes, qui affirmés dans leurs mots s’affirment dans leur chair (qu’ils nient d’ailleurs, très souvent) et tancent avec un dédain mortuaire le singe que je suis. Je ne crois pas en toi. Je crois en toi. Je me mesure à mon dilemme. Je me bats. Me déboiteras-tu ma hanche ?

Christ prend pitié de nous !
Christ prend pitié de nous !
Christ prend pitié de nous !

 

20:30 Publié dans Humeurs Littéraires | Lien permanent | Commentaires (11) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

LE LIEU DE LA RELATION

=--=Publié dans la Catégorie "Humeurs Littéraires..."=--=

Sur le chemin on sème nos futures récoltes. Voie claire ou voie sinueuse, inconsciente plénitude. Beaucoup préfèrent se joindre à la parade, bariolée, festive, agitée, sûr d’elle-même. Route large remplie de vide. Faux bonheur. A contre-sens, étroit est le chemin qui évite les iniquités, fait aspirer au calme, fait désirer le point central, LE LIEU DE LA RELATION.

14:10 Publié dans Humeurs Littéraires | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Le Lieu

=--=Publié dans la Catégorie "Humeurs Littéraires..."=--=

Le rêve de tout écrivain : se trouver dans cet espace et ce temps singulier qui transcende tous les espaces et tous les temps en étant, pleinement, de son espace et de son temps pour dire, juste dire, le poids, la charge et donner la joie du délestage.

 

05:00 Publié dans Humeurs Littéraires | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

15/02/2009

Heureux Sisyphe

=--=Publié dans la Catégorie "Humeurs Littéraires..."=--=

 

Avoir de fortes convictions, c’est cette allégorie intérieure, complètement abstraite qui donne l’illusion d’avoir une forte identité. Ça permet au moins de roter, péter et chier en prenant des airs de moralisateur céleste. C’est beau. Mon fils en dérive scolaire. Ma fille renfermée qui ne m’a pas adressé la parole depuis des semaines. Renfermée dans sa peur en même temps que dans fierté. Déjà une femme. Qu’elle apprenne à gérer l’une et l’autre, à jouer sur un fil en tirant sur l’autre et elle pourra déployer une force qu’elle ne soupçonne même pas. Bien entendu, on est loin d’être aidé par la machine dévoreuse qui nous machouille dès notre naissance. Mais elle ne nous aura pas vivants. Nous allons remédier à tout ça. En pleurant. En riant aussi. C’est une sanglante mascarade.

Mensonge héroïque de ceux qui ne baissent jamais les bras et se relèvent envers et contre tout tentent le redressement. Heureux Sisyphe.

 

 

06:34 Publié dans Humeurs Littéraires | Lien permanent | Commentaires (5) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

14/02/2009

Pureté inexistante

=--=Publié dans la Catégorie "Humeurs Littéraires..."=--=

L’idéalisme perdure. On aspire à une pureté inexistante. On refuse la part d’ombre qui exige sa mise en scène. Le moindre paradoxe inquiète. On vit de façon ouverte mais avec le cœur fermé. Il faut faire bonne route avec Epicure ou Qohelet et prendre au sérieux ce qui nous est donné sur cette terre. Le plaisir est une sinistre farce lorsqu’il est consumériste, sans conscience claire, pulsionnel, abrutissant. Etre sollicité par 1000 désirs en vient à tuer le désir. L’ivresse en est vulgaire et débordante de bêtise. La profusion des choses cache la rareté des idées et l’usure des croyances.

 

03:24 Publié dans Humeurs Littéraires | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

13/02/2009

Poussières

=--=Publié dans la Catégorie "Humeurs Littéraires..."=--=

 

Qu’est-ce que le sens littéral d’un texte, religieux, poétique, qui plus est, a été écrit dans une langue étrangère, l’hébreu ancien ou l’araméen ou le grec ancien ?
Et qu’est-ce, en profondeur, dans les soubassements, lorsqu’on est face à la lettre, le sens spirituel d’une texte. Une lecture uniquement littérale n’en fera qu’un objet archéologique, historique, sociologique, juridique, vieux marbre se fissurant. Or, si on n’affronte pas, déjà, le sens littéral de la lettre on ne peut aucunement accéder à la spiritualité contenue dans le texte. Et Dieu n’est pas un objet. Précisément parce que l’écriture n’est pas, chez les juifs et les chrétiens, la parole même de Dieu dans le sens où elle serait, d’une certaine manière, incarnée dans les chapitres, sortie de sa bouche, mais l’écriture est inspirée même si elle contient, ici et là, des paroles que Dieu a prononcées telles quelles. Il y a donc un écart, une respiration, une approche, une séduction qui de la lecture va donner une interprétation qui doit, partant du sens littéral le transcender, le couronner, l’accomplir sans le détruire, la contextualiser sans la couper de sa racine.
En Islam, à part chez les soufis, cette pratique d’interprétation ne s’élève pas elle demeure essentiellement juridique et légifère sur la vertu, les manières d’accommoder la vie sociale aux différentes circonstances que les aléas de la vie mettent sur notre chemin, du comportement à adopter avec sa femme, ses femmes, ses esclaves et… sa vie cultuelle. Car le Coran c’est la parole même d’Allah, intouchable, terminale, définitive. On comprend, alors, pourquoi le monde musulman, dans sa vaste majorité, est arrêté dans sa posture médiévale, ses certitudes, ses superstitions, son niveau social abject, son fanatisme.

 

16:45 Publié dans Humeurs Littéraires | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

08/02/2009

Deux...

=--=Publié dans la Catégorie "Humeurs Littéraires..."=--=

 

Le mythe hermaphrodite est une fontaine platonicienne. De même que le mythe techniciste qui tend à nous faire croire que tout nous y ramène. Sélection génétique scientiste, clonage masturbatoire, l’éternité qui abolirait le temps en surgissant des éprouvettes et des écrans d’ordinateurs.

C’est le nombre impair de la savoureuse confrontation qui porte l’équilibre et autorise l’ouverture à la connaissance. Marie-Pierre me le prouve tous les jours, même quand elle fait des petites crises de paranoïa à cause du temps qui passe et de l’intérêt que peut me porter une jeune femme de moins de 30 ans. Elle a passé une partie de la soirée à taper mon journal, avec toute la patience dévouée d’une épouse aimante. Et elle le fait toute seule, sans que je n’aie quoi que ce soit à lui demander. Se dresse en ce point le jardin unique de toutes les évocations. Que ferai-je sans elle ?

21:40 Publié dans Humeurs Littéraires | Lien permanent | Commentaires (1) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook