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25/03/2016

De la sympathie

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« Comprenez-moi encore. Je n'ai jamais eu pour vous ni une gouttelette de désir, ni une gouttelette d'amour, ni une gouttelette d'affection, ni une gouttelette de tendresse. Je n'en ai pas davantage aujourd'hui. Mais j'ai eu pour vous de la sympathie. Pourquoi cette sympathie ? Le fait que vous m'aimiez ne pouvait que m'irriter, puisque je ne vous aimais pas. Le fait que vous ayez souffert à cause de moi m'était indifférent, puisque je ne vous aimais pas. Je pense que cette sympathie vient, comme le mot l'indique, des affinités qu'il y a entre nous. Si le monde lisait vos lettres de 1927, il dirait que vous êtes impudique ; celles de 1928, une toquée ; et toutes depuis le début jusqu'à ce jour, une raseuse et un crampon dignes de l'immortalité. Ce sont là des jugements que je ne partage pas. On m'a reproché plusieurs fois d'être trop familier avec vous. On m'a dit qu'il était invraisemblable qu'un homme comme moi perdît son temps à entretenir des relations avec une personne aussi peu importante et aussi peu intéressante que vous, que c'était là de l'inconscience ou du vice. Mais je sais ce que je fais. Il y a en vous un élément de grandiose auquel je crois ne pas me tromper. »

Henry de Montherlant, Les Lépreuses

 

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La femme se trompe dans la façon de conquérir

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« Se trompant sur ce qu'est et sur ce que pense l'homme, la femme se trompe dans la façon de le conquérir. Une femme vous exaspère en entrant chez vous pendant votre travail, ou en vous faisant de petits cadeaux, ou en vous relançant trop souvent, ou en vous amenant de ses amis, qui ne sont pas les vôtres. Vous êtes assez bien avec elle pour le lui dire en toute franchise. Eh bien ! Après un petit arrêt, elle recommence. »

Henry de Montherlant, Pitié pour les femmes

 

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24/03/2016

Virilité spirituelle

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« Celui qui n’est pas homme quant à l’esprit et l’âme n’est pas vraiment un homme… C’est la virilité spirituelle qui excite et réveille la femme absolue : dans le cas lorsque cette virilité, dépassant le stade du guerrier et du dominateur, s’oriente carrément vers le surnaturel (l’ascète). »

Julius Evola, Métaphysique du sexe

 

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Comme le signe ineffable de la présence de Dieu

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« Qui peut s’émouvoir d’être pauvre entre les mains d’un Seigneur plus riche que tous les rois ? Bien avant qu’elle en eût fait confidence à personne, ou même qu’elle fût capable de la concevoir clairement, la pauvreté, une pauvreté surnaturelle, fondamentale, avait brillé sur son enfance, ainsi qu’un petit astre familier, une lueur égale et douce. Si loin qu’elle remontât vers le passé, un sens exquis de sa propre faiblesse l’avait merveilleusement réconfortée et isolée, car il semblait qu’il fût en elle comme le signe ineffable de la présence de Dieu, Dieu lui-même qui resplendissait dans son coeur. Elle croyait n’avoir jamais rien désiré au-delà de ce qu’elle était capable d’atteindre, et toujours cependant, l’heure venue, l’effort avait été moins grand qu’elle n’eut osé l’imaginer, comme si l’eut miraculeusement devancée la céleste compassion. »

Georges Bernanos, La Joie

 

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La paix

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« Le bonheur, mon cher père, est fait pour les bestiaux… ou pour les saints. J’y ai donc renoncé depuis longtemps. Mais, à défaut de bonheur, je voudrais, au moins, la paix, cette inaccessible paix, que les anges de Noël ont, pourtant, annoncée, sur terre, aux hommes de bonne volonté ! »

Léon Bloy, Le Désespéré

 

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Fermeté

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« Plus vous agirez avec fermeté, plus vous affaiblirez leur résolution ; s’ils vous voient un peu faiblir, ils se montreront tous intraitables. »

Salluste, La Conjuration de Catilina

 

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23/03/2016

Un grand nombre de problèmes dont nous ajournons la méditation

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« Dans nos rapports avec ceux que nous aimons, il y a un grand nombre de problèmes dont nous ajournons la méditation parce que l’édification de la vie commune presse davantage ; nous ne pouvons plus rien voir autrement qu’à travers cette forme. […] On sait que l’on devrait revenir sur ses pas, regarder, mais tout vous pousse à avancer. […] Sa fidélité se révoltait là contre, du fait qu’elle n’était pas un repos, mais une explosion de forces, un appui mutuel, un équilibre dû au mouvement incessant vers l’avant. »

Robert Musil, L’accomplissement de l’amour

 

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Toutes les justifications étaient ailleurs

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« Un dégoût la prit. Elle sentit de nouveau que ce qui comptait n’était pas ce que les gens disaient, ce qu’ils pouvaient expliquer au moyen des mots, mais que toutes les justifications étaient ailleurs, dans un sourire, un silence, une interrogation intérieure. Elle éprouva soudain une nostalgie indicible du seul homme qui fût aussi solitaire qu’elle, que personne ici ne comprendrait non plus et qui ne possédait rien. »

Robert Musil, L’accomplissement de l’amour

 

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Le plus écouté des régimes

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« Plus près de la mort, il allait un peu moins mal qu’au temps où il venait prendre des nouvelles de ma grand-mère. C’est que de grandes douleurs physiques lui avaient imposé un régime. La maladie est le plus écouté des régimes : à la bonté, au savoir on ne fait que promettre ; on obéit à la souffrance. »

Marcel Proust, Sodome et Gomorrhe

 

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Au bout de quelques années nous sommes infidèles à ce que nous avons été

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« Nous désirons passionnément qu’il y ait une autre vie où nous serions pareils à ce que nous sommes ici-bas. Mais nous ne réfléchissons pas que, même sans attendre cette autre vie, dans celle-ci, au bout de quelques années nous sommes infidèles à ce que nous avons été, à ce que nous voulions rester immortellement. Même sans supposer que la mort nous modifiât plus que ces changements qui se produisent au cours de la vie, si dans cette autre vie nous rencontrions le moi que nous avons été, nous nous détournerions de nous comme de ces personnes avec qui on a été lié mais qu’on a pas vues depuis longtemps. (…). On rêve beaucoup du paradis, ou plutôt de nombreux paradis successifs, mais ce sont tous, bien avant qu’on ne meure, des paradis perdus, et où l’on se sentirait perdus. »

Marcel Proust, Sodome et Gomorrhe

 

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22/03/2016

Comme une salissure

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« Mabel était presque nue sous sa robe, mais la femme la plus prête est encore harnachée de telle façon qu'il lui faut pour se livrer tout à fait deux ou trois gestes qui précisent son consentement. Gilles, en dépit de son ivresse, remarqua la sûre rapidité des mains de Mabel. Un peu plus tard, il sut ce qu'il aurait dû savoir depuis le premier jour qu'il l'avait vue à l'hôpital. L'exactitude de sa réaction prouvait son expérience. Myriam. Elle était son bien, son seul bien. Il avait manqué de la perdre. Mabel, ahurie, vît se dresser un garçon méprisant, sifflant.

— Combien ?

— Quoi ?

— Combien d'hommes ?

Aussitôt il vint à la jeune femme à demi redressée un énorme sanglot qui hésita une seconde, puis, devant ce terrible visage, se déclara :

— Je vous aime.

Ce cri toucha le débauché, l'ami des filles, mais comme une salissure. Debout, devant Mabel, complètement immobile, il la considérait dans son désordre et lui même demeurait dans le sien. Son immobilité persistante rendit tout cela odieusement ridicule. Mabel dut s'épouvanter, elle qui était si sûre de sa sincérité et que la force de son élan laissait loin en arrière un passé où beaucoup de gestes irréfléchis coulaient à pic dans l'oubli. Le silence et l'immobilité de Gilles croissaient. Il voyait ce linge se remuer, se froncer et se froisser et se friper dix fois, en d'autres mains. Une même fleur ne peut se faner et renaître.

— Vous avez déjà couché avec beaucoup de types, insista-t-il avec un mépris rageur. Ce mépris, en avilissant la jeune femme, l'avilissait lui. Il voulait dire : "Vous êtes médiocre. Mais vous n'avez pas l'ombre d'une idée de ce qu'il y a en moi. Vous ne savez pas quelles profondeurs j'ai atteintes en moi, à la guerre." Il aurait pu dire bien des choses tout bas. Mais c'était donner trop de poids à son silence. Il grogna à haute voix :

— J’aurais pu m'en douter.

Mabel avait balbutié :

— Mais voyons, Gilles, comment pouvez-vous me croire...? Mais non.

— Enfin, vous avez déjà couché...

— Mais non... Si... Mais est-ce que cela compte ? Je vous aime. Vous êtes le premier qui... Vous ne comprenez donc pas, vous ne comprenez donc rien... »

Pierre Drieu la Rochelle, Gilles

 

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Une âme à vif qui s’offre dans un élan irrémédiable

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« Dès qu’il se rapprocha d’elle, il baigna dans une mer de douceur éperdue. Il était ému, apitoyé et effrayé comme s’il avait pris dans ses bras un nouveau-né. Une chair si tendre en proie à une confusion si embrouillée, un silence si oppressé car tout le poids de l’univers était soudain tombé sur ce faible sein. Un silence puis un souffle, un souffle peu à peu vainement contenu. Un petit animal affolé envahit par une convulsion bientôt exorbitante. Voilà ce qu’est la chair, une âme à vif qui s’offre dans un élan irrémédiable. Il était pris d’admiration, de respect, de terreur. Lui qui aimait tant la chair, il ne la connaissait pas, il l’avait méconnue. Il n’avait touché que des femmes sans mystère, ou chez qui le mystère, quand la tendresse se réveillait avec le plaisir, ne passait que comme un fantôme reflété. Ici c’était le mystère, le mystère du monde dans toute sa jeunesse farouche épanouissant son énigme avec une force confondante. »

Pierre Drieu la Rochelle, Gilles

 

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Rêveur et praticien, solitaire et pèlerin, initié et homme du rang

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« Je suis un type d’homme qui a toujours été. Rêveur et praticien, solitaire et pèlerin, initié et homme du rang. C’est ce que l’on peut saisir de moi. Le reste est-il insaisissable ? Peut-on saisir une pensée qui à force de s’éprouver dans les circonstances diverses et de faire face à des difficultés contradictoires se retourne sur elle-même ? La pensée et l’action se perdent dans les hauteurs. Moi, je suis un de ces humbles qui aident l’action et la pensée à recommencer toujours leurs épousailles compromises. »

Pierre Drieu la Rochelle, Gilles

 

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21/03/2016

L' "objectivité" sympathisante ou péjorative des autres

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« Il faudrait trouver dans son texte même une technique pour interdire tout jugement dessus. Chaque auteur devrait refuser d’entendre le moindre avis sur ce qu’il écrit, dans un sens ou dans un autre. Je connais mieux que personne les défauts et les qualités de mes livres et je n’ai pas besoin de l’ "objectivité" sympathisante ou péjorative des autres. »

Marc-Edouard Nabe, Tohu-Bohu

 

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Monstre bifrons de la consommation

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« Ne pas posséder d’automobile et ne pas être en couple, alors que tout le monde doit avoir une automobile et "doit" être en couple (monstre bifrons de la consommation), ne peut être considéré que comme un grand malheur, une intolérable frustration. Ainsi l’amour hétérosexuel — tellement permis qu’il en devient obligatoire — est devenu une sorte d’ "érotomanie sociale". »

Pier Paolo Pasolini, Ecrits Corsaires

 

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