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21/03/2020

Un cauchemar

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« Ce que nous redoutons tous le plus, dit le prêtre à voix basse, c'est un labyrinthe qui n'aurait pas de centre. C'est pourquoi l'athéisme n'est qu'un cauchemar. »

Gilbert Keith Chesterton, La Tête de César

 

 

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Si nous étions menacés de mourir

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-- « Une petite question : Et si le monde allait finir… que feriez-vous ? »

Ce titre est celui qu’on peut lire dans le journal L’intransigeant du 14 août 1922. Voici le texte complet de la question posée à Marcel Proust et sa réponse :

« L’intransigeant : Un savant américain annonce la fin du monde, ou tout au moins la destruction d’une si grande partie du continent, et cela d’une façon si brusque, que la mort serait certaine pour des centaines de millions d’hommes. Si cette prédiction devenait une certitude, quels en seraient, à votre avis, les effets sur l’activité des hommes entre le moment où ils acquerraient ladite certitude et la minute du cataclysme ? Enfin, en ce qui vous concerne personnellement, que feriez-vous avant cette dernière heure ?

Marcel Proust : Je crois que la vie nous paraîtrait brusquement délicieuse, si nous étions menacés de mourir comme vous le dites. Songez, en effet, combien de projets, de voyages, d’amours, d’études, elle – notre vie – tient en dissolution, invisibles à notre paresse qui, sûre de l’avenir, les ajourne sans cesse.

Mais que tout cela risque d’être à jamais impossible, comme cela redeviendra beau ! Ah ! si seulement le cataclysme n’a pas lieu cette fois, nous ne manquerons pas de visiter les nouvelles salles du Louvre, de nous jeter aux pieds de Mlle X …, de visiter les Indes.

Le cataclysme n’a pas lieu, nous ne faisons rien de tout cela, car nous nous trouvons replacés au sein de la vie normale, où la négligence émousse le désir.

Et pourtant nous n’aurions pas dû avoir besoin du cataclysme pour aimer aujourd’hui la vie. Il aurait suffi de penser que nous sommes des humains et que ce soir peut venir la mort.

L’intransigeant : Tout ce que notre vie tient en dissolution et que notre paresse... Oui !

Tout ce qui pourrait être et qui ne sera pas... »

Marcel Proust, Journal "L'Intransigeant" du 14 Août 1922

 

Marcel Proust meurt le 18 novembre de la même année.

 

 

 

 

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20/03/2020

L'avenir de l'espèce, l'avenir de l'espace...

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« Le dortoir est l’avenir de l’espèce, la cité-dortoir l’avenir de l’espace. Le village universel qu’implique et que promeut le Grand Remplacement n’est pas du tout un village (pas plus que les fermes aux mille veaux ne sont des fermes) : c’est une banlieue généralisée, entrecoupée de terrains vagues — un espace-poubelle, pour une humanité-déchet. »

Renaud Camus, Insoumission -- Journal 2016

 

 

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Un amour grave, exigeant et pur...

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« Amoureux de la vie, comment ne le serions-nous pas aussi de l'amour ? Mais, là encore, d'un amour grave, exigeant et pur. Non pas orageux à la manière romantique, car nous répugnons à compliquer les passions, et le seul risque de la comédie nous fait horreur. Ce qui distingue le mieux les romantiques d'autrefois et ceux d'aujourd'hui, c'est peut-être cela : le degré de virilité. Les défauts féminins sont ceux que nous exécrons le plus : le jeu, le mensonge, la coquetterie, l'artifice. »

Jean-René Huguenin, Aimer la vie, vivre l’amour in Une autre jeunesse

 

 

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L'exemple

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« Il y a toujours une route. Les autres sont sur la plage ou la place, à la foire ou au meeting, au cinéma ou… Ecarte-toi. Prends ce sentier que personne n’emprunte. "Je vais me perdre !" Te perdre où ? Par rapport à quelle borne ? Arrête de dire des sottises. Dès que tu seras engagé sur cette voie, c’est toi qui es la flèche et la direction. Tu ne suis pas l’exemple. Tu es l’exemple. »

Jean Cau, Le Chevalier, la mort et le diable

 

 

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Château de cartes

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« Ce monde-ci, celui de l’âge sombre, l’Âge du Loup, s'effondrera comme un château de cartes, car il est bâti sur du sable. Le sable de l'imposture : oubli des traditions, mépris des sages, inversion des valeurs. Comme le dit l'un de nos poèmes : "Tout art sera bouffonnerie, tout mensonge sera préféré, chacun sortira de son apparence avec fierté et arrogance. L'instruction, l'âge, l'expérience ne seront plus honorés, mais bafoués." Après tornades et incendies, la végétation reprendra sa place. De même, la connaissance retrouvera tout son lustre. »

Christopher Gérard, Le songe d’Empédocle

 

 

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19/03/2020

La masse de perdition

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« La masse de perdition n'a pas de conscience et n'en aura jamais, le propre de la conscience est d'isoler les êtres et c'est pour fuir leur conscience que les humains s'assemblent.
La masse de perdition est leur chemin de fuite, elle est le carrefour des solitudes avortées, elle est toujours coupable et sa damnation sera toujours dans l'ordre, elle enveloppe dans sa perte le d'avortons qui la composent. Le nombre est l'instrument du mal, le mal veut que les hommes multiplient, car plus les hommes surabondent et moins vaut l'homme. Pour être humain l'homme ne sera jamais assez rare.
En vérité, nous mourrons par les masses, les masses nous entraîneront dans les abîmes de la démesure et de l'incohérence, le salut et les masses se situent aux antipodes, nous ne pouvons être sauvés.
Quoi qu'il arrive, nous sommes légion et ceux qui parmi nous s'isolent, ne changeront plus le destin de l'univers, ils verront seulement à quoi les autres marchent, ils seront plus désespérés que les aveugles et les sourds, ils contempleront face à face une spirale sans visage et vers laquelle l'océan des somnambules roule d'un mouvement inaltérablement égal. »

Albert Caraco, Bréviaire du chaos

 

 

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Albert Camus - Discours de réception du prix Nobel, 1957

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12 minutes de pure intelligence...

 

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18/03/2020

Sauf les Français de culture française

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« Chaque jour est répété en boucle que la France doit devenir une société ouverte sur le monde et à toutes les identités, manifestement pas à l’identité française. Il ne fait décidément pas bon être français de culture française. Les Français le perçoivent avec une très grande acuité, et c’est la raison pour laquelle ils sont de plus en plus nombreux à se sentir apatrides sur la terre que leurs ancêtres ont façonnée après de longues batailles et de grandes souffrances.

En France, tout le monde a le droit d’être fier de son identité et d’en exprimer publiquement la traduction au quotidien, sauf les Français de culture française. Chaque fois qu’ils en viennent ne serait-ce qu’à exiger le respect de leur identité, ils peuvent se voir accusés de racisme, de xénophobie et à présent d’islamophobie. Pour un peuple, la négation constante de son identité est une frustration sans borne et représente une véritable humiliation. Cette humiliation se mue peu à peu en colère sourde. Comme toujours en pareille situation, il y aura un retour de balancier. »

Malika Sorel, Décomposition française

 

 

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Des étoiles...

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« Ma vie était pénible, incohérente et malheureuse, elle conduisait au renoncement et au reniement, elle avait le goût de l'amertume humaine, mais elle était riche, fière et riche, souveraine même dans la misère. Qu'importait que le petit bout de chemin qui restait jusqu'au crépuscule, fût, lui aussi, lamentablement perdu ; le noyau de cette vie était noble, elle avait de la dignité, de la race : je ne misais pas des sous, je misais des étoiles. »

Hermann Hesse, Le Loup des steppes

 

 

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Un être animé viril, clairvoyant et sage...

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« N’agis pas contre ton gré, ni sans prendre conseil d’autrui, ni sans examen préalable, ni en te laissant tirailler. Que la finesse n’enjolive pas ta pensée; ne sois ni loquace ni prodigue d’affaires. En outre, que le dieu qui est en toi commande à un être animé viril, clairvoyant et sage, pourvu d’un sens civique, un Romain, un chef qui se commande à lui-même, un homme enfin qui attendrait ce qui l’appellerait hors de la vie, aisé à se délier, sans qu’il ait besoin de prêter un serment final, sans avoir besoin non plus de personne pour porter témoignage.
En cet être, une lumineuse expression du visage, l’art de se passer de l’aide extérieure et de la sérénité que procure les autres. 
Conclusion : il faut être droit et non pas redressé. »

Marc Aurèle, Pensées

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Notre amour enfantin...

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« Je pense que c’est en conservant notre amour enfantin pour les arbres, les poissons, les papillons, les crapauds etc., que l’on rend un peu plus probable la possibilité d’un avenir paisible et décent. »

George Orwell, Réflexions sur le crapaud ordinaire

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14/03/2020

Les fiches cuisine Marie-Claire...

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« J’ai jamais pu encadrer les féministes… reprit Christiane, alors qu’ils étaient à mi-pente. Ces salopes n’arrêtaient pas de parler de vaisselle et de partage des tâches ; elles étaient littéralement obsédées par la vaisselle. Parfois elles prononçaient quelques mots sur la cuisine ou les aspirateurs ; mais leur grand sujet de conversation, c’était la vaisselle. En quelques années elles réussissaient à transformer les mecs de leur entourage en névrosés impuissants et grincheux. A partir de ce moment – c’était absolument systématique – elles commençaient à éprouver la nostalgie de la virilité. Au bout du compte, elles plaquaient leurs mecs pour se faire sauter par des machos latins à la con. J’ai toujours été frappée par l’attirance des intellectuelles pour les voyous, les brutes et les cons. Bref, elles s’en tapaient deux ou trois, parfois plus pour les plus baisables, puis elles se faisaient faire un gosse et se mettaient à préparer des confitures maison avec les fiches cuisine Marie-Claire. J’ai vu le même scénario se reproduire, des dizaines de fois. »

Michel Houellebecq, Les particules élémentaires

 

 

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13/03/2020

Marchands de vessies

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« — J'aurais bien voulu être communiste, c'est le regret de ma vie.
— Qu'est-ce qui vous en a empêché ? demanda Horace avec une curiosité inattendue.
— Je vous l'ai dit : c'est un parti de pleureurs de choc. Des larmes, des plaintes, des pétitions... La mauvaise foi la plus criarde et la plus insolente. J'aurais voulu adhérer à un parti révolutionnaire, âpre, idéal, violent et avouant sa violence. Un moment, j'ai cru que c'était possible...
Là Georges jouait, il n'y avait jamais cru, mais l'attitude d'Horace l'invitait à pousser les choses à fond, et, y réfléchissant plus tard, il se demanda si ce qui devait être un paradoxe pour bousculer Horace dans ses retranchements n'était pas, au fond, une vérité cachée en lui-même, depuis des années, et soudain mise en lumière parce que, ce soir-là, il devenait un homme libre de sa parole et de ses gestes.
— Quand ?
— Après Budapest, en novembre 1956.
—Vous vous moquez, dit Horace. C'est le moment où les communistes de bonne foi ont protesté, symboliquement il est vrai, contre la politique du Parti. Si Eden et Mollet ne s'étaient pas concertés comme deux imbéciles pour attaquer l'Égypte et prendre Suez quelques jours après, fournissant un excellent dérivatif à l'attention générale, l'U.R.S.S. aurait durement souffert dans ses partis étrangers.
— Je ne suis pas de votre avis. La révolution en marche montrait enfin son vrai visage. Elle écrasait la Hongrie qui s'engageait dans la voie d'un autre progrès que le sien. Les chars soviétiques réglaient la question en une nuit. Une nuit, vous entendez, une nuit... pour liquider le sursaut de tout un peuple, écraser une révolution qui risquait de faire tache d'huile et d'effriter la ceinture de satellites que s'était tressée un empire. Au moment du danger, le masque tombait : l'U.R.S.S. se montrait enfin dans la gloire d'une puissance invincible. Le temps de la mauvaise foi, des jérémiades était passé. La révolution retrouvait son vrai visage, celui du léninisme pur et dur qui est forcément cynique. J'ai cru que nous pourrions être communistes, que les communistes revendiqueraient enfin leurs crimes comme des sacrifices à l'idéal de la révolution mondiale, qu'ils avoueraient le génocide de la nation cosaque, le génocide des Musulmans du Caucase, qu'ils cesseraient de finasser ignoblement sur Katyn en abattant les cartes sur la table : nous avons massacré 12 000 officiers polonais près de Smolensk parce que ces 12 000 hommes étaient l'élite de la nation et auraient empêché un jour ou l'autre la soviétisation de la Pologne, fin suprême comme l'a avoué lui-même le fils de Staline Jacob Djougachvili. Ils l'auraient crié sur les toits, que je me joignais à eux. Mais aussitôt après, ils sont retombés dans leurs errements : à Budapest, ils avaient maté une contre-révolution réactionnaire et fasciste, Nagy était au service des États-Unis et ils ont crié plus fort que tout le monde : paix en Algérie !..., comment voulez-vous vous entendre avec de pareils marchands de vessies ? Il n'y aura pas de révolution mondiale, Horace, il n'y aura que des cocus ! »

Michel Déon, Les poneys sauvages

 

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09/03/2020

« L’écologie extérieure est inséparable de l’écologie intérieure »

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Entretien avec Annick de Souzenelle

Propos recueillis par Juliette Kempf

 

La crise écologique est intrinsèquement liée à la transgression des lois ontologiques, assure la théologienne Annick de Souzenelle. Sans travail spirituel, pour retrouver et harmoniser racines terrestres et racines célestes de l’humain, il serait impossible de la stopper.

Après des études de mathématiques, Annick de Souzenelle, née en 1922, a été infirmière anesthésiste, puis psychothérapeute. Elle s’est convertie au christianisme orthodoxe et a étudié la théologie et l’hébreu. Elle poursuit depuis une trentaine d’années un chemin spirituel d’essence judéo-chrétienne, ouvert aux autres traditions. Elle a créé en 2016 l’association Arigah pour assurer la transmission de son travail et animer l’Institut d’anthropologie spirituelle.

 

Reporterre — Vous étudiez la Bible depuis plus de cinquante ans. Quel est le sens de ce travail ?

Annick de Souzenelle — Ce qui résume tout, c’est que j’ai un jour mis le nez dans la Bible hébraïque, et j’y ai lu toute autre chose que ce que disaient les traductions habituelles. Elles sont très culpabilisantes et je sentais que ce n’était pas juste.

J’ai été émerveillée par la Bible hébraïque : je me suis consacrée à écrire ce que je découvrais — des découvertes qui libèrent du poids de la culpabilisation qui a abîmé tant de générations… À partir de là, j’ai réécrit une traduction des premiers chapitres de la Bible [la Genèse], de l’histoire de l’Adam que nous sommes, Adam représentant non pas l’homme par rapport à la femme, mais l’être humain, et de l’arbre de la connaissance du bien et du mal.

Un voile est en train de se lever sur les écritures, et cela se passe aussi avec le sanskrit, le chinois, d’autres personnes y travaillent… Il se passe quelque chose à l’heure actuelle, il faut aller plus loin dans la compréhension de l’humain, de l’Adam…

Reporterre — Les traductions les plus courantes de la Genèse décrivent la domination de la Terre et des espèces animales par l’Homme, et une supériorité de l’homme sur la femme… Avec votre exégèse, que peut-on entendre ?

Annick de Souzenelle — À partir du déchiffrement symbolique de l’hébreu, on peut entendre ceci : lorsque l’Adam [l’être humain] est créé, il est différencié de son intériorité, que nous appelons aujourd’hui l’inconscient, et cet inconscient est appelé Ishah, en hébreu. Nous avons fait de Ishah la femme biologique d’Adam, qui, lui, serait l’homme biologique. Dans ma lecture, il s’agit du « féminin intérieur » à tout être humain, qui n’a rien à voir avec la femme biologique. Il s’agit de l’être humain qui découvre l’autre côté [et non la côte] de lui-même, sa part inconsciente, qui est un potentiel infini d’énergies appelées « énergies animales ». Elles sont en chacun de nous. On en retrouve le symbole au Moyen-Âge, dans les représentations sculpturales : le lion de la vanité, de l’autoritarisme, la vipère de la médisance, toutes ces caractéristiques animales extrêmement intéressantes qui renvoient à des parties de nous, que nous avons à transformer. La Bible ne parle pas du tout des animaux extérieurs, biologiques, que nous avons à aimer, à protéger. Elle parle de cette richesse d’énergie fantastique à l’intérieur de l’Homme qui, lorsqu’elle n’est pas travaillée, est plus forte que lui, et lui fait faire toutes les bêtises possibles. Ce n’est alors plus lui qui décide, qui « gouverne » en lui-même.

Il est extrêmement important de bien comprendre que cet Adam que nous sommes a en lui un potentiel qui est appelé « féminin » — que l’on va retrouver dans le mythe de la boîte de Pandore chez les Grecs et dans d’autres cultures — et que ce potentiel est d’une très grande richesse à condition que nous le connaissions, que ce ne soit plus lui qui soit le maître, mais que chaque animal soit nommé et transformé.

 


« L’extérieur est aussi l’expression de ce qui est à l’intérieur de l’Homme. »

 

Reporterre — Dans la Bible, tous les éléments, les règnes végétaux et minéraux sont très présents. Quelle est dans votre lecture la relation entre l’Homme et le cosmos ? Est-ce que cela décrit aussi le « cosmos intérieur » de l’Homme ?

Annick de Souzenelle — L’extérieur est aussi l’expression de ce qui est à l’intérieur de l’Homme. Le monde animal, le monde végétal et le monde minéral sont trois étapes des mondes angéliques qui sont à l’extérieur comme à l’intérieur de nous. L’intérieur et l’extérieur sont les deux pôles d’une même réalité. Il y a dans la Bible un très beau mythe où Jacob, en songe, a la vision d’une échelle sur laquelle les anges montent et descendent. L’échelle est véritablement le parcours que nous avons à faire dans notre vie présente, de ce que nous sommes au départ vers ce que nous devrions devenir. Nous avons à traverser les mondes angéliques, c’est-à-dire à les intégrer. Mais tout d’abord, à nous verticaliser.

Reporterre — Ce chemin « vertical », qu’implique-t-il dans notre rapport au monde ?

Annick de Souzenelle — C’est tout simple : cultiver ce cosmos extérieur. Ce que nous faisons à l’extérieur a sa répercussion à l’intérieur, et vice versa, donc il est extrêmement important de cultiver ensemble le monde animal extérieur et le monde animal intérieur, et de la même manière en ce qui concerne les mondes végétaux et minéraux.

Reporterre — C’est-à-dire d’en prendre soin, de les faire grandir, de les enrichir ?

Annick de Souzenelle — Oui, nous en sommes totalement responsables. La façon dont nous traitons ce monde à l’intérieur de nous va se répercuter à l’extérieur. Or, à l’intérieur de nous, nous sommes en train de tout fausser, nous n’obéissons plus aux lois qui fondent la Création. Je ne parle pas des lois morales, civiques, religieuses. Je parle des lois qui fondent le monde, que je compare au mur de soutènement d’une maison. On peut abattre toutes les cloisons d’une maison, mais pas le mur de soutènement. À l’heure actuelle, c’est ce que nous faisons. Nous transgressons les lois ontologiques [du grec ontos = être]. Elles aussi sont dites dans la Bible et on n’a pas su les lire. Nous détruisons ce monde à l’intérieur de nous comme nous sommes en train de détruire la planète. Il est difficile d’entrer dans le détail de ces lois ici, mais j’ai essayé d’exprimer cette idée dans mon livre L’Égypte intérieure ou les dix plaies de l’âme. Avant que les Hébreux quittent leur esclavage en Égypte pour partir à la recherche de la Terre promise, une série de plaies s’est abattue sur l’Égypte. Chacune de ces plaies renvoie à une loi ontologique transgressée.


« À l’heure actuelle, la Terre tremble. »

 

Reporterre —Les plaies d’Égypte font penser aux catastrophes naturelles que l’on vit aujourd’hui !

Annick de Souzenelle — Oui, à l’heure actuelle, la Terre tremble. Cela fait quelques années que les choses tremblent de partout. Nous sommes dans les plaies d’Égypte. Nous allons faire une très belle Pâque [la fête, dans la liturgie juive, commémorant la sortie d’Égypte], une mutation importante va se jouer. Mais, actuellement, nous sommes dans les plaies d’Égypte, et on ne sait pas les lire. Nous vivons une période de chaos, prénatal, je l’espère.

Reporterre —Est-ce dû au fait que l’Homme ne fait plus le travail intérieur ?

Annick de Souzenelle — Oui, exactement. Mais depuis quelque temps, ce n’est pas seulement qu’il ne fait pas le travail intérieur. C’est qu’il fait un travail contraire aux lois de la Création. On est dans le contraire de ces lois ontologiques, alors le monde tremble.


« Tout a changé après la guerre. »

 

Reporterre — Vous-mêmes, dans votre vie, avez-vous vu les choses s’empirer ?

Annick de Souzenelle — J’ai pratiquement parcouru le siècle ! Je me souviens très bien du monde de mon enfance, des années 1920. C’était un monde figé, totalement incarcéré dans un moralisme religieux bête et insupportable. Il n’était pas question d’en sortir, et ceux qui le faisaient étaient mis au ban de la société. Je me suis très vite sentie marginalisée. Puis la guerre est venue casser tout ça. Tout a changé après la guerre. Les jeunes des années 1960 ont envoyé promener la société d’avant, avec le fameux « Il est interdit d’interdire » qui résume tout, seulement ça allait trop loin. Le « sans limite » est aussi destructeur que les limites trop étroites.

Reporterre — La crise écologique est beaucoup reliée à l’absence de limite au niveau de la production, de la consommation, de l’utilisation de nos ressources. Comment cela s’est-il développé après la guerre ?

Annick de Souzenelle — L’humanité inconsciente est dans le réactionnel. Elle était complètement brimée d’un côté. En s’échappant de cette contention, elle a explosé. Elle ne sait pas trouver la juste attitude. On va à l’extrême, parce qu’on ignore les lois qui structurent. Nous avons l’habitude d’associer le mot « loi » à l’idée de contrainte, mais les lois ontologiques, au contraire, libèrent.

Reporterre —Les bouleversements environnementaux n’existaient pas durant votre enfance ?

Annick de Souzenelle — On n’en parlait pas. Chacun avait son lopin de terre. Dans les années 1970, 1980, on a commencé à en parler. Au moment même où j’ai commencé mon travail intense.

Reporterre — Quel est selon vous le cœur de la problématique écologique ?

Annick de Souzenelle — Une perte totale du monde céleste, du monde divin. L’Homme est comme un arbre. Il prend ses racines dans la terre, et ses racines dans l’air, la lumière. Il a des racines terrestres et des racines célestes. L’Homme ne peut pas faire l’économie de ces deux pôles. Jusqu’à récemment, il a vécu ses racines terrestres dans des catégories de force, car il ne connaissait que la « lutte contre » quelque ennemi que ce soit (intempéries, animaux, autres humains…). Il ne sait que « lutter contre » car il est dans une logique binaire. À partir de la fin de la dernière guerre, à partir des années 1950 et 1960 en particulier, il y a eu un renversement de la vapeur. On a envoyé promener le monde religieux, qui n’apportait que des obligations, des « tu dois », des menaces de punition de la part du ciel, c’était un Dieu insupportable. Nietzsche a parlé de la mort de Dieu. Merci, que ce dieu-là meure ! Mais on n’a pas été plus loin dans la recherche. Aujourd’hui, ce qu’il se passe, c’est qu’il y a un mouvement fondamental, une lame de fond qui est en train de saisir l’humanité, le cosmos tout entier, pour que l’humanité se retourne, dans une mutation qui va avoir lieu, qui ne peut plus ne pas avoir lieu, pour qu’elle retrouve ses vraies racines divines, qui sont là.

Reporterre —Comme si la crise avait un sens au niveau du chemin de l’Homme ?

Annick de Souzenelle — C’est LE sens de l’Homme. Toute l’écologie est très importante, mais elle ne peut se faire que s’il y a une écologie intérieure de l’Homme. C’est le passage de l’Homme animal à l’Homme qui se retourne vers ses racines divines. Cela ne veut pas dire que ses racines terrestres disparaissent, mais qu’il retrouve ses racines célestes.


« Je respecte beaucoup les efforts actuellement déployés, mais ils sont très minimes par rapport à ce qui se joue. »

 

Reporterre — Ne peut-il pas y avoir une écologie sans spiritualité ?

Annick de Souzenelle — Il s’agit désormais de « lutter avec ». Je suis très respectueuse des actions qui sont faites dans le sens de l’équilibre écologique, et je pense qu’il faut les faire mais c’est une goutte d’eau dans une mer immense. Un raz-de-marée va se produire, des eaux d’en haut [le monde divin] peut-être, ou des eaux d’en bas, peut-être les deux en même temps !

Je respecte beaucoup les efforts actuellement déployés, mais ils sont très minimes par rapport à ce qui se joue. S’il n’y a pas en même temps que cette lame de fond un travail spirituel, cela ne suffira pas. J’espère que ce n’est pas trop difficile à entendre quand je parle ainsi, mais il me faut le dire. On ne peut pas séparer l’intérieur de l’extérieur.

Reporterre — Comment voir le corps dans cette perspective ?

Annick de Souzenelle — Le corps de l’Homme est inséparable du corps du cosmos. Ce sont les deux pôles d’une même réalité. Nous ne connaissons de notre corps que ce qui est étudié en médecine, en faculté. Mais notre corps physique n’est que l’expression qu’un corps divin, profond, ontologique, et c’est celui-ci qui est malade. Lorsque l’on veut traiter un malade, la médecine officielle ne traite que l’extérieur, le côté concret. Elle est en train en ce moment d’éradiquer l’homéopathie, qui travaille au contraire sur la cause profonde, car quand un organe est malade, c’est qu’il y a un court-circuit dans la cause profonde, dans l’organe ontologique de l’Homme, dont l’organe que nous connaissons n’est que l’expression. Si l’on ne va pas toucher à ce très subtil, il n’est pas suffisant de travailler sur la seule dimension extérieure.

Il arrive que des personnes racontent leur traversée de la maladie comme une initiation. Toute épreuve peut être la source d’une évolution énorme. L’épreuve n’est pas la même chose que la souffrance.

Reporterre — Cela peut-il qualifier ce que la Terre vit actuellement ?

Annick de Souzenelle — Nous l’avons rendue malade, oui. Nous avons détourné les cours d’eau, trafiqué des éléments naturels. On trafique la Terre comme si elle était une chose. On n’a plus aucune conscience qu’elle est ce corps divin de l’Homme. Le traitement qu’on fait aux arbres, à toute la culture, est diabolique dans le sens que cela « sépare ».

Reporterre — La surconsommation matérielle, le capitalisme, sont-ils l’expression d’une conscience qui s’est « séparée » ?

Annick de Souzenelle — Tout à fait. Toute idéologie qui n’est pas reliée au verbe fondateur devient la peste. C’est la cinquième plaie d’Égypte. Toutes nos idéologies politiques, philosophiques, financières ne réfèrent absolument pas au verbe divin, si bien qu’elles sont vouées à l’échec. Soljenitsyne l’avait bien vu, en disant qu’il quittait une folie (l’URSS) pour en trouver une autre aux États-Unis. Tout cela doit disparaître. Tous nos politiciens sont perdus à l’heure actuelle, qu’ils soient de droite, de gauche, du milieu, de tout ce que l’on veut… Ils mettent une rustine ici, une rustine là, ils ne peuvent pas résoudre les problèmes. Parce que l’Homme a déclenché des problèmes qui ne seront solubles que par un retournement radical de son être vers les valeurs divines.

Les religions elles-mêmes, telles qu’elles sont aujourd’hui, sont vouées à une profonde mutation. Ce qui va émerger de tout cela est une conscience totalement nouvelle, d’un divin qui sera intimement lié à l’humain, qui ne viendra pas d’une volonté d’ailleurs, mais d’une présence intérieure.

Reporterre — Puisque selon vous le cosmos extérieur représente le cosmos intérieur, l’endroit du chemin écologique peut-il devenir un chemin spirituel ?

Annick de Souzenelle — On ne peut pas entrer dans l’intelligence du cosmos extérieur sans entrer dans l’intelligence du cosmos intérieur. Ce n’est non plus la seule voie. Je peux aussi dire le contraire : ça peut être quelqu’un qui découvre son cosmos intérieur, et par conséquent qui va se consacrer au cosmos extérieur. On ne peut pas vivre quelque chose d’intense intérieurement sans se trouver relié au monde extérieur… Quand je suis dans mon jardin, je vois les arbres, les plantes, les oiseaux, comme des anges, qui sont là, vivants, qui respirent avec moi, qui m’appellent… Combien de fois le chant des oiseaux est mon chant…


« Nous vivons une très grande épreuve, la peur règne, mais cela peut être, pour ceux qui le comprennent, un chemin initiatique magnifique. »

 

Reporterre —Des personnes qui se disent athées mais qui sont très reliées au monde, sont-elles aussi sur un chemin spirituel ?

Annick de Souzenelle — Oui, nombreux sont ceux qui se disent athées parce qu’ils rejettent le dieu des églises… mais ressentent cette unité avec la nature. Le grand sujet aujourd’hui est de sortir de l’esclavage au collectif très inconscient, pour entrer, chacun et chacune, dans sa personne, dans l’expérience personnelle. On est à cet endroit de chavirement total de l’humanité.

Nous vivons une très grande épreuve, la peur règne, mais cela peut être, pour ceux qui le comprennent, un chemin initiatique magnifique.

Nous sommes dans un moment unique de l’humanité, extrêmement important, le passage de l’Homme animal à l’Homme qui se souvient de ses racines divines. Il y a un grand espoir.

Reporterre — L’espoir, donc, ne se situe pas seulement dans l’espoir que la crise s’arrête, mais dans l’espoir que l’Homme change à travers cette crise ?

Annick de Souzenelle — Exactement. C’est une mutation de l’humanité. Aujourd’hui on a terriblement peur de la mort, on veut reculer la mort. Or, il faut accepter la mort, elle est une mutation. J’ai une grande confiance. C’est impressionnant, mais on n’a pas à avoir peur. La peur est un animal qui nous dévore. De cette énergie animale, nous avons à faire de l’amour.

 

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SOURCE : REPORTERRE

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