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29/01/2016

Un système social profondément malade

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« Un système social est profondément malade quand un paysan travaille la terre avec la pensée que, s'il est paysan, c'est parce qu'il n'était pas assez intelligent pour devenir instituteur. »

Simone Weil, L’Enracinement 

 

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28/01/2016

Déraciner

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« Le déracinement est de loin la plus dangereuse maladie des sociétés humaines, car il se multiplie lui-même. Des êtres vraiment déracinés n'ont guère que deux comportements possibles : ou ils tombent dans une inertie de l'âme presque équivalente à la mort, comme la plupart des esclaves au temps de l'Empire romain, ou ils se jettent dans une activité tendant toujours à déraciner, souvent par les méthodes les plus violentes, ceux qui ne le sont pas encore ou ne le sont qu'en partie. »

Simone Weil, L’Enracinement 

 

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Devant chacune de nos pensées et chacun de nos actes, un chiourme se dresse

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« Aujourd'hui Montherlant n'oserait écrire Les Jeunes Filles. Il serait traité férocement de misogyne. Aucun artiste n'oserait sculpter des nègres porte-cochères: il serait traité de raciste. Aucun Balzac ou Proust n'oserait peindre un Goseck, un Nucingen ou un Bloch: il serait traité d'antisémite. Jamais nous n'avons été aussi peu libres d'être innocents. Devant chacune de nos pensées et chacun de nos actes, un chiourme se dresse et nous hurle que nous devons d'abord nous interroger et, à peine d'être coupables, stopper notre marche. »

Jean Cau, Réflexions dures sur une époque molle

 

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24/01/2016

Ce sont trois ordres différents de genre

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« La distance infinie des corps aux esprits figure la distance infiniment plus infinie des esprits à la charité car elle est surnaturelle.

Tout l'éclat des grandeurs n'a point de lustre pour les gens qui sont dans les recherches de l'esprit.

La grandeur des gens d'esprit est invisible aux rois, aux riches, aux capitaines, à tous ces grands de chair.

La grandeur de la sagesse, qui n'est nulle sinon de Dieu, est invisible aux charnels et aux gens d'esprit. Ce sont trois ordres différents de genre.

Les grands génies ont leur empire, leur éclat, leur grandeur, leur victoire, leur lustre et n'ont nul besoin de grandeurs charnelles, où elles n'ont pas de rapport. Ils sont vus non des yeux, mais des esprits, c'est assez.

Les saints ont leur empire, leur éclat, leur victoire, leur lustre et n'ont nul besoin de grandeurs charnelles ou spirituelles, où elles n'ont nul rapport, car elles n'y ajoutent ni ôtent. Ils sont vus de Dieu et des anges, et non des corps ni des esprits curieux : Dieu leur suffit.

Archimède, sans éclat, serait en même vénération. Il n'a pas donné de batailles pour les yeux, mais il a fourni à tous les esprits ses inventions. Oh ! qu'il a éclaté aux esprits !

Jésus-Christ sans biens, et sans aucune production au dehors de science, est dans son ordre de sainteté. Il n’a point donné d’inventions. Il n’a point régné, mais il a été humble, patient, saint, saint, saint à Dieu, terrible aux démons, sans aucun péché. Oh qu’il est venu en grande pompe et en une prodigieuse magnificence aux yeux du cœur et qui voient la sagesse.

Il eût été inutile à Archimède de faire le prince dans ses livres de géométrie, quoi qu'il le fût.

Il eût été inutile à Notre Seigneur Jésus-Christ pour éclater dans son règne de sainteté, de venir en roi, mais il y est bien venu avec l’éclat de son ordre.

Il est bien ridicule de se scandaliser de la bassesse de Jésus-Christ, comme si cette bassesse était du même ordre, duquel est la grandeur qu'il venait faire paraître. Qu'on considère cette grandeur-là dans sa vie, dans sa passion, dans son obscurité, dans sa mort, dans l'élection des siens, dans leur abandon, dans leur secrète résurrection, et dans le reste, on la verra si grande qu'on n'aura pas sujet de se scandaliser d'une bassesse qui n'y est pas.

Mais il y en a qui ne peuvent admirer que les grandeurs charnelles, comme s'il n'y en avait pas de spirituelles ; et d'autres qui n'admirent que les spirituelles, comme s'il n'y en avait pas d'infiniment plus haute dans la sagesse.

Tous les corps, le firmament, les étoiles, la terre, et ses royaumes, ne valent pas le moindre des esprits, car il connaît tout cela et soi ; et les corps rien.

Tous les corps ensemble, et tous les esprits ensemble, et toutes leurs productions, ne valent pas le moindre mouvement de charité. Cela est d'un ordre infiniment plus élevé.

De tous les corps ensemble, on ne saurait en faire réussir une petite pensée : cela est impossible, et d'un autre ordre. De tous les corps et esprits, on n'en saurait tirer un mouvement de vraie charité, cela est impossible et d'un autre ordre, surnaturel. »

Blaise Pascal, Pensées

 

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America

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« L’Amérique qu’on aime a des facettes ou des visages bien différents. D’abord une immense littérature : de Mark Twain et Jack London à Herman Melville, Edgar Poe, Howard Phillips Lovecraft, John Dos Passos, William Faulkner, Henry Miller, John Steinbeck, Ernest Hemingway et tant d’autres. Ensuite bien sûr le grand cinéma américain, avant que celui-ci ne dégénère en une débauche d’effets spéciaux et de niaiseries stéréotypées. Le jazz, aussi, qui a sans doute été la seule vraie création culturelle de ce pays. L’Amérique des vastes étendues naturelles et des petites communautés humaines. Celle qu’évoquent, à des titres si divers, les noms de Jefferson Davis et de Scarlett O’Hara, de Thomas Jefferson et de Ralph Waldo Emerson, de Henry David Thoreau et d’Aldo Leopold, de Sacco et Vanzetti, du jeune Elvis Presley et de Ray Charles, de H.L. Mencken et de William Burroughs, de Jack Kerouac et de Bob Dylan, de Cassius Clay et de Woody Allen, de E. F. Schumacher et de Christopher Lasch, de Susan Sontag et de Noam Chomsky.

Ajoutons que, dans le domaine des idées, les Etats-Unis ne sont pas seulement le pays où les grandes Universités offrent des conditions de travail dont on peut en Europe seulement rêver et où, malgré le "politiquement correct", règne une liberté d’expression que nous ne connaissons pas (ou plus). On y est également frappé de la qualité des débats d’idées et, dans le domaine de la science politique par exemple, par la façon dont nombre d’auteurs s’appliquent à penser leurs doctrines en partant des fondements – tout à l’opposé d’une France où la science politique, quasiment en voie de disparition, se ramène pour l’essentiel à la météorologie électorale. Sur les notions de fédéralisme, de "populisme" et de communauté, l’apport théorique des Américains a d’ailleurs été considérable. »

Alain de Benoist, L’Amérique qu'on aime, Editorial paru dans "Eléments" (avril 2005)

 

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17/01/2016

La "Grande Guerre" fut déclenchée et conduite par des barbons très convenables

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« Le XXème siècle, nous le savons, est mort en 1989. Il aura duré soixante-dix ans. Il avait vu le jour entre 1914 et 1918, fils de l’horreur et de l’imposture. La "Grande Guerre", cette catastrophe européenne, fut déclenchée et conduite par des barbons très convenables au nom des "valeurs éternelles" de la personne humaine, du droit, de la patrie et de la civilisation. Des tueries sans nom, la liquidation de générations entières de jeunes hommes, la naissance à l’Est de la plus féroce et de la plus absurde des tyrannies, la destruction d’équilibres séculaires irremplaçables, le charcutage inique des nations d’Europe centrale pour complaire aux utopies ou aux ambitions de visionnaires égarés, sans oublier l’enfantement, vingt ans plus tard, d’un nouvel holocauste pire encore, voilà de quoi avait accouché l’ère bourgeoise triomphante, héritière satisfaite de 1789. »

Dominique Venner, Le cœur rebelle

 

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L’homme qui donne et qui prend dans la même éjaculation

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« Je me levai, tout entier. [...] Qu’est-ce qui soudain jaillissait ? Un chef. Non seulement un homme, un chef. Non seulement un homme qui se donne, mais un homme qui prend. Un chef, c’est un homme à son plein ; l’homme qui donne et qui prend dans la même éjaculation. J’étais un chef. Je voulais m’emparer de tous ces hommes autour de moi, m’en accroître, les accroître par moi et nous lancer tous en bloc, moi en pointe, à travers l’univers. »

Pierre Drieu la Rochelle, La comédie de Charleroi

 

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16/01/2016

Si c'était à nous d'obtenir que son règne arrive ?

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« Pendant combien de nuits ai-je repoussé l'idée que Dieu n'est au-dessus de nous qu'un tyran ou qu'un monarque incapable, et que l'athée qui le nie est le seul homme qui ne blasphème pas...Puis une lueur m'est venue ; la maladie est une ouverture. Si nous nous trompions en postulant sa toute-puissance et en voyant dans nos maux l'effet de sa volonté ? Si c'était à nous d'obtenir que son règne arrive ?

(...)

Peut-être n’est-Il dans nos mains qu’une petite flamme qu’il dépend de nous d’alimenter et de ne pas laisser éteindre ; peut-être sommes-nous la pointe la plus avancée à laquelle Il parvienne... Combien de malheureux qu'indigne la notion de son omnipotence accourraient du fond de leur détresse si on leur demandait de venir en aide à la faiblesse de Dieu ?

Sur cette terre où il a marché, comment l'avons-nous vu, si ce n'est comme un innocent sur la paille, tout pareil aux nourrissons gisant sur la neige dans nos villages de la campine dévastés par les troupes du Roi, comme un vagabond n'ayant pas une pierre où reposer sa tête, comme un supplicié pendu à un carrefour et se demandant, lui aussi, pourquoi Dieu l'a abandonné ?

Chacun de nous est bien faible, mais c'est une consolation de penser qu'Il est impuissant et plus découragé encore et que c'est à nous de L'engendrer et de Le sauver dans les créatures. »

Marguerite Yourcenar, L’Œuvre au noir

 

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Quand les dieux meurent, de nouveaux dieux prennent leur place

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« L’effacement du catholicisme et le triomphe de l’islam sont, dans le pays profondément déchristianisé qu’est la France, quasi inéluctables : dans cent ans (si la planète n’a pas explosé d’ici là) la plus part des églises catholiques françaises seront soit désaffectées, soit transformées en mosquées. Quand les dieux meurent, de nouveaux dieux prennent leur place, c’est une règle qui ne souffre aucune exception. Je me console en songeant que, lorsqu’on est un homme, la religion mahométane n’est pas désagréable à observer: nos descendants en apprécieront les charmes. Ce sont les demoiselles à venir qui ne seront pas à la fête, les pauvrettes. »

Gabriel Matzneff, Les nouveaux émiles de Gab la Rafale - Lundi 26 avril 2010, 18h22, à Alain de B.

 

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15/01/2016

S'engraisser à l'auge

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« Les hommes, au fond, ça n'a pas été fait pour s'engraisser à l'auge, mais ça a été fait pour maigrir dans les chemins, traverser des arbres et des arbres, sans jamais revoir les mêmes, s'en aller dans sa curiosité, connaître.
C'est ça, connaître. »

Jean Giono, Que ma joie demeure

 

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On aime le bien, mais on ne déteste point le mal

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« Le respect humain, c’est la peur de paraître chrétien, de paraître bon, pieux, obéissant.

Ceux qui se laissent dominer par le respect humain sont de misérables petits lâches, qui sacrifient leur conscience à la peur d’une moquerie, d’un coup, quelquefois même d’un simple sourire. Ils ont peur de tout et de tous. Ils ont peur qu’on les voie faire leurs prières; ils ont peur qu’on les surprenne à genoux devant DIEU ; comme si prier n’était pas le premier devoir, le premier honneur d’un homme sur la terre ! Comme si la prière n’était pas ce qui distingue souverainement l’homme de la bête !

Ils n’osent pas faire maigre en public ; enfin ils n’osent pas dire qu’ils vont à confesse et qu’ils communient. Ils rougissent de Jésus-Christ, de la foi, de la pureté, de ce qu’il y a de plus grand et de plus excellent au monde. Que c’est misérable »

 

« Nous vivons dans un temps où l’Esprit de Crainte est comme oublié, même par beaucoup de personnes pieuses. Sous prétexte que l’amour vaut mieux que la crainte, on ne se met plus en peine de craindre le péché, le monde, les vanités et séductions mondaines. On aime le bien, mais on ne déteste point le mal ; on aime l’Église et la foi, mais on ne déteste pas l’hérésie, on ne déteste pas l’incrédulité. On n’assaisonne plus sa cuisine qu’au sucre ; et il en résulte une fade piété de contrebande, qui n’est pas du tout selon le Cœur de Jésus-Christ, ni selon l’esprit de l’Église. Le don de Crainte est le grand remède à ce grand mal. »

Mgr de Ségur, La confirmation

 

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14/01/2016

Unis par un esprit commun les individus forment un peuple

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« Cette forme particulière de conscience agissante, dont les êtres humains sont animés lorsqu’ils instaurent entre eux des rapports fraternels, c’est ce que Landauer appelle "l’esprit". Toutefois, le philosophe libertaire n’entend pas le terme "esprit" en un sens spiritualiste, car il est ici proche du monisme spinoziste de Constantin Brunner, il n’oppose donc jamais l’esprit à la matière, ou à l’étendue, mais les considère comme deux attributs de la substance infinie et incréée, qui les enveloppe en une unité indivise. L’esprit est ainsi la symétrie idéelle d’une forme très concrète de rapport individuel, dont il est indissociable et que l’on peut caractériser comme la fraternité. Unis par un esprit commun les individus forment un peuple, mais ce lien s’est distendu au XXè siècle, il n’y a donc plus à proprement parler de peuples, il n’y a que des masses atomisées. Le nationalisme est l’idéologie par excellence de ces masses atomisées, qui trouvent dans l’idolâtrie de l’État-nation un substitut à l’absence de communauté réelle, car là où règne l’atomisation, il n’y a ni communauté ni peuple, mais seulement des individus solitaires et des États. L’esprit exprime l’unité du peuple, l’État impose l’unité aux masses. »

Charles Daget, Présentation de "La communauté par le retrait et autres essais" de Gustav Landauer

 

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Plein Midi

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« Au milieu du jour,
sur la Mer étrusque,
pâle, verdissant
comme le bronze
exhumé des hypogées, pèse
la bonace. Nulle bave
de vent aux alentours
ne souffle. Nul roseau ne tremble
sur le rivage
solitaire, rêche de houx
et de genêts roussis. Nulle voix
ne résonne, à l’écoute.
Une ligne de voiles en panne
vers Livourne
blanchoie. Dans le clair
silence le cap Corvo,
l’île du Faro,
à ma vue ; et plus lointaines,
aériennes dans l’air,
les îles de ton courroux,
ô Dante, notre père,
la Capraia et la Gorgona.
Couronne marmoréenne
aux pointes menaçantes,
les grandes Alpes apuanes
règnent sur l’amer royaume,
par leur orgueil dressées.

L’estuaire est comme un étang
salé. De la couleur de la mer,
au milieu des cabanes,
à travers les filets
qui pendent des perches
croisées, il se tait.
Comme le bronze des tombeaux
pâle, qui verdit, paisible,
lui, qui souriait.
Quasi léthéen,
oublieux, étal,
il ne montre signe
de courant, ni ride
de brise. La fuite
des deux rives
se ferme comme dans un cercle
de roseaux que circonscrit
l’oubli silencieux ; et aux roseaux
nul murmure. Plus sombres
les bois de San Rossore
forment une obscure enceinte ;
mais les plus lointains,
vers le Gombo, vers le Serchio,
sont presque azurs.
Dorment les monts Pisans,
couverts d’inertes
cumulus de vapeur.

Bonace, touffeur,
silence alentour.
L’Été mûrit
sur ma tête comme un fruit
qui m’est promis,
que je dois cueillir
de la main,
que je dois aspirer
de mes seules lèvres.
Perdue est toute trace
de l’homme. Voix ne résonne
si j’écoute. Toute douleur
humaine m’abandonne.
Je n’ai plus de nom.
Et je sens que mon visage
se dore de l’or
méridien,
et que ma barbe
blonde brille
comme la paille marine,
je sens que le rivage plissé
par le si délicat
travail de la vague
et du vent est comme
mon palais, est comme
le creux de ma main
où le toucher s’affine.

Et ma force allongée
s’imprime sur l’arène,
se répand dans la mer ;
et le fleuve est ma veine,
la montagne est mon front,
le bois est mon pubis,
la nuée est ma sueur.
Et moi je suis dans la fleur
de la quenouille, dans l’écaille
de la pigne, dans la baie
du genévrier : je suis dans le fucus,
dans la paille marine,
dans toute chose exiguë,
dans toute chose immense,
dans le sable proche,
dans les cimes lointaines.
Je brûle, je brille.
Et je n’ai plus de nom.
Et les alpes et les îles et les golfes
et les caps et les phares et les bois
et les estuaires que je nommai
n’ont plus leur nom habituel
qui résonne sur les lèvres des hommes.
Je n’ai plus ni nom ni destin
parmi les hommes, mais mon nom
est Midi. En toute chose, je vis
taciturne comme la Mort.

Et ma vie est divine. »

Gabriele D’Annunzio, Plein Midi, in "Poèmes d’amour et de gloire"

 

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13/01/2016

Pour elle nouveauté était synonyme de valeur

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« La véritable tare de Mlle de Bauret, qui était en partie la tare de son âge, et en partie celle de son époque, était que pour elle nouveauté était synonyme de valeur. C’est là signe certain de barbarie : dans toute société, ce sont toujours les éléments d’intelligence inférieure qui sont affamés d’être à la page. Incapables de discerner par le goût, la culture et l’esprit critique, ils jugent le problème automatiquement d’après ce principe, que la vérité est la nouveauté. »

Henry de Montherlant, Les Célibataires

 

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Ce gras et prospère élevage du moyen

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« Car c’est cela que je hais, que je maudis et que j’abomine du plus profond de mon cœur : cette béatitude, ce confort, cet optimisme soigné, ce gras et prospère élevage du moyen, du médiocre et de l’ordinaire. »

Hermann Hesse, Le loup des steppes

 

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